‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 92 sur 370 · DAMAS · texte numérisé non relu

DAMAS

An rrpns d'Abi-ahani , D.irnnK fltit sïi n.'iis.*;.*inrr , Damas, qui , par ses arts rt par son opulcnru , l''«t l'orgueil de l'Asie et IV'gaie de Tjr.

— ViENXKT. ■ —

Je marchais à la tète de la caravane, à quelques pas derrière les Arabes de Zebdani ; tout à coup ils s'arrêtent et [loussent des cris de joie en me montrant une ouverture dans le rebord de la route ; je m'approche , et mon

regard ploiifïo. h travers réch;uioiuro do la j roche, sur le plus inaguitiqueet leplusetranj^e I liorizon tjui ait jaiuais étonne wn rej^ard d'Iionuiie : eVlail Damas et son désert sans liornes. à queltincs centaines de pieds sous mes pas. Le regard londtait iral>or«l sur la ville qui, entourée de ses remparts di- marbre jaune et noir, flanquée de ses innomltraliles tours carrées, de ilistanee en distance, couronnée de ses créneaux sculptes , dominée par sa ^'orèl de minarets ' de toutes fi»rmes , sillonnée par les sept branches de son tteuv»' et ses ruisseaux sans nondire, s'étendait à perte «le vue dans un labyrinthe lie Jartiins en fleurs, jetait ses bras innnenses, çii et là. dans la vaste plaine partout ombragée, partout |)ressee par la fortM de dix licuesde lourde sesabrieotiers, de ses sycomores, de ses arbres de toutes formes et de toute verdure, semblait se pcnlre de temps en temps ^ sous la voûte tle ces arl)res . puis reparaissait plus loin en larges lacs de maisons', de faubourgs, de villages; la!)yrinthe de jardins, de vergers, de palais, de ruisseaux, où l'œil se jterdait et ne (piillail un enchantement que pour en retrouver un autre *.

Nous ne marchions plus: tous , pressés à l'étroite ouverture du loclier perce comme une fenêtre, nous contem|)lions, tantôt avec des exclamations , tanlùt en silence, le magiciue spectacle (jui se déroulait ainsi subitement et tout entier sous nos yeux, au terme d'une roule , à travers tant de rochers et de solitudes arides, au commencement d'un autre désert qui n'a pour liornes que Bagdad et IJassora ■', et qu'il faut quarante jours pour traverser. Enfin nous nous remimes en marche; le parajjct de rochers (pii nous cachait la plaine et la ville, s'abaissait insensiblement , et nous laissa bientùt jouir en plein de tout l'hori/on; nous n'étions plus qu'à cinq cents pas des murs des faubourgs : ces murs, entourés de charmants kiosipies et de maisons de campagne des formes et des architectures les plus orientales, brillent comme une enceinte d'or autour de Damas; les tours carrées qui les flanquent et en surmontent la ligne sont incrustées d'arabesques percées d'ogives '• à colonneltes minces comme des roseaux accouplés; et brodées de créneaux en turl)ans, les murailles sont revêtues de pierres ou de marbres jaunes et noirs»alternés avec une élégante symétrie; les cimes des cyprès et des autres grands arbres qui s'élèvent des jardins et de l'intérieur de la ville, s'élancent au-dessus des murailles et des tours, et les couronnenl d'une sombre verdure. Les innombrables coupoles des nioscpiées el <les |)alais d'une ville de quatre cr-nt mille âmes. réi)erculaient les rayons du soleil couchant, et les eaux bleues et brillantes des sept fleuves élincelaienl et disparaissaient tour à tour à travers les rues

et les jardins. L'hori/on derrière la vdie était sans bornes connue la mer, il se confondait avec les bords pourpres de ce ciel de feu (preiiflannnait encore la réverbération dessables ilii grand désert ; sur la droit<' . les larges et hautes croupes de l'Anti-Liltan ' liiyaienl connue d'immenses vagues d'ombre «, les unes derrière les autres, tantôt s'avançant connue des promontoires dans la plaine, tantôt s'ouvrant comme des golfes profonds où la plaine s'engouflVait avec s<'s forêts el ses grands villages, dont tpieltpies-uns comi)tent just|u';i trente mille habitants; des branches de fleuve et deux grands lacs éclataient là , dans l'obscurité de la teinte générale de verdure où Damas sendde comme engloutie; à notre gauche, la plaine était plus évasée, et ce n'était (pi'à une distance de douze à «pnnze lieues, qu'tm retrouvait des cimes de montagnes, blanches de neige, qui brillaient dans le bleu du ciel , connue des nuages sur l'Océan 9. La ville est entièrement entourée d'une forêt de vergers d'arbres fruitiers, où les vignes s'enlacent comme à Naples, et courent en guirlandes parmi les figuiers, les abricotiers, les [toiriers et les cerisiers •■'; au-dessous de ces arbres, la terre grasse, fertile et toujours arrosée . est tapissée d'orge, de blé, de maïs et de toutes les plantes léginnineuses que ce sol produit; de petites mais(Mis blanches percent , ça el là , la verdure de ces forêts, el servent de demeiire au jardinier, ou de lieu de récréation à la famille du propriétaire ; ces jardins sont peuplés de chevaux, de moutons, de chameaux .^ de tourterelles , de tout ce qui anime les scènes de la nature; ils sont en général de la grandeur d'un ou (]vu\ arpents , et séparés les uns des autres ])ar des nnirs de terre séchée au soleil ", on j)ar de belles haies vives ; une multitude de chemins, ombragés et bordés d'un ruisseau d'eau courante , circulent parmi ces jardins , passent d'un faubourg à l'autn' , on mènent à (jneique porte de la ville : ils forment un rayon de vingt à trente lieues de circonférence autour de Damas.

— De L\MAUTl>F.. — (Viiyr/. le IR janvier.)

' — Miuarel , tour faite en forme de clocher, I (roù. riiez les Turcs, l'on ai»pel!e le peuple à la I prifrt: et d'où l'on annonce les Heures.

2 Par intervalles, scrail moins familier.

5 — Des lacs de maisons , etc. , exemple de la rafachrèse, espèce de nittaphore qui consiste à étendre la signification d'un mol. ;'^ le mellre en rnjipoi't avec un aiilri; mot dans lia sens on il n'est pas oniinaireineiil eini)!oyr, comme (piaïul on dil ciicval /t'/-/é <ran/eiit, aller à clicial sur iiii hà ton, etc.

4 Ce tableau <iue présente l'aspect de Damas esl une des plus iirillantes liypotyposes de l'on-

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