‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 41 sur 370 · UNE INONDATION DANS LES PYRENEES · texte numérisé non relu

UNE INONDATION DANS LES PYRENEES

Ain te : liaUiUnt» île la plainr.

Il faut fuir pour nr pasmomir; 11 faut fuir sans reprendre lialeii L'onde bientol va toul couvrir.

— Emm»

[TEL AkAGO.

En 1818 , vers la mi-octobre , une pluie vive et serrée tomba pendant huit jonr.s consécutifs sur la ville de Linioux. Néanmoins l'Aude avait a peine franchi son lit; mais le neuvième jour, dès huit heures du malin, le fleuve s'enfla rapidement. Les observateurs placés sur les deux ponts remanpièrent, vers le nord , aussi loin (pie leur vue pouvait s'étendre, des légions innombrables d'Iiirondelles planant au-dessus des eaux, effrayées sans doute par le ciel nuageux et menaçant , elles s'arrêtaient , surprises de ne plus trouver ce .soleil bienfaisant du Midi , ([ui leur servait d'étape, avant de franchir les Pyrénées.

Ouelques minutes avant le grand cataclysme* toutes ces myriades d'hiroiulelles disjtanirent simultanément, comme par un coup de baguette , sous l'épais manteau de brume qui enveloppait la ville.

Le ciel ouvrit alors toutes ses cataractes , le tonnerre gronda et lit retentir tous les échos de la vallée; des éclairs longs et éblouissants sillonnaient tous les points du ciel; la rivière, emportant sur ses vagues géantes des meubles et d»*s troncs d'arbres déracinés, des bœufs et des chevaux surpris à leurs attelages , mêlait sa voix lugubre et solennelle ' aux

mugissements de la tempête et aux tristes beu;;lemeiils des animaux.

Onelques sapins, pousses en travers des arches, arrêtèrent les débris tpii se succédaient sans interruption ; autour dv ceux-ci d'autres s'amomelèrenl , et bientôt il se forma une digue puissante, contre laipiellc les vagues se heurtèrent refoulées et furieuses: alors elles franchirent d'mi bond les <]nais , et envahirent, en };rontlant, les deux rues parallèles an lit de la rivière, roulant avec elles les poutres et les madriers, arrachant les angles des maisons, ployant, comme un lil d'archal , les arcs-boutaiits de fer, et pénétrant dans les habitations, telles^ tpi'nne soldatestpie cllrénée dans une ville livrée au pillage.

L'église de saint-Martin , dans latpielle un peuple nombreux s'était réfugié , vit ses portes enfoncées; prêtres et peuple avarenl à peine gagné le clocher, que les flots jienétrèrent dans le sanctuaire. Déjà la fureur du fleuve ne rencontre plus d'obstacles: le pont de César, qui seul a supi)ortc tout le choc, se monr tre digne de son antique renommée, en étalant avec orgueil ses piles déeouronnées de leurs parapets modernes. La haute galerie du clocher, les toits des maisons, sont couverts d'hommes, de femmes et d'enfants, dans l'attitude du désespoir. Autour d'eux, les maisons, à mesure que les eaux les abandonnent, croulent avec fracas, jetant leur poussière séculaire dans l'atmosphère humide , et montrant a nu leurs flancs hérissés de charpentes brisées, leurs pans de murs sillonnés de suie. Le soleil , déchirant tout à coup le voile épais de l'horizon, inonde tl'une fantastique et sanglante lueur cette scène de désolalion. Au-dessous du vieux pont, une immense maison ébranlée déjà chancelle sur sa base ; un pan de muraille s'en détache aussitôt, el laisse voir, penché sur le lit de douleur de sa vieille mère, un jeune bommeaux traits pdles et amaigris. — Fuis, mon fils! s'écriait sans doute la pauvre agonisante; mais lui retr<iiit dans ses bras et fait des efforts pour l'emporter: ses forces défaillent; au même instant le reste de l'édifice croule et les entraine, ainsi enlacés, dans le gouflVe; la mère ne reparait plus; lui, i)ar un jeu cruel du hasard, tomba les deux jambes enfoncées dans un fragment de plancher qui les retenait serrées comme dans un étau. En vain qiiel- (pies hommes généreux courent sur le pont pour lui jeter une corde, "\ ile , vite ! le voici! il les voit; son brasse lève. Dieu sauveur ! il va toucher la corde <pii lui est tendue, mais son front se heiirle violemment contre l'angle du pont; son sang coule: (ju'importe, il ne veut pas iiimirir , le secours est si près: il saisit convulsivement de ses i]v\]\ mains l'angle de la j)ile... une seconde encore, el il est sauvé. Malheur! la vague l'enlève comme

une plume légère emportée par le venl. l'n faible cri, deux l»ras rallies, une tiMe sanj;lanle qui se rejette violemment en arrière: telle fut la rapide et terrible apparition qui glaça les spectateurs.

