LA. BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
me L'INDICATION US WITHATIONS QU'IIS ONT SUBIES.
J'ai déjà dit, dans l'avertissement qui précède, ce qui a donné lien a ces investigations. Je n'y reviendrai pas; je répéterai seulement que des travaux d'nn autre genre m'ayant conduit, il y a deux mois, à la Bibliothèque nationale, j'en ai profité pour entreprendre quelques recherches, déjà commencées et interrompues bien souvent, sur lesépistolograpbes français. Dans ce but j'ai parcouru d'abord le fonds Dnpuy.
Cette immense collection formée au x vi* et au zvn* siècle, par les frères Dupuy, gardes de la Bibliothèque du roi, se compose de sept cent soixante-dix-sept volumes in-folio, plus vingt- et-un in-4°, et renferme une foule innombrable de pièces originales du plus haut intérêt.
On conçoit que j'eusse le désir d'étudier une collection si importante et généralement si peu connue.
La première chose que j'avais a faire était d'examiner d'abord par quels fils conducteurs on pouvait se guider dans le labyrinthe de cette collection. Or, il existe pour le fonds Dupuy , 1° : Un ancien catalogue
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qui décrit la collection, volume par volume ; (ce catalogue se compose (l'on volume in-folio) ;
2° : Un autre catalogue alphabétique, par matières et par noms d'auteurs; (également en un volume in-folio). En apparence, il y avait donc facilité pour mon travail. Malheureusement ces deux catalogues, d'une écrituredu xvn* siècle , sont souvent incomplets et ne donnent que des indications sommaires.
Le premier dit, par exemple : * N™ 64-65 (deux tomes reliés en un seul volume). Lettres de Pomponne. ■ Pas un mot de pins. Ou bien : ■ N" 170-171 (deux tomes en un seul volume). Lettres de MU. de Bellièvre, etc. » Ce catalogue emploie assez souvent cette formule, ou toute antre dn même genre, sans donner aucune description, sans indiquer le nombre des pièces, sans signaler quelqu'une de ces circonstances qui permettent de faire nn recollement, et de s'assurer de l'identité d'une pièce qui aurait pn appartenir a on volume de la collection. Tout ce que ce catalogue peut nous faire connaître, c'est qu'au moment ou il a été rédigé, il existait dans tel volume des lettres de Rubens ; daus tel autre, des lettres de Sully, et ainsi de suite; mais, je te répète, rien n'indique ni le nombre des pièces, ni leur date, ni leur sujet, ni aucune des particularités propres à constater que tel recueil a ou n'a pas éprouvé des pertes depuis le moment de la rédaction du catalogue, a moins que toutes les pièces indiquées sous un seul litre ou sous nn seul nom n'aient disparu. Dans ce cas, ie catalogue offre un moyen très simple de contrôle et de comparaison qui nous a été fort utile, comme on le verra plus loin.
Le Catalogue par ordre alphabétique est fort imparfait aussi. Il ne contient ni la date, ni le nombre des pièces, et il renvoie purement et simplement au volume où doit se trouver le document relevant à un titre quelconque de tel ou tel nom. Ce second catalogue ne peut servir, comme le premier, que par ce qu'il désigne; mais, nous le démontrerons surabondamment, l'absence d'un nom ne prouve nullement qu'il faille renoncer à chercher dans la collection Dupuy, des lettres autographes, des pièces très précieuses même, qui ne seraient portées sur aucun des deux catalogues que je viens de mentionner.
Outre ces deux catalogues, on avait eu l'intention, a l'époque où
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M. Guizot obtint des chambres l'argent nécessaire à l'organisation des travaux historiques, d'en faire exécuter un troisième par cartes, qui eût été, comme pour le fonds Colbert, le dépouillement fait pièce a pièce de toute la collection Dupuy ; mais le temps a manqué jusqu'à présent, in'a-t-on dit a la Bibliothèque, pour réaliser cette idée cependant si importante, et dont l'urgence sera démontrée par mon travail.
