‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 285 sur 370 · CONTEMPLATION DU CIEL ETOILE · texte numérisé non relu

CONTEMPLATION DU CIEL ETOILE

C'est alors que le eiel iiivile aux rêveries; Alors naissent au cœur le.s riantes féeries , Les songes de bonheur, les iirestipes divern , Kl les enchantements d'un meilleur univers. — Beimomtït. —

Ee temps était serein, la voie lactée, comme un léger nuage, parlaj;e;iit le ciel: un doux rayon partait dt; ehacpie étoile pour venir jusqu'à moi, et lorsi|uej'en examinais une attentivement . ses compagnes semblaient scinliller plus vivement iioiir attirer mes regards'. C'est un charme pour moi (jne celui de contem- [)ler le ciel étoile'^, et je n'ai pas à me reprocher d'avoir fait un seul voyage, ni même une simple iiroinenade nocturne, sans i)ayer le tribut d'admiration «|iie je dois aux merveilles du firmament. Ouoique je sente tonte l'inipuis.sance de ma pensée dans ces hautes médi-

talions, je trouve un plaisir inexprimable i\ m'en occuper ; j'aime à penser que ce n'est point le hasard qui conduit jusqu'à mes yeux cette émanation des mondes éloignés, et chaque étoile verse avec sa lumière un rayon d'espérance dans mon cœur s. Eh quoi ! ces merveilles n'auraieut-elles d'autre rapport avec moi que celui de brillera mes yeux? Et ma penséequi s'élève jusqu'à elles, mon cœur qui s'émeut à leur aspect, leur seraient-ils étrangers?... Spectateur éphémère d'un spectacle éternel*, l'homme lève un instant les yeux vers le ciel . et les referme pour toujours ; mais, pendant cet instant rapide, qui lui est accordé , de tous les points du ciel , et depuis les bornes de l'univers , un rayon consolateur part de chaque monde , et vient frapper ses regards pour lui annoncer qu'il existe un rapport entre l'immensité et lui, qu'il est associé à l'éternité.

— Le comte Xavier de Maistbe. —

(Voyez le 9 avril.)

* — Rien de joli comme cette coquetterie prêtée aux étoiles.

^ — Celui me paraît ici superflu ; il suffisait de dire: C'est nti charme pour moi que de contempler le ciel étoile.

' — Pensée religieuse pleine de charme.

* — Idée aussi grande que juste et noblement exprimée. On pourrait appliquer ce jugement à toutes les parties de cet extrait, aussi remarquable pour la beauté du style que pour la grandeur des pensées.

Observation générale. Images brillantes , gracieuses et douces. Style élégant , harmonieux et poétique. L'idée que lacontem|)lation du ciel étoile réveille dan s l'esprit du spectateur ; cette idée d'infini et d'immortalité , est pleine de justesse et de grandeur. M. Xavier de Maistre est ici l'égal de son frère.

— 1417. — yasco de Gama , .imiral portugais, découvre un passage aux Indes-Orientales par le cap de Bonne- Espérance.

1TNE TEMPÊTE

DANS LKS MERS DE L'I.NDE.

Sur la fare des eaux s'Menrt la nuit profondr ; L* jour fuit , lYclair brille, et le tonnerre gronde; Et la terre et le ciel , et la foudre et les flots, Tout présente la mort aux pâles matelots. — Delille. —

Le ciel était serein . on n'y voyait que quelques petits nuages cuivrés , semblables à des vapeurs rousses , qui le traversaient avec plus de vitesse que celle des oiseaux'. Mais la mer était sillonnée par cinq ou six vagues longues