Après la mère et le fils, le fleuve dévora encore trois victimes . et ce fut tout ; puis il retomba tlans son lit aussi brusquement (|u'il l'avait quitté, laissant la ville couverte de ruines , d'écume et de vase.

Le lendemain. le beau ciel du Midi avait repris sa sérénité: on trouva le cadavre de l'infortuné jeune homme encore attaché au fatal radeau , au pied d'un jeune saule que l'orage avait reverdi.

— L. AXIEL. — l'n des n'dacleurs du Journal de Paris.

'—La rotx de la rivière, la roi'x du fleuve, etc., expression métaphorique, querAcadémie aurait dû consacrer.

2 — Telles que, etc. Icira'ljectifnese rapporte point grammalicalement à snhiatesque, mais l)ien au substantif vagues, et est conséquemment au féminin pluriel.

Le rapport avec le nom suivant est une faute assez commune.

Observation (féndrale. Le style de cette narration est animé ; il a de l'éclat et du nombre ; on y remar- <|iie d'éneriji(|iies peintures, et l'épisode est rempli d'un intérêt approprié à cette etfrayante catastrophe. Le calme qui succède à Torajye est bien exprimé dans les dernières lignes de ce récit : l'image du saule , que la tempête a reverdi, est mise là pour faire un contraste avec la destruction des monuments de l'industrie humaine ; mais elle n'est pas exempte d'affectation.

-1803. — Obsèques lie l.a Harpe, mort le 11 du mémo mois, et dont la conversiou fut toute providentielle. Arrêté, et renfermé dans la prison du Luxembourg en 1794, il y resta cinq mois ; c'est pendant ce temps que Dieu l'éclaira , et qu'il se ccmvcrlit; il C-tait entré au Luxembourg disciple de Voltaire; il en sortit disciple de Jésus-Ctii-ist, et mourut en véritable chrétien.

lA PROVIDENCE.

L'infortune , en srcrel se nourrissant de pleurs. Sanra qu'il est un Dieu témoin de ses douleur^. . Qu'il faut se résigner devant la Providence, El qu'il n'est Jamais temps de perdrcl'espi'rancc. — yi- J. CHtrvIRR. —

Le père Beauregard venait de prêcher, dans l'une des églises de la capitale, son beau sermon sur la Providence, tomme toutes ses autres prédications, celle-là avait attiré une affluence considérable d'auditeurs. Rentré chez lui , il se déshalullait pour prendre quel- «pie reposaprès une extrême fatigue, lorsqu'on lui annonça (lu'un inconnu demandait à le voir. Il ne prend que le temps de changer de vête-