Enfin le catalogue alphabétique en plusieurs volumes, dit Catalogue du supplément français, rédigé par MU. Méon, Audiffret et Paulin Paris qui y a ajouté, d'après les manuscrits originaux, une foule d'indications que ses devanciers, qui ne travaillaient que sur d'anciens catalogues fort inexacts, n'y avaient pu inscrire, mentionne ça et la quelques pièces appartenant a la collection Dupuy. Mais ce catalogue, nécessairement très incomplet, ne peut servir qu'à faire des constatations très restreintes.
Disons encore qu'un assez bon nombre des volumes de Dupuy portent, comme d'autres recueils d'autographes qui se trouvent a la Bibliothèque nationale, un catalogue manuscrit en tête de chaque volume, où les pièces (les plus importantes du moins), sont indiquées selon l'ordre dans lequel elles sont ou étaient disposées à l'intérieur des volumes. Ces petits catalogues sont très instructifs et je les ai lus avec attention toutes les fois que je les ai trouvés existants. Malheureusement ces catalogues préliminaires, écrits sur des feuillets de garde, ont été souvent arrachés ou mutilés. Quelquefois le nom d'un ou de plusieurs auteurs de lettres autographes a été effacé. Ou verra que ces grattages, que ces taches d'encre (1), que ces noms ai artistement barrés qu'on rencontre asseï fréquemment dans plusieurs de ces catalogues de têie, ainsi que dans quelques inventaires de la Bibliothèque royale, n'ont eu d'autre objet que de cacher la disparition des pièces qu'on enlevait.
Il va sans dire que j'ai dû m'aider aussi dans certains cas des ca-
(0 Voyez le catalogue Dupuy par volumes au n* 713 et les manuscrits 858a ci SSiude l'ancien fonds latin de la Bibliothèque Nationale, manuscrits dont 11 sera question plus loin.
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- 6\ — lalogues imprimés, ainsi que de divers ouvrages publiés a différentes époques et dans lesquels il est question de pièces autographes existant à la Bibliothèque nationale. Parmi ces ouvrages je dois citer particulièrement denx recueils de fac-similé bien connus des amateurs, l'hographie et la Galerie française (1) qne j'ai consultés tous les denx avec fruit.
Bien que je n'aie pas l'intention de (n'occuper des pertes éprouvées par le département des imprimés de ta Bibliothèque nationale, je ne saurais m'empécher de mentionner a mesure que l'occasion s'en présentera, quelques faits récents dont j'ai eu une connaissance personnelle. Je dirai donc qu'ayant demandé aux premiers jours du mois d'octobre dernier, immédiatement après les vacances, V Isographie à la Bibliothèque nationale , l'employé auquel je m'adressai avec un bulletin de M. Pilon, conservateur-adjoint, chercha vainement dans vingt rayons. Après être monté dix fois à l'échelle et avoir interrogé deux de ses collègues, il me déclara qu'il ne trouvait pas cet ouvrage, ajoutant qu'au surplus il n'en avait jamais eu que deux volumes. Il m'engagea alors a demander à M. Hagnîn l'exemplaire de la Réserve, ce que je fis. M. Magnin eut la bonté de me le remettre, et je pus remarquer que dans cet exemplaire , qui est sur grand papier, le quatrième volume est sur petit papier. Quelques jours plus tard, l'exemplaire de la salle de lecture, en papier ordinaire, fut retrouvé. Il se compose de trois volumes réliés en deux, mais le quatrième volume manque. Ainsi sur les deux exemplaires de cet ouvrage de prix que possède la Bibliothèque nationale, l'un est incomplet, et dans l'antre il y a un défaut grave.
Avant de commencer l'examen détaillé des volumes composant la collection Dupuy pour signaler quelques-unes des mutilations qu'ils ont éprouvées, je crois devoir faire quelques remarques prélioii-
(1) Iiographie des hommes célèbres ou collection île fac-similé de lettres autographes dont tes originaux se trouvent à la Bibliothèque du roi et dans les collections particulières (publiée sous la direction de M. Duchesne aîné). Paris, Didot, 1837-30,3 vol. in-ao, plus un volume de supplément publié postérieurement par d'autres éditeurs. — Galerie française ou collection de portraits (et île fat-timile), Paris, Ufèrl, tBai-23, 3 vol. in-fl.