et élevées, semblables à des chaînes de collines espacées entre elles par de larges et profondes vallées 2. Chacune de ces collines aquatiques était à deux ou trois étages 3. Le vent détachait de leurs sommets anguleux une espèce de crinière d'écume'', où se peignaient çà et là les couleurs de l'arc-en-ciel. Il en emportait aussi des tourbillons d'une poussière blanche, qui se répandait au loin dans leurs vallons, comme celle qu'il élève sur les grands chemins en été^. Ce qu'il y avait de plus redoutable, c'est que quelques sommets de ces collines , poussés en avant de leurs bases par la violence du vent, se déferlaient en énormes voiltes^, qui se roulaient sur elles-mêmes en mugissantetenécumant,et eussent engloutile plusgrandvaisseau. s'il se fût trouvé sous leurs ruines. L'état de notre vaisseau concouraitavec celui de la mer à rendre noire situation affreuse. Notre grand mât avait été brisé la nuit par la foudre, et le mât de misaine^, notre unique voile, avait été emporté le matin par le vent. Le vaisseau, incapable de gouverner^, voguait en travers, jouet du vent et des lames. J'étais sur le gaillard d'arrière 9, me tenant accroché aux haubans du mdt d'arlimon"^, tâchant de me familiariser avec ce terrible spectacle. Quand une de ces montagnes approchait de nous , j'en voyais le sommet à la hauteur de nos huniers, c'est-à-dire à plus de cinquante pieds au-dessus de ma tète. 3Iais la base de cette effroyable digue venant à passer sous notre vaisseau , elle le faisait tellement pencher que ses grandes vergues trempaient à moitié dans la mer, qui mouillait le pied de ses mâts, de sorte qu'il était au moment de chavirer. Quand il se trouvait sur sa crête, il se redressait et se renversait tout à coup en sens contraire sur sa pente opposée avec non moins de danger , tandis qu'elle s'écoulait de dessous lui avec la rapidité d'une écluse, en large nappe d'écume. Nous restâmes ainsi entre la vie et la mort, depuis le lever du soleil jusqu'à trois heures après-midi.

Il était alors impossible de recevoir quelque consolation d'un ami, ou de lui en donner. Le vent était si violent, qu'on ne pouvait entendre les paroles même qu'on se disait à l'oreille en criant à tue-tête. L'air emportait la voix et ne permettait d'ouïr que le sifflement aigu des vergues "et des cordages, et les bruits rauques des flots , semblables aux hurlements des bètes féroces.

— BeHNARDIX de SAlNT-PlEnHE. — (Vojei le 19 janvier.}

' — Comparaison mal exprimée. Il fallait: avec une vitesse plus grande que celle des oiseaux ou arec plus de vitesse que les oiseaux.

2 — Comparaison vraie et poétique.

3 — Ici aquatique dit trop ou trop peu ; ce n'est ni un pléonasme , ni une figure hardie, ni une

ÔU:Î

il NOVEMBRE.

expression propre. Racine a dit dans le même sens nue montagne humùte :

Ccpcntlant , tiir le Ans <lc \:i |i|.iini> liquide, S'Olève i gros botiilluiis une iuoiiUi(;iie humide.

Mais il y a dans celle dernit^re expression nn pléonasme d'idée admirable, et qui lève jusqn'i» l'apparence de loule éipiivoque : l'oreille et l'esprit sont également satisfaits.

* — Calac/irèse lianlie et pleine d'originalité.

* — Cette comparaison rapproclic d'une manière heureu.se les effels analoi;iics prculuits par une même cause sur des éléments divers.

^ — Déferler, en terme de marine sif;nifie déployer, derelopptr : déferler les voiles.

' — Le mal de misaine est celui (jui se trouve entre le lieaujué et le j;rand màt. On ajtpelle aussi misaine la vctile <|ue porte ce mât. Ce mol misaine vint du grec niésos , qui est au milieu.

8 — Gouverner est sans doute ici une expression technique, sinon la métonymie serait à peine excusable.

s — Gaillard ou mieux galéard, élévation sur le tillac, à la poupe et à la proue.

'0 —La mât d'artimon est le bas mal, le màt le plus arrière du vai.'^seau. Les haubans sont de gros cordages qui servent à soutenir les mats.

" — Les rergues sont des antennes qui soutiennent les voiles.

Observation générale. Tableau plein de grandeur et de vérité, fie n'est point ici un de ces lieux communs tels qu'en ont fait si souvent les rliéteurs. tels ([u'en font tous les jours encore ces imitateurs maladi'oils des poètes de l'antiquité, lorsqu'ils combinent ou manipulent les éléments classiques d'une tempête imaginaire. On sent que l'écrivain a eu sous les yeux la .scène terrible et sublime iju'il raconte , et que ses images si fidèles et si vives lui ont été fournies par la nature elle-même. L'un des premiers , r.ernardin de Saint-Pierre a transporté dans ses descriptions cet art de peindre par la vivacité des images, tout en charmant l'oreille par l'harmonie du style. ( Voyez , p. a. une description non moins intéressante de M. de Lamartine.)

- /,a Présentation de la sainte Vierge, et comm(;iiioratlon de la consécration qu'elle ni d'elle-même i Dieu.

