‹ Une lettre inédite de Montaigne, accompagnée de quelques recherches à son sujet;Chapitre 3 sur 7 · CB · texte numérisé non relu

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d'ailleurs aacnne trace mbastante d'arrachement ; mais enfin la lettre n'y est pas. Ce volume est, du reste, assez précieux, car il contient des lettres autographes du maréchal de Fervaqnes, dj Gondy, évêqoe de Paris j de Saint-Maigrin, de René de Rieux, de H— de'pienne, d'Anne de Pisseleu, de Joyeuse le père, de la marquise de Terneuil] do cardinal d'Ossat, de P. Jeannin, de Eresoes-Canaye, de Jacques Soarez, de Rosuy (8 lettres, dont 6 tout entières autographes; les autres sont seulement signées : ducde Sully), etc.

^*^l. (Lettres esaitetdurégne de Louù XII sur les affaires de l'Estat).

Ce manuscrit, paginé au crayon et assez récemment, est relié avec le volume 262. ïl contient des lettres autographes de Montmorency, de Gabriel d'Albret, de Janas Lascaris, de François de Saluées, de Francisque Medulla, deXafayette, du Bastard de vendosme, de P. de Luxembourg, de Georges de Duras, d'Armand de Polignac, etc.

Il porte en tète de chaque volume on petit catalogue mau'oscrit, grâce anqoel on peut vérifier ce qui manque,' ce qui est présent, ce qui est mal paginé ou mal catalogué. Voici le résultat de mon examen.

Josqa'an folio 120. tout est conforme au catalogue. A ce folio il existe one lettre de Francisque Medulla : elle est paginée 120, mais non portëeau cataioguequi est en tête du manuscrit. Au folio 122 on trouve «ne lettre de Robert Surreau, non portée an catalogue ■ mais quelques pages plus loin, entre une lettre de Mondragoe et me de Rigauït-DonzeHe, U manque me lettre de Joseph de Bentivouîs, qoi est cependant portée an catalogue de tête dn manuscrit.

An folio 17Ô, manque une lettre de George de Duras, mention née an Catalogne de tête, et entre les folios 188 et 189, il devrait y en avoir une de Crossol, qui est marquée au catalogue! Elle ne se trouve pas dans l'intérieur du volume.

Par contre, le manuscrit contient non portées au eatalogue de tflte folio 133, une lettre de René de Pmneley; - fol» i 88 , BM ^ deDoyan; —folio 157 a 161, deux autres lettres; —folios 165 et 166, idem; —enfin les quatre dernières piècesdu volume ne sont pas non plus portées « catalogue de tête.

N* 262 (relié avec le 261) . Ce volume contient des lettres de cardinaux, de Louis d'Orléans, de Philippe de Glèves, de Galéu Visconti, du bâtard de Savoie, de la Trémonille, d'Antoine Spinola, de Chabannes, etc.

Plusieurs lettres des cardinaux manquent, non d'après la pagination récente faite an crayon, mais d'après le catalogue qui esten tète.

Entre les folios 1S3 et 132, devraient se tron ver deox lettres, l'une de Baillot, l'antre de Barme ; elle* n'y sont pas, mais la pagination n'est pas interrompue.

Entre les folios 142 et 143 devrait être placée la lettre d'Antoine Spinola, mentionnée an catalogue ; elle n'y est pas. La pagination n'est pas interrompue nos plus ; ce qui prouve que ces soustractions ont eu lieu antérieure ment à l'époque à laquelle la numération qni date d'une quinzaine ou d'nne vingtaine d'années a été faite.

N» 263-264, (2 volumes reliés en on) intitulé : Lettres écrite* du temps du roi François 1", touchant tet affaires de l'Estat.

Ce manuscrit contient des lettres de Charles de Bourbon, de la reine Léonore, de Charles de Vendosme, du cardinal de Lorraine, du chancelierPoyet.de (J.deCroy, de Montmorency, de laRocbepot, de Julien de Médicis, etc. ; ia pagination est assez récente : il y a un catalogue manuscrit en tête.

Les folios 19 et 20, arrachés évidemment depuis la pagination, puisque leur enlèvement l'interrompt, devraient contenir nne lettre de madame de Savoie (Marguerite) ; cette lettre manque.

Entre les folios 66 et 67, il manque une lettre du chancelier Guillaume Poyet, indiquée an catalogue de tête ; mais la pagination n'est pas interrompue ; l'enlèvement est donc antérieur à cette pagination.

N° 264 (relié avec le 263). Ce volnme contient des lettres du cardinal d'Yorck ; d'Hercule, duc de Mantoue; de H. de Nassau, de Spinola et de divers cardinaux.

Entre les folios 61 et 62 de la pagination qui est récente, il devrait y avoir une lettre signée : Turenne. Elle ne s'y trouve pas.

Entre le folio 171 et le folio 172, on devrait rencontrer une lettre

signée : Spiuola. Elle n'y est pas, quoique portée au catalogue de tête.

Numéros 268-272, (réunis ensemble en un gros volume). La pagination s'y soit comme pour un seul tome, et on lit au folio de garde, ces mots tracés an crayon, comme toute la numération de ce volume : trois cent quatre vingt-six pages. Le tome 268 porte ce titre Spécial : Epistolœ theotogorum quorumdam proteslantium ad Jus. Calmnum et Th. Bezam. En effet, on trouve dans ce volume des lettres autographes de Melanchton {folios 7, 8 et 13); de Bullinger, de Joannes Lasco, de Peucer, de Jacobus Brocardus, etc.

Le folio 145 manque, et il manque si bien que celui qui vient après et qui est le verso d'une lettre à Théodore de Bèze, est noté 1/|S bit ; de sorte qu'il n'existe dans ce manuscrit, qui est très exact comme pagination, que les folios 144 et 1&5 bis. Le 145 simple est absent. Que contenait-il 7 Sans doute quelque pièce importante et curieuse; mais il n'existe aucun moyen de la spécifier.

N° 371. On répond à qui demande ce volume, qu'il n'est jamais entré a la Bibliothèque; mais ce qui montre le peu de cas qu'il faut faire de ces réponses, c'est que ce manuscrit [je le prouverai quand on voudra) est au contraireparfaitement entré à la Bibliothèque avec la collection eu question; — c'est qu'il y est encore! — c ' est qu'il u'a été ni volé, ni dérobé, quoiqu'on ne le retrouve plus; — c'est enfin qu'il est intact et que je sais l'endroit ou il gît, chose qu'on ignore a la Bibliothèque nationale.

N" 688 de Dupay, relié avec les o" 689 et 690. En feuilletant le catalogue par ordre alphabétique, je rencontrai a la lettre G, le nom- de Galilée. Le catalogue me renvoya pour ce nom au volume 688 ; je le demandai immédiatement et avec d'autani plus d'instances, que des notes antérieures prises par moi sur le manuscrit lui-même quelques jours auparavant, ne m'avaient signalé d'aucune façon le nom du célèbre régulateur des cieui. Dans cette incertitude, j'ai du in 'entourer de toutes les lumières possibles. Prenant donc, d'un côté, le catalogue par ordre de numéros, de l'autre, le catalogue par ordre alphabétique de matières et de noms, je les ai controlésl'un par l'autre, et j'ai contrôlé, a son tour, le manuscrit par tous les deux.

Voici le résultai do cette exploration : ce manuscrit ne possède ni catalogue de tête, ni pagination. Il est intitolé, pour le volume 688 (les deux autre» ont des titres différente) : Lettres originales de Ckaries-Quint. — Epistolee tatinœ. — Lettres indiennes et lettres françaises.

Ce tome 688, s'outre par les lettres de Chartes-Quint. — Cet prédeux documents épwtôlaires tombent en lambeau*, suite naturelle de la moisissure qu'il eût été si facile de leur éviter, en ayant soin de tenir ce manuscrit dans un endroit sec Le papier Fur lequel sont tracées ces lettres, est plié et replié, 1 tel point qu'il s'en trouve, malgré son épaisseur et sa force primitive, tout cassé et brisé. Si on secouait le manuscrit, des pages entières s'en iraient eu poussière.

Les lettres de Charles-Quint sont suivies d'une lettre de Pilhou, après laquelle on devrait selon le catalogue par ordre de numéros, et selon le catalogue par matières, en trouver plnsleurs d'Hohtenii, Camdeni, Heinsii, faisant partie des lettres latines, mais elles manquent.

Dans les lettres italiennes, après nue première lettre de Pignnrio,. devait venir, suivant le catalogue par numéros, une inscription autographe de Rtibcns. Le catalogue per ordre de matières dit (indication qui n'est pas i dédaigner) : des lettres de Rubens (au pluriel) ; mats inscription ou lettres, on a simplifié la chose : il n'y a plus rien. Les autographes de Rubens ont suivi ceux de Dnbartas, de Montai me, de Ronsard, de Dolet, etc. Ils ont disparu.

Après te on les Rubens, devaient venir, si l'on s'en rapporte am denx catalogues, des pièces non moins importantes. Voici d'abord ce que dit le catalogue par ordre de numéros et de volumes:

■ Une inscription autographe de Rubens. — Manière exacte pour - peser. - Del Galikei. Vel Doni. •

Le Catalogne P*r ordre alphabétique dit, Ini : Lettres de Galilée; mais ici encore on nous a Ole l'embarras de la découverte, et le plaisir de la vérification; car, lettres de Galilée, on pages scientifiques écrites de sa main, on a employé le même procédé que pour Rubens: on atout enlevé; seulement le voleor n'a pas été fort adroit ; il a laissé des traces de ton passage, et l'on voit encore les débris de la coupure.

