‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 25 sur 370 · LES NAPOLITAINS · texte numérisé non relu

LES NAPOLITAINS

Naplrs, divin séjour, jardin dr rilalir. Où Ir p.ilniicr grandit sons un ronislant solril. Où l'orgiipil w rojwsr, où In gloire ^'oublie. Où , d'un volcan muet redoutant le réveil , On voit par le danger la paresse ennoblie. — Delpuine Gav. —

Le peupl(^ napolitain , à quelques égards , n'est point dulout civilisé'; mais il n'est point vulgaire à la manière des autres peuples : sa grossièreté même frappe l'imagination. La rive africaine, qui borde la mer de l'autre côté, se fait déjà j)resque sentir 2, et il y a je ne sais quoi de numide ^ dans les cris sauvages qu'on entend de toutes parts. Ces visages bruns , ces vêtements formés de quelques morceaux d'étoffe rouge ou violette, dont la couleur foncée attire les regards, ces lambeaux d'habillements que ce peuple artiste drape encore avec art, donnent quelque chose de pittoresque à la populace, tandis qu'ailleurs l'on ne peut voir en elle que les misères de la civilisation *. Un certain goût pour la parure et les décorations se trouve souvent à Naples à côté du manque absolu des choses nécessaires ou commodes. Les boutiques sont ornées agréablement avec des fleurs et des fruits; quelques-unes ont un air de fête (jui ne tient ni à l'abondance ni à la félicité publique, mais seidement à la vivacité de l'imagination ; on veut réjouir les yeux avant tout. La douceur du climat permet aux ouvriers en tout genre de travailler dans la rue. Les tailleurs y font des habits, les traiteurs leurs repas ^, et les occupations de la maison, se passant ainsi au dehors , multiplient le mouvement de mille manières. Les chants , les danses , des jeux bruyants , accompagnent assez bien tout ce spectacle, et il n'y a point de pays 011 l'on sente plus clairement la différence de l'amusement au bonheur. Enfin, on sort de l'intérieur de la ville pour arriver sur les quais, d'où l'on voit et la mer et le Vésuve, et l'on oublie alors tout ce que l'on sait des hommes.

— M™« DE STAEt. —

STAEI.-H0LSTE1S (Annc-Louise-Ocrmaine Necker , baronne de)

ÎSée à Paris, le 22 avril née, madame de Staël ,

(ille de Netkcr, ministre des finances sous Louis xvi, < st une des plus illustres renommées de notre époque j le 19" siècle l'a placée à côté de Cliâleauliriand,et la considère comme le premier apôtre lits nouvelles doctrines littéraires et pliilosophi- «[ucs. KUe épousa, à l'àive de vingt ans, le baron (Ir Staél-liolslein , ambassadeur de Suède, (juand iclala la révolution, elle lit des vœux pour le iiioniplie de sa cause ; mais, admiratrice passionnée lie son père , elle sacrifia à ses affections privées son enthousiasme pour la liberté, quand elle vit (Il croître et tomber la popularité de M. de Necker. [•'ailleurs ses théories politiques ne s'accordaient pas avec les désordres et les excès de la Révolution, l'rofondément affligée de la mort de Louis xvi, elle publia une admirable apologie de Marie-Antoinette. Après le 9 thermidor (chute de Robespierre), elle fil paraître plusieurs brochures poli- (iques , et joua un grand rôle dans les affaires de ( t'tte époque.

.'>on caractère enthousiaste devait la mettre au nombre des admirateurs de Napoléon ; mais , comme il avait cruellement blessé sa vanité de tenuTie , elle devint son ennemie :

L'amour-propre offensé ne pardonne jamais.

Il s'engagea donc entre eux une lutte dans laquelle tout l'avantage devait rester à madame de Staël, quoique vaincue. Exilée de France , elle retrouva une patrie en Allemagne , au milieu des savants , des philosophes et des poètes de ce pays, (.'est à cet exil que nous devons Corinne, célèbre roman plein de charme et d'intérêt, et son bel ouvrage sur V Allé magne. Ce dernier, le|)lus important de tous, a puissamment contribué à faire naître en France une ère nouvelle pour les arts , la littérature et la philosophie.

Parmi ses autres productions, on remarque ses Considérations sur les principaux éiénenients lie la révolution française, et un livre intitulé : De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales.

Son style, qui réunit l'élégance et la force, est I 11 rapport avec l'énergie des pensées et avec l'enthousiasme qui les caractérise très-souvent.

Madame de Staél mourut à Paris, le u juillet isis.

Ses œuvres forment n vol. iu-g"; chez Uauman et C<^., à Bruxelles.

' — Pour parler plus généralement , la civilisalion à Naples fait exception.

2 — La rire se fait sentir, mauvaise alliance de mots. Son infhience ou Vitifluence de la rice se fait sentir seraient des expressions plus convenables.