LE BIAKIAGE.

Le rirrgc saint pour 1rs époux s'allume; Le ctiant tj'liymen s>levc , IVrircns fiimr; El 1rs srrinrnls sont écrits dans le cirl.

— MiLLKVOtE. —

En élevant le Mariage à la dignité de sacrement , Jésus-Christ nous a montré d'altord la î;rande figure de son union avec l'Efilise. Oiiand on scmj^e que le Mariagi' est le pivot sur lecjuel roule l'éronouiie sociale ', peut-on sui)|)Oser rpj'il soit jamais a.ssez saint? Un ne saurait trop admirer la sagesse de celui qui l'a marqué du sceau de la Religion.

L'Eglise a multiplié ses soins pour un si !;rand acte de la vie. Elle a déterminé les degrés de parenté oi'i l'union de deux époux serait permise.

Elle a conservé les fiançailles, qui lemontcnt à une grande aiUicjuilé^. Aulu-Gelle ' nous apj»rend qu'elles fiiiciil connues du jieuple du Latiiim; les Romains les adoptèrent ; lesGrecs les ont suivies; elles étaient en lionuenrsous l'ancienneallianee; et. dans la nouvelle, Joseph fut fianeeà Marie. L'intention de cette coutume est de laisser aux deux époux le temps de se connaître avant de s'unir.

Dans nos campagnes, les fiançailles se montraient encore avec leurs grAees antiijues. Par une belle matinée du mois d'août, un jeune paysan venait eherclier sa prétendue à la ferme de son futur beau-père. Deux ménétriers, rappelant nos anciens jninstrols, ouvraient la pompe en jouant sur leur violon des romances i\u temps de la chevalerie . ou des cantiques de pèlerins. Les siècles, sortis de leurs tombeaux gothiques, semblaient accompagner cette jeunesse avec leurs vieilles mœurs et leurs vieux souvenirs. L'épousée recevait du curé la bénéiliction des fiançailles, et déposait sur l'autel une quenouille entourée de rubans. On retournait ensuite h la ferme; la dame et le seigneur du lieu, le curé et le juge du village, s'asseyaient avec les futurs époux, les laboureurs et les matrones, autour d'une table où étaient servis le verrat d'Emnée^etleveangras des patriarches. La fête se terminait par nnc ronde dans la grange voisine; la demoiselledu ch.iteau dansait, au son de la musette, une ballade avec le fiancé, tandis ([ue les spectateurs étaient assis sur la gerbe nouvelle, avec les souvenirs des filles de Jéthro^, des moissonneurs de Booz **, et des fiançailles de Jacob et deRacheP.

La publication des bans suit les fiançailles. Cette excellente coutume, ignorée de l'antiquité, est entièrement due 'a l'Eglise». L'esprit de cette loi est de prévenir les unions clandestines, et d'avoir connaissance des empêchements de mariage, qui peuvent se trouver entre les parties contractantes.

Mais enfin le mariage chrétien s'avance; il vient avec un tout autre appareil que les fiançailles. Sa démarche est grave et solennelle, sa pompe silencieuse et auguste : l'hoiiime est averti (pi'il commence une nouvelle carrière. Les paroles de la bénédiction nuptiale (paroles que Dieu iiiènic prononça sur le premier couple du monde), en frajtpant le mari d'un grand respect, lui disent qu'il remplit l'acte le plus important de la vie, ((ii'il va. comme Adam, devenir If chef d'une famille, et ipi'il se; charge de tout le fardeau de la condition humaine. La femme n'est pas moins instruite: l'image des plaisirs disjiarait h ses yeux devant celle des devoirs. Une voix semble lui crier du mi-

lieu de l'autel : « 0 Eve ! sais-lu bien ce que tu fais? sais-lu qu'il n'y a plus pour loi d'autre liberté que celle de la tombe ^? Sais-tu ce que c'est que d(' porter, dans tes entrailles mortelles , Thonnue inuuortel et l'ail à l'image d'un Dieu •"?:> Chez les anciens, un hyménée n'était qu'une ecrénionie pleine de scandale et de joie , qui n'enseignait rien des graves pensées que le mariage inspire: le Christianisme seul en a rétabli la dignité.