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nùres. Cette collection précieuse est entrée à la Bibliothèque en 1657, et elle est restée plus de cent cinquante ans en paquets ficelés, sans être ni reliée, ni cataloguée à nouveau et en détail (nous l'avons vu plus haut eu parlant des anciens catalogues), ni même estampillée. Cette masse énorme de paquets ficelés, qui contenait de si grandes richesses et qu'os laissait dans un abandon si absolu, a-t-eile traversé sans éprouver de grandes pertes un si long espace de temps T N'a-t-ellc pas été fouillée et secrètement mutilée, à l'époque, par exemple, où l'on vit un écrivain qui a été toute sa vie bibliothécaire, Ameilhon, se vanter dans sa correspondance officielle d'avoir fait enlever et arracher des collections de la Bibliothèque nationale, qn'on mutilait exprès, la valeur de six cent cinquante-deux volumes, carions et bottés (1) remplis de toutes sortes de documents, pour les livrer ans flammes en pleine place Vendôme a Paris. C'est comme cela que les collections de la Bibliothèque nationale étaient sauvegardées en 1 793. — Savoir tout ce qui a été enlevé et déchiré (2) à cette épo que sous prétexte d'aristocratie est chose impossible. Dans un écrit rempli de faits curieux, mon savant ami, H. Paulin-Paris, membre
(l) Voyei l'article Amcilhon dans le Supplément de laBiographH Universelle. Cet article a été rédigé par M. Vlllenavc, qui possédait les originaux.
(s) Les au/o da fe de ce genre ont toujours été fort incomplets et ont donné lieu à des soustractions. Je choisis un seul fait entre mille que je pourrais citer. A la mort du marquis de Sade, de triste mémoire, Napoléon ordonna que tous les manuscrits laissés par cet écrivain trop célèbre tussent i l'Instant livres aux flammes. Un procès-verbal régulier constata que celte mesure qu'on pourrait appeler de aùreti publique, mil reçu son exécution; mais tous les bibliophiles savent qu'une vingtaine d'années plus tard, les compositions les plus immorales, les plut licencieuses de M. de Sade, écrites de sa propre main, celles-là mêmes .lotit, le procès-verbal constatait la destruction, commencèrent a arriver S Paris une à une. Plusieurs de ces autographes furent achetés a grand prix (singulier choix) par la Bibliothèque royale, où plusieurs personnes les ont vus, mais d'où Ils ont disparu, a ce qu'on affirme (du moins les principaux).
Ou assure même que la Bibliothèque oubliant sa fameuse doctrine que ton t ce qu'elle possède est inaliénable, les a rendus à la famille de l'auteur de Justine et de Juliette. Quant a la manière dont ces manuscrits sont sortis des Oauiutes qui devaient les anéantir, des personnes bien informées prétendent que c'est le fonctionnaire même qui a dressé le procès-verbal de leur destruction qui s'empara de tons ces papiers, et les emporta avec 1 ni a l'étranger, d'où ils sont revenus on France pour être vendus!..,
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de l'Institut et conservateur à la Bibliothèque nationale, a déjà déclaré qu'une partie des employés n'offraient aucune garantie à celte époque, et que la mauvaise composition de ce personnel avait dû contribuer beaucoup an dépouillement de la Bibliothèque nationale et à la disparition d'un nombre immense de volumes (1).