5 — Les Numides, peuples du nord de l'Afrique étaient nomades, quoique vivant sous un gouvernement monarchique. C'étaient lespeuples les moins civilisés de l'Afrique septentrionale, et conséqiiemment ceux dont le langage était le plus rude, le plus sauvage.

* —Cette antithèse nous rappelle une excellente comédie. Luxe et Indir/ence, où sont parfaitement peintes, dans la haute classe de la société, les misères de la civilisation.

* — Pour éviter toute équivoque, madame de Slaél aurait pu dire : des repas, ou mieux leur cuisine.

Observation f/énérale .Ce tah\eau[)r6sonlc une pcinliirc vivo cl iiiltoresquc; le style en est poétique et fortement coloré.

— 1713.— Mort «le Chardin, célèbre voyageur en Perse.

LE VOTAGEUR COSMOPOLITE.

1.C soleil de vingt cioiii a mûri votre vie, Partout où vous inrna voire inconstante envie.

Jetant et rania&iant , Pareil an laboureur qui récolte et qui sème. Vous avez pris des lieux et laissé de vous-même

Quelque chose en passant.

— V. Hugo.—

11 y a de prétendus voyafjeurs qui ne s'arrèlenl jamais. Où vpnt-ils? Dieu le sait ; mais ils vont toujours. Les diligences les emportent, les hôtelleries les voient, les chiens aboient, les mendiants crient : ils vont. Les monuments filent, les jeunes filles regardent, les vieillards toussent : ils vont. Ou leur montre des glaciers, des tableaux de Raphaël, la cathédrale de Milan, le Tunnel ' de Londres : ils vont encore. Leur paroisse, c'est la grande route; ils vivent ici et la; ils ne meurent nulle part et sont nés partout. Impôts, famille , garde nationale, patrie: cpie leur importe ! Ils choisissent un gouvernement pour trois semaines, avec la table d'hôte ; quand le cuisinier est mauvais, ils paient la carte et changent de ministère; le budget ne les inquiète pas; c'est la marée. Stationnaires par intérêt, mobiles par état , ils font de la propagande en même temps c|ue de l'appétit 2; ils portent une nouvelle et une roue de rechange ; ils sèment des révolutions , mais ne les recueillent pas. Ces voyageurs bienheureux ont des rentes sur toutes les places de l'Europe; ils passent le printemps à Rath ^, l'été en France, en Suisse, sur le Rhin ; l'automne à Genève ou à Paris ; l'hiver à Florence. Leur mobilier des quatre saisons consiste dans une malle à compartiments où les agréments les plus menus de la toilette, .sous forme délicate et commode, sont réduits à leur plus simple expression ; on y trouve le passe-port et le tire-poil ; mais les rasoirs sont anglais, c'est un axiome *. Nos cosmopolites connaissent tout le monde , et personne ne les connaît; ils vous disent atfieu, sans façon, sur le marchepied, pour un autre monde 5; et on ne sait lequel. C'est l'existence la plus monotone et la plus divertissante , la plus oisive et la plus occupée, la plus égoïste et la plus sociable ^.

— A>Dnf. DELniEC —

DELRIEl- {André)

Fils de Delrieu, auteur dramatique très-fécond,

et dont la moilltnire traj^édie est Ârtaxerce. Delri'cu Bis icrit liaiis les journaux, et surtout dans le Temps; ses arliiles décèlenl beauroup de talent.

Il vient de juiblier un roman, linjiiiité, ï vol. in-is ; chez Uauinan et t>.. à Bruxelles.

' — Passai;e souterrain sous la Tamise. Cette entreprise hardie. dirit;ée par un in^jt'nieur français, n'est pas encore achevée.

* — Faire de l'appétit , n'est guère intelliiîible. "» — liath, ville maritime d'.\n[;leterre, Irès-

fréquentée à cause de ses bains : c'est le rendezvous de la haute société.

* — Mol prétentieux et faussement appliqué : axiottte ne peut pas se rapi)orler à un objet, quel- (jue indirectement que ce soit, mais seulement à une opinion, comme si l'auteur avait dit, par exemple , que les rasoirs anglais sont les meilleurs.

^ — Un autre monde est sans doute ici pour une autre j>artie du inonde.

8 — Antithèses trop multipliées.

Observation générale. Celte légère composition est une peinture animée et vraie d'un travers fort commun de nos jours. On regrette, en la lisant, (jii'ello soit aussi brève et aussi rapide. Le style en pourrait être plus châtié, mais il y a de la facilité'et de l'enjouement.

- 1740. — Froid excessif en France , en Allemagne et dans la parlie septentrionale de l'Euroi)c.

L'ORAGC DE TAMANTOUL.