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Dans la partie du Tolorcie intitulée : — Lettres françaises, après celle qu( contient tes remerciements du cardinal de Berulle, pour l'obtention de son cbapeto, devait venir, suivant le catalogue par numéros, une lettre de Sully. Elle n'y eu pas ; mais on vmt encore, comme pour Galilée, la trace de l'arrachement. Le catalogue alphabétique va plus loin que nous; il dit (an pluriel) : Lettres de Sully.

Enfin, d'après les deux catalogues, une lettre de H. de Masures était suivie de lettres (au pluriel pour chacun d'eux) de Godeau et de Naudc. Elles oui été arrachées; mais on en voit encore les traces. Get enlèvement est d'autant plut déplorable, que la lettre de Godeau (singulier ou pluriel, je laisse a de plus fiabiles à en décider) était la seule pièce de lui que renfermât la collection Dupuy.

N* 699. Epùtola elarorumviroram. Ce volume a été paginé par pièces, et il y a en tête un très long catalogue contenant les noms de cens qui ont écrit les lettre*. Il manque un grand nombre de ces dernières, sans que la numération soit interrompue. Cela prouve, comme je l'ai déjà dit pour d'autres manuscrits, non que ces enlèvements n'ont point eu lien, mais tout simplement qu'ils sont antérieurs a la pagination. Ainsi les lettres 16 et il, lettres très précieuses, de Paul Hanuce, qui sont indiquées an catalogue, manquent. Plus loin, il manque une lettre d'Autouinus Poeseuinus et une autre de P. Danesius. De pins ce volume est rempli de souches, c'est-fe-dire qu'il y a partout des traces d'enlèvement. C'étaient probablement des pièces doubles ou triples qu'on a ainsi arrachées. Eu laissant une pièce sous chaque nom, le voleur é'ait assuré que son larcin ne serait pas décelé par le catalrgne de léte qui ne dit pas le nombre des pièces, mais qui se boni j a citer le nom de l'auteur.

N** 70a, 705, 706, 707 (en uu seul vol,). Ce manuscrit n'est pas paginé ni catalogué en tête. Il semble n'y rien manquer. La 1" partie, n" 704 (tettere volgari) contient toute la correspondance du cardinal Barberitui; la 2* (705) quelques lettres de cardinaux, du professeur àlessandro, de Trajaoo Gniscardi. de Beccadelii, de Vialardo, de Guarino Guariui, de Benedetto Beoedetti, de Leone Allacio, de Giorgio Anize (archevêque du Liban); la 3' (706) des brouillons de lettres de de Tbou ; la k' (707), intitulée lettres françaises, coulient

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spécialement la correspondance de de Tbou avec Cataubon. Tout «la sémite intact. Je dis semble, parce que la où il n'y a ni catalogue ni pagination, ai le» mutilateurs (surtout dans des volumes qui ne sont que cartonnés) ont été habiles, il ne reste ancune trace apparente de l'enlèvement d'nne pièce on nuéme de plusieurs. Or, un grand nombre de volumes de la collection Dupuy sont dans ce cas.

N° 761 (relié avec le 762). Il manque dans ce manuscrit deux lettres originales de Louis XI, loutesdeux mentionnées au catalogue. L'enlèvement de ces autographes est d'autant plus déplorable qoe les lettres portant antre chose que la signature de ce prince, sont 1 la fois rares et chères : aussi les recbcrcfae-t-on beaucoup aujourd'hui.

Mais je m'arrête ; en voici assez, pour le moment, sur le fonds Dupuy. Passons a nue autre cuvée, comme dit Montaigne.

Les mutilations nombreuses que je rencontrais dans te fonds Dupuy, et que je viens de signaler, me firent penser qne d'autres collections non moins importantes qui sont a la Bibliothèque nationale, avaient dû éprouver probablement des pertes tonl aussi regrettables. Guidé surtout par des indications qne j'avais puisées dans certains catalogues de vente publique, je pensais, et je pense encore que les collections Sêguier, d'Hozier, de Clairembault, de Lorraine, Caillé, Dnfourny, Lancelot, etc. , etc. , avaient dû éprouver des pertes considérables, etjemedtsposaisaentiirel'objet de mes explorations, soit pour y découvrir des lettres d'un intérêt historique et littéraire, telle que je les cherchais, soit, puisque le hasard m'avait jeté dans cette voie pour y mesurer, avec regret, jusqu'où avait pu être portée la rage des mntilateurs.

La singulière circonstance qui m'a forcé à publier dès aujourd'hui le résultat des tristes découvertes que j'aurais volontiers gardées pour moi (circonstance dont j'ai parlé dans mon avertissement), ne m'a pas permis d'aller plus loin et de faire dans les quelques centaines de volumes d'autographes appartenant aux fonds de la Bibliothèque nationale qne je viens de nommer, l'ample moisson de découvertes qu'y feront sans doute les explorateurs qui auront du temps à consacrer

Pour mot, j'en avais assez de ce fastidieux travail. D'ailleurs la vue

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de l'ioopéritie ancienne, et de l'insouciance actuelle (1) d'une grande administration, me faisait mal. Aussi est il probable, qu'en tout eut de cause, je me serais arrêté la; mais il n'y en a pas moins d'antres faits très graves, très importants que j'ai constatés , pour ainsi dire malgré moi. Je ne me crois pas obligé de les révéler au public, du moins quanta présent. Je choisirai pour cela, si je suis appelé de nouveau a prendre la parole dans ces questions, mon temps et mon heure.

En attendant, je puis ajouter ici quelques détails sur les fâcheuses découvertes -que j'ai faites également, tout en examinant les manuscrits de la collection Dupny, dans divers recueils d'autographes qui existent depuis très longtemps a la Bibliothèque nationale, et qui sont décrits dans le quatrième volume du Catalogne, publié en ilkk, (pag. 473 et suiv.). Plusieurs de ces recueils, dont jo n'ai pu examiner qu'une partie, et d'une manière assez rapide, ont appartenu a Philibert de la Mare et sont entrés en 1 719 a l'ancienne bibliothèque royale. On verra qu'ils ont été scandaleusement dépouillés. Des lettres précieuses et chères par le souvenir de ceux qui les ont écrites, en ont été enlevées en grand nombre. Les listes, ainsi que les catalogues manuscrits où ces pièces étaient mentionnées, ont subi des grattages et ont été recouverts, a certains endroits, par des taches d'encre, dans la vuede dissimuler ces enlèvements. Tout cela s'est fait,

(i) En voici une preuve assez curieuse qui date A peine de quelques mois.

Les Bénédictins ont imprimé, pour prouver qu'au treizième siècle, on ne se aervalt pas seulement de parchemin, mais de papier, une lettre de Jolnville. On la croit autographe. Depuis on cherchait partout cette pièce sans la trouver. Les savants allemands prétendaient qu'elle élalt/iiu*», et qu'elle avait été inventée par les Bénédictins pour les besoins de leur cause, etc. C'était la une perle capitale. Or, un élève de première année de l'école des Chartes ayant demandé a l'un des plus anciens employés du département des manuscrits, quelques parchemins ou papiers pour s'eiercer à les déchiffrer, celui-ci ae rendit, pour en chercher, dans le cabinet des chartes de la bibliothèque. Il y avait plusieurs années qu'il n'avait ouvert le canon J. Un Dieu voulut qu'il mil la main dessus et que la première feuille qu'il en tirât presque au hasard, fût la lettre de Jolnvllle. On raconte qu'il se Irouva mat d'émotion I... Qui nous dit qu'il n'y a pas beaucoup de pièces dans le cas de ce précieux autographe! Comment se fait-Il que de pareilleschoseg arrivent T Et telle ou telle pièce qu'on croit perdue n'est-elle point seulement égarée I...

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sans que jamais personne ait songé, a ce qu'il parait, a s'en fonnaliaer; mm qn'on se soit occupé, que je sache, a prendre des précautions poor empêcher le retonr de pareils détournements.

Voici maintenant quelques unes des constatations que j'ai laites dans le fonds de Philibert de la Mare, aujourd'hui réparti dans l'ancien fonds latin,

H" 8585. Le Catalogne imprimé décrit ainsi ce manuscrit : (OBm de la Mare 297, reg. 517Û). — Ibi continentur MeUmchxonu, Philippi MetetU, Hermani WiUcendi, Martini Helsinai, Joachimi Camerarii, alionimaue ad Bubtrtitm Langue t*m, enwtoia aattographa. Il y a en tête du recueil une liste détaillée de tontes les pièces contenues dans le volume.

La première lettre est de Melanchton. Elle est en place, ainsi que tontes les autres ; mais l'avant dernière qui était août do Hélancbton, a été arrachée. La preuve, c'est que le dernier folio du volume qui existe encore an manuscrit, en est détaché, et n'y adhère pas. Il a été mis dans cet état probablement par le voleur lorsqu'on a dérobé la lettre de Hélancbton.

Je dois, à propos de cette lettre de Melanchton et de son enlèvement, signaler une circonstance asseï piquante. C'est que, an catalogue de tête de ce volume, la mention de la lettre de Melanchton et de la pièce qui la suit, existe d'une main et d'une encre beaucoup plus récentes que le reste du catalogue. On avait oublié primitivement d'inscrire ces deox pièces avec les autres sur ce catalogue ; on a voulu réparer cette omission et on les y a mentionnées. Or, précisément, ce qni devait les sauver est ce qui les a perdues. Ea les signalant h l'attention du public érudit, on les a signalées aussi a celle des dévaliseurs; et l'on d'eux n'a pas manqué de s'en emparer.