Quoi qu'il en soit, les manuscrits trop négligés de Dupny commençaient peu a peu à se déficeler; mais, après cent soixante-dix ans environ , on s'aperçut un matin qu'ils se déficelaient trop. Que fit-on alors? Sans inventaires détaillés, — sans contrôle, — sans prendre aucune précaution, ou remit en bloc, ou par fortes parties du moins, cette masse énorme de papiers (cela forme actuellement sept cent quatre-vingt-dix-huit volumes, dont souvent plusieurs ont été réunis en un seul], a un relieur; c'est-à-dire qu'on envoya cette collection précieuse de l'autre côté de la rivière, dans un atelier où elle dut rester nécessairement plusieurs mois, amoncelée par terre, comme l'ont dit des témoins oculaires, et à la disposition oon seulement des ouvriers, mais du premier gamin venu, qui ont pu y prendre ce qu'ils ont voulu pour le vendre, soit au poids, soit autrement, aux épiciers bien connus des amateur», qui font, dans le quartier latin, le commerce des vieux papiers. En rentrant à la Bibliothèque royale, la collection Dnpny fut-elle du moins soumise à un examen qui pût démontrer que rien n'en avait été distrait et que le relieur avait rempli exactement la mission qui lui avait été confiée? Evidemment non; cela serait facile à prouver par l'eut actuel des volumes. Comment donc et pourquoi les amateurs d'autographes eussent-ils été pins chatouilleux à l'endroit de la Bibliothèque que celle-ci ne l'était à l'égard de ses propres collections? Quoi qu'il en soit, il existe dans Paris un amateur fort connu qui possède, dit-on, un des volumes d'autographes de Dupuy, qu'il a acheté sans trop savoir ce que c'était. Un autre recueil, que je puis indiquer pins clairement, c'est le manuscrit composé originairement
(l)H. P. Paris s'exprime ainsi : • Quelle sécurité pouvait offrir le corps des ■ employés subalLenies elcî> {De ta Bibliothèque RayaU, par Paulin Paris, membre de l'institut, etc. Paris, 1SS7, 2* édition, pages 11 et il.
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de déni volumes ponant tes n» 120-121, qui, 10 catalogue par ordre de volumes, est intitulé :
■ Originaux de plusieurs lettres italiennes des rois et princes à ■ madame de Savoie, 1563. •
Ce volaille, porté an catalogue, et qui devait contenir des lettres précieuses, a complètement disparu, sans que personne s'en soit occupé ni formalisé. Lorsqu'on le demande à la Bibliothèque, on vous répond qu'il n'est pas en place, ou bien qu'an ne l'a pas; puis tout
est dit
Afin de prouver que lorsque la collection Dupuy est revenue de chez le relieur on n'a rien fait pour s'assurer de son intégrité, je pourrais citer une multitude de faits que l'examen du fonds Dupuy m'a fait découvrir ; je me bornerai a deux.
Le volume 371 de cette collection, décrit avec assez de détails au catalogue, n'a pu m' être donné. Il n'a pas été trouvé, malgré mes demandes répétées, et on le considère a la Bibliothèque comme perdu. L'habile employé (H. Claude) qui est chargé plus spécialement de répondre a ces questions, m'a même déclaré, après avoir consulté les registres et répertoires, que ce volume n'était jamais entré à la Biblio ■ thèque nationale. Or, c'est le an fait très grave et qui montre mieui que tout autre qnel est l'état dans lequel se trouve cet établissement. Non seulement le volume est entré à la Bibliothèque, mais il y est actuellement, et je sais la place qu'il y occupe; je défie M. l'administrateur de la découvrir.
Les pertes immenses, les mutilations scandaleuses qu'a éprouvées la collection Dupuy, sont-elles anciennes ou modernes? — C'est une question dont l'administration qui ne connaît pas ces mutilations ou qui du moins n'en parle pas, parait fort peu se préoccuper. Cependant c'est là, ce me semble, ce qu'il faudrait chercher d'abord pour ne pas s'exposer a jeter des soupçons injurieux sur des personnes qui se trouveraient aujourd'hui en possession de pièces sorties irrégulièrement de la Bibliothèque. Je ne parle pas des ventes anciennes et nombreuses, ni des échanges faits par cet établissement ; mais enfin il y a longtemps qu'on vole a la Bibliothèque nationale, et le produit de ces vols a dû avoir souvent de bien singuliers destins. Habent suit
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fala libelli. En voici un exemple des plus curieux. Il y a environ ceut quarante ans que l'ex curé Aymon mutila les plus précieux manuscrits de cette Bibliothèque, en déroba d'autres, et s'en alla en Bollande offrir à qui voulait l'acheter, le fruit de ces honteux larcins.
