‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 171 sur 370 · MORT D'EPAMINONDAS · texte numérisé non relu

MORT D'EPAMINONDAS

Quand ce liéros. aux yeux de la Grèce ^-lonn^e. Tomba, couvert de gloire, aux champs de Mantinée, Thè'ïes perdit un peie, et Me&sene, un vengeur; Sparte même pleura la murl de son vainqueur.

— Dm TRELAI>F. —

Épaminondas, célèbre Thébain, fils de Polymne , fut un des plus gr.'inds capitaines de Tantiquite. Il gagna la bataille de Leuctres ' (371 ans avant J.-C. ) où Cieombrote, roi de Sparte, fut tué. Ayant tenu les troupes eu campagne pendant quatre mt>is <le plus qu'il ne lui avait été ordonné, Épaminondas fut remplacé ^ : il servit alors comme simple .soldat, et se signala par tant de belles actions, que les Thébains, honteux de lui avoir olé le commandement, lui rendirent toute l'autorité pour faire la guerre en Thessalie s, oi"! ses armes furent toujours victorieuses. I,a guerre s'étant allumée entre les Éléens 4 et les peuples de Hanlinéc s, les Thébains volèrent au secours <les premiers. Il y eut une bataille dans la plaine de Mantinée ; et le général Thébain , .s'étant jeté dans la mêlée pour faire «léclarer la victoire, reçut un coup mortel : il était âgé de quarante-huit ans.

Les deux armées furent bientùt en présence près de la ville de 3Iantinée. (]elle des Lacédémoniens et de leurs alliés était de plus de vingt mille honmies de pied . et de près de deux mille chevaux ; celle de la ligue theliaine, de trente mille hommes d'iiifanterio, et d'environ trois mille de cavalerie.

Jamais Épaminondas n'avait déployé plus

de talent que dans cette circonstance. 11 suivit dans son ordre de bataille les principes (jui lui avaient procuré la victoire de Leuctres. Une de ses ailes, formée en colonne, tomba sur la phalange lacédémonienne , qu'elle n'aurait peut-être jamais enfoncée, s'il n'était venu lui-même fortifier ses troupes par son exemple , et par un corps d'élite dont il était suivi. Les ennemis, elî'rayés à son approche, s'ébranlent et prennent la fuite. 11 les poursuit avec un courage dont il n'est plus le maître , et se trouve enveloppé par un corps de Spartiates qui font tomber sur lui une grêle de traits. Après avoir longtemps écarté la mort, et fait mordre la poussière à une foule de guerriers, il tomba percé d'un javelot, dont le fer lui resta dans la poitrine. L'honneur de l'enlever engagea une action aussi vive, aussi sanglante que la première. Ses compagnons, ayant redoublé leurs elîorts, eurent la triste consolation de l'emporter dans sa tente.

On combattit à l'autre aile avec une alternative à peu près égale de succès et de revers. Par les sages dispositions d'Épaminondas, les Athéniens ne furent pas en état de seconder les Lacédémoniens. Leur cavalerie attaqua celle des Thébains , fut repoussée avec perte, se forma de nouveau, et détruisit un détachement que les ennemis avaient placé sur les hauteurs voisines. Leur infanterie était sur le point de prendre la fuite, lorsque les Éléens volèrent à son secours.