Voilà pourquoi l'une de ces lettres, la seule des deux qni fut précieuse, celle de Melanchton, a disparu. Je ne puis assigner d'époque à ce vol ; mais il est évident par l'inspection de l'encre et du manuscrit qu'il est assez récent

N« 8584. (Olim De la Mare 291, reg. 5174.) Il n'y a pas de pagination a ce manuscrit; mais il y a nu petit catalogue de tête. Malheureusement ce catalogue est très inexact, très incomplet, et les consta-

uiions d'enlèvement font par conséquent très difficiles. Quant au catalogue i tu primé, il ne donne aucun détail et ne nous apprend pour ainsi dire rien. Selon moi, pourtant, on a enlevé ici pins d'une pièce; mais lesquelles! et de qoiT et combien ï — Voici une conjecture qai pourra nous meure sur la trace.

Ad catalogue manuscrit de ce volume, on a gratté avec un canif et complètement effacé, (de peur probablement qu'on y retrouvât la preuve de l'enlèvement d'une ou de plusieurs pièces), le dix-neuvième nom d'auteur, — celui qui vient après le nom de Salmon Macrin. Dans l'intérieur du manuscrit, comme il n'y a ni pagination par feuilles, ni pagination par pièces, ni trace d'enlèvement ou de déchirure, il est difficile de savoir ce qu'il y avait après le nom de Salmon Macrin et quel était l'auteur de la lettre enlevée, l'écrivain dont ou a eflacé le nom ; mais ne serait-ce pas encore Mélanchlon T

Ce qui me Et naître immédiatement cette idée, c'est que, au milieu de ce manuscrit je trouvai un signet que j'y ai religieusement laissé, après y avoir toutefois inscrit nue note de ma main, avec la date du 8 novembre 1849, et ma signature nevariemr. La note suivante, tracée au crayon sur ce signet ; — II n'y a pas de lettre de Melancthon dans U manuscrit latin 8584, — prouve au moins qu'où a cru qu'il y en avait une et qu'on l'y a cherchée. Seulement, on sera arrivé trop tard ; elle avait déjà disparu. Aujourd'hui il s'y a plus de doute; la note du signet, que je crois de H. l'abbé de Lépine, ancien conservateur de la Bibliothèque royale, est, pour l'avenir, d'une vérité mathématique : — Il n'y a pas de lettre de Melancthon dans le manuscrit 8584 ; — mais cela n'empêche pas que jadis, sans doute ce manuscrit n'en ait renfermé une ou plusieurs. Reste toujours, comme disent mes compatriotes des Pyrénées, qu'il y a nu grattage ; que sous ce grattage il y a, ou, pour mieui dire, il y avait un nom, et que si on a bit subir au catalogue une mutilation, c'est que ce nom était important, et qu'on avait peur que sa simple vuen'eigageât a chercher immédiatement la pièce qu'il mentionnait, dans l'intérieur du volume... Allons I bien décidément il y a avait là une lettre de Mêlanchton ou quelque chose d'approchant.

N" 8585, ancien fonds latin. Ce manuscrit in-folio, couvert en

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parchemin et cartonné, était marqué dans le fonds de la Mare, di n* 290 ; il porte en outre à la première page la mention suivante ; Reg. 517&

Il est décrit ainsi an catalogue imprimé, tom. iv, pag. Û75;

• Codei chartaeens, olim Pbiliberti Delà Mire. Ibi continentur Gal- ■ lornm doctrine laude prastantium epistoUe autographe qnas inter - nonnulls Tkeodori Beza, Ponti Thyardai, Joannit Catoini,

• Guillelmi Postelli, Francisai Cki/fletcf, Isaaci Caïauboni et alxo

Ce manuscrit porie an dos, écrit a la main, le titre suivant : Gallorum epistolœ, emprunté au catalogue également manuscrit qui est en tête du volume et qui se compose de plusieurs pages.

Ce catalogue manuscrit sur lequel est appliqué le timbre rouge de la Bibliothèque, était jadis comme le reste du volume, relié et attaché An volume ; mais pour opérer les soustractions dont je vais parler on l'en a détaché, ainsi que bon nombre des pièces qui font encore aujourd'hui partie dudit recueil. En un mot, pour tout dire, on a tellement butiné dans ce manuscrit, on l'a tellement mutilé, que la plupart des pièces qui y restent encore sont détachées de la reliure et que les antres y tiennent a peine. Ce n'est pas par des étrangers, par des gens qui auraient travaillé dans la salle commune, sous les yeux des conservateurs, et qui, par conséquent n'auraient pas eu uu temps et des loisirs considérables, qu'une telle mutilation si complète, si générale, aurait pu s'effectuer. Aucun emprunteur n'aurait osé ni pu restituer un manuscrit dans un état pareil, état déjà ancien, dont il est inconcevable qu'on ne se soit pas encore aperçu s la Bibliothèque, et qui n'est signalé au catalogue par aucune note spéciale.

Ni le catalogue manuscrit, sans lequel il serait impossible malgré la mention du catalogue imprimé, de retrouver et d'indiquer les lacunes, ni aucune des pièces du volume, ne portent de numération; mais en comparant pièce par pièce ce qu'indique ce Catalogne manuscrit, à ce qui reste du volume, j'ai pn constater ce qui sait.

L'Article premier du catalogue manuscrit est indiqué ainsi : Theodori Bezts epistolœ XIV. Il en manque dôme et trais quarts

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c'est à-dire qne le volume commence avec la page 5* de lavant-dernière lettre de Théodore de Beze. Ce fragment de lettre est signé: Tuus Beza, et adressé a monsieur Ledet, escholier, estudiant à Bjuryes. 11 faisait partie d'une lettre latine.

La lettre qui snit (lettre XIV si l'on s'en rapporte an catalogue, lequel poar ce volume se montre partout très exact), est en français ; elle est adressée a Monsieur Papon, conseiller de ta Cour de parlement à Dijon. Elle est signée : T. de Bèze.

L'ARTICLE onziemb DO catalogue manuscrit : — Lettre de M. de Marr.ii, archevêque de Paris, au R. père François Débatte, de la compagnie de Jésus, manque; cette lettre a été enlevée.

L'Article 12* est composé de plusieurs pièces ; il en manque une; c'est une lettre du baron de Sercey ou Sennecey, (le nom est très difficile à lire).

Article 14. — Cet article est ainsi conçu : Lettres d'Antoine, cardinal ttOssat, et de Jacques, évesque cC Evreux. La première de ces deux lettres manque.

Article 44. — Cet article est ainsi mentionné au catalogue manuscrit, y compris les points:.... Bellatus Carolo Utenhovio. Cette lettre manque.

Article 45. — Lettre de Jacques de Bongars. — Desiàeratur,

ARTICLE 51. — Lettre de Jean Goupil à M. Morel. — Idem.

Enfin a la dernière page dn catalogue il y a la mention de deux lettres de Ronsard. La pièce antérieure et la pièce postérieure sont au volume; mais les deux lettres si précieuses du fondateur de la Pléiade, de l'empereur des poètes, comme on l'appelait de sou temps, manquent. Je ne saurais rendre la sensation que j'ai éprouvée a cette dernière et désolante découverte. Nos vandales modernes n'ont pas même respecté le vieux porte-couronne intellectuel du 16* siècle.

M" 8589, ancien fonds latin (olimde la Mare). Ce manuscrit est décrit ainsi au Catalogne imprimé (tome IV, page 473) : Ibi continentur Gilberti Cognait, Caroli Utenhoviiet aHorum adJanum Morellum Ebredunensem, epistoUe latinœ et gallicœ autographœ ; mais il y a un catalogue de tète qui est pins explicite et qui donne la liste de ces lettres, Si la Bibliothèque avait fait son devoir, il y a

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longtemps que l'on aurait un catalogue imprimé on du moins un catalogue manuscrit reproduisant la première et h dernière ligne de chacune des pièces dn tous ces volumes, ce qni pénétrait a l'administra tiou de les réclamera coup sûr quauddles passeraient dans les Tentes, taudis qne dans l'état actuel, quand il n'y a pu de timbre, (et rarement il y en a dans les folios des manuscrits), il est impossible de rédamer autrement qu'en aveugle et an hasard : nn timbre d'ailleurs ne suffit pas; on l'eDàce assez aisément. Si les volewt qui ont dépouillé ce manuscrit lui eussent fait subir la mutilation qu'évidemment bien d'autres volumes ont éprouvée, c'eet-a dire s'ils eussent enlevé le ca ulogue manuscrit qni est en tête, où serait le moyen de contrôle et comment découvrir ce qui a été arraché ! On pourrait tout au plus, prouver par quelques débris, qu'ici on là, il y a eu nue pièce enlevée. Hais qu'était cette pîÈceî Qui avait-elle pour auteur? 11 serait impossible de le dérider. Heureusement on ne pense pas a tout; le catalogue de tête eiiste, et, avec son aide, j'ai constaté que la IV pièce de ce manuscrit, lettre de Marie reyne d' Ecoute, manque', que la 1 T* dont on ne peut savoir l'auteur, car au catalogue de téie (ce qui prouve que cette lettre était importante) on a gratté son nom, manque également {1}.

La 22* pièce (lettre de Pierre Ronsard] manque aussi; seulement, à la différence des deux cas précédents où l'on n'aperçoit aucuue trace d'arrachement et on le catalogue seul nous renseigne, on voit ici, dans toute la hauteur du manuscrit, la racine de la feuille enlevée dont U reste environ la largeur d'un doigt. Cette feuille est même coupée si régulièrement, la coupure est si droite, si nette dans tonte la longueur dn folio, qu'il est évident que le voleur ne s'est pas pressé; qu'il n'a en peur de rien ; qu'il était i son aise et qu'il a fait, comme on dit, sou affaire fort tranquillement.

