‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 255 sur 370 · AMOUR DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

AMOUR DE LA PATRIE

Ce saiivngc ingénu (I) , dans nos mnrs transporté , Rrgrrttail dans son rœnr fin douce liberté , F.t son ile rr.inte , et ses plaisirs fariles. Ébloni , mais lassé , de l'éclat tic nos villes. Souvent il s'écriait : Kendc/.-nioi mes forets! — Dklille. —

L'iiisljiicl sjKTialciiient aifecté à riiomnie, le plus beau , le plus moral des instincts, c'est V amour (le la patrie Si celle loi n'était soutenue par \\n miracle toujours subsistant , et au(|iiel, comme à tant d'aulres , nous ne faisons

(l)Polaveii, O-Taitien.

aucune attention , les hommes se précipiteraient dans les zones teini)érées, en laissant le reste du {^lobe désert'. On peut se figurer quelles calamités résulleraient de celle réunion du genre humain sur un seul point de la terre. Afin d'éviter ces malheurs, la Providence a, pour ainsi dire, atlaché les pieds de chaque homme à son sol natal par un aimant invincible^. Les glaces de l'Islande et les sables embrasés de l'Afrique ne manquent point d'habitants.

il est même digne de remarque que plus le sol d'un pays est ingrat, plus le climat en est rude, ou, ce qui revient au même, plus on a soulfert de persécutions dans ce pays, plus il a de charmes pour nous s. Chose étrange et sublime ! qu'on s'attache par le malheur, et que l'homme qui n'a perdu qu'une chaumière soit celui-là même qui regrette davantage le toit paternel! La raison de ce phénomène , c'est que la prodigalité d'une terre trop fertile détruit, en nous enrichissant, la simplicité des biens naturels qui se forment de nos besoins*.

Tout confirme la vérité de cette remarque. Un sauvage tient plus à sa hutte qu'un prince à son palais, et le montagnard trouve plus de charme à sa montagne que l'habitant de la plaine à son sillon. Demandez à un berger écossais s'il voudrait changer son sort contre le premier potentat de la terre ^ ; loin de sa tribu chérie, il en garde pourtant le souvenir; partout il redemande ses troupeaux, ses torrents, ses nuages; il n'aspire qu'à manger son pain d'orge , à boire le lait de sa chèvre, à chanter dans la vallée ces ballades que chantaient aussi ses aïeux. 11 dépérit s'il ne retourne au lieu natal 6, C'est une plante de la montagne ; il faut que sa racine soit dans le rocher ; elle ne peut prospérer si elle n'est battue des vents et des pluies: la terre, les abris et le soleil de la plaine la font mourir.

Avec quelle joie il reverra son toit de bruyère ; comme il visitera les saintes reliques de son indigence!

Qu'y a-t-il de plus heureux que l'Esquimaux dans son épouvantable patrie? Que lui font les fleurs de nos climats auprès des neiges du Labrador? nos palais auprès de son Irou enfumé? 11 s'embarque au printemps avec son épouse^ sur quelque glace flottante. Entraîné par les courants, il s'avance en pleine mer sur ce trône du dieu des tempêtes. La montagne balance sur les flots ses sommets lumineux et ses arbres de neige; les loups marins se livrent h l'amour dans ses vallées, et les baleines accomiiagnent ses pas sur l'Océan. Le hardi sauvage, dans les abris de son écueil mobile**, presse sur son cœur la femme que Dieu lui a donnée 3,

Ce barbare a d'ailleurs de fort bonnes raisons pour préférer son pays et son état aux nôtres , toute dégradée que nous paraisse sa

10 OCTOBRK.

11 OCTOliUi:.

naliiri"'^': on recoiinail. soit vu lui. soil tl.nis les arts qu'il j)r;iti»nit'. «lutltun' cliosc (|iii tlécèh'eiicori' la ilij'.iiilo tU- l'Iuuiiiii*'. L'I'.mopecn se pt'iil tons Ifs jours sur un vaisseau, rlu-fd'œu\ re (il' rimluslrit' huiuainc. au uuMue boni où rKsquiuiaux. Hollaiit «lans une peau de veau marin , si' ril de tous les dain;(rs. 'ranl(\t il entend i;r«Midt r rOccan (|ui le couvre à cent pieds au-dessus de sa tèle ; tanliM il assié{ïe les cieux sur la eiine des vai;iies. Il se joue dans son outre au milieu îles Ilots , eonnne un enfant se balance sur des l>raiiclies unies, dans les paisibles jirolondeins d'une fortH. Kn plaçant cet honuiie dans la rt\(îion des orages, Dieu lui a mis une iuan|ue de royauté: <( Va, lui a-t-il crié du milieu dti tourbillon . je te jette nti sur la terre; mais afin que. tout misérable (pie lues", ou ne puisse nieeounaitre tes destinées, lu dompteras les moiislres de la meravec nu roseau, et lu mettras les tempêtes sous les pieds. •'

