SU REMORDS ET DE LA COITSCIENCE
De SOS remortls secrels triïtt* et lente vicliinr , Jamais un criuiinel ne fc'absouldc son crime. — L. IIacike. —
La conscience fournit une seconde preuve de l'immortalité de notre âme. Chaque homme a au milieu du cœur un tribunal où il commence par se juger soi-même, en attendant i|ue l'Arbitre souverain confirme la sentence. Si le vice n'est qu'une conséquence physique de notre organisation, d'oii vient cette frayeur qui trouble les jours d'une prospérité coupable '? Pourquoi le remords est-il si terrible, qu'on préfère de se soumettre à la pauvreté et à toute la rigueur de la vertu , jilutôt que d'acquérir des biens illégitimes 2? Pourquoi y a-l-il une voix dans le sang, une parole; dans la pierre? Le tigre déchire sa proie , et dort; l'homme devient homicide , et veille 5. i| cherche les lieux déserts , et cependant la solitude l'elfraie. il se traîne autour des tombeaux , et cei)endant il a peur des tombeaux <. Son regard est mobile et intjuiet, il n'ose regarder le mur de la salle du festin, dans la crainte d'y lire des caractères funestes ^. Ses sens semblent devenir meilleurs pour le tourmenter : il voit, au milieu de la nuit, des lueurs menaçantes ; il est toujours environne de l'odeur <lu carnage, il découvre le goiU du poison dans le mets (ju'il a lui-même apprêté ; son oreille, d'une étrange subtilité, trouve le bruit où tout le inonde trouve le silence; et, sous les vêtements de son ami, lorstju'il l'embrasse, il croit sentir un poignard caché.
0 conscience ! ne serais-tu (pi'iin fantôme de l'imagination , ou la peur des clhltiments des hcmmcs '■ '.'' Je m'interroge; je me fais
<('tle question : Si tu pouvais , par un seul désir, tuer un liomme à la Chine , et hériter tle sa fortune en Europe, avec la conviction surnaturelle qu'on n'en saurait jamais rien, ronsentirais-tu à former ce désir? J'ai beau m'exagérer mon indigence ; j'ai heau vouloir atténuer cet homicide, en supposant que. par mon souhait, le Chinois meurt tout à cou[) sans douleur, qu'il n'a point d'héritier, que même à sa mort ses biens seront perdus pour l'Etat; j'ai beau me figurer cet étranger comme accablé de maladies et de chagrins; j'ai beau me dire que la mort est un bien pour lui, qu'il l'appelle lui-mt^me, qu'il n'a plus qu'im instant à vivre : malgré mes vains subterfuges, j'entends au fond de mon cœur une voix qui crie si fortement contre la seule pensée d'une telle supposition , que je ne puis douter un instant de la réalité de la conscience ^. — Chateacbriasd. —
(Voyei le 6 janvier.)
' — Si le vice n'est qu'une conséquence physique de notre organisation, comme on peut le déduire du matérialisme , la liberté n'est plus qu'un mot , le remords n'est pUis que réjjouvante inspirée par les menaces de la justice humaine , et cette justice humaine n'est plus que la loi de la force imposée à la faiblesse. Que peut devenir une société fondée sur de tels principes , si toutefois elle peut exister?
2 — Quoique préférer plutôt renferme un pléonasme, cette locution est usitée ; Laveanx en donne plusieurs exemples. L'Académie se tait à cet égard comme à beaucoup d'autres; cependant on dirait avec plus d'exactitude : Il aime mieux se soumettre à la pauvreté que d'acquérir, etc.
5 — Cette 0))position est belle et juste, elle peint mieux qu'un long discours le sentiment qui distingue l'homme de la brute, mais le mol veille manque peut-être de propriété; veillerne signifie pas avoir perdu le sommeil, idée que nous ne pouvons rendre par un seul mot; il indique un acte volontaire, et ne se prend pas en mauvaise part. Cependant cette nouvelle acception pourrait lui être donnée sans aucun inconvénient. Notre langue, a dit Voltaire, est une gueuse fière, à qui il faut faire l'aumône malgré elle.
^ —Cette répétition, loin d'être une faute, est une beauté.
'^ — Allusion au festin de Balthasar.
^ — Le remords peut quelquefois n'être que la crainte du châtiment; l'habitude du mal peut l'étouffer; mais la conscience élève toujours la voix, sinon pour punir, du moins pour condamner : elle dit toujours au coupable qu'il a fait mal, quand même il Fain-ait trempée dans le crime pour la rendre invulnérable au remords.
On dit que les idées de bien et de mal varient d'époque à époque, de peuple à peuple, et que, par conséquent , la conscience qui varie avec ces idées n'a rien de certain, de fixe et de réel. 11 faut distinguer le bien et le mal relatifs , le bien et le mal absolus ; la conscience peut varier dans ce qui est relatif, elle ne varie pas dans ce qui est absolu. Le Spartiate qui noyait son fils nouveau-né, le sauvage américain qui tuait son père devenu vieux,
n'éprouvaient point de remords, car ils ne faisaient qu'ol)éir à certaines lois, à certains usages; mais, dans aucun temps, dans auciui lieu, pas même chez le sauvage, la perfidie, la trahison, l'homicide lâche et calculé, ne peuvent être considérés comme des vertus.
^ — La réflexion qui termine ce morceau est juste et frappante : l'auteur tire d'un raisonnement très-simple ou plutôt d'une simple supposition la preuve irrécusalde d'une conscience , sentinelle attentive des pensées et des actions de l'homme. Il suffit pour croire à la réalité de la conscience, qu'elle nous juge et nous déclare coui»ables. sans même nous punir par le remords, car justice se fera toujours : si le coui)able échappe à la justice des hommes et de sa conscience, il n'échappera pas à celle de Dieu.
Observation générale. Jamais le cri de la conscience . l'implacable remords n'a été exprimé par des paroles plus vives et pins énergiques que celles-ci; jamais le vautour de la fable qui ronge les entrailles de Prométhée n'a paru dans les peintures de la poésie antique aussi terrible que ce vautour moral qui dévore l'àmedu coupable, mais qui ne peut l'anéantir parce qu'elle est immortelle.
-1740.— Intensité d'un froia très-long et très-risonrcux, surtout en Russie, où la glace fut d"une épaisseur si considérable, qu'à Saint-PétersbonrK on construisit un palais de glace de 52 pieds et demide longueur sur seize pieds et demi de large, et vingt de hauteur.