La trente- deuxième lettre de ce manuscrit, qui était d'Estienue Jodelle a été aussi coupée, et tontes les réflexions que je fais pour

(i) Voila une nouvelle variante S ajouter i aux (achu (tenert signalées : d'iHm cHaloftvei, et rival l'un de nos fae timik reproduit an modèle-.

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la vingt- deuxième s'appliquent également a celle-ci ; la trace est la même, aussi large, aussi régulière, etc.

Le catalogue est du reste parfaitement exact et chacune des lettres qu'il annonce comme précédant ou suivant celles qu'on a enlevées soatà leur place; ce qui m'étonne seulement, c'est que le voleur ait laissé en place une lettre de David Rizxio, secrétaire de Marie- Stuart, dont la fin tragique méritait bien cependant qu'on lui fit l'honuenr de dérober un de ses autographes.

Mais que vonles-vous I notre voleur avait probablement des goûts plutôt littéraires que politiques.

N* 8590, ancien fonds latin. Epttres d'Renri Gocq. Le catalogue imprimé (page û,7u) annonce après ces lettres ta Jornada dt Tarraçona (sic) para conetvir las cartes... 1592 ;recopitada por Senrique Cocq. — Cette pièce a été enlevée.

Voici maintenant mue variété d'espèce à ajouter aux grattages, taches d'encre, etc., des catalogues do tête ou autres, dont nous avons déjà parlé. Celle-ci ne se trouée pas dans un manuscrit de l'ancien fonds latin; elle appartient a un recueil du fonds français, coté 8593, G.

Le n° 8593 renferme tonte une collection de volumes, la plupart n'ayant ni pagination par folio on par pièce, ni catalogue, et allant de 8593 A. jusqu'à 8593 S. Le premier votante (8593 A), contient des lettres de Catherine de Médius, de Montmorency, de Carractoli, d'Aone de Pissele*, de Villrgaignoo, de Guarid. Il n'y manque rien.

Les autres renferment des lettres de M. Canfeeroix, de M. d'Alichy [évéqned*Antun},delafamilled'Aumont,duniarquisdeConnonges, de Guillaume du Vair, de Simm , du cardinal d'Armagnac, de Rivet, de Saumaise (réunies presque toutes [-ar volume pour chaque personnage). Il semble n'y rien manquer a l'exception de ce qui suit: — Le volume 8593 S, contient les lettres de la maison d'AnmoM , réunies en un volume ; parmi elles il y en a trois de La Trémouille. Tout cela est en place; mais au milieu da manuscrit, entre mie lettre signée: de Bontempt et me signée : Blanche d'Aumont, il devrait s'en trouver une troisième qu'on a arrachée. De qui était cette lettre T qui avait-elle pour auteur ? je tie saô. On a effacé complètement cette mention an

catalogue de tête, non en faisant un pUA d'encre ou eu grillant, celte fuis; mais avec des barres qui rtnrteat le nom illisible. Cette lettre devait être évidemment la plus curieuse de toutes celles que contenait ce volume. Les préctD lions même prises pour qu'on ne s'aperçût pas de son enlèvement, le prouveuL Hais on n'a pas pu faire entièrement disparaître toute trace de déchirures; il reste encore deux fragments de la page dérobée qui servent a constater le vol. A coup sûr je n'accuse pas les employés actuels de la Bibliothèque ; nuis qui a pu, après avoir enlevé ta pièce, faire ainsi une tache d'encre sur le catalogue de télé ? De tels travaux ne se font pas (je l'ai dit plus haut et je le répète avec intention} par des lecteurs qui ont les coudes pressés, ni par des emprunteurs auxquels il serait si facile en ce cas, lorsqu'ils rapporteraient les volumes, de prouver leur turpitude.

Si ')' estais grand enlumineur de mes actions , comme écrit le philosophe périgourJin dont le nom figure en tête de cet opuscule, je pourrais ajouter ici, tant sur le fonds latin, que sur le fonds français, d'autres révélations non moins piquantes, mais j'ai penr de fatiguer la patience de mon lecteur en le retenant trop longtemps sur le même terrain et je préfère l'entraîner vers un autre.

Bien que pouvant constater chaque jour, comme on a du le voir par ce qui précède, quelque mutilation des plus regrettables dans les recueils d'autographes qui sont à la Bibliothèque nationale, j'étais loin de m'imaginer que des pertes analogues pussent avoir été snbies par des manuscrits qui, quoique très précieux, ne semblaient pas devoir offrir aux mntilatenrs le même genre d'attrait Une circonstance ini ■ prévue me prouva mal heureusement que j'étais dans l'erreur. Tous ceux qui s'occupent de littérature espagnole, connaissent le fameux manuscrit du Cancionero de Baena, qui a figuré, en 4836, Il la vente de la collection de Richard Heber à Londres, avec une indication qui prouvait que ce manuscrit avait élé dérobé à la bibliothèque royale de VEscurial. Ce volume qui (malgré cette provenance bien constatée) fut acheté an prix de 1,575 francs, a la vente Heber, par la Bibliothèque royale de Paris, a été décrit par les plus grands bibliographes de l'Espagne, teb que Nie. Antonio Veiasquez et Rodriguez de Castro. Les descriptions données de ce manuscrit par ces écrivains

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moi reproduites, en partie du moins, au catalogue de vente qui dans un article très détaillé dit (1) :

■ Two leaves and a portion of a ihiad are wanting bot thèse were

■ also déficient when de Castro witbe bis account » ■ — u II manque * (à ce manuscrit) deux feuillets et une partie d'un troisième feuillet,

■ mais ces feuillets manquaient déjà lorsque de Castro écrivit sa des-

■ cription. »

On devait donc croire qu'excepté ces défauts anciens et constatés de nouveau au moment où le manuscrit fut acheté pour le compte de la Bibliothèque royale, il n'y avait pas d'autre desiderata dans ce beau volume. Aussi n'aurais-je jamais songé a examiner, au point de vue des mutilations, ce cancionero que j'avais eu souvent entre les mains, et dont j'avais à diverses reprises eitrait un assez grand nombre de pièces, soit pour le cours de littérature espagnole que j'ai professé durant plusieurs années à la faculté des lettres de Montpellier, soit pour tout autre usage, lorsqu'au mois de novembre dernier, apercevant ce volume sur l'une des tables de travail de la salle des manuscrits, je l'ouvris par hasard au folio 167. Ayant tourné le feuillet, je vis, à ma grande stupéfaction, que celui qui suivait était marqué 169. Donc le 168 manquait. Je fus frappé de celte absence comme d'un coup de fondre, et, tout tremblant, je fis avec une bien profonde émotion le recollement complet de ce manuscrit. Voici le résultat de cet examen. Les folios 6 et 7 manquent ; — le folio 37 manque; — le Mo Ù5 manque; — entre le» folios 130 et 13& il manque un feuillet, sans que je puisse dire si c'est 131, 132 ou 133. — Le folio \hh manque aussi, et l'enlèvement de celui- la a laissé des traces très visibles; le papier enlevé subsiste encore a la racine dans toute la longueur du folio, sur deux lignes environ de largeur. La pagination se compose de vieux chiffres espagnols du dix-septième siècle.

Le manuscrit est dans la reliure anglaise de Lewis qu'il avait lorsqu'il entra a la Bibliothèque.

Maintenant, quand la Bibliothèque nationale achète des manuscrits

(il Bibliothtca Hebiriana, XI part, manuscrlpl., n' goa, pag. 100.

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constate- t-elle minutieusement leur état sur an registre T fait-elle poar sa décharge un inventaire détaillé de ces manuscrits? Cela peut avoir lieu aujourd'hui ; mais je crois pouvoir affirmer qu'il n'en était pas ainsi a l'époque de l'achat du Canctoncro de Baena. Or, suivons bien ceci, et voyous quels arguments fournirait le manuscrit qui nous accupe et qui est l'un des volumes Us plus précieux de la Bibliothèque, nationale, puisqu'il est unique, a ceux qui voudraient accuser l'administration. Un effet, on lit sur le premier folio de garde du manuscrit au crayon, écriture et chiffres anglais : L. 400 (c'est, en livres sterling, le prix probablement que le paya Heber), et sur le second folio de garde, d'une écriture que je crois celle d'un des conservateurs de la Bibliothèque nationale, trois lignes & l'encre : • Déficit à la première colonne gauche du feuillet 162. Acheté dam cet état. ■ Voila tout. On pourrait donc soutenir que, puisqu'on n'a remarqué que ce déficit, qui consiste dans la mutilation d'une partie du folio, c'est qn'il n'y en avait pas d'autres à cette époque. Or le catalogue de la vente Béber signale lui-même l'enlèvement de deux autres feuillets; et aujourd'hui nous constatons l'absence de six /... Evidemment ce manuscrit dont la réputation était si grande parmi les amateurs, qo'on croyait que l'Angleterre ne le laisserait jamais partir et que plusieurs de ses bibliophiles couvriraient toutes les enchères, fût-ce à pris d'or, a dû être parcouru par les acheteurs avant le solde. S'il y avait des lacunes autres que celles indiquées par le catalogue de vente, ils ont dû s'en apercevoir et les constater.

Où est la preuve de celle constatation? Et comment l'état actuel du manuscrit est-il en opposition avec la description détaillée, si complète, et que nous avons tout lieu de croire exacte, du catalogue du vente T C'est ce que je ne me charge pas d'expliquer.

Disons seulement que le déficit mentionné an folio de garde, s'il n'était consisté que par les trois lignes du conservateur serait très mal signalé (1), et qu'une pareille mention serait très peu concluante ;

(ij Remarquons bien que, d'après la législation adoptée depuis peu a la Bibliothèque nationale, d'après la note du conservateur que je viens de citer, si un amateur se trouvait e> possession des deux feuillets qui manquaient as niauu-

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car enfin qui démontre rail, sans le catalogue de vente, que ce n'est pas bien postérieurement à l'achat que ce déficit aurait été commis, et que le conservateur s'en apercevant un jour aurait voulu couvrir tardivement par une note sa responsabilité (4 ) ?