Plusieurs des fragmenta qu'il avait ainsi enlevés passèrent en Angleterre et entrèrent dans la collection du comte Harley, qui, eu véritable gentleman, rendit généreusement a la Bibliothèque Royale ceux qui lui étaient signalés comme provenant de cet établissement.
D'autres, en bien plus grand nombre, dont il ignorait l'origine, restèrent dans sa collection et passèrent an Britùk Muséum où ils forment aujourd'hui plusieurs volumes que tous les amateurs ont pu y parcourir comme moi. Parmi eux ou admire, entre autres choses, treize feuillets remplis de miniatures et d'anciens ornements, qui auraient été arrachés par Aymon de la célèbre Bible de Charles-le- Chauve, appartenant à la Bibliothèque nationale.
Disons en passant qu'on est bien loin de connaître à la Bibliothèque tout ce qu Aymon a enlevé. Ce qui prouve l'ignorance dans laquelle on est à cet égard, c'est que malgré les treize feuillets enlevés par lui à la bible de Charles le Chauve, ainsi que la constate le catalogue imprimé, malgré tant d'autres fragments dérobés également par le même et qui sont hors de France, l'un des employés au département des manuscrits a déclaré dans un article développé qui se trouve au Dictionnaire de la conversation (voyez tom. VI, page 100), que ce qu' Aymon avait enlevé en 1707, a été a peu près réintégré a la Bibliothèque Royale!... La généreuse restitution faite par lord Harley fut constatée officiellement par une mention insérée au catalogue des manuscrits grecs de la Bibliothèque royale (publié en 174t!) a propos de 35 feuillets arrachés par Aymon au célèbre manuscrit grec qui porte le u° 107, et qui est le pins ancien de ceux que possède la Bibliothèque Nationale. Les 35 feuillets arrachés à ce volume furent donc rendus par lord Harley. Nous verrons plus loin ce qu'a pu eu faire la Bibliothèque et comment elle a su les garder.
Après Aymon enregistrons, par ordre de dates, les vingt-mille voiumesvolés depuis un siècle a la Bibliothèque Nationale. Cette assertion n'est pas de moi, elle est d'un des plus énidits conservateurs, Av
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- K8moD savant maître et ami H. Paulin Paris, qui l'a énoncée et imprimée daus un écrit aussi spirituel que profond et dont le retentissement a été immense en Europe. J'ai la' conviction que M. Paulin Paris est resté plutôt au-dessous de la vérité qu'il n'est allé au-delà (1). Nous savons bien ce qui a dû disparaître ; nous connaissons même quelques unes des choses qui ont disparu effectivement en 1793, à ce moment où, comme nous l'avons déjà dit, M. P. Paris nous apprend que certains employés de la Bibliothèque méritaient, si peu de confiance. Nous savons encore de science certaine qu'il a été commis plus récemment dans certains déparlements de la Bibliothèque Nationale des soustractions très considérables que l'administration de cette Bibliothèque a connues et qu'elle a cachées. La Confession, disait Voltaire, est bonne pour les petits voleurs; nous verrons plus loin qu'elle sert quelquefois aux grands et qu'elle a fait dernièrement ramènerai! bercail une pièce inappréciable. Ce serait peut-être le cas d'ajouler, (et les amateurs, MAI. les académiciens des inscriptions surtout m'entendront), que le remords a fait aussi fonder des prix ; mais pour ne pas trop m'éloigner en ce moment de mon sujet, je rappellerai ce que j'ai déjà dit, savoir que les deui anciens catalogues de Dupuy n'indiquent que d'une manière générale l'existence de certaines pièces dans les volumes, sans fournir aucun moyen sûr de les reconnaître, et sans même donner le nombre des pièces autographes écrites par le même auteur, qui devraient se trouver dans chaque volume. Ainsi qu'on le verra plus loin, on lit dans ce catalogue que tel manuscrit doit contenir des lettres de tels ou tels personnages sans désignation aucune du nombre de ces lettres, ni de leur date, de leur contenu, etc. Il n'y est même pas mentionné dans ia plupart des cas si ce sont des autographes ou des copies.
