LES CÈDRES DU LIBAN
I/Fnthmisi.isnic linhite aiit rives du Jounl.-iiii , Aux âuinincLs du Liban, suus les bi'i'orauv (l'Kilcn. — DeFoktahxs. —
Les cèdres du Liltan sont siliiés dans une espèce de vallon entouré de iiatites montagnes au sud , à l'est et ati nord ; ils couvrent trois monticules ou mamelons de terrain. J^es cèdres, dont l'antitiiiité et les troncs énormes ont excité l'étonnement des voyageurs , s'élèvent à côté d'autres cèdres plus petits , et de dimension inégale, formant un bois d'environ un mille d'étendue. J'ai compté (juinze cèdres dont les troncs sont d'une grosseur remartjnalde 2 : les plus forts présentent une circonférence de trente à quarante pieds. 'Autrefois, cliaeim des principaux villages maronit(;s possédait un gros cèdre ; et, tous les ans, le jour de la fête de laTransliguration, les habitants allaient y célébrer les saints mystères sm* des autels de pierre dressés autoiu* des arbres antiques. Ces promenades religieuses étant devenues l'occasion de ipichpies désordres, \e. patriarche du Eiban les a interdites. Aujourd'iiiii trois cèdres seulement conservent des aulels, consistant en |)ierres entassées les tnies sur les autres. En défendant les promenades religieuses <pii parlaient de tons les coins du Eibaii , le palriarcli»! a permis tpie la messe (;outimi<-)t à se célébrer chaque aimée, le jotu" de la Traiisligiiration , sur les trois aulels encore debout. La religion s'est failtî la gardienne des vieux cèdres i\n Liban; les Maronites 3 croient (jue le téméraire (pii essaierait d'abattre \\n de ces arbres, ou de trancher (pielques-unes de leiu's branches, serait aussitôt fra|)pé de mort; dans leur opinion, ces arbres sont sacrés ctuiimcr.ircln! du Seigneur: malheur à qui oserait y toucher !
TAst du lieu dont il est ici (|ueslion * que
furent tirés , selon plusieurs auteurs , les cèdres qui servirent h la construction du temple de Salomon. Je no crois pas (pi'il soit utile de chercher à prouver ou à comltallre ces sortes de traditions; i)our ma part, j'aime mieux embrasser et admirer ces vénérables débris de l'ancien monde, que de disserter sur le temps passé. Les quinze cèdres, nobles et belles ruines du vieux Liban , parlaient à mon cœur * comme une page de la Bible, à mon esprit ^ comme les ruines de Balbek ; je les écoutais comme des témoins qui avaient vu la gloire de Tyr 6 , et les merveilles du peuple hébreu. Quelle poétique et divine chose que les vieux cèdres du Liban, quand lenrs larges rameaux , dont les feuilles regardent le ciel , se balancent majestueusement sous le vent; quand l'aigle, précipitant son vol du haut de la montagne voisine où son aire est suspendue, s'abat sur le front de l'arbreroi '; quand le sanglier et l'hyène, hôtes accoutumés du vallon ^ , passent et repassent autour de ces troncs qui leur sont connus; quand des mille rameaux de tous les cèdres s'échappent des harmonies que l'imaginatioti prend tour à tour pour des cantiques de gloire et de désolation, d'allégresse et de douleur, pour les chants qui ont résonné jadis sur les harpes des rois et des prophètes d'Israël!
Les cèdres les plus vieux sont couverts de noms de voyageurs ou de Francs établis sur la côte de Syrie ^ ; telle est la nature vivace du cèdre , que les noms , au lieu de s'elfacer avec le temps , reverdissent d'année en année, et semblent briller des rayons de l'immortalité. J'admire cet arbre du Liban qui , plus animé , plus robuste que tous les arbres de la terre , grandit dans sa gloire , et se couvre tous les ans de fleurs et de fruits, au sein de régions glacées ; monarque superbe dans le monde végétal '", il ne craint rien, ne demande rien à l'homme; il tire de ses propres flancs sa vie , sa force , son avenir; il subsiste j)ar lui-même ; il est celui qui est, lui, le cèdre du Lihan. Un des Maronites , qui nous accompagnait, m'a raconté, sur la floraison du cône ou fruit du cèdre, quelque chose de vraiment remarquable. Lors»|ue le cône fleurit, il est caché sous les rameaux de l'arbre, pour qu'il ne souffre point de la neige ou d'une brise trop froide; sitôt que les fleurs ont fait place aux fruits, le cône victorieux se dresse vers le ciel. J'ai ouï dire en Europe que la race des cèdres se perd dans le monde, et que ceux du Liban, et celui du jardin des Plantes, à Paris, sont les seuls restes de cette grande famille. 11 est bon de noter que, dans tout le Liban , on ne trouve des cèdres qu'à l'endroit dont il vient d'être question. Je ne parle pas de quelques cèdres beaucoup moins I)eanx qu'on rencontre aujjrès du village iVÉden, à deux heures à l'ouest de là , et au-
près d'un autre village nommé Rhaddet.