ments et se i)résente à l'inconnu, (|u'au |)rtinier aspect ses manières et l'ensenible de son extérieur lui lirent juger être un artisan : '; One voulez-vous de moi, .Monsieur?» lui dit le vénérable prédicateur. «Vous entretenir un moment,» repart l'inconnu avec un tonde voix fortement oecentué , et ayant dans la ]iliy»ionomie quebpie chose il'extraordinaiie qui tenait de l'égarement, et «iiii fixa l'attention du saint prêtre, u Très-volontiers, n hii réi)onil ce dernier; u asseyez-vous, je suis prêt <c à vous entendre ; > et entre eux le dialogue continua ainsi: <; Monsieur, je sors «le votre u sermon. — lié bien , Monsieur , je m'en <i félicite ; je vous en félicite vous-même: car «i j'ai dit des choses que je crois devoir n'être <i pas perdues pour tout le monde. — 0 Mon- «I sieur! vous avez certainement jiarlé très- » bien. On ne pouvait pas mieux dire. Mais <t vous avez vanté les bienfaits d'une Provi- <c dence , je ne crois pas à cela : car pour moi « il n'y en a pas, de Providence. — Comment, it Monsieur! quelles paroles venez-vous de <: prononcer. — Non, .Monsieur, il n'y a pas <i de Providence pourmoi. tenez. jugez plutôt. <; Je suismcnuisier de mon état. J'ai une femme <! et trois enfants. Nous sommes d'honnêtes <: gens qui travaillons et qui n'avons jamais (! fait de tort à personne. Parlez de moi dans «I mon quartier, et tout le monde vous attes- <c tera que N. est un brave homme qui gagne <! sa vie et celle des siens àlasueurdesonfront, <: qui ne boit pas , qui ne joue pas, qui est de <i bonne intelligence avec sa femme, et qui ne <t fait point de dettes, qu'il ne les acquitte fidèle- <c ment. — Je crois tout cela sans peine, mon <! enfant, )• interrompt le respectable ecclésiastique, que touchait vivement l'eifusion de ce langage, « mais oit voulez-vous en venir, «i et qu'ont de commun des détails aussi pro- <t près à intéresser en votre faveur, avec votre •; incrédulité à l'égirt-d de la Providence? — <c Où j'en veux venir , Monsieur , et (pi'est-ce <i que tout- cela a de commun? le voici; vous i: voyez un homme près de s'aller jeter dans la <i rivière. — 0 Ciel ! s'écrie le père Beauregard (I justement alarmé d'une telle résolution: <i que Dieu vous préserve d'un semblable égaie rement ! il n'y va pas seulement de votre vie, <i il y va du salut de votre iimc. lié ! qui peut <t donc vous porter à un projet aussi cont; damnable ? — Monsieur , j'éprouve une «I perte ntineuse pour moi, par la faillite d'un « débiteur. J'ai des engagements ((ui échoient u le trente du mois. Je ne pourrai point payer. <i Ce serait la première fois que je n'aurais p;us •1 fait honneur à ma signature. Je ne supporte <i pas l'idée de ce malheur, et c'est après avoir ti frappé en vain à plusieurs portes et n'avoir <( rien obtenu , parce que mes parents et mes il amis ne sont pas plus riches que moi . que «i je vais me noyer. — Mais, mon ami, votre

• fi-mmo qiio vous aimez, vos cnf;uits tiui ont

• lusiiiii «i»' vous , «luc dcvit-ndront-ils si vous . Ks aliiiuilonncz saus n-lour .' » A ci'llt' qucsl ion k' pauvre artisan sentit couler ses larmes, et il reprit ainsi : — >■■ (^)ue voulez-vous. « Monsieur ! je ne i)uis pas vivre tleslionoré. < Je leur ferais honte, et, tpiand je ne serai 'plus, peut-être aura-t-on pille d'eux. — > l)iles-moi.je vous prie, comment, préoccupe >. il'uue pensée aussi affreuse , vous êtes venu . à mon sermon. — Uh ! Monsieur , je n'y •: suis point allé exprès. C'est le hasard : voici •; conunent. Je passais dans le voisinage de «1 l'église. J'ai vu !)caucoup de monde se pres- •. ser pour y entrer; par curiosité, maehina- >'. iement peut-être, j'y suis entré connue les <. autres. J'ai demandé ce qu'il y avait. Un <; m'a repondu qu'un grand prédicateur allait

I prêcher. Je suis reste. Je vous ai entendu , >'■ et justpi'au bout. Tout ce que vous avez dit t. était bren beau, mais monsieur, en fais:\nt •1 un retour sur moi-même, sur ma situation , <; sur mon irréprochabilité ', je n'ai pu me « résoudre à admettre la Providence. — ^t Quoi . mon ami, avec undessein aussi déses- <i péré, vous êtes entré dans l'église, vous m'y «t avc2 entendu , vous êtes venu près de moi ,