Si les pièces ou les feuillets composant chaque manuscrit avaient une pagination (ainsi que cela devrait être), Userait facile de s'apercevoir par son interruption, des lacunes que présenterait la numération ;
(i) Voici les paroles de M. Paulin Paris : • H. le directeur (H. Naudei) seul > entre tous les lecteurs de Paris, parait Ignorer qu'il y a dans la circulation com- ■ merclale ou dans les cabinets particuliers plus de 10,000 volumes volés depuis « un siècle a la Bibliothèque du Roi...» (rfe ta Bibliothèque royale, ■!' édition.)
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mais il n'y a qu'un très petit nombre de volumes qui soient paginés. Celte numération qui n'existe que pour quelques tomes, et qui est quelquefois même faite seulement au crayon, a été effectuée à des époques très différentes, sans but, sans plan, et, pour plusieurs volumes, j'en suis convaincu, non par les employés de la Bibliothèque, mais par les personnes qoi ont eu à se servir de ces manuscrits. D'autres volumes, (je me souviens très bien de ce détail), ont été paginés a l'époque des travaux historiques , par les jeunes gens occupés aux catalogues par cartes, et cela uniquement parce que ces volume* te trouvaient sur la table. J'ai vu faire ces catalogues ; j'ai connu la plupart des personnes qui y ont travaillé, car, en ce temps-la, je passais, pour la copie et l'édition de mes publications, une partie de ma journée au département des mannscritsde la Bibliothèque royale. Je me rappelle fort bien qu'entre nous autres jeunes gens, en famille, autour du vaste poêle qui occupait alors une des salles, et où ce bon M. Hase était obligé sans cesse de venir interrompre nos bruyantes causeries et de nous rappeler au silence, nous avions pour habitude de rire beaucoup des catalogues par cartes qni ne sont véritablement pas plus utiles que ne le sera le fntur catalogue des imprimés qui se rédige de la même façon. Quant aux travaux historiques, nous les appelions par plaisanterie les travaux (art peu historiques, parce qu'ils étaient faits réellement à la diable et plutôt comme de l'ouvrage de pacotille qu'autrement. On comprendra cette allégation, quand on saura que la plupart des rédacteurs, (écrivains, journalistes, vaudevillistes même), appelés du dehors pour ce travail extraordinaire qui a duré plusieurs années, n'étaient payés qu'à un sou la carte. Lorsqu'une de ces personnes, et c'était la plupart des gens d'un esprit asset distingué, avait réussi à brocher soixante cartes dans sa séance (il ne s'agissait pas de la qualité, mais du nombre), lorsqu'elle avait gagné trois francs, c'est-à-dire un tiers ou deux de moins que la journée d'un maçon, elle tâchait de s'échapper afin d'aller en signe de satisfaction, fumer sou cigare au Palais-Royal; puis, rentrée chez elle, elle se menait à écrire un couplet ou une tirade contre le goûter nement.
Rien qu'incomplètes, les numérations, même faites au crayon •
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dont nous parlions tout à l'heure, constatent un lait très important ; c'est qu'à quelques rares exceptions près, les soustractions , les dilapidations commises dans les volumes de Dupuy sont antérieures au moment de la pagination, c'est-à-dire remontent au moins à une époque qui est séparée de nous par dix-sept ou dix-huit ans et qui peut être beaucoup plus ancienne. C'est là un élément dont il est indispensable de tenir compte, lorsqu'on veut remonter à l'origine de ces soustractions. Il est évident pour moi qu'à une époque donnée, il a été commis des vols et des lacérations considérables dans les manuscrits qui se trouvent aujourd'hui à la Bibliothèque nationale; mais j'ajouterai que, pour la plus grande partie, du moins, de ces manuscrits, ces soustractions remontent à une époque assez éloignée de nous.
