‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 24 sur 370 · CAIUS CALIGULA · texte numérisé non relu

CAIUS CALIGULA

Voyez comme ses yeux

Trabissont les pcncliaiits de son cœur odieux... Voyez dans tous ses traits quelle terreur farouche ! Mille proscriptions s'élancent de sa bouche ; Mille forfaits par lui .sont déjà préparés. Je ni*y connais , Romains , vous nie regretterez ! . . .

Dernures paroles de Tibère.

— Aknaclt. —

Caïus Caligula , troisième fils de Germanicus et (l'Agrippine , avait été appelé à Caprée » dans sa vingtième année. Élevé dans les camps et par conséquent cher aux armées,' il avait encore tous les vœux du peuple, et Tibère l'avait peu à peu approché du trône , lorsqu'il cherchait un appui contre Séjan 2 dont il redoutait l'ambition.

Témoin des supplices qui devenaient tous les jours plus fréquents, Caligula, naturellement cruel, s'était enhardi à verser le sang des citoyens; et, toujours tremblant pour luimême , il s'était formé dans l'art de dissimuler, que les malheurs de ses parents semblaient lui rendre nécessaire. Jamais il ne lui échappa un mot sur le sort de sa mère et de ses frères; il paraissait ignorer qu'ils eussent vécu. Il ne parut pas moins insensible aux injures qu'il recevait lui-même. Aussi a-t-on dit de lui, qu'il n'y eut jamais de meilleur esclave ni de plus méchant maître ^.

Il faut peu de chose pour exciter l'enthousiasme du peuple. Caligula promit au Sénat le gouvernement le plus sage; il rappela les exilés, il écarta les délateurs, et on crut ^ déjà voir des vertus dans un prince qui dissimulait ses vices. Pendant une maladie dangereuse qui lui survint le huitième mois de son règne, toute la ville montra les plus vives inquiétudes. On entourait son palais jour et nuit, l'alarme passa dans les provinces, et il y eut des citoyens qui tirent vœu de donner leur vie, si l'Empereur réchappait ^. Cependant son règne, qui dura encore trois ans, ne fut plus que le délire d'un esprit égaré et féroce.

Maître de l'empire, Auguste craignait de le paraître. Tibère crut aussi devoir user de quelque circonspection. Il fallait sur le trône un prince tout à fait extravagant, pour montrer tout à coup le despotisme à découvert. Caligula, dit 3Iontesquieu , ôta les accusations des crimes de lèse-majesîé ; mais il faisait mourir arbitrairement tous ceux qui lui déplai-

saient, et ce n'était pas à quelques sénateurs qu'il en voulait : il tenait le glaive suspendu sur le Sénat ipi'il menaçait d'exterminer tout entier.... C'était un vrai sophiste dans sa cruauté, dit encore le même écrivain. Comme ildeseendaitégalemenld'Antoineet d'Auguste, il disait qu'il punirait les consuls s'ils célébraient le jour de réjouissances établi en mémoire de la victoire d'Actium , et qu'il les punirait s'ils ne le célébraient pas. Drusile, sa sœur, à qui il accorda les honneurs divins, étant morte , c'était im crime de la pleurer, parce qu'elle était déesse et de ne la pas pleurer parce qu'elle était sa sœur.

II imagina des impôts nouveaux etinouis; il vexa les provinces. Pour s'emparer des dépouilles des citoyens, il fit périr les plus riches 6, et il manjua chaque jour de son règne par des cruautés.

Cependant il s'attachait la populace par des spectacles qu'il donnait fréquemment, et les soldats par des gratifications qu'il leur faisait. En général , il trouvait dans le peuple des dispositions à l'excuser, parce qu'il lui avait rendu les comices 7; mais il les lui ôta bientôt après, et il l'aliéna «. On n'imagina d'autre vengeance que d'affecter de ne pas applaudir à des gladiateurs auxquels il applaudissait luimême , et il s'écria dans sa colère : « Plùt aux dieux que le peuple romain n'eût qu'une tête l je la ferais tomber. »

Je n'entrerai pas dans le détail de ses cruautés; je ne parlerai pas de ses folles dissipations , de sa passion pour un cheval dont il menaçait de faire un consul ; de ses campagnes militaires, ridicules et extravagantes ; des autels qu'il s'élevait à lui-même, dont il était le prêtre et dont il vendait chèrement le sacerdoce aux plus riches citoyens ; de sa manie à se donner, tantôt pour Jupiter, tantôt pour 3Iereure, tantôt pour Junon ^, etc. Ces choses ne paraîtraient pas vraisemblables, si on ne savait pas 10 qu'un despote dans le délire estfaitpour tout oser, et qu'un peuple esclave , est fait pour tout souffrir ". Ce monstre périt enfin par les coups de Cassius Chéréa, un des tribuns des gardes prétoriennes. Il était dans sa vingt-neuvième année, et il avait régné près de quatre ans.