L'arbre antique du Liban ne périra point , si le fer de l'homme veut bien l'épargner. Ah ! puisse la civilisation dont on menace l'Orient ne point choisir pour conquêtes les vieux cèdres "! Puisse le génie industriel, ce violent destructeur de toute poésie, ne pas abattre un jour ces arbres augustes , pour vendre leur bois précieux dans les bazars de l'Orient '2 !
— POUJOIILAT. —
POUJOULAT {Jean-Joseph-Franrois ),
Né , le 26 janvier isos , au village de La Fare , à trois lieues d'Aix. Il fît dans cette ville d'excellentes éludes, et vint à Paris en isue, dansPinlenlion de se livrer exclusivement à la culture des Lettres. M. Michaud , de rAcadémie française, l'employa comme son collaboralenr dans la comi)osition de la Bibliolhcque des Croisades . immense travail d'érudition et d'analyse. Au mois d'avril issn, tous deux partirent pour l'Orient, lis visitèrent d'abord la Grèce et une i)arlic de l'Asie-Mineure, puis ils allèrent à Jérusalem, où ils se séparèrent. M. Michaud se rendit en Egypte; M. Poujoitlat continua d'explorer la Syrie; il n'est rentré en France (jue six mois après son compajînon de voyage. De- |)ni8 ce temps , MM. MicJiaud et Poiijoulat ont publié , en 6 volumes , sous le titre de Correspondance d'Orient, le résultat de leurs observations : c'est un des ouvrages les pins remarquables qui aient paru en France depuis plusieurs années.
En 1855, M. Poiijoulat a publié une nouvelle pleine d'intérêt, intitulée : La Bédouine. Sous la forme d'un roman , ce jeune voyageur a reproduit de gracieux souvenirs qui n'avaient pu trouver leur place dans la Correspondance d'Orient. Tous les journaux ont i)arlé avec éloge de cette charmante composition.
M. Poiijoulat enrichit fréquemment la Quotidienne d'articles de littérature aussi distingués pour la pureté du goût que pour l'urbanité des formes sous lesquelles il fait entendre des leçons quelquefois sévères , mais toujours dictées par la justice.
' — On a donné le nom de Liban h cette chaîne de montagnes de la Syrie qui sépare Iei)aciialikde Tripoli de celui de Damas. Son déveiop|)ement d'environ cent lieues, figure un arc de cercle dont la Mèche est de trente lieues. On croit que le nom de Liban vient du mol bébreu Icban ou laban, qui signifie blanc, A cause des neiges éternelles <|ui en couvrent les plus hauts sonunets. Sa partie la plus élevée est de leoo toises au-dessus du niveau de la mer.
2 — M. de Lamartine, «pii a fait le voyage d'Orient à peu près dans le même temps, ]trétend n'en avoir vu (|iie sept; mais il est vraisemblai>le (|u'il n'a point visité les cèdres dont paile ici M. Poujoulat; car il ne fait mention (|ue des cèdres d'J\den , dont ce dernier n'a pas cru devoir entretenir ses lecteurs, sans doiUe à cause du peu d'importance de ces arbres comi»aralivement à ceux dont il donne la description.
3 — Les Maronites, peuple de la Syrie, habitent le pays de Kesraouan , convert des ramifîcalious
(lu Liban , dans le sud du pachalick de Tripoli. Ils forment une secte rcli};ieusp qui fut fondée, vers Il fin liu vil' siècle, p.ir Jean , surnommé Maion. parce iju'il avait habité longtemps le couvent de Saint- Ma ion.
< - r.el endroit s'appelle El-Herzé.
i — Cœur et esprit ne présentent pas seulement ici une aniilhèse de mots, mais une différence réelle entre les olijets qu'ils expriment. Le mot cœur, dans le lani;a;^e ordinaire, si|;niHe celui des trois altriliiits de l'àine (|ue les philosophes appellent seusibililé. La toi . l'enthousiasme . l'inspirnlion poéticpie et religieuse, sont les sentiments les plus nobles que cet attribut renferme . et ce sont ceux-là que réveillent nécessairement les souvenirs bibliques.