Là l'Hiver tient sa cour ; là , ce despote , assis Sur d'énormes glaruiis par vingt siècles durcis. S'entoure d'ouragans, de lempêles. d'orages. Ébranle au loin la mer . la couvre de naufrages. — RouciiEA. —

Un oraj^e de neige est le plus lerriMe des orages; et, de toutes les villes du momie, aucune n'e.st plus exposée aux effets destructeurs de ces tempêtes glacées, que Tamautoul dans les llighlands '. Klle est conuue encaissée et perdue entre de hautes montagnes , d'où les torrents se précipitent et s'entassent sur ses fragiles édifices, cent fois détruits par la violence des avalanches, toujours reconstruits par leurs hahitauts oi^stinés ^. Les régions méridionales avec leurs tonnerres et leurs volcans, ne peuvent donner l'idée de ce que la nature réunit de tirreurssultlimes et funèbres, quand des régions froides, hérissées de monts et voisines de la mer, sont le thé;Ure f|ue ses convulsions ébranlent. C'est, au sein de la nuit, une neige élilouissanle qui , tombant en niasses épaisses et obliques, menace de tout engloutir ; c'est le vent (pii , arrêté dans sa course par d'immenses forêts et des pics aigus, siffle et hurle coiiiiik' si toutes les légions infernales avaient rompu leur ban '. Les bruits

qui accompagnent ce déluge de neige et cette révolte des vents ne sont pas moins épouvantables. La l'oudre gronderait sur votre tête, vous ne l'entendriez pas, tant les mille cataractes (jui vous entourent, les collines dont tous les échos mugissent à la fois, l'Océan lointain (|ui luuit.el lesarbres qui se brisent, et les rocs qui se détacfient et se fracassent en loml>aiit. se mêlent dans un horrible tumulte. Tamantoul n'est accessible que par des sentiers ou gorges étroites , tombeaux des voyageurs qui s'y engagent par un mauvais temps. En 1812, on trouva deux courriers de la poste étendus morts dans une de ces avenues, que la neige comble et obstrue en peu de temps*. A vingt pas de la ville , vous péririez sans secours. La neige vous aveugle, votre langue se glace, vos pieds s'arrêtent; quelques minutes suffisent pour ensevelir le malheureux que son imprudence , ou son inexpérience a porté à braver cette guerre acharnée que les éléments livrent à la vie de l'homme.

— Ph. Chasles.—

CHASLES {Philaréte)

Né à Mainvilliers, près de Chartres, en 1:99. Élève de son père, savant très-versé dans les langues anciennes, et surtout dans la langue latine, qu'il enseignait avec beaucoup de succès par une méthode toute particulière. Vers l'âge de 2u ans, Philarète Chasles |»assa en Angleterre où il se livra à une étude approfondie des meilleurs écrivains de ce pays. Ses princii)aux ouvrages sont : 1" Essai sur la situation politique de l'Espagne, traduit de Bentham; 2" la Fiancée de lii-narès, (toéme mêlé de prose ; on y remarque une versification pure et liarmonieuse, une imagination rêveuse et mélancolique ; 30 le Père et la Fille, résumé de l'histoire de Suisse, tableaux animés et dramatiques; i° Caractères et Paysages, charmant recueil de peintures gracieuses et pittoresques puisées dans la nature et dans les ina-iirs de l'Angleterre; s'" Tableau de la littérature française au 16'' siècle, ouvrage où l'auteur a fait preuve d'une critique ingénieuse et surtout d'une imagination brillante et poétique.

M. Chasles a travaillé à divers journaux, à l'Encyclopédie moderne. Ji la Revue de Paris, aux Cent-et-Un, etc. Son style est coloré, flexible et pittoresque. Parla tournure de son esprit, il semble appartenir i^ la littérature anglaise, à laquelle d'ailleurs il doit beaucoup.

' — Partie septentrionale et montagneuse de l'Ecosse, llighlands signifie terres hautes.

2 — Les habitants de Résina etdeTorredel Greco. royaume de Naples sont un exemple plus fra|)pant I encore de cette obstination tpii n'est autre cfiose ! qu'un ardent amour du sol qui les a vus naître. I llsont rebâti ù diverses reprises leurs demeures ensevelies sous les cendres du Vésuve.

5 — Certains hommes danj^ereiix . certains condamnt's ont, après avoir subi leur jteine, un domicile déterminé. un rayon assif;né (pi'ils ne sauraient dépasser sans encourir des peines graves; lorsqu'ils

font infraction à celte règle, ils rompent leur ban: c'est celte expression que rauleura employée H[;iiréinenl.

* — La {îradalion serait mieux observée si l'on disait obstrue et comble.

OhservntiongentraJe . Peinture vraie et pittoresque, style énergique et plein d'une harmonie imitalive.

-1763.— Uorl de Racine le fils (Louis Racine), auteur des pot-mcs de la Grâce et delà Religion.

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