Hais ce sont là des discussions inutiles. Nous savons par le catalogue de vente qu'en 1856 il ne manquait que deux feuilleta et une portion d'un troisième, a ce manuscrit. La preuve que ceci était exact, c'est que la vente s'est faite a un très haut prix, sans réclamation. L'annonce d'une imperfection grave dans le manuscrit, imperfection dont le Catalogne n'eût point fait mention, aurait certes amené des réclamations ou une revente pour un achat si précieux. Or, la vente a été maintenue; il n'y a eu ni observations, ni récriminations : donc le catalogue était exact. Actuellement il manque à ce manuscrit les feuillets 6, 7, 37, 45, (131 ou 132 ou 133), 1U, 162 (mutilé), 168, en tout six feuillets enlevés et un feuillet mutilé. C'est quatre feuillets de plus que n'en accuse le catalogue, quatre feuillets perdus par conséquent depuis que le manuscrit est entré à la Bibliothèque nationale, ou du moins, quatre feuillets desquels je serais heureux que les acquéreurs du plus beau monument littéraire de la Péninsule, eussent, pour leur propre décharge et avant toute possession, constaté l'absence, car, sans cela, des gens mal appris, ou tout simplement des gens sévères, pourraient accuser leur prudence d'alors ou leur surveillance d'aujourd'hui. Et l'Espagne donc !.... l'Espagne que nous avons dépouillée, de seconde main, il est vrai, (ce qui est une triste justification), n'aurait elle pas, au nom desagloire.au nom de ses vieux souvenirs, si odieusement traités, le droit de nous

cril longlems avant qu'il ne vint en France, cet amateur pourrait être accusé de les avoir dérobés a la Biblioilièquc nationale, tandis que cette bibliothèque croit posséder légitimement ce volume qu'elle a acheté d'après un catalogue où il est constaté que le Caneionero a été volé à l'Escurlal !

(i) Ce défitfl se compose des deux tiers d'une colonne du feuillet 161, qui ont été enlevés. Cette lacune a été faite par un vandale muni d'un canif, qui, en arrachant au folio îOa, trots strophes de la Cantiga de maestro Fray Diego de Nov lando, a coupé aussi, tant II appuyait Tort, le folio tfl3, et a failli enlever à ce folio un morceau identique a celui qu'il volait au folio ios.

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demander compte du cas que nous avons fait de l'an des pins beaux fleurons de sa couronne poétique ?...

Après avoir découvert, par accident, la mutilation du Cancùmero de Baena, je dus a un antre hasard nne découverte analogue dans un manuscrit non moins important. Parmi les manuscrits de la Bibliothèque nationale, sur lesquels mon savant ami M. le comte de"* (voyez l'avcrtisrement, page vu), m'avait demandé quelques renseignements, était un manuscrit très précieux des poésies des troubadours, manuscrit magnifique, que Raynonard a cité dans son Choix des poésies originales des troubadours (tom. il, pag. CXVIil) et qui est célèbre pour avoir appartenu a Pétrarque et an cardinal Bembo, lesquels y ont Tait, de leur main, des annotations marginales.

•Voulant examiner ce manuscrit et n'en sachant pas le numéro actuel, (Baynonard ne l'indique que par l'ancien numéro qu'il portait au Vatican, — N. 320u), je le demandai génétiquement d'après son contenu, eu appuyant, pour mieux le signaler, sursa provenance du Vatican. L'employé auquel je m'adressai commença, ce qui semble en effet assez naturel, par me dire que ce manuscrit avait été jadis rendu a ses légitimes possesseurs; mais sur l'observation que je fis, 1° que postérieurement a l'époque des redditions de manuscrits, Baynonard avait signalé celui-là au tom il (publié en 1817) de son Choix des poésies des troubadours, comme étant encore à la Bibliothèque nationale; 2° que la personne pour qui je désirais y copier quelque chose, l'avait vu à l'un de ses voyages à Paris, vers 18u0, on le chercha avec beaucoup de complaisance, et enfin on le trouva. Seulement (et je suis désolé d'être obligé de commettre cette indiscrétion, mais je ne recule devant rien quand je crois être dans le vrai et le juste), en me le remettant on me dit ; * Vous aviez raison; ce manuscrit est bien du Vatican : nous l'avons gardé; mais il ne faudrait pas le dire; cela pourrait nous attirer des réclamations. •

Mon Dieu 1 je voudrais au prix de tout mon sang, que la France eût conservé ses conquêtes; qu'elle dormit appuyée, la tête au seuil de Saint-Pierre, les pieds à l'autre extrémité du monde; mais les destins ont prononce" et j'avoue que cette recommandation : H ne

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faudrait pas le dire, me paraît d'une probité assez douteuse, d'une conscience peu sûre de son droit.

Quoi qu'il en soit, voici la description de ce manuscrit : Au Vatican, il portait le n* 3204 ; il est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale sous le N* 2032 du Supplément fronçait.

On lit au haut de la première page d'nne écriture qui date au

moins d'un siècle : Poésie di cento venti poeti provenzali, tocco

nelle margini di mono del Petrarca et del Bembo, inperg. in fogl.

Au bas de celte même page, on lit : Ricuperaio di la oct. 1815,

signé Grimasi ou Grimafi.

Plus bas, il y a : Dalla Mblioteca parigina ; signé Angeloni Frusinate (de la ville de Frusinoue).

Au 'dessous on lit cette autre et incroyable mention : Riekiesto da M. Langlei e rieonosciuto non utile a l'Italia e prezioso per la Franeia; furestàuito alla biblioteca, ai 17 ottobre 1815, signé Grimasi.

Ce manuscrit est a reliure papale ; en le parcourant arec soin, j'y ai découvert une lacune qui est peut-être récente ou du moins moderne; c'est celle des feuillets 136 et 137 qu'on a coupes au ras des feuilles, si bien qu'il reste au plus une ligne ou deux de parchemin attaché au livre, mais cela suffit pour montrer a la couleur encore assez blanche de 1a coupure qui n'a pas eu le temps de devenir noire comme le bord extérieur des feuillets du manuscrit, que cette lacération ne remonte pas très loin. Il y a en outre une autre raison qui prouve que ces deux folios ont été enlevés après coup : c'est que leur absence interrompt la pagination. La lacération est donc postérieure a celle-ci.

Cet enlèvement existe entre une pièce sans nom d'auteur, après laquelle il y a une demi-page blanche (folio 135, verso) et la rubrique en rouge des poèmes de Savaries de Mauléon, formant, avec ces mêmes poèmes, le foiio 138 recto.

Voici donc un manuscrit qui a appartenu à Pétrarque et au cardinal Bembo, un manuscrit qui contient des poésies écrites dans une langue cultivée en Italie pendant longtemps, et ou se trouvent des pièces écrites en provençal par des poètes dont plusieurs sont italiens,

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déclaré inutile à l'Italie par une commission qu'on ne nomme pas et cela sur l'assertion assez véreuse d'an M. Grimasi (qui ne sait pas même écrire le nom de Langlès), d'un homme- de paille, d'un domestique peut-être. On sait en effet que monseigneur Mariai et Canova fnrent envoyés a Paris par le gouvernement pontifical pour reprendre les manuscrits , et les objets d'art enlevés^ l'Italie; mais personne n'avait reçu pouvoir de laisser en France comme objets inutiles, des manuscrits de cette importance. C'est a la suite de cette belle transaction dont le détail serait sans doute curieux a connaître, car elle doit avoir donné lieu à quelque article secret, que ce manuscrit, rendu à l'Italie en vertu des traités, le 1& octobre, fut repris par la France trois jours après et qu'il est resté au pouvoir de la Bibliothèque nationale!...

Que contenaient les deux feuillets qui ont été enlevés? Je ne crois pas que ce fussent quelques pièces d'un poète provençal , car au catalogue qui existe en tête du manuscrit , et qui est tracé de la même main que celui-ci, il y a, après le folio 135, un temps d'arrêt qui va jusqu'au folio 138; mais qui nous dit qu'on ne lisait pas là, soit un long commentaire de Pétrarque, (dont les autographes sontsi rares et si recherchés), soit une page du Bembo ; soit enfin, cornue dans le amcionero de Baena, comme dans ce volume infime des troubadours aux premières pages, quelqu'un de ces beau* folios rubriques en rouge, qui se trouvent presque toujours dans les manuscrits de ce genre, en guise de préface et pour ornement, a la tête d'une série de poètes T....

Rayuouard, a l'endroit que nous' avons cité, dit que ce manuscrit dont il s'est occupé beaucoup et qu'il a examiné pièce à pièce, se compose de 185 feuillets. C'est effectivement le nombre de feuillets qui devait exister avant la mutilation. Tout semble donc prouver que cette lacune a dû être faite depuis 1817, époque de la publication du second volume de l'ouvrage de Raynouard.

Pour compléter cette curieuse notice et pour montrer ce que valent quelquefois les assertions des gens (érudiis ou non) qui signalent l'existence deccrtaiues pièces et de certains volumes dans telles ou telles bibliothèques, je rapparierai ici que M. Valéry, ancien bibliothécaire du

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louvre, déclare dans son Voyage en Italie (Paris, 1836, 3 fol.in-8*) qu'il a vu au Vatican ce manuscrit des troubadours avec des note» de Pétrarque et de Bembo, manuscrit qui depuis plus de cinquante ans est resté invariablement à la Bibliothèque nationale ! (Voyez Valéry, Voyage en Italie, louie m, pages 31-32).