— CONDILLAC

COiVDILLAC [Etienne Bonnot de)

Abbé de Murcaux , memlire de l'Académie française et de celle de Berlin . nt' à Grenoble , en 1713.

C'est surtout comme pliilosoplie et comme métaphysicien fju'il s'est rendu célèbre. Ses principaux ouvrages sont :

1" Essai sur l'origine des connaissances humaines.

20 Traité du système des sensations.

3" Cours d'études, la plus vaste et la plus ira-

portante de ses publications, coraposc^c pour le jeune prince do l'arme, son élève.

Tous ceson\r;n;es se font reinaniuer par l'encliaiuement rii;i)ureu\ des idées, par la luélhude et la clarté des raisonnements.

Vn [;rand sens, dit M. ÎSoel. un jujjemcnt sûr, une méta|>hysique nette et profonde, une littérature aussi choisie qu'étendue, un caraclère solide, des mœurs {graves sans austérité, un ton un peu sentencieux , plus de fa( ililé pour écrire <pie pour parier, plus de philosophie (|ue de sensibilité et d'imagination : tels sont les traits principaux du portrait de l'abbé de Condillac.

Condillac est le chef de l'école sensualiste moderne; et. bien qu'aucun philosophe n'ait eu plus <|ue lui foi à la liberté de l'homme et à la spiritualité de l'àme , on a déduit de ses princii)es le matérialisme et le fatalisme, système absurde que Condillac aurait cond)attu avec toute la force de sa logique et de sa conviction,

M. Laromiguière l'a d'ailleurs pleinement justifié de l'accusation de matérialisme.

Sa doctrine a fait loi en France jus(|u'à nos jours; mais l'idéalisme platonicien est venu la remplacer ; il a pour chefs M.M. Royer-Collard et Cousin.

Condillac mourut le 2 août itso , près de Beaugency.

' — Caprée, île de la Méditerranée, en vue du golfe de Naples, où Tibère s'était retiré pendant les dernières années de sa vie. C'est de ce séjour qu'il envoyait à Rome ses ordres sanguinaires, tandis qu'il se livrait aux plus infâmes voluptés!

2 — Séjau, ministre et favori de Tibère; victime d'une ambition démesurée, il fut jugé et étranglé par les ordres de l'Empereur, l'an si de.l.-C.

3 — Pensée heureuse qui présente l'emploi de l'épiphonème sous la forme d'une antithèse. L'épiphonème est uneexclamation sentencieuse, une réflexion vive et profonde par laquelle on termine un récit.

* — L'euphonie exigerait et l'on crut.

^ — Réchappait^ expression familière qui convient peu ici; d'ailleurs il faudrait ûireen réchappait.

* — Celte phrase i)0urrail être mieux construite ; par exemple.///// périr les plus riches citoyens pours'e)iiparerde leurs dépouilles.

I — Cotnices, assemblées du peuple romain entier; ellesavaientpourobjet les affaires de l'État, il y en avait de trois sortes : les comices par centuries, les comices par tribus, et les comices par curies. Le peuple était divisé en trois tribus, et chaque tribu en dix curies. Les assemblées |)ar curies, où Ton volait par tète, étaient plus favorables au peuple (|ue celles par centuries, où les patriciens obtenaient toujours la majorité.

8 — 11 faut dire, // se l'aliéna, ou il s'aliéna son affection.

•j Heureux emploi de la piélérition ou prétermission, figure qui consiste à feindre de ne pas voidoir dire ce que néanmoins on fait réellement entendre, etsouvent même très-clairement et énergiquemenl.

10 Diction négligée. 11 serait mieux de dire : Si l'on ne savait qu'un despote.

II Sentence sous la forme d'une antithèse.

Observation générale. Ce fragment historique est

d'un bon style. L'auteur résume et présente d'une manière convenable les principaux traits de la vie de ( nli(;iila ; le tableau pourrait Hrc plus animé ; toutefois ce ne sera pas sans iruil (pi'on le prendra pour modèle.

— 1799. — Prise <lo y aptes par le ijénéral Cliamplonnct.

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