‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 307 sur 370 · UN MONASTÈRE DU MONT LIBAN · texte numérisé non relu

UN MONASTÈRE DU MONT LIBAN

J'entends rouler les ch.Trs qui (rainent l'aboiirtanie, Et le bruit des Ut-aux qui tombent en cadence, — Dllili.r. —

Nous renionlAnies à cheval an i)ie(l de la colline, dans la plaine an bord dii fleuve; noustraversclnips le ponl, nous gravîmes quel- (|ues coteaux boisés dn Liban , jusqu'au premier monastère qui s'élevait , comme un ch;1leau-fort, sur un piédestal de granit. Les moines me connaissaient ])ar les rapjiorls de leurs Arabes, et me reçincnt dans le couvent.

Je parcourus les cellules, le relVeloire, les chapelles. Les moines, icnlrant du travail,

étaient occupés dans la vaste cour à dételer les bœufs et les buffles; celle cour avait l'aspect d'une cour de grande ferme; elle était encombrée de charrues, de bétail, de fumier, de volailles, de tous les instruments de la vie rustique. Le travail se faisait sans bruit, sans cris, mais sans affectation de silence et comme par des hommes animés d'une décence naturelle *, mais non commandés par une règle sévère et inflexible 2, Les figures de ces homn)es étaient douces, sereines, respirant la paix et le contentement 2 : aspect d'une communauté de laboureurs '«. Ouand l'heure du repas eut sonné, ils entrèrent au réfectoire, non pas tous ensemble, mais un à un, ou deux à deux, selon qu'ils avaient terminé plus tôt ou plus tard leur travail du moment. Ce repas consistait , comme tous les jours , en deux ou trois galettes de farine pétrie et séchée plutôt que cuite sur la pierre chaude; de l'eau, et cinq olives confites dans l'huile : on y ajoute quelquefois un peu de fromage ou de lait aigri : voilà toute la nourriture de ces cénobites ; ils la prennent debout ou assis sur la terre. Tous* les meubles de nos contrées leur sont inconnus. Après avoir assisté à leur dîner, et mangé nous-mêmes un morceau de galette et bu un verre d'excellent vin du Liban que le supérieur nous fit apporter, nous visitâmes quelques-unes des cellules : elles sont toutes semblables. Une petite chambre de cinq ou six pieds carrés avec une natte de jonc et un tapis, voilà tons les meubles ; quelques images de saints, clouées contre la muraille; une Bible arabe, quelques manuscrits syriaques, voilà toute la décoration. Une longue galerie intérieure , couverte en chaume , sert d'avenue à toutes ces chambres. La vue dont on jouit des fenêtres du monastère , et de presque tous ces monastères , est admirable ; les premières pentes du Liban sons le regard ^, la plaine et le fleuve de Bayruth, les dômes aériens des forêts de pifls , tranchant sur l'horizon rouge du désert de sable, puis la mer encadrée ^ partout dans ses caps, ses golfes, ses anses, ses rochers, avec les voiles blanches qui la traversent en tons sens , voilà l'horizon , sans cesse sous les yeux de ces moines ^. Ils nous firent plusieurs présents de fruits secs et d'outrés de vin qui furent chargés sin* les ânes , et nous les quittâmes pour revenir par un autre chemin à Bayruth.

— A. DE Lamautine. —

Voyiige en Orient. (Voyez, le l'U mars.)

' — Animés s'allie mal avec décence; doués était ici le mol propre.

2 — Les vertus, comme les vices deviennent, par l'habitude, luie seconde nature.

5 — 11 serait plus correct de dire : Les figures de CCS hommes, iloures et sereines, respiraient la paix et le contentement.

im

19 DECEMllUE.

* — .-ispect était sans doute, dans le manuscrit, suivi (l'un .uljectlf. Ici que touchant ; autrement le sens est incomplet et <»l)Soiir.

^ — Expression jk-u inttllij;il»le.

^ — Expression piltores(Hie <•( pleine de justesse.

' — La concision lit' cette plir.isela rend inexacte : horizon ne peut se passir ii i de dclcrniinalif. Il faut dire : roilà l'horizon qui est sans lesse sous les )eu.r de ces moines, ou roilà l'horizon tfue ces moines ont sans cesse sous les x^tix.

Observation géueralp. r>esrription pleine de simplicité et de charmes. I.a vie calme et silencieuse du monastère, ces travaux rustiques eininhirs par la Reli{;ioii, cette nature suMimc i|ui environne le pieux asile, l'hospitalité du vieux temps sur celle vieille terre si féconde en souvenirs, telles sont les ima{;cs graves et douces . riantes et sévéï-esipie l'auteur a su peindre avec une vérité d'autant idus méritoire <pie cette ipialilé n'est pas toujours celle qui domine dans les pages brillantes de son ouvrage.

-1696. — Première représentation du Joueur, de Regnard.

L'rSCROC DU GRAND MONDE.

Crttf ardrur de jotipor, qui nuit et jour occupe,

Est un dangereux aiguillon; Souvent, quoique l'esprit , quoique 1c cceur soit bon ,

On commeuce par être dupe,

Un fuiit par être fripon.

Mad. DEâHOCLIbKES. —

M. de Fcrrières, naguère en proie A la plus horrible misère, jouil tout à coup de la plus brillante fortune, l.c monde qu'il reçoit dans ses salons, sa femme même, ignorent conirnenl s'est fait un cliangemeiit si soudain. (ieorges. son fils, que, lors de ses mallieurs, il avait cnvoyé aux Indes , revient en France. Surpris de la subite opulence de son père, mais incapable de la soupçonner, il s'en réjouit d'abord. Bientôt Saint-Surin, tin de ses anciens amis qu'il retrouve, lui jette des doutes alTrcux dans Pesprit, en attaquant T honneur de M. de Ferrières, et en .soup(:onnant tout haut sa fortune. Georges veut venger l'affront fait i son père. Les deux jeunes gens doivent se battre le lendemain ; mais M. de Ferrières , instruit de ce rendez-vous, prend la place de Ccortjes, et se Justine aux yeux dti monde , en tuant son ennemi.

Georges cependant supplie M. de Ferrières de déclarer l'origine de sa fortune. Celui-ci élude, refuse, cl laisse son ni« en proie aux plus violents soupi-ons. Bientôt l'affreuse vérité se dévoile. M. de Ferrières joue avec un de ses amis intimes, M. Dubourg,el le mine. Georges esl derrière son père; il a vu la criiniiu'lle adrr's.se avec laquelle II a fait passer dans ses malus toute l.i fortune de llubourt;. Il demeure anéanti , et, dans la scène suivante , il ne doute plus de sou malheur.

Cependant .M. île Ferrières, vaincu par la vertu de Georges, rend A Dubourg la sumuu; qu'il lui a gagnée, cl ■•'einbarquc pour les Indes A la place de son Ois.

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