‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 38 sur 370 · DESTINÉE DES GRANDS HOMMES · texte numérisé non relu

DESTINÉE DES GRANDS HOMMES

Quoi ! tour à tour dieux ri virtimps, I.c soit faitmarcliei- les lalrnlx liiilie rOlyini.e cl les abinies, Entre la sutire et l'encens! ' — Le Bru». —

Hommes de génie, de quelque pays que "vous soyez, voilà votre sort : les malheurs, les perseculions, les injustices, le mépris des cours , l'indifférence du peuple, les calomuies de vos rivaux ou de ceux qui croiront l'être, l'indigence, l'exil, et peut-être une mort obsciue à cinq cents lieues de votre patrie, voilà ce que je vous annonce •. Faut-il que poiu" cela vous renonciez à éclairer les hommes? Non, sans doute ; et, quand vous le voudriez, en ètes-vous les maîtres? ètes-vous les maîtres de dompter votre génie et de résister à cette impulsion rapide et terrible qu'il vous donne ? n'ètes-vous pas nés pour penser, comme le soleil pour répandre sa lumière 2? n'avez-vous pas reçu comme lui votre mouvement? Obéissez donc à la loiqui vous domine, et gardez-vous de vous croire infortunés 3. Que sont tous vos ennemis auprès delà vérité? elle est éternelle , et le reste passe. La vérité fait votre récompense; elle est l'aliment de votre génie, elle est le soutien de vos travaux. Des milliers d'hommes , ou insensés , ou indifférents, ou barbares, vous persécutent ou vous méprisent ; mais, dans le temps, il y a des éimes avec qui les vôtres correspondent d'un bout de la terre b l'autre. Songez qu'elles souffrent et pensent avec vous ; songez que les Socrate et les Platon ■», morts il y a deux mille ans, sont vos imiis; songez que, dans les siècles à venir, il y aura d'autres âmes qui vous entendront de même, et que leurs pensées seront les vôtres. A'ons ne formez qu'un peuple et qu'une famille avec tous les grands liommes qui furent autrefois outpii seront nu jour 5. Votre sort n'est pas d'exister dans un point de l'espace ou de la durée; vivez pour tous les pays et pour tous les siècles; étendez votre vie sur celle du genre humain; pc^-tez vos idées encore plus haut : ne voyt^z-vous point le rapport qui est entre Dieu et votre ;hue? prenez devant lui cette assurance qui sied si bien à un ami de la vérité. OiH)i ! Dieu vous voit, vous entend, vous approuve, et vous seriez malheureux ! KnHn, s'il vous faut le témoignage des lioninu's. j'ose encore vous le promettre, n(m point faible et incertain connne il l'est pendant ce rajtiile instant de la vie, mais universel et dm'able pendant la vie des siècles. Voyez la postérité (jui s'avance, et

qui dit à chacun ilo vous : >^ Essuie tes larmes; je viens te reutlrc justice et finir tes maux ; c'est moi «jui fais la vie des f,ramis hommes; c'est moi qui ai vengé Descnrtes île <\ux (jui l'outiMijeaiint; c'est moi qui. ihi milieu des rochers et des glaces, ai transporte ses cendres dans Paris; c'est moi (jui Heiris k's calomniateurs et anéantis les hommes (jni ahusent de hur pouvoir; c'est moi ipii regariUavec mépris ces mausoU'es eU*ves dans plusieurs temples à des honunes ([ui n'ont été «pie imissanls, et qui lumore comme sacrée la pierre brute qui couvre la cendre de l'homme de génie. Souviens-toi ipie ton ;hne est immortelle , et»iue ton nom le sera. Le temps fuit, les moments se succèdent, le songe de la vie s'écoule. Attends, et tu vas vivre, et tu pardonneras à ton siècle ses injustices , aux opl»resseiu-s leur cruauté , à la natin-e de t'avoir choisi pour instruire et pour éclairer les honunes ** ;> .

— Thomas. —

THO MAS ( Jnloinc-Leonard )

Naquit î4 Clermonl-Ferrand, le i" octobre 1702.

