LES SAVOYARDS ET LA SAVOIE
Chanlr tant ([iie la vie est pour loi moins amère. Enfant, prrnds ta iiiannotto ot tun I^gor trousseau ; U^pute on clieininatil le!> cliaiuons de la mure, Quand ta nierc cliantait autour de ton berceau. — A.(juikai;d. —
Les peuples de Savoie naissent seulement tians leurs vallées, et n'y reviennent que pour mourir'. Seinl)Ial)les à ces grands fleuves que leurs montagnes versent à rAlIemagne, à l'Italie et à la France, ils se répandent comme eux dans les contrées qui les avoisinent, après avoir puisé dans leurs chaumières, qu'ils n'oublient jamais, ce qu'ils n'eussent point trouvé ailleurs , la simplicité et la droiture du cœur, et une fidélité aussi incorruptible que la neige de leurs glaciers 2.
C'est ordinairement sur la fin de l'automne, que les caravanes se rassemblent ; les brouillards du matin ne sont pas encore dissipés. Ouelles sont les mères qui , depuis huit jours , ont goûté quelque repos , tant elles ont été accablées de soins et d'inquiétudes ! il a fallu rapiécer la veste de bure , faire partir les enfants avec du linge blanc; et puis, auront-ils toujours du travail et du pain?... Que de pleurs ont interrompu ces occupations ! que de prières faites du fond du cœur! Enfin arrive le jour où il faut se séparer. 11 y a toujours dans le hameau un ou deux hommes qui ont fait leur tour de France , et qui sont chargés de conduire tous ces enfants : ils sont là, debout, commandant déjà à leur petite troupe, et rassurant les femmes qui s'affligent; les enfants sont tristes et soumis, car le curé leur a dit que Dieu le voulait. Ils mettent dans leur sac le pain qu'on leur donne, parce <iu'il.s n'ont pas le courage de manger; ils regardent, sans les écouter, les mères qui leur font longtemps leurs recommandations, et puis les embrassent. On dit enfin la messe des voyageurs : il y a un grand recueillementdans toute l'église; après, chacun se prépare; les hommes faits, pendant ce temps, parlent de leurs voyages; on donne aux enfants la petite caisse où dort la marmotte ; on leur enseigne à tenir les outils du ramoneur; les mères attachent la besace sur leurs épaules, les embrassent une dernière fois, et rentrent pour l)leiirer. La caravane descend silencieusement le chemin de la colline, accompagnée de quelques enfants plus petits , de parents qui encouragent ceux qui parlent, et du vieux curé qui les arrête enfin à une croix de bois placée au détour du chemin , les bénit encore , et ra-
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mène au village tous ceux qui doivent y rentrer.
— Alex. Guiracd. —
(Voyci le 19 juillet.)
' — Ceci n'est pas exact. Les peuples de la Savoie aiment trop leur pays pour se contenter d'y aller mourir, quand ils l'ont (piitté. Ils y font de fréquents \oyages; ils enrichissent leur patrie de ce que leur industrieuse (''conoraie a tiré des contrées voisines; et si, comme les Meuves de leurs montagnes, ils se répandent sur les terres étrangères, c'est pour revenir souvent visiter la terre natale, tandis que ceux-ci ne remontent point vers leur source.
2 — Cette dernière partie de la comparaison est recherchée et manque de justesse.
Observation générale. Peinture intéressante qui reproduit en style harmonieux et poétique le caractère grave, triste et religieux d'une migration des enfants de la Savoie. Peut-être M. A Guiraud qui, par ses vers mélodieux, a su nous intéresser vivement en faveur des jeunes Savoyards , a-t-il donné à cette scène trop de pathétique, peut-être la réalité a-t-elle moins de poésie que l'imagination de fauteur; mais on ne saurait lui faire un reproche de juger les hommes, et surtout des mères , selon son cœur, et de les peindre avec son imagination.
— 420. — Pliaramond, élevé sur un pavois, est élu premier roi des Francs.