II vous voilà me contiant vos peines, et vous « ne reconnaîtriez pas que tout cela est de « la Providence ^! » Frappé de l'observation, et gardant un moment le silence , l'artisan répond : — ti C'est vrai. Monsieur ; voilà quel- •i que chose de remarquable. Mais enfin cela «I ne paiera pas mes billets le trente de ce «1 mois. '> Tout dans cet entretien avait ému le cœur du père Beauregard. Tout lui l'évélail un honnête homme sans lumières, qui méritait un vif intérêt et surtout un prompt secours. Il jugea inutile le recours aux renseignements^, après avoir entendu ce malheureux homme dont le langage et les manières alli'staient la véracité. Son jiarli fut bientôt pris. — <■ Ecoulez, mon enfant, lui dit-il. j;- •i vouscroisun honnête homme, un homme (jui •< est malheureux sans s'être attiré son mal- '! heur, et ipii n'a pas fait le calcul de n:e •t tromper. Je veux vous aider à sortir di- peine. K Omltien vous faut-il jjotir ijue vos billets «soient accpiittés? je ne suis pas riche, m.'is « enfin je puis vous offrir de cpioi conlribnei- h •I faire votre sonmie. — Ah ! Monsieur, (piellc «bonté! avec moins de mille écus je suis « sauvé. " Le père Beauregard se lève, va ouvrir son secrétaire, en tire uw soinme de cent louis, retourne à l'artisan et lui <lil : — « IHon ami , voil;i cent louis. Je n'aurais pas « été assez heureux pour vous les donner de K moi-même, mais il y a quelijuesjours, après « avoir assisté à mon sermon sur l'aumùri'' . « madame la princesse N. (qu'il lui nomma) « m'a envoyé cet argent, en m'antorisant à en « faire , pour le soulagement de rinfortun<' ,

■; l'emploi que je jugerais être le plus conve- > nable. La somme eût adouci les maux de '. plusieurs familles, entre les(|uelles je l'auu rais répartie. Mais, mon enfant, votre prc- <■■ sence chez moi est à mes yeux, dans la crise 't de situation (pie vous m'avez exposée, un « trait de lumière sur les vues de la Providence •là votre éganl. Prenez <lonc ces cent louis, « allez acquitter vos engagements le trente de

< ce mois . et croyez à la Providence. »

Le pauvre artisan, à ces mois, tombe avix genoux du père Beauregard, les arrose de ses larmes, sans pouvoir i)roférer une parole, tant la surprise et la recoiniaissanco agissaient sur son cœur; et, levant les yeux au ciel, <|n'il bénit du fond de son Ame . il reçoit la somme des mains du bon prêtre, les serre affectueusement et disparait.

— niLLECOCQ. —

Do la Rt.'ligian rlirtticnnr.

BILLECOCQ ( Jean-Baptiste- Louis-Joscpli )

Naquit à Paris, le si janvier i765.

Écrivain et avocat dislingué, il s'est acquis une réputation Iionoraltic dans la liltt'rahire et an liarreaii. C'est surtout dans la défense du marquis de Rivière qui, dans le procès de Georges Cadondal, fut accusé d'avoir attenté aux jours dn premier consnl. et dans son plaidoyer en favein- di-s enfants de la veuve du duc de Monlehello. que le laienl oratoire de M. Hillt'cocq s'est fait le plus reniarqner. Ses princii»an\ ouvrages sont : (■^oj'ar/c au 7'liiln'f, traduit de rani',iais; Conjuration de Calilina, traduction nouvelle; yoyaqc île Ncarqun. des bouches de rindus jusqu'à l'Euphrate, traduit de ranr;lais; de la Religion vhrclieinw. relalivciiient à l'État, au.r fa inities et aux individus; Coup d'œil sur l'état uioral et politique de la France à l'arénenient de Charles \ ; du Clenjé de France, etc.

' — Ce mot, qui me paraît bon, n'est point dans le Dictionnaire (le l'Académie.

2 — La même silnalion et les mêmes pensées s\: trouvent admirahlcmenl exprimées dans / proniessi Sj)osi de Manzoni. au récit dn |)reniier entretien de VInnominato avecle cardinal Fréd(5ric lîitrromée.

^ — Le recours aux renseignements. 11 serait jdns élégant el plus exact de dire, d'aller au.v renseignements.

