L'IMMORTALITE
rrmoiii dr ta puiuancr, rtsùr «le la lionlr, J'iillriids Ir jniir sin« fin >Ir rimmorlalit^. 1.1 mort m'riilutirr t'iivnin dr s«'s ninbrrs fiinébr4<i. Ma raiMiii «ou Ir jour a Iravriii sri teni^lirrs.
— DKl.A»ÀmiM!.—
Si la deslinoc île riioniine so liornait à la vie présenti' , à ses faux biens et à ses tristes plaisirs, .s'il ne devait pas avoir un autre sort (jue les créatures privées de la raison qui Teelaire, eoinnuiit un Dieu , dont la bonté est infinie coinine la puissance, atirait-il pu donner à riioinnic une àine si sensible à la peine el si avide de bonheur! Comtuent, de tous les animaux que nourrit la terre, l'homme serait-il le plus inquiet et le plus malheureux > ?
Les oiseaux du ciel et les troupeaux des rampaijnes ne sèment ni ne moissonnent, et la Providence leur fournit leur pàliire; les botes farouches reposent au fond de leurs repaires, plus tranquilles que les hommes au sein de leurs cités. Soumis à beaucoup moins de maux corporels, les animaux ne connaissent point les maux plus cruels encore des préjugés et des passions; s'ils souffrent, leur douleur se borne à l'instant de la souffrance : contenus par un instinct bien plus sitr ipie notre inconstante raison , tous leurs plaisirs sont innocents 2; ils ne connaissent ni les excès ni les remords; ils n'étendent point leurs désirs au delà de leurs besoins, ni leurs besoins au delà de la naltire ■".
Oiiel est cejiiiidanl le sort de l'homme, de cette noble créature ii cpii Dieu les a soumis? Ilelas! à combien i)liis de douleurs et d'infirmités sa faible nature est-elle sujette, et combien de nouveaux malheurs il se crée encore à lui-même! Avec les maux du corps . il souffre les maux de l'Ame; avec les maux présents, il souffre les maux passés par de cruels sotivenirs; il souffre les maux fiilurs. par des craintes souvent aussi pénibles (jtie les maux. Tourmenté d'un côté par ses pas-
sions, de l'autre par d'austères devoirs, sa vie est suivant rexi)ression de Job, une guerre continuelle.
Kt , dans les situations les plus heureuse*, quel est encore le sort de l'homme? un dé- []où[ et une inipiiétude éternels l'ai^iteiit et le tourmentent; tous les biens , tous les plaisirs, tous les homieiirs. ne font ipi'irriter ses désirs; toiijottrs son cirur nai',e dans le vide et dans le trouble; toujours il se sent entiainé, par une inqnilsion invincible, vers un boidu-ur qui fuit toujours devant lui. Toutes les créatures sont contentes de leur sort : l'homme seul est mécontent du sien , et il ne pourrait attendre unv autre destinée!
Dira-t-on encore que l'homme serait dédommagé de ses malheurs par les prérogatives de rhiimanité? Et que liti importent ses plus beaux privilèges, s'il en est la \ietime? One m'importe une raison qui ne servirait (ju'à me tourmenter? Le bonheur, voilà le vœu suprême du cœur humain. Si l'esprit ipii nous anime doit périr avec notre corps, déplorons notre misère; ne rougissons pas d'envier le sort de la brute : il est j)référable à notre sort. <^)ue notis sert le funeste honneur d'être hommes? Que me sert d'être la j»lns noble des créatures, si je suis la pins malheureuse?
Grand Dieu! tout faible que je suis, j'ose élever jusqu'à votis mes soupirs ; je ne .«uis point indigne que vous fixiez sur moi la majesté de vos pensées : vous m'avez fait capable de vous connaître et de vous aimer ; vous m'avez fait digne de vous. Quoi ! vous auriez pu nous inspirer de si grandes idées et de si noldes pressentiments, pour tromper notre faiblesse ! Vous auriez pu allumer dans nos cœurs le désir d'une félicité impossible, pour nous tourmenter par d'inutiles efforts! Vous n'auriez jeté sur la terre les malheureux humains , qtie pour vous servir * de spectacle par leurs illusions et par leurs douleurs ! Vous ne leur aitriez donné la raison que poin- aigrir'leurs peines! Reprenez ce fatal bienfait, reprenez cette funeste raison, ourendez-notis notre immortalité!