La blessure d'Épaminondas arrêta le carnage et suspendit la fureur des soldats. Les troupes des deux partis, également étonnées , restèrent dans l'inaction. De part et d'autre on sonna la retraite, et l'on dressa un trophée sur le champ de bataille. Épaminondas respirait encore. Ses amis, ses officiers, fondaient en larmes autour de son lit. Le camp retentissait des cris de la douleur et du désespoir. Les médecins avaient déclaré qu'il expirerait dès qu'on ôtcrait le fer de la plaie. Il craignit que son bouclier ne filt tombé entre les mains de l'ennemi; on le lui montra, et il le baisa , comme l'instrument de sa gloire. Il parut inquiet sur le sort de la bataille; on lui dit cpie les Thébains l'avaient gagnée. » Voilà qui est bien, répondit-il .-j'ai assez vécu. » 11 demanda ensuite Daïphantus et lollidas, deux généraux <[u'il jugeait dignes de le remplacer: on lui (lit qu'ils étaient morts. <t Persuadez donc aux Thébains, reprit-il, de faire la paix. » Alors il ordonna d'arracher le fer ; et l'un de ses amis s'etanl écrie, dans l'égarement de sa douleur: tt Vous mourez, Épaminondas! si du moins vous laissiez des. enfants! » — u Je laisse, répondit-il en expirant, deux lillcs immortelles: la victoire de Leuctres et celle de Mantinée''. >

— Barthélémy.—

Voyages du jeune Anaeliarsis. ( Voyez le 30 «vril )

a Jl U.LET.

1) JriLLKT.

' — Leuclres, ville de la Bi'Olie ; la position imi esl imerlame.

2 — La iii;iitMir de colle législalion s'explique par le dain.er qiiil y a de laisser des années permanentes dans des Ktats répiihlioains.

^ — Anjiuird'luii la Uraihc; e't-st la contrée de la Grèit' <|ui a iHiilr le plus île noms. ^)\\ y icmarqiiail les inonlai;ues les plus fameuses, l'Olympe, le l'ilion et rossajelle élail arrosée |tar lel'énée el le Speiolnus.

* - Les 7-^/(THs, habitants de Vh'lùlc, contrée située à Pouesl du l'clopinièse. C-e pays était renounné pour la fertilité de son sol el la bonté de ses chevaux.

i — Mantiiiie, ville du Péloponése. dans l'.Vrcailie, dont bs habitants, (|M()ii|ne i;énéralcment pasteurs, étaient des j;ueni(rs rcdoutabbs. La vie pastorale les avait rendus habiles musiciens.

6 — Voici la cause de cette î;uerre-. Les Lacédénioniens ayant détruit rindcpindance des Tlnhains, l'clopiihis el d'autres amis de la liberté fiuciit exilés. Ils revinrent secrèlemenl à Thèbes, et, d'après l'avis A'E}Hii)tiitond(iii, tuèrent U-s ajjents du ffou- \ernemeul opi)nsseur. Le succès de celte entrejM-ise fit éclater une guerre entre Sparte et Thèbes. K|ianiinondas, né dans cette dernière ville, fui nommé f;énéial de l'armée thébaine, el défit les Spartiates î'» l.euctres. Plus tard, mis de nouveau ;^ la tête des tniupes, il assista les Fléiiis eontre les .Spartiates, et mourut ;~i la bataille de Manlinée. dune blessure que lui avait faite GryUiis, fils de l'historien Xcnophon, et qui y fui lue lui-même.

Observntinti gnnéraU'. Récit plein d'intérêt, d'im style simiib'. mais animé. Le jjiainl caractère d'r.|KiniiDOiulas y est |ieint sans eiiHiire. sans e\af;éi'alion d'atienne espèci-. qualités t)ieii rares dans les portraits que les nunleriies ont tracés des anciens.

L'auteur, poni- reiidir plus intéressante la mort du héros el entourer de plus de j;loirc ses dernieis moments, le montre à nos yeux plus ^frand «pi'il n'a jamais été. Il n'oublii- rien de ce (|ui peut peindre son eonrai;e el raidcin- du combat; puis, quand le héros est tond)é, une lutte homérique s'élève eiilre li^s deux armées. La scène change : au tumulte d( la bataille a surcédé le silence de la mort. Les Ihéhains entourent le lit fnnèlire d'Kpaminondas. et pleurent li-iir victoire. Les Spartiates eux-mêmes rendent hommage à ce héros : tableau jilein <le grandeur cl de majesté !

l'rise d'.lltjcr par tes Fran<;ais sous le coininaiideiiienl ilu niarCclial Bouriiiont.

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