‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 228 sur 370 · ATTACHEMENT SE LA POULE · texte numérisé non relu

ATTACHEMENT SE LA POULE

l'OCK SES POUSSINS.

Os bruyants étourdis , que leur mère accompagne , Pour la première fois sortent dans la campagne. (Lue mère voit tout , ses yeux veillent toujours.) .\ Caspetît du péril qui ntenace leurs jours , De l'œil et de la voix conjurant la tempête , Elle frémit , va , court , vole , rien ne l'arrête. — Lalaxne. —

Cette mère qui a montré tant d'ardeur pour couver, qui a couvé avec tant d'assiduité, quia soigné avec tant d'intérêt des embryons qui n'existaient point encore pour elle, ne se refroidit pas lorsque ses poussins sont éclos; son atlachemcnt , fortifié par la vue de ces petits êtres qui lui doivent la naissance, s'accroît encore tous les jours par les nouveaux soins qu'exige leur faiblesse : sans cesse occupée d'eux , elle ne cherche de la nourriture (|ue pour eux; si elle n'en trouve point, elle gratte la terre avec bes ongles pour lui arracher les aliments qu'elle recèle dans son sein , et elle s'en prive en leur faveur; elle les rappelle lorsqu'ils s'égarent, les met sous ses ailes h l'abri des intempéries , et les couve une seconde fois; elle se livre à ces tendres soins avec tant d'ardeur et de souci , que sa constitution en est sensii)lement altérée, et qu'il est facile de distinguer de toute autre poide une mère qui mène ses petits, soit à ses plumes hérissées et traînantes , soit au son enroué de sa voix , et à ses différentes inflexions toutes expressives, et ayanttoulesune forte empreinte de sollicitude et d'alfection maternelle.

Mais si elle s'oublie elle-même pour conserver ses petits, elle s'expose à tout pour les défendre: i)araU-ll un épervierdans l'air, cette mère si faible, si timide, et qui, en toute autre circonstance , chercherait son salut dans la fuite, devient intrépide par tendresse; elle s'élance au devant de la serre redotitable, et, par ses cris redoublés , ses battements d'aile

et son audace, elle en impose souvent à l'oiseau carnassier', (pii, rebuté d'une résistance imprévtie, s'éloigne et va chercher inu> proie plus facile. Elle paraît avoir toutes les (|ualilés du bon cœur; mais «e (pii ne fait pas autant d'honneiu- au surplus de son instinct , c'est que si par hasard on lui a donné à couver des œufs (le cane c)u de tout autre oiseau de rivière, son alfeclion n'est pas moindre pour ces étrangers qu'elle le serait pour ses propres poussins. Elle ne voit pas qu'elle n'est que leur nourrice ou leur bonne, et non pas leur mère; et lorsqu'ils vont, guidés par la nature, s'ébattre ou se plonger dans la rivière voisine, c'est un spectacle singulier de voir la surprise, les inquiétudes, les transes de cette pauvre nourrice, qui se croit encore mère, et qui pressccdu désir de les suivre au milieu des eaux, mais retenue par une répugnance invincible pour cet élément, s'agite, incertaine sur le rivage, tremble et se désole , voyant toute sa couvée dans un péril évident, sans oser lui donner de secours 2.

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