Les mutilations que j'ai découvertes dans le manuscrit de Baena, dérobé à la Bibliothèque de l'Escurial, et dans le Recueil des Troubadours, non rendu au Vatican, me firent concevoir le soupçon, malheureusement trop fondé, qu'indépendamment des recueils d'autographes dont j'ai déjà parié, d'autres manuscrits précieux de la Bibliothèque nationale avaient pu Être mutilés; mais comment se lancer, sans autre raison qu'un intérêt de curiosité, dans l'examen de quatrevingt à cent mille manuscrits que renferme cet établissement ! Far où commencer et comment se guider dans ces recherches ?

Ne voulant point abandonner subitement ce que j'avais entrepris pour moi d'abord, mais qui en fin de compte intéressait après tout le public et l'Etat, je résolus de ne m'occuper que d'un petit nombre de manuscrits très précieux qui, par leur importance ainsi que par leur grande valeur, avaient dû être et avaient été, sans aucun doute, l'objet d'une surveillance spéciale. De l'état dans lequel je trouverais ces manuscrits, il serait facile de déduire celui d'un nombre beaucoup plus grand de volumes sur lesquels l'attention des conservateurs ne pouvait être dirigée que d'une manière fort subalterne. En lisant le récit des découvertes aussi pénibles que nombreuses que j'ai faites en quelques séances seulement, dans un petit nombre de manuscrits, on comprendra tout ce qu'nn examen plus sévère et plus étendu pourrait révéler de dilapidations accumulées depuis un siècle, non seulement à la Bibliothèque nationale, mais encore dans la plupart de nos établissements publics.

Je savais, de visu, pour les avoir maniés en deux voyages différents, qn'il existe, an Brititk Muséum, plusieurs volumes formés de fragments tirés des plus précieux manuscrits, et dont quelques uns proviennent évidemment de la Bibliothèque nationale. Ces fragments se trouvent dans la célèbre collection Harléienne, formée, il y a plus d'an siècle, parce mémo comte Harley qui restitua si généreusement

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a l'ancienne Bibliothèque royale, trente-cinq feuilleta dérobés par le Dauphinois Âymon, an commencement du dix-huitième siècle. Le catalogae des manuscrits grecs, imprimé en 1740, fait, a propos du manuscrit grec, N° 107, mention, dans les termes les plus pompeux, de cette munificence de lord Hariey, et il est plus que probable que, si l'ancienne administration de la Bibliothèque royale s'était donné la peine de rechercher arec soin quels étaient ces manuscrits qu'Aymon avait mutilés et d'en instruire lord Hariey, ce célèbre collecteur aurait rendu a cet établissement les antres fragments qu'il avait achetés de bonne foi, et particulièrement les treize admirables feuillets arrachés a la bible de Charles-le Chauve, qui se voient dans le manuscrit Harléien, N. 7551 du Brùùh Muséum. Or, non seulement l'administration de la Bibliothèque royale n'a jamais fait ce travail ; mais, lorsque l'occasion s'en est présentée, elle adéclaré ou laissé déclarer par ses employés, sans élever aucune réclamation , que ce qu'avait enlevé Aymon.étaitrenirépeKii peu a la Bibliothèque, les morceaux ayant è.ié rendus (1). D'ailleurs, depuis que ces objets sont sortis des mains de lord Hariey pour entrer au British Muséum, les restitutions pures et simples ne sauraient avoir lieu. Bien ne pourrait se faire sans un acte du Parlement, et, je crois savoir, qu'au heu d'entrer en négociation pour recouvrer ces précieux fragments, certains fonctionnaires de la Bibliothèque royale ont laissé sans réponse des communications officieuses qu'ils ont reçues à ce sujet du British Muséum.

Quoi qu'il en soit, puisque ces fragments existaient à Londres, la plupart avec une ancienne numération et d'autres marques propres à faire reconnaître de quel manuscrit ils avaient dû sortir, j'ai [vis ces fragments pour guide de mes recherches. Je me suis donc procuré le fac-similé de quelques uns d'entre eux, et particulièrement de la numération des feuillets dont ils sont formés. Je. dois dire que cette numération, ou pour mieux dire ces diverses numérations, dont j'ai trouvé les formes identiques dans quelques uns des plus beaux manuscrits de la Bibliothèque nationale, m'ont, ainsi que d'autres signes

(i) Voyez un 1res long article (Bibliothèque du roi) de M. A. Charopollion dans le tome VI (pages 95-117) du Dictionnaire de ta Conversation.

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caractéristiques, donné ia certitude que ces fragments ont été enlevés à notre Bibliothèque. Si je n'ai pas retrouvé immédiatement les manuscrits eux-mêmes, avec leurs lacunes, cela tient à la difficulté, à Impossibilité absolue que j'ai rencontrée ponr examiner certains volumes, au sujet desquels on m'a répondu qu'ils étaient à la réserve (il y a, depuis peu, une réserve anx manuscrits, comme aux livres imprimés), et que personne ne pouvait les voir qu'eu se faisant précéder de la croix et de la bannière, c'est-à-dire avec un ordre individuel du ministre, sans lequel, fussiez-vous l'empereur de la Chine eu personne, il n'est au pouvoir d'aucun conservateur de vous les montrer. Cette prescription qui me rappela le mot si juste de Voltaire, sacrés ils sont, car personne n'y touche, m'a paru assez bizarre; j'espère néanmoins, avec ou sans goupillon ministériel, et bien qu'ils soient actuellement an carcere dura, examiner plus tard les manuscrits en question.

Pour peu qu'il me soit loisible d'y mettre seulement le bout du nez, je me fais fort d'apprendre à la Bibliothèque nationale elle-même, et cela an premier flair, dans quel volume du Musée britannique se trouvent tels et tels fragments qu'elle regrette pen on prou ; a quelle Époque, de qui, comment et combien nos voisins les ont achetés.

J'en ferai autant si M. le directeur de la Bibliothèque nationale ne s'y oppose, pour tous ceux qui sont précieusement conservés a Oxford, a Cambridge, à La Haye, etc. Cependant je ne suis ni administrateur, ni conservateur, ni bibliothécaire, ni employé, ni même surnuméraire de quelque espèce de Bibliothèque, ou d'archives que ce soit. Je ne suis qu'un pauvre hère, à la solde des idées, comme a écrit, quelque part M. de Lamartine, ce qui, par le temps où nous sommes, uc constitue pas essentiellement un revenu de nabab ; mais je n'en connais pas moins à fond la plupart des grandes bibliothèques de l'Europe, et je serai trop heureux de mettre le pen que je sais sur elles, au service des demandes en restitution dans lesquelles paraît vouloir s'engager (probablement sans aucune stipulation synallagmatique) , la Bibliothèque nationale.

Eu attendant, voici les découvertes que j'ai faites, en quelques jours

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seulement, et tout en travaillant a autre chose , dans les fonda grec et latin.

J'ai parlé tout à l'heure du manuscrit greco-latin N° 107 { décrit au Catalogne imprimé, tnm. II, pag. 19), qui avait été mutilé par Aï mon, et a propos duquel ce catalogue dit que les 35 feuillets dérobés avaient été restitués par lord Harley (1). Dans un article cité plus haut et publié en 1833 par un employé de la Bibliothèque royale, il est dit avec raison que ce même manuscrit est l'un des plus précieux et des plus anciens manuscrits grecs, et l'écrivain ajoute que 35 feuillet» de ce précieux volume furent coupés dam le x vu* siècle (il fallait dire au commencement du xviu') par le renégat Aymon; et rachetés (lises rendus gratuitement) plut tard (2).

Ce manuscrit si célèbre et si précieux avait pour moi encore un intérêt de plus. Dans sa lettre a M. Libri (page 21), M. Naudet le cite particulièrement dans les termes suivants :

■ L'indignation {indignation à propos des volumes composés desrii-

• vers fragments qui se trouvent an British Muséum, et dontje viens h déparier) ne me rend point injuste, et je ne veux pas laisser igiio- « rer (3) ce trait généreux de lord Oxford et Mortimer envers la

• France. Lorsqu'il eut appris que 3/j feuillets, qu'il avait achetés « fort cher, provenaient du fameux manuscrit des Êpîtret de saint a Paut, mutilé par ce misérable Aymon, dont vons parlez et dont je

■ vous épargne, en ce moment, l'histoire, il les rendit a la Bibliothè-

■ que du Roi. Et les bibliothécaires ont inscrit son nom dans leurs

■ annales. Laissons maintenant a la loyauté de la vieille Angleterre, » le choix, entre nos deux récits, de ce qu'elle entend de préférence

(i) Voici en quels termes te catalogue constate ce fait :

■ Ex illo exemplari tri gin la qulnquc folia nefarlo cujuadam sedere aliquoui) • bloc annls avuUa sunt, quz comitis Oxoniensis Harley, suo in Hueras auiore « celeberrimi, munificente, in pristluas sedes redicre. ■

Ainsi s'exprime le catalogue de la Bibliothèque du rot, imprimé eu nio, et Il ajoute que Mon [faucon Taisait remonter au VU siècle ce précieux manuscrit en lettres onciales,

(l) Dictionnaire de ta Conversation, tome V], page 100.

(3) Comme on l'a vu, grâce au catalogue imprimé, (Srîce au Dictionnaire de la Conversation, etc., ce (ait que il. Haudet neveut pat laister ignorer, est connu de tout le monde, et depuis 1 740, Il a élé publié partout.

