‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 57 sur 370 · L'HABILLEMENT SINGULIER · texte numérisé non relu

L'HABILLEMENT SINGULIER

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L^st un hnhit de toutes les couleurs

»DHE Du VAL.

M.deLouvois ' avait toujours eu l'esprit un peu léger : étant à Brest à di.v-huit ans, avec beaucoup tie dettes et sans argent , il écrivit à son père ; et, ne recevant point de réponse, il vendit tous ses habits pour fournir aux frais de son voyage, ne gardant, pour toute garderobe, qu'un mauvais frac usé; et il partit pour se rendre au château de Louvois , oii le marquis de Souvré le reçut très-mal ^ : dans les premiers jours 31. de Louvois n'osa pas lui renouveler sa demande. Un soir, M de Souvré lui dit que les dames les plus considérables du voisinage devaient dîner chez lui le surlendemain, u J'espère, ajouta-t-il, que vous voudrez bien quitter ce vilain habit de voyage et vous habiller convenablement, n M. de Louvois se garda bien de dire qu'il ne lui restait plus que le vêtement qu'il avait sur lui ; mais il déclara qu'il n'avait apporté que de vieux habits, et qu'il désirait en faire faire un neuf; et il saisit cette occasion de demander de l'argent. M. de Souvré refusa d'un ton qui ne laissait nulle espérance. M. de Louvois n'insista point ; il se contenta de répondre qu'il mettrait un autre habit. 11 y avait dans la chambre où il couchait une vieille tapisserie à grands personnages, il en détacha un pan qui représentait Armide et Renaud ^; il envoie chercher le tailleur du village ; et, lorsqu'il futarrivé, il lui ordonna de lui faire un habillement complet, habit, veste et culotte avec ce pan de tapisserie, de passer la nuit , et de le lui rendre le surlendemain de bonne heure. Le tailleur, pour mettre un peu de régularité dans ce singulier ouvrage, fit les manches avec les deux bras d'Armide , et sur le dos de cet habit il mit la tète de Renaud ornée d'un beau casque; deux petits visages d'amours et

des fragments de bouclier formaient le reste de l'habillement dont M. de Louvois se revêtit avec une joie parfaite, l-^piipé de la sorte, au moisde juillet, il attendit dans sa chambre, et non sans impatience, l'arrivée de la compagnie : aussitôt qu'il entendit les voitures dans la cour, il descendit lestement, malgré l'étonnante lourdetir de sa parure, et il s'élança sur le perron, afin de donner la main aux dames, ce qu'il fit sérieusement, et de l'air du monde le plus simple et le plus naturel. Comme on s'émerveillait et ipie l'on questionnait en vain M. de Louvois qui , avec un maintien triomphal, conduisait ces dames dans le salon. M. de Souvré survint; à l'aspect de son fils paré des dépouilles de sa chambre, il recula deux pas en arrière, en demandant d'un ton foudroyant raison de cette extravagance.

<i Mon père, répondit M. de Louvois, vous m'aviez ordonné de mettre un autre habit, et, comme je n'avais à ma disposition que cette étoffe, j'ai été forcé de l'employer pour vous obéir.

— M™« DE Genlis. —

GENLIS {Stéphanie-Félicité Ducrest de Saint-Aubi.n , comtesse de ) ,

Née en i746, prèsd'Autun.

L'existence et la réputation littéraire de madame de Genlis se rattachent à une telle multiplicité d'événements politiques et intérieurs, qu'il nous serait impossible de les retracer tous ici. Nous nous bornerons donc à la considérer comme institutrice . comme auteur et comme femme du monde.

Ouoiqu3 son système d'éducation puisse être blâmé sous différents rapports , elle a rempli avec mérite sa charj^e de gouvernante ou de gouverneur auprès des enfantsdu duc de Chartres, père de Louis- Philippe. Les princes ont appris d'elle que l'éducation publique est la meilleure qu'ils puissent recevoir , et les femmes lui doivent le goût qu'elles ont aujourd'hui pour l'instruction.

Comme auteur, son rôle est moins beau. Cependant la plupart de ses ouvrages furent accueillis avec faveur: le succès A' Adèle et Théodore , des Feillées du Château et du Théâtre d'Éducation, l'éblouit et la jeta dans une polémique acerbe et souvent injuste, dirigée contre les philosophes de son temps et contre deux femmes célèbres, madame Coltin et madame de Staël, qui l'ont laissée bien loin derrière elles. 11 y aurait cependant de l'injustice à ne pas reconnaître un véritable talent dans Mademoiselle de Clerviont , Mademoiselle de la Fallière et dans le Théâtre d' Éducation : son style, rempli d'élégance et quelquefois même de force , est surtout remarquable dans le développement et la peinture des passions et des caractères.

Parlons maintenant de ce qui a fait la gloire de madame de Genlis et considérons-la comme femme du monde. Une grande beauté , une intellifîencf rapide, fine, juste et profonde, un esprit saillant, une imagination vive el brillante, un chaime irrésistible, un talent extraordinaire sur la harpe, tout cela, joint à des allures et à des minauderies

tit Jolie K-iume. ù une raillerie spirituelle et anu>re, à uu esprit de désordre complet, formait en elle uu assemblasse ori{;iiial et bizarre , quelijuefois agréable et »iiiel(|uefois eiiO(|uanl. qui faisait dire : «' Ou'on l'aime ou qu'on se dépite contre elle, qu'on ail à s'en louer ou à s'en plaindre, elle laisse des souvenirs (jui ne s'effacent pas. »

' — François-Michel Letellier. marquis de Lou- Nois. né en i64i, était fils de Michel Letellier, secrétaire d'État et chancelier de Fratice. Après .ivoir rempli les char|;es les plus importantes de l'État, Il mourut de douleur, en ifiîi . au sortir d'un conseil où le Koi TaNait mal rc^u. La mort de Racine est aussi attribuée ii la vive peine qu'il ressentit d'être tondté tians la ilisyràce de Louis \iv.

2— Madame de Genlis. si habile dans la science généalogique, a commis ici une grave erreur. Les biens et les litres de la famille de Souvré ne passèrent ipi'eu 1S62 à la maison de Louvois, par le mariage d'.Vnne de Souvré. dernier rejeton des marquis de Courtanvaux, avec Louvois, ministre de Louis \iv.

^ — Personnages de la Jérusalem délicrée, potme qui est le chef-^l'œuvre du Tasse.

Observation générale. Le style de cette anecdote «st facile, mais un peu nét;Ii|;é. Le fait . cpii est intéressant et bien narré, a fourni à M. .Vlexandre Duval le sujet d'une jolie comédie intitulée /a Tapisserie.

17211. - Morl. de FrrtJfCC/J/î/aHcAu'Ji/, savant antiquaire. Par ses ceuvres il illuslru \ erone, .sa i>.Ttric, qui lui lit ériger une statue dans la caHiédralc. A Konie, il lut agrégé â la noblesse.

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