Faut-il, comme l'a donné à entendre M. Paulin-Paris, faire remonter ces mutilations jusqu'en 1793, et dire qu'elles ont eu lien par le fait de certains employés? Je n'oserais l'affirmer. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elles sont généralement assez anciennes. Il y a pourtant, à l'appui de la supposition de M. Paulin-Paris, une grave considération ; c'est que plusieurs de ces soustractions ont été évidemment commises par des gens qui pouvaient travailler à leur aise et sans se presser. L'état de démembrement complet dans lequel se trouvent certains volumes parait exclure absolument l'idée que ce soit loin de la Bibliothèque et par des personnes étrangères à l'établissement que ces manuscrits aient pu être ainsi mutilés. D'autre part des taches d'encre, des pâtés faits sur les catalogues (choses dont j'ai parlé plus haut et dont je parlerai de nouveau plus loin) prouvent que non seulement les voleurs opéraient sans crainte d'être dérangés, mais qu'ils jouissaient de certaines facilités; qu'ils pouvaient disposer, par exemple, des catalogues (même de ceux qu'on met le moins habituellement à la disposition du premier venu) ; enfin qu'ils étaient assez familiers avec ces catalogues pour aller ensevelir sous une tache d'encre les indications qui auraient pu faire découvrir l'enlèvement de telle ou telle pièce,
Apres ces préliminaires, qui étaient nécessaires, je vais entrer en matière et indiquer rapidement les nombreuses soustractions qu'en
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bien peu de séances, et en parcourant seulement an petit nombre des volumes de Dupay, de Philibert de la Mare, et autres, j'ai pn facilement constater.
Je ne me suis occupé que des volumes qui contiennent des pièces autographes, laissant de coté l'examen des recueils dans lesquels se trouvent des copies de pièces historiques. Ces recherches eussent dépassé mon but et m'eussent coûté beaucoup plus de temps que je n'en voulais mettre à cette besogne. Je ne suis pas chargé, d'ailleurs, de la police des manuscrits de la Bibliothèque nationale. La République, en la personne de M. Caruot, m'a trop bien désintéressé de ses affaires pour que j'aie à cœur de l'empêcher d'être volée. Qu'elle s'en défende, je ne demande pas mieux ; mais, a coup sûr, je ne me ferai point sou gendarme.
Ce qu'on va lire n'est donc que le fruit d'au premier examen, examen que je donne comme très incomplet, qui a été fait très rapidement et qui ne m'a occupé que quelques jours. Je le reprendrai sur une plus grande échelle si cela devient nécessaire, et peut-être le public ne perdra-t-il rien pour attendre. J'ai réuni, par exemple, la liste d'un assez grand nombre de pièces mentionnées depuis un certain nombre d'années dans des ouvrages publiés soit en France, soit à l'étranger. Il me sera facile, quand je le voudrai, de prouver qu'aujourd'hui Ja plupart de ces pièces ont disparu.
Voici maintenant, par ordre de numéros, l'examen de quelquesuns des manuscrits de Dnpuy :
N* 102. Ce volume est relié avec le n° 101, dont la matière est toute différente ; il est intitulé : « Lettres de Jean Calvin, tant originales que copies. » La pagination en est assez récente et mal suivie, en ce sens qu'elle procède ici par folios, là par pièces, queue que soit l'étendue de la pièce et te nombre de ses feuillets. Les détails suivants montreront les inconvénients de ce genre de constatation. Ajoutez à cela qu'il n'y a pas de catalogue de tête a ce volume, et que le catalogue de la collection n'entre dans aucune énnmération de ce qu'il contient. Quand ou rencontre de pareils exemples, on est tenté de se demander a quoi ont passé leur temps jusqu'ici, pour la
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plupart, les nombreuses généra tious de conservateurs qui se sont succédé a la Bibliothèque nationale T
Voici ce que j'ai observé dans ce manuscrit : — Le folio 13, qui contenait sans doute, comme le folio 3 de ce volume, une lettre originale de Calvin, manque. Il n'y a aucune trace visible de déchirure; mais on peut avoir enlevé la pièce habilement. Ce folio est donc absent; du moins la pagination est brisée d'un feuillet; elle saute de 12 à 14. Le verso do folio 12 Suit une pièce; le recto du 14 en commence une antre.
Le folio 25 est dans le même cas; le Mo 27 idem. Il en est de même des folios 30, 33, 34, 39 : desiderantur; et ces lacunes indiquent probablement autant de lettres autographes de Calvin qui ont été dérobées.
