‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 308 sur 370 · M. DE FERRIÈRES, GEORGES · texte numérisé non relu

M. DE FERRIÈRES, GEORGES

H. DE FERRIÈRES

Oiic voulez-vous, Georijes?

GEORGES, A part.

Comment faire?

M. DE FERRIÈRES

^ oiis tremblez, mon fils !... Qu'avez-vous ?

GEORGES , regardant en dehors.

Personne ne peut venir maintenant.

M. DE FERRIÈRES

l'onniuoi ees précautions?

GEORGES, avec beaucoup d'émoUon.

M. Dubourg a beaucoup perdu?

n. DE FERRIÈRES.

Le sort lui fut contraire.

GEORGES , s'arinant de courage.

Cet argent... vous le lui rendrez.

H. UE FERRIÈRES

Comment?

GEORGES

Vous le lui rendrez... n'est-ce pas?

M. I)E FERRIÈRES

Êtes-vous fou?

GEORGES

Oh! ne l'acceptez pas, mon père!... Cet argent lui est nécessaire; des engagements au.xipiels il serait contraint de mancpier demain |)oiirraient le perdre. Dubourg est négociant. Rendez-lui cet argent, c'est tout ce que je demande.

M. DE FERRIÈRES, le regardant avec surprise.

Je ne vous comprends pas.

GEORGES, à part.

Oui, je le dois. (H.aut.) 11 faut que votis renonciez à tout ce que vous avez gagné à Dubourg; il le faut absolument.

M. DE FERRIÈRES

Plus je vous regarde et plus vous m'étonnez'.... Êtes-vous dans votre bon sens, Georges? Cette p.^Ieur, ces mouvements convulsifs...Que vous arrive-t-il?

GEORGES

Je suis bien malheureux!

M. DE FERRIÈRES, inquiet. ,

Vous souffrez?

GEORGES

Je souffre plus que je ne le puis dire.

M. DE FERRIÈRES

A'^oiis m'effrayez! Quel profond désespoir?.. Parlez , Georges !

GEORGES

Je ne pourrai Jamais.

M. DE FEKRIÈUES, s'approchanl avec tendresse.

C'est moi qui vous en prie!... moi, votre père.

Mon père !

M. DE FERRIÈRES

Vous me repoussez , mon fils !

GEORGES, reculant.

GEORGES

Mon Dieu !... Mon Dieu!

M. nE FERRIÈnES.

En vous revoyant tout à l'iuure plus joyeux, et venant partager nos amusements, si vous saviez, Georjjes, cpielle était ma joie ! Car vous êtes mon espoir, mon l»onheur !...Jevous ai toujours tendrement aimé, n'est-il pas vrai, mon ftls ? J'ai toujours été un bon père ?

GEORGES, cloiilom-eiiseincnt.

Oh! oui... Je n'ai pas oujjlié les jours de mon enfance.

M. DE FERRIÈRES

Je vous élevai moi-même.

GEORGES

Je me souviens de vos leçons dans notre chaumière. Tous les principes d'honneur et de vertu, c'est de vous que je les ai reçus... Et je n'ai rien oublié.

H. DE FERRIÈRES

Vous le savez, vous étiez l'objet de ma tendresse ; toutes mes espérances reposaient sur vous.

GEORGES

Oui. Vous me disiez alors : « Mon fils , quel «i que soit le rang où la fortune vous place , <i souvenez-vous qu'on n'est jamais sans eonso- <: lation avec une conscience pure! •' Vous le disiez , mon père , et je m'en suis souvenu.

M. DE FERRIÈRES

Cette misère , où je vous avais plongé vous et votre mère, combien je me la reprochais!... Cette situation horrible , ce dénùment absolu... Quelle torture! et quels regrets j'en éprouvais à cause de vous, dont j'avais follement dissipé l'héritage.

GEORGES

Me suis-je plaint alors? Vous ai-je reproché nos malheurs, notre pauvreté? Ne vous ai-je pas chéri , respecté , servi ?

M. DE FERRIÈRES

Oui , Georges est un bon fils; il n'est point ingrat ; il ne voudrait pas déchirer le cœur de son père.

GEORGES, un peu attendri.

Non, non!... Une grAce seulement.

M. DE FERRIÈRES

Parle , mon enfant !

GEORGES

Dubourg

M. DE FERRIÈRES, mécontent.

Vous revenez encore sur ce sujet...

GEORGES

Vous rappelez- VOUS ce que vous ajoutiez à

vos leçons ? « Le seul bien qui nous reste, mon fils, c'est l'honneur ! i>

M. DE FERRIÈRES

Sans doute. Mais combien tu serais malheureux, Georges, sans le changement de fortune que le temps a amené !

GEORGES

Cette fortnne... Sa source...

M. DE FERRIÈRES, nmerionipaiit.

Jamais tu n'aurais pu prétendre à épouser celle que tu aimes ; jamais aucune carrière ne se serait ouverte pour toi ; aucun moyen d'exercer tes talents; nulles ressources!... Tu ne sais pas combien la pauvreté est humiliante dans un siècle comme le nôtre, où les égards, la considération se mesurent à l'or qu'on possède... où les vertus sont repoussées, le mérite dédaigné, le talent méconnu, si l'intrigue ou la fortune ne leur frayent ^ pas la route. Avec de l'or, on a tout ; sans lui, rien.

GEORGES, à part.

Tout m'est expliqué, (naut) Eh bien, mon choix est fait : l'indigence, et la probité.

M. DE FERRIÈRES

L'indigence... dont tu connais déjà toutes les souffrances. Est -il rien de pire?

GEORGES , avec force.

Oui... le déshonneur.

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