L'épouse du Chrétien n'est pas une simple mortelle: c'est un être extraordinaire, mystérieux, angélique; c'est la chair de la chair, le sang du sang de son époux ". L'homme, en s'unissant à elle , ne fait que reprendre une partie de sa substance; son âme, ainsi que son corps, sont incomplets sans la femme '2.il a la force ; elle a la beauté ; il cjmbat l'ennemi et laboure le champ de la patrie ; mais il n'entend rien aux détails domestiques , la femme lui manque pour apprêter son repas et son lit. 11 a des chagrins, et la compagne de ses nuits est là pour les adoucir. Sans la femme, il serait rude, grossier, solitaire. La femme suspend autour de lui les fleurs de la vie, comme ces lianes des forêts qui décorent le tronc des chênes de leurs guirlandes parfumées. Enfin l'époux chrétien et son épouse vivent, renaissent et meurent ensemble; ensemble ils élèvent les fruits de leur union; en poussière ils retournent ensemble , et se retrouvent ensemble par delà les limites du tombeau.

— De Chateaubriand. —

(Voyez le 6 janvier.)

' — En efFet l'union de l'homme et de la femme est l'élément primitif de la société : elle a donné naissance à la famille ; la famille, à son tour , a formé la tribu, et de celle-ci est sortie la nation.

Dans le gouvernement de cha(|ue peuple , on retrouve cet élément primitif, ce princii)e générateur , cette base fondamentale de la société. Changer les conditions du mariage, ce serait changer aussi l'orgaiiisalion sociale et l'existence politique des peuples.

2 — Fiançailles , du latin fidentia , assurance dans la foi , d'oii l'ancien mot fiance. Les fiançailles sont j)resque aussi anciennes que le mariage.

^ — Aulu-Gelle . grammairien latin, auteur des Nuits attiqiies , florissait vers l'an i3o.

* — Eumée , personnage de l'Odyssée , était le gardien des troupeaux de Laërte , père d'Ulysse. Lorsque celui-ci revint dans ses États, il se présenta à Eumée sous les habits d'un menchant; ce lidèle serviteur s'empressa de l'accueillir, et lui servit à son repas un des verrats confiés à sa garde. En signe de réjouissance, pour fêter une bienvenue, on tuait d<-s verrats chez les Grecs , et des veaux gras chez les Hébreux.

^ — Jéthro , beau-j>êre de Moïse , et sacrificateur des Madiaiiiles, vivait vers 1530 avant .l.-C.

^ — Booz, riche oultivaleur hébreu, qui épousa Ruth , veuve de Mahalon, et dont il eut Obed, aïeul de David.

^ — Rachel , seconde fille de Laban, épouse de Jacob i'I mûre de Joseph et de Benjamin.

** — L'usage de proclamer les bans du mariage ne remonte qu'ù la fin du i2'' siècle. Le concile général de Latran , (pii se tint sons Innocent m, ordonna que la pwl)lication des hausse ferait dans toute l'Église. Le concile de Trenle renouvela depuis celle ordonnance, elles édits de |)lusieursde nos rois sont à cel égard d'accord avec les conciles.

^ — L'expression exagérée d'un sentiment vrai, et qui n'a rien en soi d'efFrayanl, en raison des circonstances qui l'ont fait naître, prend sous la plume de l'écrivain un caractère qui ressemble au désespoir, et offre à la jeune mariée , pour le premier jour de ses noces, une image qui n'est rien moins qu'attrayante.

't'— Iklle antithèse.

" — Ces réflexions ne paraîtraient point déplacées dans certains romans de notre siècle ; mais elles nous semblent ici fort extraordinaires. Ce sont, du reste, des idées de cette sorte que les imitateurs de M. de Chateaubriand ont spécialement empruntées à ce génie si grand , si merveilleux, malgré quelques écarts inséparables de l'humaine faiblesse.

'2 — L'auteur devait dire : Son âme et son corps sont incomplets sans la femme; ou : Son âme, ainsi que son corps, est incomplet sans la femme. (Voyez ma Grammaire , no 552.)

Observation générale. Ce morceau donne une idée jiistff du mài'iage chrétien. Ce n'est pas une analyse sèche et décolorée , une discussion froide et sans vie. Tout est en imajjes ; mais ces images gracieuses et poétiques n'ôtent rien à la vérité et à la profondeur des idées qu'elles expriment. Purgée des taches légères que nous avons relevées , cette page serait une des plus admirables de l'auteur du Génie du Christianisme.

Mort de Claude Lorrain, célèbre peintre de

paysages.

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