Ol)servntion f/énérolp. I,a l'roxidence étant délinio « siiprénie sa(;essc delà I>lviiiil('' qui prend soin de; ses oiivrn(;es. tant en l<'s ciiiisei-wiiif , qu'en <liri(;eanL leurs op('Tali(>ns . » on doit adniellre son intervention mystérieuse el eaelx'e (j.ins les affaires Inmiainc-s : Ici est le seiilimeiit de Maleluanche, eombadii eependant par I.eiliniiz ; mais ec n'est pas ici le cas de Faire connailre rohjertion.

l.'liisloii(! du monde nous apprend ijue, si l'aclion dt; la l'i-ovidence n'est paseoiistannneni irnniédiale et visilde, l'Ile ne laisse pas néanmoins d'(5lre sensilthdansia plupart des {;rands(;vénemenl». (juaut aux évéiii'nieiils privés, lesreU)urs innatlendust;! sniidainsqni .itl<i(;u(;iit <|U(dipierois l'injustice lonjiternps heureuse

< ri disent plu» à cet (j{;ard que tout ce (ju'on iiourrait ajouter.

Va FÉVRIER.

\Ti)S.—tnh-ôe des Fraurf"'" à Rome, sous la condullc irAlexaiulre Berthicr.— l'oiulation do la HOpublùiuc.

Dt'S porsonnr8, (1rs lieux Iii grandeur éclipsée, Par l'effet d» euiili-asie, nltaelie la peiisfre. Ainsi contre ces initrs, monuments de l'oijineil, Où Rome nnti([ue étonne et lusse encor mon leil. Kt iiii*abantlonne au temps sa fdlc néglijïeiite , J'aime à voir s'appuyer la cabune^indigentc. — Delille. —

Tout a chanp,é dans ces lieux, d'aspect et do tlestination '. J'ai vu de jeunes filles suspendre, enchantant, leurs vêtements humides aux colonnes du temple de Jupiter tonnant ^. Les reliîjieux de Saint-Bruno célèbrent paisiblement leur office dans les Thermes , billis avec magnificence par le dernier persécuttîur des Chrétiens ^. Des marchands de marée vendent leur poisson sous les portiques d'Oclavie'*; des bateleurs se sont emparés du tombeau d'Auguste. On adore aujourd'hui la Vierge dans le temple que Tullius avait élevé jadis à la Fortune virile ^, et des troupeaux de chèvres font seuls soulever la poussière, en passant sous l'arc de Titus, que traversaient les légions triomphantes , à leur retour de la Judée.

Les rois , les consuls , les empereurs , les héros , ont passé tour à tour. Que reste-t-il aujourd'hui des temples , des statues , des palais, des portiques, dont ils avaient décoré cette enceinte? Partout le temps a re])ris ses droits; et comme au siècle fabuleux d'Évandre s , avant la fondation de Rome , les voyageurs qui parcourent ces lieux peuvent se dire encore avec Virgile :

Passimque armenta videbaut,

Romanotiue Foro et lautis imigire Cariais.

<( Ils voyaient çà et là des troupeaux qui «1 mugissaient dans le Forum ^ et dans le bril- « lant quartier des Carènes. i>

Mais , dans ces lieux mêmes, ravagés par la main du temps, et plus encore par la main des hommes, la mémoire fidèle s'attache aux moindres débris. L'imagination s'aide des plus légers vestiges pour relever ces moniuxients détruits et les repeupler de grands hommes.

— Jevoislloratius Coclèsdeboutsur les ruines du jiont Sublicius. Je cherche le champ de Cincinnatus au delà de la Porte du peujde.

— Monté sur le rempart qui regarde vers Tivoli . je vois , en frémissant, flotter les étendards d'Annibal aTix bords du Teveronc; ou bien , au pied du Mont-Sacré , j'entends le peujde, sorti de Rome, répondre aux patriciens qui l'opprimaient : «i Tout pays où

l'on vivra libre deviendra poiu- nous la patrie s ! ,.

Dans les muis, hors des murs de Rome, tout parle des vertus de ses citoyens , ou nous reliace les faits de son histoire. Voilà ce Capitoleoùdes Gaulois, |»lus heureux «pieRrenrms, vinrent, si longtc^nps après lui, jilanler leurs drapeaux de diverses couleurs 'K Voici les jardins de Néron , je détourne les yeux ; voici le (ond)eau des Scipions , et je m'incline avec respect. J'arrête stu- le pont Milvius les ambassadeurs des AUobroges "^, au moment où, menacée par CîUilina , Rome fut sauvée par Cicéron. J'entends, dans le,Forum , la liberté exi)irant sous le génie de César ; mais je cours au palais Spada pour admirer cette belle statue de Pompée, au pied de la(]uclle vint à son tour expirer César sous le poignard deBrulus. Je te salue avec respect , terre antique et sacrée, ou de grands souvenirs font naître de profondssentiments, et prêtent aux beaux-arts leurs plus riches inspirations !