Do folio 42 exclusivement, jusqu'au folio 48, il n'y a pas de pagination ; mais au lieu de cinq feuillets , on n'en compte que trois. — Du folio 48 an folio 56, il n'y a que sii feuillets. On n'aperçoit, i[ est vrai, aucun reste de page arrachée ; mais cela pourrait s'expliquer aisément Par exemple, ta pièce numérotée 67 (de usuris) fragment de sermon de Calvin, formant nn petit cahier manuscrit de format in-12 environ et composé de plusieurs feuillets non numérotés, attachés à la page m- folio du volume par une simple bande de papier, aurait pu être enlevée facilement sans laisser de trace. Qui nous dit que ce n'est pas ce qui a eu lieu pour tous les feuillets absents?...
A partir de ce sermon, la pagination n'est plus par folios, elle est par pièces; puis elle reprend par folios. Enfin, après le folio 81, elle s'interrompt tout-à-fait pour reprendre au folio 106. Il n'y a là, comme on voit, anenn système, aucune logique ; c'est la fantaisie, la négligence, l'absurde, la déraison, qui ont présidé à ce numérotage. Et quand on pense que la collection Dopuy est entrée il y a plus de cent cinquante ans à la Bibliothèque du roi !... Je ne crains pas d'aller trop loio en disant qu'à Vienne, à La Haye, au British-lUtaeum et même à i'Escuriat, on n'aurait pas laissé les choses en cet état durant deui mois!...
N° 103(reliéaveclel0ùetlel05). Ce volume est. intitulé : Lettres, confessions et mémoires touchant ta doctrine de ceux de la religion
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prétendue réformée. Il n'y i ni pagination, ai catalogue ; il est par conséquent impossible de constater les enlèvements, s'il y en a en.
Le volume 10/i, non paginé ni catalogué non pins, contient les lettres de et à Th. de Bèxe. Il y en a plusieurs qni sont autographes. Quelques-unes ont été coupées parla moitié; je pense que cette mutilation a en lien pour qu'on s'emparât de la signature ; car c'est toujours la moitié inférieure qui manque,
N* 120. Au catalogue ce volume estintilulé : — Originaux de plusieurs lettres italiennes de roys et princes à madame de Savoie, 4563. Ponr ce qu'il est devenu, voir pins haut, page 57. Il manque comme plusieurs autres.
N°193-19i, 2 volumes reliés eu un ; pas de catalogue de léte. Le volume 193 n'a rien d'important; mais la deuxième partie de ce manuscrit (t. 194) est au contraire très intéressante. Elle contient des lettres de divers grands personnages. — Ce tome 194 qui a un catalogue préliminaire, s'ouvre par des lettres de Hontluc, de l'amiral Cbastillon, du chancelier de l'Hospital, etc. Comme le catalogue de léte, et aucun des deux catalogues généraux de la collection Dupuy, ne disent jamais combien il y a de lettres de telle personne lorsqu'ils |es mentionnent, — comme ils mettent tout simplement ces mots, par exemple : Michel de l'Hospital sans rien ajouter de plus, il est très difficile aujourd'hui de savoir si quelques-unes des lettres du chancelier (ou autres, lorsqu'il y en a plusieurs du même personnage) n'ont pas été arrachées. Ces enlèvements pourraient, comme nous l'avons dit, ne pas laisser de traces. Pour les lettres de l'Hospital j'ai rencontré aux folios 21 et 23 une circonstance que je crois bien provenir d'une mutilation. Afin de pouvoir, selon moi, s'emparer de la signature sans arracher la page, on a coupé le bas des deux folios, de manière à enlever la partie inférieure, sans doute ïl'endroil où devait se trouver le nom du chancelier.
Ce volume contient au fol. 35 une lettre de Jacqueline de la Trémouille, non mentionnée au catalogue de tête, tandis que celle de Vil leroy, qni, d'après ledit Catalogne, devrait se rencontrer entre une de Pibrac et une du duc et maréchal de Biron, he s'y trouve PAS. La pagination, qni est récente, n'est point interrompue ; je n'ai remarqué
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