Ainsi, en nous altaeliant ii la patrie, la Providence justifie toujours ses voles, el nous avons pour notre pays mille raisons d'amour. L'Arabe n'oublie point le puits du cliameaii . la gazelle, el surtout le cliival , compagnon de ses courses; le nèi;re se rappelle toujours sa case , sa zagaie , son bananier, et le sentier du zèbre et de l'elépliant.

— De ('.HATEAIBRIA>D.—

(VoY.I K- fijnnvi.r.)

' — C'est ce qu'ils onl fait, c'est ce qu'ils ont constamment tenté de faire dans tous les temps et dans tous les lieux. Les traces de ces grandes migrations sont visibles encore dans les deux Amériques ; pour r.\sie, l'Afrique et l'Europe, ce sont des faits avérés.

2 — C'est ici un sentiment individuel résultant de l'habitude; mais si l'on voulait sonder les replis du cœur humain, peut-être finirait-on par découvrir que l'attachement de certains peuples |)our un pays sauvage résulte de l'impossibilité où ils sont d'en habiter un meilleur.

Dans le roman de U'aicvrley, les convives du festin de Mac-Criéfjor avaient, chacun devant soi, une boisson dont la qualité était calculée sur l'importance du convié : pour les uns, du vin ; pour le |ilus grand nombre, de l'aie ou de la i)itre. Chacun, dit /^aller-Scott , vantail, h rexclustoii de tout autre liquide, rehii (|ui lui était respectivement destiné. On |)eul tiouver dans ce fait l'explication de bien (\ha prc/'éreuces.

' — Out'lques puristes ont !»l;uné l'emploi de woM^ et de rowv en rappcjrt avec le proïKnu inib'lermin('' on: mais le linn usage l'a aulorist'. K'.iilleiirs. eoinmenl |Miiirrail-on rendre aulreiiieril la m('me |)ensée i* (Voyez ma «Jraimnaire, n. :,n.)

* — Dans l'ancien eonnne dans le nom eau monde, les terres les plus fertiles sont habitées. m jourd'hui par les peuples les plus pauvres, les niouis civilis(''s. el chez les(|uels la siiii/ilicilr (les Unis naturels n',! dil subir que tort peu d'altération.

^ - Il faiidrnil ici : ro/»//e eetni du premier po tentât de la terre.

* — Ceci nous rappelle le célèbre ranz des

radies, ce chant de la Suisse, (jue ne pouvaient entendre les soldats de ce pays, au service de France, sans en être vivement alfectés. Il s'en .suivit tant de désertions, que ce chaut leur fui interdit.

^ — Le mot épouse est un peu recherché pour (h'signei' la feuune d'un KscpuMiaiiy. Au reste, au jourd'hui un pair de trame dit ma feiii/tie, el sou portier dit mon é/>ouse. Cependant, Ji la seconde et à la troisi('me personne, it est plus convenable d'employer le mot épouse.

" — On ne com|)rend guère |)i)urquoi l'auteur donne le noui iVécueil à une banpie légère.

y -- Le style de tout ce tableau est anq)oulé. et jtrésente souvent des images ou fausses ou trop iiyperboli(pK's.

'" — H faut dire Toute dégradée que nous parait sa nature, ou quelque degrailée que nous paraiss'* sa nature. La prenii('re proposition est af/i rma f ive, vlh\ seconde supposi'titc o\i dubitative. (\ oyez ma Grammaire, n.ws.)

" — \oyez la note |)récédenle.

Observation q&nèrah'. Les dtHeloppcnieiiIs donmis par M. de Chateaubriand sur l'amour de la pairie soûl pleins de poésie et de ehaïuie. Les laits ne sont pas toujours présentés avec une extrême exaclitiute ; mais ils sont ex|)rimés avec cette magie de taleiil.tpii donne souvent au paradoxe toute la force de la Nérité. (Miels tableaux pracieux <pie ceux de l'Ecossais et de i'Ksipiiluaiix ! avec quelb' poésie ravissante l'auteur a su peindre l'iustiiict qui les attache à leur patrie!

- \'IG.—I.c Maréchal de Montrcvcl, qui «'«jImU distingué |

|).ir un î;raiul nombre (factions de valeur, meurt de frayeur en dinanl, i)aree qu'une salière s'était renversée sur lui.

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