11 se dislinj^iia eomme orateur cl comme poète. Son J-:ioge du marèihal de Saxe annonça à la France un grand écrivain. 11 eélébra ensuite à\4guesscau, Dtiguay-'Jrouin. Sully. Descartes vl MaiT-Aurke. Ce dernier panégyrique est un ehef-d'œuvre dans ce genre . et la i>éroraison de r Eloge de Descaries, (pie nous venons de citer, est un des plus beaux morceaux qui soient sortis de sa plume élotpienle. Son Essai sur les éloges est une de ses meilleures productions.

On lui doit aussi un Essai sur les femmes, où l'on remarque un peu traffélerie ; une Èpitre au peuple, et la Pélréide, poème sui- Pierre-le-Grand, où se trouvent de belles pensées exprimées en beaux vers, mais où l'on remanpie aussi les défauts qui caractérisent ses œuvres : la recherche et l'emphase ; ce qui donna naissance au mot ironique de galithomas, qui s'est employé pendant quelque temps pour galimathias. (juoi qu'il en soit, nous devons à cet écrivain d'admirables descriptions et de nobles portraits.

Plusieurs <le ses lettres, qu'il écrivait à Ducis et qui ont été imprimées, révèlent une belle âme et un homme de bien.

Madame Necker disait de lui, avec plus d'esprit que de jusles.se : « Sa i)hysionomie exagère toujours ses expressions . ses expressions exagèrent ses idées, et ses idées exagèrent ses sentiments. »

Il était membre de l'Académie française, et mourut le 17 septembre liss.

1 Belle énumération dans une apostrophe énergique. (Voyez le 2 .lanvier. n<» i3, h.) Un des panégyristes de J.-.I. Itoiisseau a exprimé une pensée analogue, u Les hommes de génie, dit-il, sont des victimes couronnées de lleurs, dévouées au snhil du genre humain.»

2 - Conqiaraison sublime qui exprime merveilleusement tout ce rpi'il y .1 d'irrésisliide et de fatal dans les destinées d'un grand homme.

s i^f . Patinou. dans ses excellentes leçons sur

n FEVRIER.

l'histoire professées au Collège de France, excita un jour renlhousiasine de ses auditeurs par une adinir.dile apostrophe que je regrette de n'avoir (loint retenue textuelleiiienl. 11 \eiiait de parler de ces grands iioinmes de la tirèce, si souvent \iclimes de l'einie de leurs concitoyens; il iies;iitles conditions de leurs destinées : "Non, ils n'étaient |)oint mallieiirtux, s'écria-t-il tout j"» coup a\ec énergie, ils n'étaient point nialbemiux! Us mêlaient leur existence au iiiou\einenl des affaires l)ubliipies ; ils cuili\aient les lettres et combattaient pour leur patrie. Kon , ils n'étaient point malheureux! >

•• — Les substantifs propres ne doivent pas prendre , dans ce sens, la marque du pluriel. (Voyez ma Grammaire, n° 375.)

•'• — Grande et noble pensée, capable à elle seule d'enfanter le génie, si elle tombait dans <piel(|ue cœur où il s'en trouvât le germe.

* — Admirable prosopopée. La prosojwpée est une figure de rhétoriijue, qui appartient au style élevé , et (pii consiste â donner une âme et des sentiments à des êtres insensibles, â les faire agir ou parler.

Observation générale. La mission sublime et doulouieuse du génie est éioiiuemmcnt tracée dans cette élo([iicntc péroraison de reloge de Itc.scarics. Il y règne un enthousiasme plein de grandeur, un mé|)ris superbe des hommes et du sort. C'est en exaltant le génie, i|ue Thomas le console ; c'est en lui révélant ce nu'il y a do beau et de divin dans sa destinée, qu'il lui fait oublier son infortune. Le style de l'écrivain s'élève aussi haut que sa pensée . aussi haut que son sujet. Ces pages sont les plus belles que Thomas ait écrites; jamais le génie et ses infortunes n'ont été mieux appréciés.

-1:13.— Charles xu cerné à Bender par les Turcs, .se (lefeiul héroi<nienient avec soixante suédois clans une inai.son où il s Otait barriCaiié avec eux.

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