AUGURES ET PRÉSAGES
Les |)r('jiig6> ouiit les dieux du vulg.un'.
VOLTAIHK.
l^a siipersUtion était si répandue chez les anciens, que la vue d'un rat, le passage d'un blaireau, pouvaient changer les destins de la ré|)ublique. L'apparition subito d'une souris obligea Fabius Maximiis' d'abdi(pier la dictature, et le consul Haminius'^ de renoncer au commaiidemeiil de la cavalerie. On gouvernait l'Ktat sur l'avis d'un poulet"'; on portait les lois . on décidait de la paix ou de la guerre d'après le bêlement d'ini mouton ou les entrailles d'un chevreau * ; le prinei[)e de la puissance légi.slalive était dans les basses-cours. Annibal, pressant le roi rriisias'' de livrer balailleaiix IVomains, le iiKUianpies'en excusa, en disant (pie les victimes .s'y opposaient : <i C'csl-;i-dire, rejuit Annibal , «pie vous préférez r.ivis d'un mouton à celui A'iin vieux général. »
Claudius IMilcher*, prêt à livrer bataille aux (carthaginois, fil constilter les poulets. Ou
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vint lui (lirr qu'ils refusaient de man[i[cr. »■ Hé bien, répondit-il, jele/-les;i la uier; peut-être voudront-ils boire. )> Le mot était plaisant; mais il fallait f;as;ner la bataille. Claudius la perdit, et les auj-ures n'en furent ([ue plus en vogue.
Il est triste »[ue ee respect pour les aui',ures ait rendu souvent les Jlomains féroces et sanguinaires. Un précipitait dans le Tibre les enfants ipii naissaient avec (piebpies diHormifés, ceux qui avaient deux têtes, (piatre jambes ou six doif.ts. Julius Obsequens^, (pii a recueilli tons les prodiges arrivés à Iloine, en cite une foule d'exemples. Le sang des victimes humaines n'était même pas épargné en certaines circonstances. J'Iine^ rapporte que de sou temps , on enterra tout vif un Grec et une Grecque pour satisfaire à quelques augures. Dion accuse César d'avoir fait immoler *leux hommes» au Champ-de-.Mars.
N'est-il pas étonnant cpie les plus beaux génies n'aient pas su s'affranchir de ces tristes et ridicules superstitions? Virgile, Horace, Tacite, Pline le Jeune, témoignent en mainte occasion leiu* respect pour les augures. Auguste avait l'esprit remjdi de visions et de chimères ; il s'imagina qu'une sédition élevée parmi les soldats de sa garde provenait de ce qu'il avait mis ce jour-là son soulier droit au pied gauche 'o. Le célèbre Tycho-Brahé" tremblait a la vue d'un lièvre, el revenait sur ses pas s'il en apercevait un sur son chemin. L'abbé de Voiscnon'^ avait à peu près la même faiblesse : il redoutait surtout la rencontre d'un capucin. Un jour qu'il était allé à la chasse sur un terrain fort giboyeux , il eut le malheur d'apercevoir un de ces malencontreux enfants de saint François. Dès ce moment il ne put tirer un seul cou|) juste; et, comme on se moquait de lui : « Vraiment , Messieurs, vous en parlez fort à votre aise; vous n'avez pas rencontré un ca})ucin. :>
Nous sonmies aujourd'hui un peu déchus de la foi de nos pères. Un tison qui roule , une araignée qui file , une oreille qui tinte, voilà à peu près à quoi se réduisent tous nos augures; encore nond)re d'esprits forts ont-ils la malhonnêteté d'en faire fort peu de cas. On se demande quel rapport il peut y avoir entre un tison et une visite, un mqivement convulsif qui fait tinter l'oreille et la conversation de quelques personnes, entre un trésor et une araignée. Du reste, l'araignée qui, pour quelques-uns est le signe de la richesse, devient pour d'autres la cause d'une terreur vérita!)lc. " Le duc de Lorraine , dit quelque part Hclvétius, ilonnait un grand repas à toute sa cour. On avait servi dans le vestibule, et le vestibule donnait sur un parterre. Au milieu du souper, une dame croit voir une araignée. La peur la saisit , elle, pousse un cri , quitte la table , fuit dans le jardin et tombe sur le ga-
zon. Au moment de sa chute, elle voit (pndqu'un rouler à ses côtés : c'était le premier ministre du duc. — Ah! Monsieiu', (pie vous me rassurez , et que j'ai de grAces à vous rendre ! Je craignais d'avoir fait une impertinence. — lié ! Madame , cpii pourrait y tenir ! Mais , dites-moi, était-elle bien grosse? Ah! Monsieur, elle était affreuse! — Volait-elle près de moi? — Oue voulez-vous dire? une araignée voler ! — Eh quoi ! reprend le ministre, pour une araignée vous faites ce train-l'a ! Allez, Madame , vous êtes folle ; je croyais , moi , que c'était une chauve-souris. »
H ne faut point finir cet article sans dire un mot des})résages «pi'on lire de quehiue événement particulier. Ouand Scipion tomba en débarquant en Afrique, il eut peur que son armée n'interprétât cet accident d'une manière défavorable; il écarta cette prévention en homme habile : u Dieu soit loué ! s'écria-t-il, je prends possession de l'Afrique. » Guillaumele-Conquérant fit la même chose en débar- (piant en Angleterre. Les désastres qui eurent lieu aux fêtes du mariage de Louis xvi , furent regardés comme le signal d'un règne malheureux. On tira le même présage de l'incendie qui eut lieu chez l'ambassadeur d'Autriche, au bal donné pour l'archiduchesse Marie- Louise'^.