Le mot fs/*;// exprime, dans le langage ordinaire, ce second attribut de l'âme que les philosojthes appellent intelligence. Celte faculté éclaire, tandis que la sensibilité affecte: l'une, produit les idées, l'autre les émotions. Balhek, ville historique, appartient à la science, et réveille par conséquent plus d'idées dans l'esprit que d'émotions dans le cœur.
s - Tyr, capitale de la Phénicie, l'une des villes les plus florissantes de l'antiquité. Sur son emplacement, et de ses ruines, on a bâti un village, connu aujourd'hui sous le nom de Sour.
' — Périphrase poétique-
» — appositions gracieuses.
' — On désigne dans le Levant, et dans toutes les parties de l'Orient, les Européens sous le nom de Franc, ou Franks; en Turquie, Frenk ; en l'erse, Franqui. etc.
"' — Le baobab , qui croit en Afrique, est le véritable roi ou géant des végétaux. Le diamètre de son tronc est de 25 à ôo jiieds : sa hauteur n'est que de 12 à 15 ; mais , ce qui le dislingue de tous les autres arbres, c'est que sa cime se couronne de branches nombreuses, longues de 60 à 70 pieds ; elles s'étendent d'abord horizontalement, puis s'inclinent de manière à toucher le sol. de sorte que l'arbre forme une vaste rotonde de verdure. Ce|)endanl on ne peut refuser au cèdre le partage de la souveraineté, surtout à cause de sa majestueuse élévation. Son tronc, qui a plus de 100 pieds de hauteur, en offre quelquefois 24 et même 30 de circonférence, mesuré à sa base. Il faut deux années |)Oiir que les graines de ses cônes i>arviennent à leur état parfait de maturité. Son bois est blanchâtre, d'un grain peu serré, très-semblable à celui du pin et du sapin, dont il est difficile de le distinguer; aussi les modernes sont-ils loin d'en faire le même cas «jue les anciens.
Cet arbre n'a point pour seule |)alrie le mont Liban; PallasAW. en avoir vu des forêts entières sur les inonis Ourals. dans les environs de la mer Caspienne. iSelon en a rencontré également dans différentes parties de l'Asie-Mineiire, notamment sur le mont '/'atirtis et sur le mont Aman; mais cet arbre a disparu des iles de Crète et de Chypre, où l'avaient observé les anciens.
M ohsécration |)l(ine de sensibilité. Vohsécration est une fiipire de rhétori(|ue par laipielle on imjdore l'assistance.
'2 - Oue la civilisation soit pour l'Orient une menace ou une promesse, une crainte ou une espérance, c'est du moins un fait incontestabh-. L'empire inahométan a subi une révolution (pii le pousse à grands pas dans la voie européenne. L'Kgypte, après des siècles di- ténèbres, renaît a la
I lumière , à l'industrie , en même temps qu'à l'indéi pendance nationale ; et l'Europe, qui n'a pas ou- Idié tpie l'Egyitle fut le berceau de la civilisation , lui envoie â son tour ses savants et ses industriels, comme ce pays envoyait autrefois ses colonies dans l'Europe encore barbare.
Ohserratinn générale. Pans celte description , assurément tiès-poéliipie . l'auteur a dii s'arrêter sur l.i limite (|iii sépare les idées noliles et jjrandcs de l'aft'ectation et du ridicule dont tant de voyajjeiirs ont rcnii)li do gio.s volumes. Ce serait sans doute une triste chose que de demeurer froid et insensible h la vue des (jrandes scènes delà nature, en présence de cesmoiniments auffiistes du rè(;ne végétal . dont la gloire consacrée par les livres saints, est à jamais immortelle; mais quelque chose de plus triste eiicoie, c'est l'enthousiasme glacé , les émotions menteuses, la siMisibililé d'emprunt de tant d'ennuyeux et prétendus amants delà nature tpii délaient dans des phrases ampoulées les pensées les plus conununes . et qui nous donnent comme l'œuvre du génie d'indigestes recucil-s où l'on peut trouver de tout , hors du bon sens et de la raison.
— 6SO. — Concile gfntral de Constantlnople .
Ce fut le sisième, et il dura dix mois. Ce concile avait poirr but de détruire entièrement le monotheihmc , de reconnaître en J.-C. deux volontés : l'une , divine, et l'autre, humaine, et autant d'actions que de nature*.
LE BAPTEME.