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■ avouer, on le procédé de lord Oxford et Mortimer, ou le ramassis • de lambeaux arrachés am livres du continent (1). »

Si bien renseigné, an sujet de ce manuscrit, par M. le directeur de la Bibliothèque nationale, je demandai avec nne entière confiance le manuscrit qui, naturellement, après une première mutilation, et surtout après la restitution généreuse de lord Oxford et Mortimer, avait dû devenir l'objet d'une surveillance très sévère, .l'étais persuadé qu'on allait me répondre qu'il était enseveli dans les limbes de la réserve ; mais point : mon altente fut trompée, et mon savant am i M. Miller, à qui je m'adressai, me le donna immédiatement.

Ce que rien ne saurait peindre, ce fut mon élonnement, lorsque je reconnus au premier coup d'œil que les trente-cinq feuillets (et non trente quatre, comme dit M. Naudet), restitués par le comte Harley, n'étaient pas dans te manuscrit et qu'ils avaient disparu de nouveau! Après avoir compté dix fois toutes les pages, et vérifié

(i) Il y a ici une confusion très singulière. Les ramassis de lambeaux qui excitent i un si haut point la colère de H. Naudet et l'engagent a adresser une si belle invocation a l'Angleterre, font justement partie de la collection du comte Harley (c'est la même personne que M. Naudet appelle lord Oxford et Mortimer); lisent élé réuni j de son temps, classés par ses ordres, et 11 valait encore bien mieux les mettre en volumes que de les laisser s'éparpiller et disparaître, comme on eût fait i la Bibliothèque du roi en pareil cas. Les* pages qui suivent celle-ci vont en donner la preuve. J'atdlt plus haut et Je maintiens cette assertion, que le comte Harley (cela est traditionnel en Angleterre) aurait rendu à la Bibliothèque royale les autres fragments qui lui avaient été dérobés, si cet établissement avait pu les lui faire connaître ; mais comment la Bibliothèque l'eût-elle fait alors? Elle ne sait point encore exactement i l'heure où Je parle, ce qui lui manque, et aucun de ses administrateurs ne semble s'être donné jusqu'Ici la peine de le chercher sérieusement. Cela résulte de leurs inexactitudes dans ce que je viens de citer, et du récit donné en 1782, dans VEssai historique sur ta Bibliothèque du roi (pag. 74-80), récit où II estdlt: ■ En faisant celte recherche (des ma-

■ nuscrlts volés), M. Clément n'avait jugé du vol que par l'extérieur du livre, et

• n'avait pas songé au ravage qu'Aymon pouvait avoir fait dans l'intérieur de

■ plusieurs. Il fut aussi surpris qu'affligé lorsqu'on lui fit remarquer, quelques

• moi* après, les feuillets qui avaient été arrachés ou coupés dans différents ma- > nuscrlts, surtout dans celui qui passe peur U plus rare et de l'antiquité la plus

• vénérable, les Éptlres de saint Paul en grec et en latin, écrite! en lettres d'or

• et qu'an croit det première siècles de l'Église : il y manquait trente-cinq feuil-

■ tels. » — Ce récit est tiré mot a mol des Mémoires historiques plates en tête du tome I" du Catalogue des livres imprimée de la Bibliothèque du Roi, p. XL VIII. Il prouve que H. Clément n'était pas très perspicace.

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une à une taules tes lacunes, je dus forcement me convaincre de ce fait incroyable. Supposant, en-désespoir de cause, (ce qui était pourtant improbable), que ces feuillets si précieux rendus depuis plus d'un siècle, avaient pu être oubliés dans quelque carton, ou laissés dans quelque coin, je m'adressai au conservateur chargé spécialement des manuscrits grecs, en le priant de me dire si, à sa connaissance, il n'y avait pas a la Bibliothèque, dans quelque endroit réservé, un portefeuille on un carton quelconque renfermant des fragments de manuscrits. Je le priai, dans une conversation assez longue, de me dire s'il n'existait pas nn recueil de fragments divers, retrouvés ou rendus, ayant appartenu à des manuscrits mutilés, ou dont la reliure aurait pu laisser échapper quelques folios. Ce conservateur, qui n'est antre que l'excellent H. Hase, me répondit qu'il ne connaissait rien de semblable, que rien de pareil n'existait a la Bibliothèque nationale, et qu'on n'y avait jamais fait collection de folios détachés.

Que sont devenus les trente-cinq feuilleta du comte de Harley T Où ont-ils passé T Comment se feit-il qu'ils n'aient pas, après leur restitution, été remis immédiatement en place dans le manuscrit T.. . Ontils été volés de nouveau et a quelle époque ï N'ont-ils point été vendus plutôt, par ignorance de leur valeur et de leur provenance, a l'époque où M. Dacier avait été autorité a se défaire de tout ce qui lui paraissait inutile dans les chartes, parchemins, vieux papiers, etc. , et où, par conséquent, on se débarrassait comme de choses sans conséquence, des autographes de Molière, ce qui, soit dit en passant, rappelle parfaitement ce préfet de Perpignan, lequel, bon ménager, donnait à sa femme, pour en couvrir ses pots de confiture, les actes les plus importants des archives du BoussillonT... Je l'ignore; mais je n'empêche peisonne de supposer ce qu'il voudra : le champ est ouvert aux conjectures; ou plutôt je me trompe, le champ est clos, au contraire, tout ce qu'il y a de plus clos, et le second enlèvement de ces feuillets ne peut qu'être postérieur a 1833, pnisqu'a cette époque, un honorable employé de la bibliothèque parlant, comme nous l'avons vu, de ce précieux volume, dans le Dictionnaire de la conversation, le donnait pour complet. Je ne doute pas, pour mon compte, qu'il n'ait auparavant vérifié le fait.

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Quoi qu'il en soit de la nouvelle disparition des feuillets du comte Barley, qu'elle soit tout-à-fait récente ou ancienne, peu nous importe. Ce qu'il de grave, ce qu'il y a malheureusement de certain, c'est que les trente-cinq feuillets manquent. Si lord Harley a laissé des successeurs, nous les conjurons de renvoyer de nouveau ces fragments à la Bibliothèque royale qui, avertie par une double expérience, fera cette fois, nous l'espérons, bonne garde sur eux.

Voici maintenant la description du manuscrit qui nous occupe.

N° 107, iii-4 11 , ancien fonds, manuscrit gréco-latin du septième siècle, en lettres onciales, contenant les épîtres de saint Paul.

Il y a, collé sur le folio de garde, à gauche, une espèce de catalogue assez moderne, au bas duquel est écrit, de la même main que le Catalogne : manuscrit gastè par Aymon, qui en a coupé trente et un feuillets. Une main beaucoup plus récente a ajouté : Ou plutôt trentecinq.

C'est bien là, en effet, le nombre de feuillets absents. Les voici désignés par leur numération. Ils formaient, dans le manuscrit, les folios 146, 147, 148, 149, 150, 173, 174, 178, 179, 205, 206, 332, 333, 334, 335, 336, 337, 338, 357, 358, 384, 385, 449, 450, 451 , 452, 453, 454, 455, 456, 457, 458,459,460,461. En tout trentecinq, et non trente-un comme dit le catalogue de tête, ni trentequatre comme dit M. Naudet.

J'ai remarqué en outre : 1° au folio 120, une interpolation ou du moins un feuillet pour un autre. La personne qui a tracé la pagination n'y a point fait attention, et la numération se suit; 2* les folios 312, 313, 314, 315, 316, 317, sont reliés à l'envers, c'est-à-dire que le texte a la tête en bas, mais la pagination se suit. Ce sont là des circonstances bizarres qui, lors de la restitution des trente-cinq feuillets, auraient dû engager la Bibliothèque : 1° à les remettre dans le manuscrit; 2° a faire emboîter de nouveau, en conservant son ancienne reliure, cet inestimable débris des vieux âges.

Enfin, ce que la description imprimée du catalogue ne donne pas, c'est cette mention qni se trouve en tête dn folio de garde à gauche, et qui a bien aussi sa valeur, bibliographiquement parlant : Casaubonus Josçpho Scaligero, an. MDCl.

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En présence de l'indifférence montrée depuis longtemps par le» administrations successives de la Bibliothèque au sujet de ce manuscrit, voilà tout ce que j'en veux dire. J'ajouterai que c'est à l'autorité à rechercher comment et par qui ces 35 feuillets volés d'abord par Aymon et restitués par lord Harley, ont été enlevés de nouveau, et a quelle époque cela a pu avoir lieu. Les deux noies placées en téie du volume et que je viens de mentionner, pourraient faire croire qu'après le retour des 35 feuillets d'Angleterre, on en a revolé 31 d'abord et ensuite h autres, dont l'absence a été constatée à une époque plus récente; mais comment concilier cela avec l'article du Dictionnaire de la Conversation, et surtout avec la lettre toute récente de M. Naodet a M. Libri, où l'on parle de ce manuscrit sans affirmer qu'il est complet, mais sans dire aussi qu'il ne l'est point ? C'est peut-être ici le cas de répéter ce vieux dicton : — « Si j'y comprends un mot, je veux être pendu. >

Voici un autre exemple de mutilation non moins déplorable. Le manuscrit le plus rare et le plus précieux qui soit à la Bibliothèque nationale, c'est, aux yeux de la plupart des érudits et des hellénistes, le n" 9 de l'ancien fonds grec, connu généralement sous le nom de manuscrit de saint Ephrem. Ce volume précieux, d'après le catalogue imprimé de la Bibliothèque nationale, provient de la Bibliothèque des Médicis. C'est encore un de ces livres qui, on ue sait comment, mais d'une manière peu loyale sans doute, et qui, si la Bibliothèque du Roi suivait ses propres doctrines, l'obligerait a restitution, sont sortis d'une collection publique pour entrer dans une aulre.