Félicitons-nous d'être nés dans un siècle où l'on peut se moquer impunément du vol d'une pie, du cri d'un corbeau ou du gloussement d'une poule. Les augures sont de vieilles superstitions méprisées aujourd'hui.
— Salgues. —
SALGL'ES [Jacques DarthClcmy^ .
Né à Sens, vers neo. il entra dans la carrière ec- ( lésiastique, et devint professeur d'éloquence au collège de cette ville. Il enil)rassa les principes de I.! Révolution avec tant de chaleur, qu'il obtint Il place de procureur de la commune à Sens. En 1797, il entreprit la rédaction d'un Journai des Spectacles, <pri n'eut point de succès. A la restauration, il se prononça fortement pourIacau.se des Rourbons, et lorsque Napoléon revint de l'île d'Elhe, il publia contre lui, dans \cJounial de Paris, des articles pleins de virulence. (|u'il réproduisit dans des afîi<hes <pii furent placardées sur les murs de tous les (|uartiers de l'aris.
Sous la .seconde restauration, M. Sahjues élahlil, pour les jeunes étrangers, sous le nom de Lycée européen, une maison d'éducation, qu'il fut ol)lif;é <le fermer au bout de <pielqiie tenq)s. Il a IMihlié nne foule d'écrits, dont nous indiquons ici les princi|)anx : Des erreurs et des préjugés ré pandus dans la société. is2i, ôvol. in-8"--,1/énioires pour sririr à l'histoire de P'rance , pendant le f/our( rneiiient de .\apoléon lionapartc, IK24 à 1827. s vol. lu-s" ; J utidote (fc Montrouije, ou six questions adressées à l'érèqne d'/ferniopolis sur le projet de rétablir ou de tolérer les Jésuites, et suirics de l'examen de leurs apologistes MM. 7'harin, de lionald, etc., i827, in-s";
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une .'Sulice sur la rie et la mort de Joseph Lesurque exéciiU- en i7y»". rommc lomplicc d'un assassinat, el dont il a prouvé riniioccnoc dans nn mémoire élo(|iiL-ht ; une traduction <lu Paradis Perdu, etc. Il inonnit à Paris, criblé de dettes <]uel(iue temps a\anl la révolution de is.^o.
' — Fabius {QuifusMariiiius-ferrurosus), .«surnommé Cunctator (leniporiseiir). fut consul, jiour la pniniére fois, l'an de Home 517. >onnné dictateur a|)rés la bataille de Trasiméne. il |)arut bientôt avec une nouNelle armée devant Annibal; mais il s'applicpia à éviter tout en};a;;emenl sérieux avec les troupes de ce célé!)re {général; de là le surnom «[u'un lui a donné. Fabius mourut l'an bi') de Home {-lot ans avant .l.-C). dans un âi;e très avancé. Sa {jloire fut d'avoir eu Annibal pour adversaire, et d'avoir sauvé la République par sa saye contenance devant lui.
L'ntis homo nobis cunctando reslituil rem.
E.NMLS.
l'n seul linminr, par srs délais, nous a consrrré la République.
^ — Flaminius (Ca'ius), consul romain, a signalé son nom par la perle de la bataille de Trasiméne. où il commandait l'armée romaine contre Annibal (l'an de Uomesô?).
' — Chez les Romains, les prêtres élevaient des poulets sacrés (|ui leur servaient h tirer les aujjures. On n'entreprenait rien de considérable sans les avoir consultés. S'ils maiif^eaieiit avec avidité le yrain qu'on leur présentait, l'aujjure était favorable ; dans le cas contraire, il était mauvais. Mais, comme la sui)ercherie est la comi)agnc de la su|)erstition.on faisait jeûner ces poulets, quand on voulait en obtenir un aiis|)ic,e favorable.
