‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 40 sur 370 · JJ · texte numérisé non relu

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Roi (le se rendre. IKs firent lancer sur le loit, | conln; les pierres et contre les l'enOlres, des Mèelies entortillées de nièelies allumées : la inaison tut en ilanniies en un moment; le toit tout embrasé était près de fondre sur les Suédois '•'. Le roi donna tran((uillemenl ses ordres pour éteindre le l'eu : trouvant un j)etit baril plein de litjueur, il prend le baril lui-nu'-me, et, aide de deuv Suédois, il le jette à l'endroit où le feu était le plus violent; il se trouva ijue ce baril était rempli d'eau-de-vie; mais la précipitation inséparable d'un tel embarras empêcha il'y penser. L'embrasement redoubla avec plus do raj^e : l'appartement »lu Roi était consume; la grande salle où les Suédois se tenaient était remplie d'une l'umée affreuse mêlée de tourbillons de feu (pii entraient par les jiortcs dcsai)partcments voisins; la moitié du toit était abiinéc dans la maison mémo; l'autre tombait en dehors en éclatant dans les ilanunes.

In garde, nommé Walbcrg, osa dans cette ( xtrénûté crier qu'il fallait se rendre : « Voilà un étrange houuno , dit le Roi ,'(pii s'imagine qu'il n'est pas plus beau d'être brûlé que d'être prisonnii-r. i> Un autre garde, rtommé Rosen , s'avisa do dire que la maison de la chancellerie, qui n'était qu'à cinquante pas, avait nni toit de pierres et était à l'épreuve du feu. qu'il fallait faire une sortie, gagner cette maison et s'y défendre, n Voilà un vrai Suédois, !> s'écria le Roi ; il embrassa ce garde, et le créa colonel sur-le-champ. » Allons , mes amis, dit-il, prenez avec vous le plus de poudre <'t de plomb que vous pourrez , et gagnons la chancellerie, l'épée à la main. i>

Les Turcs, qui cependant entouraient cette maison tout embrasée , voyaient avec une admiration mêlée d'épouvante que les Suédois n'en sortaient point; mais leur étonnemenl fut encore plus grand lorsqu'ils virent ouvrir les portes, et le Roi et les siens foudre sur eux eu désespérés. Charles et ses principaux ofliciers étaient armés d'épées et de pistolets: chacun tira deux coups h la fois, à l'instant que la porte s'ouvrit, et, dans le même clin il'd'il , jetant leurs pistolets et s'armant de leurs épées, ils firent reculer les Turcs plus de cinquante pas; mais le moment d'après cette petite troupe fut entourée. Le Roi , qui était en bottes, selon sa coutume, s'embarrassa dans ses éperons et tomba. Vingt-et-un janissaires se jettent^ aussilùt sur lui; il jette en l'air son épée pour s'épargner la douleur* de la rendre, l^cs Turcs l'enuuenèrent au cpiartierdu bâcha, les uns le tenaient sous les jambes, les autres sotis les bras, comme on porte im malade que l'on craint d'incommoder.

Au moment (]ue le Roi se vit saisi-'», la violence de son temjiérament et la fureur où un cond)at si long el si terrible avait du le mettre firent jtlace tout l\ coup à la douceur et à

la tranquillité; il ne lui échappa pas un mot d'impatience, pas un coup d'd'il de colère; il regardait les janissaires en souriant, et ceuxci le portaient en criant .///« avec nue indiiinatiou mêlée de respect. Ses officiers furent l»ris au même temps, el dépouillés par les 'J'urcset par les 'i'artares. Ce fut le 12 février de l'an nis qu'arriva cet étrange événement (jui eut encore des suites singulières". — Voltaire. —

VOLTAIRE (/■ra«co«-^ro«c/ ilc )

Né i\ Chalenay. près Paris, le 20 février tco4.

