‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 242 sur 370 · LES FRANCS · texte numérisé non relu

LES FRANCS

Pour l'art seul des combats les Dieux les ont fait nalti Et le Franc est guerrier avant de se connaître. Dans les rangs ennemis soudain il se fait jour ; Devant lui, chefs, soldats, succombent tour à tour. A la fuite jamais rien ne peut le réduire; Frappé du coup fatal , invincible , il expire : S'il n'est plus* son visage est fier et menaçant, Saisit de crainte cncor l'ennemi pâlissant.

— DcSAULCHOr. —

Parés de la dépouille des ours , des veaux marins, des urochs* et des sangliers, les Francs se montraient de loin comme un troupeau de bêtes féroces. Une tunique courte et serrée laissait voir toute la hauteur de leur taille, et ne leur cachait pas le genou. Les yeux de ces Barbares ont la couleur d'une mer orageuse; leur chevelure blonde, ramenée en avant sur leur poitrine , et teinte d'une liqueur rouge, est semblable à du sang et à du feu. La plupart ne laissent croître leur barbe qu'au-dessus de la bouche , afin de donner à leurs lèvres plus de ressemblance avec le mufle des dogues et des loups. Les uns chargent leur main droite d'une longue framéeî; et leur main gauche d'un bouclier qu'ils tournent comme une roue ra[)idc ; d'autres, au lieu de ce bouclier, tiennent une espèce de javelot nommé angon , où s'enfoncent deux

i>(; SEPTEMDllE.

fors rt-coiirbés: mais tous ont à l;i rcinturo la ri'ilmit;i!ilcfi;iiuisiiiu' . csiit'ce de huche ;i deux traticluiiits , iloiit \c iiKinclic ost icrouvcrl criin dur acier : arme fuiusU' que lo Franc jette en poussant un cri de mort, et »iui niiUKjue rarement de frapper le l)ul qu'un œil intrépide a manpié.

Ces Barbares, fidèles aux usaj;es des anciens Germains, s'elaient formés en coin ^. leur ordre accoutumé de l»alaille. Le formidable triauj^le, ou l'on ne distini;uail (ju'une furet de framées, des peaux de i)èles et des corps demi-nus, s'avançait avec impétuosité, mais d'un mouvement Cjjal . pour percer la ligne romaine. A la pointe de ce triangle étaient placés des braves <pii conservaient une barbe lonjyne et hérissée . et (pii portaient au bras un anneau do fer. Ils avaient juré de ne quitter ces mar(pies do servitude qu'après avoir sacrifié un llomain.

Cliaque chef, dans ce vaste corps , était environné des guerriers de sa famille, afin que , plus ferme dans le choc, il remportât la victoire ou mouriU avec ses amis.* Chaque tribu se ralliait sous un symbole : la plus noble d'entre elles se distinguait par des abeilles, ou ti'ois fers de lance. Le vieux roi des Sicambres, PharamoncH. conduisait l'armée <'ntière et laissait une. partie du commandement à son petit-fils Mérovée. Les cavaliers francs , en face de la cavalerie romaine, couvraient les deux côtés de leur infanterie : à leurs cas(iues en forme de gueules ouvertes , ombragés de deux ailes de vautour , à leurs corselets de fer, 'a leurs boucliers blancs, on les eût pris pour des fantômes ou pour ces figures bizarres que l'on aperçoit au milieu des nuages peu- (lant une tempête. Clodion , fils de Pliaraniond '•' et père de 3Iérovée, brillait h la tète de ces cavaliers menaçants ^.

Sur une grève , derrière cet essaim d'ennemis, on apercevait leur camp semblable à un marché de laboureurs et de pécheurs; il était rempli de f(-mmes et d'enfants, et retranché avec des bateaux de cuir et des chariots attelés de grands bœufs. Non loin de ce camp champêtre, trois sorcières en lan)benux ^ faisaient sortir déjeunes jjoulains d'un bois sacré , afin de découvrir par leur course à cpiel |iarli Tuiston ** promettait la victoire. La mer d'un cùlé, des forêts de l'autre, formaient le cadre de ce grand tableau.

Le soleil du malin, s'échappant des replis d'un nuage d'or, verse tout à coup sa lumière sur les bois , l'océan et les deux armé<'s. La terre parait «'mbrasée du feu des cas(pies et des lances, les iuslrumrnls guerriers sonnent l'air antique do Jules-César parlant pour les (taules. La rage s'empare do tous les ca-urs , les yeux roulent du sang, la main frémit sur l'épée. Les chevaux se cabrent, creusent l'arène, secouent leur crinière, frappent de leur

bouche écumante leur poitrine enllammée,ou lèvent vers le ciel leurs naseaux brûlants , pour rosjjirer les sons belliqueux.

— De Cll\TEAl'BBU^D. —

Les Martyrs. (Voyci le 6 janvit'r.)

' — IJroch. bceuf saiivajijo.

* — Fraiiiéc, arnie nalionale des Francs : c'était une javcliiio en fer èlroit et tranchant. Kilo élail ixiiir eux ce (pie la robe virile èlait pour les Uoinaiiis.

^ — Cet usage n'était j)oint particnlier aux Germains : Jnnihril le mil en |)rali(|iie avec succès, à Cannes, it lui diil le gain de la bataille.

* — J'/taïamoiiil, chef des Francs, dans le commeneenienl du cin(|iiiènie siècle. Les Francs, jieuj)le de la (iernianic, essayant de secouer le Joug des lîomains, tireid, sous la conduite de J'Iiaraviouit, (livcises inenrsionsdans la Gaule, vers l'an 120, é|tO(|ne où ce chef fui élu roi.

Les Sicaiiihres étaient des ix'uples belliqueux de la Germanie. On confond souvent leur nom avec celui des Francs.

^ — Clodion, surnommé le Chevelu, succéda à Pharamond vers l'an 428. Vaincrj |)ar .-/éZ/Ms, gé néral romain, il effaça celle défaite par des vie loircs; et. s'avaneani du Hliin vers la .Somme, s'einiiara de diverses |)Iarcs. jusqu'à Amiens où il mournl en -us, laissant le lione à Mcroréc, son deuxième fils. Ce fut, dit-on, la douleur d'asoii perdu son fils aîné qui causa sa mort.

^ — C'est par extension (|ue l'auteur a employé l'adjeelif 7»eHffr«/i/s en rapport avec caialicis; ([uoique cet adjeelif ne se dise ordinairement (pic des choses, il serait bien rigoureux de hIAmer l'iisa};e <|u'cn fait ici l'auteur.

^ — Un habit, un vêlement est en lambeaux ; une personne est couverte de lambeaux.

*> — Tuiston, dieu des Germains et fils de la Terre. C'(^st le même que le Tcnlatcs des Gaulois. (Voyez Tacite, Mœurs des Germains, ch. 2.)

Observai ion (jénérnlp. Ceftc peiii(iir(î niai;iqiic d'niK! arin(';cdc l)ai'l)arcsa toutraUi'aiuriiiispcclaficiîraiid, nouveau et Ici rihie. Cette desciiplioii , lit/potypose anmCv. nuît sous les yeux du lecteur un tableau iin- )»osant et terrible. l,e style . d'une pocîsie colorée et forte , est en harmonie j)arfaitc avec le sujet.

- I()()(l. — Derniers moments de saint pincent rie Faitlr , inoi-t le 27 , â quatre licurcs et demie du malin , âi;<? il»' Si une.

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