DIX MILLE LIVRES DE RENTE
In coMiivlc citoyrnVi (1rs tin\att\ consl.Tnts, Kl san.s r*itrrr jamaiX . l'cxaWr Cfonr Dr la pro^p^riic sont uV soûls ctémrnU.
Quand j'avais dix-huit an.s— je vous parie
d'une époque bien éloignée — j'allais, durant la belle saison, passer la journée du dimanche à \ersailles. ville qu'habilail ma mère. J'our ; m'y transporter , je venais ' , pres(jne toujours I à pied . rejoindre sur cette roule une des petites voitures qui en faisaient alors le service.
En sortant des barrières, j'étais toujours st'lr de trouver un grand pauvre qui criait d'une voix glapissante : La c/iarilo, a'/7 roux pkiit, mon bon Monsieur ! De sou côté, il était bien siir d'entendre résonner dans son chapeau une grosse pièce de deux sous.
In jour que je payais mon tribut à Antoine, — c'était le nom de mon pensionnaire — il vint à passer un petit monsieur poudré, sec, vif, et à qui Antoine adressa son memenlo criard : La c/tarite, a' il tous plaît, mon bon Monsieur l Le passant s'arrêta , et , après avoir considéré quelques moments le pauvre: «c ^ ous me paraissez, lui dit-il, intelligent et 'jîiTopr^^»- travailler 2 : pourquoi faire un si vil métier? Je veux vous tirer de cette triste situation et vous donner dix mille livres de rente, n Antoine se mit à rire et moi aussi. tiRiez tant que vous le voudrez, reprit le monsieur poudré , mais suivez mes conseils, et vous acquerrez ce que je vous promets. Je puis d'ailleurs vous prêcher d'exem])le : j'ai été aussi pauvre que vous; mais, au lieu de mendier; je me suis fait une hotte avec un mauvais panier, et je suis allé dans les villages et dans les villes de province, demander, non pas des aumônes , mais de vieux chiffons qu'on me donnait gratis et que je revendais ensuite, un bon prix, aux fabricants de papier. Au bout d'un an , |e ne demandais plus pour rien les chiffons, mais je les achetais, et j'avais en otitre une charrette et un âne pour faire mon petit commerce.
<i Cinq ans après, je possédais trente mille francs, et j'épousais la fille d'un fabricant de papiers, qui m'associait à sa maison de commerce peu achanlandée , il faut le dire; mais j'étais jeune encore, j'étais actif, je savais travailler et m'imposer des privations. A l'heure qu'il est , je possède deux maisons à Paris, et j'ai cède ma fabrique de papier à mon fils, à qui j'ai enseigné de bonne heure le goût du travail et le besoin de la persévérance. Faites comme moi, l'ami, et vous deviendrez riche comme moi.)
Là-dessus, le vieux monsieur s'en alla, laissant Antoine tellement préoccupé, que deux dames passèrent sans entendre l'appel criard du mendiant: La c/iarité . s'il vous platt.
En 1815 . pendant mon exil à Bruxelles s, j'entrai un jour chez un libraire pour y faire emplette de quelques livres. Un gros et grand monsieur se promenait dans le magasin et donnait des ordres à cinq ou six commis. Nous nous regardAmes l'un l'autre comme des gens