Génie imiversil, il ne fut étranger ri aiiciiiie ffloire lilléraire. VÉpopre lui doit le seid poi-me traneais dont elle puisse s'enor[;uPlllir, la llc.nliade. Malgré les défauts de l'ensemble, ce iioeme renferme de grandes lieautt's de détail ; il n'a pas, il est vrai, la grandeur et les jtroportions colossales de l'épopée anli(pie ; on peut aussi lui reprocher le mélange du merveilleux payen et du merveilleux chrétien; mais on y remanpic de magnifiques descriptions, un style éclatant et ferme. La Tinfji'die lui doit OEdipe, Brittus, la Mort de César. Âlzire, Mahomet, Zaïre, Mcrope, etc. Toutes ces I>ièces se distinguent par le palh< tique des situations, par la grandeur des caraeléres et les vues morales dont elles sont remplies, et qui ont fait comparer le génie de Voltaire à celui d'Kuripide.

La Muse comique l'inspira moins heureusement.

Vlfistoirc fut traitée par lui d'ime manière toute philosophique; celles de Charles xii, de Pierrc-lc-Grand, du Siècle de Louis xiv. sont empreintes de ce génie observateur qui juge les hommes et les époques en les décrivant.

11 a enrichi le f/enre épisloluire d'une foule de lettres familières qui , à elles seules, auraient pu faire à leur auteur ime réputation distinguée.

La Poésie légère compte parmi ses chefs-d'œuvres toutes les pièces fugitives de Voltaire, toutes si pleines d'esprit, de grâce et de délicatesse.

Le Roman, grâce à lui , s'est élevé à une plus haute dignité par ses Contes philosophiques <iui décèlent un esprit si moqueur et si mordant, mais qui, sous le rapport de la moralité, sont loin d'être irréprochables.

La Philologie lui doit des observations grammaticales sur les tragédies de Corneille , remarques critiques «pril aurait pu quelquefois s'adresser à lui-même.

En métaphysique, %on système psychologique se réduit au sensualisme, et tout son système religieux, où son immense influence a été si finieste â noire reljjjion et aux jtrincipes conservateurs de foute société, se réduit au théisme.

Voltaire fut le colosse duxviir siècle; il exerça un empire absolu sur le monde intellectuel <le son lemjis : son inlhience comme écrivain fut une véritable royauté; il traita d'égal â égal avec cerlaiiies puissances de la ferre, et fut en tout l'expression d'un siècle crili<iue placé entre la Réforme et la Révolution.

I Ici l'emploi de l'auxiliaire aroir est conforme â la règle grammaticale. Celle chose m'a échappé. ']i' ne l'ai pas remarqiiée;elle m'est échap-

pve , je l'ai faite par inadvertance. (Voyez ma (■rainiuaire . n° 623.)

2 j'rès de, sur le point de ; prêt à. préiiari!^, disposé à. (Voyez ma (iraiiunairc. n"7ïJ.)

5 — Se précipilcnt eût été d'aulaiil mieux euil)loyé ici, que le verbe jeter se trouve dans la niéme lilîue.

* — S'épanjner la douleur, cela eyt bien dit, tt non s'viiier la doukiir, comme on s'exprime assez {îénéralement. (Noyez ma (liamnuiire. n"'66o.)

s — On (lirait également bien (tu moment où le Roi, ele.

6 — De Bender, Cbarles xii fut transféré A Jndrhioplc, puis ù Démotiai, d'où il s'enfuit ù l'aide d'un déguisement. Il arriva à Strulsund, le II noNcmbre nu. .assiégé dans celte ville, il se sauva en Suède, réduit ù l'état le plusdéplorable. Il fut tiiéd'une balle dans la téttau siège de Fm/érivshall, le 3o novembre nis.

Observation générale. Ce récit, où un grand spcclaele est otfertau leeteur sous les traits les plus simples . est un modèle de diction et de style ipi'on ne saurait trop recommander à ceux qui veulent s'exercer dans l'art si dilficile de bien écrire l'histoire.

— 1808.— 0r.ige cxtr.iordinaire â Paris

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