* — Après l'ouvri lure de la victime, les aruspices examinaient la couleur des parties intérieures : un double foie, un eceur maigre ou petit étaient des pré.sages malbeiireiix ; mais le jilus funeste de tous était quand le cœur venait à manquer (ce qui ne devait arriver <|ue par l'artifice (lu prêtre). Les entrailles tombaient-elles de la main du .sacrificateur, étaient-elles pâles el livides. ou plus sanguinolentes qu'à l'ordinaire, ces signes annonçaient des désastres imminents.
* — J'rusias ii. roi de Bitbyiiie, surnommé Eutiegas (le chasseur), fameux par son dé\oùment servile au peuple romain, monta sur le trône vers l'an 192 avant J.-C. Il fit la guerre à Fumène, roi de Pergame. et, secondé par Annibal, fugitif, remporta plusieurs victoires sur mer et sur terre. Les Romains, alarmés de ses succès, enjoignirent à Prusias de leur livrer l'illustre général carthaginois ; et le iiriiirc allait e\é( ulcr cet onire quand annibal le prévint en scmpoisonnani (is.-)).
Prusias, chassé de .ses États, et .s'étant réfugié à Mcomédie, dans un temjde. y périt, selon Tite- Live. sous les «oiips de son fils Mcomède, que les Bilbyniens avaient mis sur le trône.
*• — Pubhus-('lau(lius-/'ulrher, consul romain l'an de Rome bos, lors de la première guerre punique, fulxaincii par .Isdrubal, dans une bataille navale où les Romains eurent 8.<kio hommes de tués, 20.000 faits prisonniers, et pirilirciil 'j.j vaisseaux.
^ — .IttliUH-Obscqtiens, auteur latin, vivait vers la fin rfii IV siècle, un peu avant le règne (V //nnorius. il a composé unoinra[;e intiliib- . f/e /'/odifjiiSj e.\trail eu grande |)artie des historiens
qui l'ont précédé, et principalement de Tile-Live.
»* — (\ilus -Plinius-Secuniliis, dit V.lncien, naquit à Vérone, la neuvième année du règne de Tibère, et la vingt-troisième de l'ère vulgaire.
Pline fuLl'un des écrivains les plus féconds de l'ancienne Rome. Malheureusement son Histoire naturelle, en 37 livres, est le seul de ses ouvrages qui soit parvenu justprà nous
Il ciMiuiiandait la Moite de Misène lors de l'embrasement du mont Vésuve, arrivé l'an 79 de .l.-C. Ayant voulu s'approcher du volcan |>onr observer ce terrible phénomène, il fut étouffé jiar une fumée brûlante et sulfureuse. Pline-le-Jeune, son neveu, a raconté les circonstances de cet embrasement et la mort de Pline-l'Ancieu, dans la 26« lettre de son e"" livre, adressée à J'inite.
^ — Dion Cassius, historien romain, né à ÎVicée, en Rithynie. vers la fin du ii<- siècle de l'ère chrélifiine, a composé en grec une histoire romaine en 80 livres, dont les trente-(|uatri' premiers sont |»erdus. et les autres incomplets. On ignore l'époque de sa mort.
'*> — Cependant quelques beaux-esprils se moquaient de ces préju(;és. Un Romain étant venu, tout effrayé, raconter à Caloti que. la nuit précédente, les souris avaient rongé ses souliers :
Mon ami, dit C.iton , reprenez vos esprits : Cet acciilciit , en soi , n'a rien «l'épouvantable; Mais .si votre soulier efil roiipe les souris, C'aurait été, sans doute, tm prodige effroyable.
Le même Caton ne concevait pas comment deux augures pouvaient se regarder sans rire. On attribue la même |)ensée à Cicéron.
" — Tyvho-Jirahé, .savant astronome danois.
'2 — Claude-Henri Pensée de f'oisenon, né près de Melun, en nos, a travaillé i)ourle théâtre. Il fut reçu à l'Académie française, en 1763, et mourut au châti-au de Voisenon, en 1775.
'■^ — Voyez le i" juillet.
Observation générale. Le côté plaisant des superstitions romaines est présenté dans celte pièce d'une manière vive et originale. Les anecdotes «pie l'autour raconte sur plusieurs personnages illustres ont le sel et l'enjouement qui conviennent à ces sortes de sujet». Les réflexions en sont aussi ingénieuses ipie pifpianles.
l'Iai.santerie à pari, il est fâcheux, pour l'honneur de l'cspijt humain , d'être obligé de convenir que c'est à l'aide de la superstition que les généraux de la république romaine ont obtenu du peuple ce dévoùmeni et cette obéissance <pii ont produit de si t;rands résultats. Sans les aiir/ures. sans les présoffrs. on n'eût peut-être jamais pu gouverner les Romains. C'est là sans doute le secret de la puissance si lon(;lcui|)s respectée des magistrats de l'ancienne Rome, et de.s merveilles que cette nation a enfantées.
— li>)2.-ClinsloplieColom0dicfiu\rc\clfouvcau-.Moiulc.