0 Dieu! si telle était votre insensibilité! Mais je frémis de ces blasphèmes. \on, le Dieu de l'impie n'est point le Dieu vivant; il n'est l)oinl notre Dieu : notre Dieu nous a créés et mis au monde, comme les premiers éléments de la raison et de la foi l'ont appris à noirienfance, pour l'aimer, jiotir le servir, et pour aeqtiérir relernelle vie •''. Si nous souffrons, il nous dédommagera de nos douleurs. Si rien ne ])eut ici-bas contenter noire ctptir, ses grands desseins ne sont |)oint accomplis, .le désire un immortel bonheur : donc il existe ^. Ainsi l'homme ])eut raisonner, sous un Dieiiipii lui a manifesté Sa bonté. Oui , nos infortunes sont le présage de notre bonheur.
et noire mort nK'^nie devient l'anf^ure et le gage (If noire ininiortalilé. Ouclle consolation
i)our rimnianile au milieu de ses malheurs; liais aussi (jnelle gloire, (juel liyiniie pour la Divinité , que l'homme immortel !
— L'abhé DE Beauvais.—
( \'oyci p:tgc sr. )
> — Homère a dit : » De tons les animaux qui rami)enl sur cet amas de boue , le plus infortuné est l'homme. »
2 — Celle coustruelion , condamnée par qiielques iframmairiens. (pii y voient une ami)liil)ologic, se trouve dans la pluiiart de nos bons écrivains. L'expression en est plus rapide; et, s'il y a équixoque, ce ne peut-être que par la construction uramiiKiticale.
3 — Les animaux remplissent leur destinée dans la partie di' l'espace qu'ils occupent, et cette destinée esl frappée d'innnol)ilité : la }',éiiération qui .suit ii'esl pas supérieure à celle qui précède, voilîl pourquoi tous leurs besoins sont renfermés dans le cercle de la vie présente. Si donc les besoins de l'hounne vont au delà, c'est que sa destinée n'est pas bornée à celle vie, c'est que de même le terme en esl au delà.
* — Pour ions servir, n'étant pas dans le même rapport que les autres infinilifs, présente une faute de diction.
^ — Telle est en effet la destinée de l'homme : la philosophie et la religion n'en donnent point d'autre définition; la vie éternelle est la condition essentielle de raccomplissement de celle destinée; car il n'y a pas de terme à l'amour du beau, à la connaissance du vrai, à la pratique du bien.
6 — Les inalérialisles objectent, que le désir de l'immortalité ne prouve pas plus la réalisation de ce désir, que nos caprices les plus frivoles ne prouvent qu'ils doivent être satisfaits.
Mais peul-on comparer aux caprices d'un moment, enfantés parle désordre de l'imagination, ces besoins éternels comme la nature de l'homme, qui sont nés de ses facultés mêmes, et qui , dans tous les temps et dans tous les lieux , appellent le genre humain à la jouissance d'une vie nouvelle.
Observation (jcnérale. Ce morceau réunit au plus haut degré la chaleur de l'éloquence à la vigueur du raisonnement. I.a comparaison que l'auteur établit entre homme et l'animal , le contraste que leur destime actuelle offre à robservation du philosophe, les ronséqiiences qu'il en tire pour leur destinée future, tout esl senti et exprimé avec autant de force que de justesse.
- 1814.— Mort de M. de Poiirtalés qui, de marcband ambulant, est devenu, par son activité et son industrie, uu des plus ricties habitants de la Suisse, et à la bienfaisance duquel la ville de îSeuchâtel doit ses plus utiles établissements.