— Barrière. —

BARRIÈRE {Jean- François),

Né à Paris, donna pour la première fols, en isu, quelques articles de liltéralure dans la Gazelle de i^ya/ice. An commencement de 1815, il travailla i>our le Journal de Paris, sons la direction de M. Jay. En »si6, il devint un des collaborateurs du Constitutionnel, jusqu'en i82o, épocpie à la(|uclle il cessa d'éerire dans les journaux. 11 a publié, de concert avec M. Berville, la Colleclion des Aléi/ioires sur la récoliition française. II est auteur de Notices sur madame Rolland, sur Linguet, sur Dnssault. Il a écrit les Mé>noires de Louis-Henry de Loménie, comte de Brienne ; des Tableaux de genre et d'Iiistoire ou Morceau.v inédits sur la ré(/ence et la jeunesse de Louis xvi. On trouve dans ce dernier ouvrage des anecdotes picpianles spirituellement racontées, une belle peinture de lîoine moderne, des traits intéressants de la vie de Diderot, de Frédérie-le-Grand et d'autres personnages fameux.

1 —Tout a cliangé d'aspect. L'emploi de l'auxiliaire avoir désigne ici une action passée; tout est changé exprimerait l'état. (Voyez ma Grammaire, n» 620.)

2 — Imilalion évidente d'Horace, mais qui nous paraît ici assez inoi»porîune.

5 — Ce fut Dioclélien ; la persécution, commencée en soà.dura dix ans.

* — Les porlicpies étaient un des plus beaux monuments des villes eliez les Grecs et les Romains; ils servaient d'abri aux passants; et l'on ])ouvait s'y promener i\ couvert. A Home , du temps d'Auguste, on comi)lait plus de <iuarante |)orti- (|ues : c'étaient de longues sialeries soutenues j)ar un ou plusieurs rani;s de colonnes, tiui souvent étaient de marbre. Ils élaienl garnis de magasins magnifi<iues où se vendaient les objets les plus précieux. Octavie, sœur d'Auguste, se rendit célélire |)ar sa beauté et sa vertu. Elle épousa Claudins Marcclliis, puis Pomiiée, enfin Marc-Antoine. Elle

mourut l'an lo avnnl J.-C. Aufjuste ]ut fit faire «It's obsènues majiiifuiucs , et prononça son oraison funèbre.

^ — Serrius Tullius, sixième roi de Rome, éleva un temple ;"i Diane sur le inoni Aventin, et un autre h la Fortune, ;"l laquelle il se croyait redevable dn royaume.

* — /'rintdre, nti d'Arcadie. quitta sa patrie cl vint s'ttnlilir en Italie, environ 6o ans avant la prise de Troie. Son règne fut celui de l'Age d'or pour le ImUuih.

^ — Le Forum, place publique siliiée entre le Capitule et le mont Palatin. Le quartier des (arènes était fermé par une vallée située entre le mont Cœli'us et le mont Esquilin : c'est là que commençait la voie sacrée.

** — Marctis-JuniHs-liriitiiK, dans sa seizième lettre à Cicéron . exprime éloipiemmenl la même idée. « Non. aucune terre pour moi ne i)eulèlre La terre de l'exil, tant qu'une outrapieante servitude me paraîtra le jjire de tous les maux... Tout pays où il me sera permis d'être libre sera Rome IMiur moi. »

^ — licrlhi'ci', entré dans Rome à la tète de l'armée française, disait dans une i)ioclamation : o La république romaine est rétablie par les descendants de Breniius. «jui. dans le Capilole, apportent la liberté aux descendants de Camille. »

'"— Peuple j;uerrier de la partie des Gaules (|ui forme aujourd Iiui la Savoie, le Daupbiné el le Vivarais.

Ohserrntinn générale. Ce rapide coup d'œil sur Rome ancienne respii-e renlhoii.siasme de l'anliqiiilr, et a n nonce nn écrivain (pii en a fait inic étude sérieuse; le stylo e.'tà la hauteur du sujet : nous croyons ne pouvoir mieux le louer.

1814.— Préparatifs de Pîapoliîon pour livrer la Bataille Uc Montcrcau.

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