Ce manuscrit a été l'objet des études et de l'admiration des plus célèbres érudits, parmi lesquels il suffira de mentionner Lamy, Montfaucon, Boivin. Récemment encore, H. le professeur Tischendorf, de Leipsick , s'est occupé avec un soin particulier de ce manuscrit, et il a fait prendre par un habile artiste, M. Lepelle, un fac-similé aussi exact que possible, du feuillet 138 de ce magnifique volume. Ce qui donne, entre autres choses, uu prix si grand a ce livre, c'est qu'il est, a ce qu'assurent les hommes spéciaux, le premier palimpseste dont on ail fait la découverte. On sait qu'on appelle palimpsestes, certains

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- »3 manuscrite qui sont généralement très anciens, et dans lesquels a une époque où le parchemin était rare et cher, d'ignorants copistes ont effacé, par des grattages ou autrement, l'ancienne écriture, pour tracer sur ce même parchemin des ouvrages plus modernes. Avec une grande patience et a l'aide de procédés particuliers, des savants dont les lettres garderont toujours le souvenir, ont pu lire l'ancienne écriture disparue d'abord sous des lavages ou d'en grattages, et cachée ensuite sous une écriture plus moderne. C'est dans un de ces palimpsestes que le cardinal Mal a pu découvrir, assez récemment, le fameux traité de la République de Cicéron qui était perdu et dont la publication produisit tant de sensation en -Europe. On conçoit donc tonte l'importance que les savants attachent au manuscrit de saint Ephrem lequel, comme je viens de le dire, est le premier palimpseste connu. C'est, en fait de manuscrit, qu'un me permette celte comparaison empruntée à l'art, ce qu'est en fait de statues l'Apollon du Belvédère. Aussi, par extraordinaire, ce manuscrit est-il décrit feuillet par feuillet dans le catalogue imprimé des manuscrits de la Bibliothèque du Roi (tome il, pag. 2-7), où sa description occupe six grandes pages in-folio. Parmi ces feuillets ainsi décrits par le catalogue, se trouve le folio 138, sur lequel (dit le catalogue, pag. 3,) on avait gratté les chapitres V et VI de l'Kcclésiaste. C'est ce feuillet 138, précisément, dont H. Lepelle a exécuté le fac-similé à la demande de M. Tiscbendorf, il y a peu d'année?. J'ai entre les mains un exemplaire de cette magnifique reproduction qui prouve que le feuillet éiait, naguère encore, à sa place. Or, ce folio a disparu comme il est facile de ' s'en convaincre, en examinant le manuscrit. C'est là une perte très grande, si je ne me trompe, et qui sera vivement sentie par tuus tes érudits. Cette triste disparition, quand je fus assez malheureux pour la constater, ayant renouvelé toutes les angoisses que j'avais éprcuvées à propos du deuxième enlèvement des 35 feuillets de lord Harley, je pris, auprès d'un autre employé du département des manuscrits, tes mêmes informations que j'avais prises auprès de M. Hase, a propos du manuscrit grec 107, et j'obtins la même réponse. II est malheureusement constant que le folio 138 du manuscrit de saint Kphrem, n'est ni détaché du manuscrit et mis à part, ni placé dans

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une collection de fragments, comme a Londres; ii a disparu complètement, et nul a la Bibliothèque, pas même M. le directeur en personne, ne saurait donner à cet égard, le moindre renseignement. Le fait est, qu'a l'heure ou paraît cette brochure, on ignore aussi entièrement que possible, dans rétablissement de la rue Richelieu, les nombreuses soustractions qui sont signalées ici et qu'un employé supérieur de la Bibliothèque ayant voulu communiquer a l'administration quelqnes renseignements particuliers sur un vol d'autographes précieux, en fut vertement tancé et fort mal reçu. Tant il est vrai qu'il ne faut jamais troubler la quiétude de personne, ni déranger l'honnête homme qni dîne!.,. C'est une si belle chose qu'un bon sommeil et une digestion paisible 1...

Une série de manuscrits qui dans toutes nos bibliothèques publiques, ont été fort maltraités et qui ont subi do la part d'iconoclastes inconnus, de nombreuses mutilations, ce sont les manuscrits a miniatures. En effet, pour apprécier ce genre de richesse, il n'y a pas plus besoin d'intelligence que pour être électeur selon M. Carnot; il suffit d'avoir des yeux et sans doute aussi des oreilles.

Or, tout le monde sait qu'il y a des gens qui font collection de vignettes tirées des manuscrits, d'initiales ou lettres ornées, d'encadrements peints, d'anciennes écritures, d'ancienne musique, etc. Il en résulte qne les livres contenant des miniatures et les manuscrits contenant de la musique, ont été souvent mutilés a la Bibliothèque nationale ainsi qu'ailleurs. J'en ai des preuves incroyables, mais comme je n'en unirais pas si je voulais tout citer, je ne donnerai que quelques exemples et j'aurai soin de les tirer de manuscrits d'une grande valeur, afin de bien prouver la vérité de cette assertion qne les volears sont a la fois gens de goût et d'habileté.

En premier lieu, je signalerai le N° 216 des manuscrits grecs, (ancien fonds), relié aux armes de Henri IV, et sorti aussi de la Bibliothèque des Médicis. Ce manuscrit d'un auteur qui remonte au commencement du dixième siècle, est surtout remarquable par son élégance calligraphique, et par les figures admirables, (croix, chandeliers, colonnes, petits temples, etc.), qne forme l'écriture dans les scholies de la marge.

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Le catalogue imprimé parle de ces figures avec le plus grand éloge {lom. Il.pag. 33.). Or, pour les posséder un rautilateur, a une époque peut être éloignée, a coupé les marges aux folios 80, 87, 135, 133, 134, 167, 199, 231, 232, 2Ù4, 277, 285, 305, 306, 307.

Depuis, on a raccommodé ces marges avec du parchemin dont la fraîcheur indique que cette opération est assez récente ; mais il n'eu est pas moins vrai que quelqu'un pourrait être délenteur de ces fragments de très bonne foi.

Le ii° 277, également de l'ancien fonds grec, que le catalogue fait remonter vers l'année 754, est un des plus beaux manuscrits de la Bibliothèque nationale. Il contient de l'ancienne musique grecque et il est paginé. Entre le folio 25 et le folio 26, on a enlevé un feuillet avant la pagination, et l'on a coupé à coups de canif qui paraissent assez récents, la moitié du texte du folio 30 et la moitié d'une colonne au folio 79.

Ces enlèvements faits dans les manuscrits avant la numération, peut-être même au moment où cette numération s'effectuait, sont très fréquents. Dans le manuscrit grec N° 65, les souches nombreuses qu'on rencontre entre les feuillets, donnent a penseï que le manuscrit a été mutilé. Ajoutons qu'il y a entre le folio 117 et le folio 118 un feuillet Don numéroté.

On pourrait faire des remarques analogues sur le manuscrit grec N° 62 qui a appartenu a Diane de Poitiers.

Je terminerai cette énumération par l'indication de quelques mutilations dont les plus beaux manuscrits bibliques de la Bibliothèque nationale ont eu a souffrir. On sait que l'ancienne bible, de Cliarlesle-Chauve, appartenant a cette classe de manuscrits, a perdu, il y a plus d'un siècle, treize feuillets qui sont en Angleterre. S'il m'avait été permis d'examiner quelques uns des manuscrits qui sont en tête de cette catégorie, il est probable que j'y aurais constaté des mutilations du même genre; mais ils sont, m'a-t-on assuré, a la réserve. Néanmoins, je dirai qoe dans la bible n. 5, ancien fonds latin, beau manuscrit du X* siècle, on a coupé et enlevé une miniature au folio 104, en emportant, du même coup, le texte de l'autre côté.

Le N" 6 du même fonds, magnifique bible du X* siècle également,

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en quatre volumes, qui a appartenu au maréchal de Noailles, a été mutilé d'une manière indigne. La première feuille qui contenait une très belle miniature, a été enlevée en grande partie. On s'est emparé, eu les découpant, de diverses miniatures aux folios 5, 7, 9, 27, Au, etc. du premier volume. On a fait de même au tome second. Il faut remarquer que ce manuscrit n'est paginé qn'auz folios contenant des miniatures, et que cette numération a semblé diriger le voleur de vignettes et d'initiales historiées, dans ses recherches. Si Von devait en juger par la fraîcheur des coupures, ces mutilations seraient assez récentes.

N* 8, ancien fonds latin. Cette belle bible, du X' siècle, a été maillée a coups de canif, a une époque qui paraît peu éloignée.

Aux folios 25, 122, 128, 187, 191, 208, on a enlevé des initiales ainsi que des miniatures. Pareil malheur a failli arriver au folio 171 ; l'initiale, qu'on a coupée dans ce feuillet, tient encore; mais d'un seul côté. Le voleur, dont on voit partout des coups de canif saccadés et donnés a la hâte, a eu peur sans doute an moment on il procédait à ce dernier enlèvement, et il s'est arrêté. Ce qui prouve que ces mutilations sont assez récentes, c'est qu'aocune d'entre «lies n'est indiquée au Catalogne. Si elles eussent existé alors, les rédacteurs n'auraient point manqué de les signaler, nn catalogue n'étant, selon moi, antre chose qu'un inventaire exact, même des défectuosités.

Je n'ai nullement l'intention de traiter a fond les questions qui se rattachent aux mutilations que je viens de signaler, ainsi qu'a la disparition des autographes les plus précieux de la Bibliothèque nationale ; mais je ne saurais m'empêeher de dire un mot sommaire a propos de certains faits du plus haut intérêt sur lesquels je puis donner des renseignements puisés, comme on le verra, aux meilleures sources.

Voici a quoi je fais allusion :

On sait tout le bruit qui a eu lieu a propos d'un autographe de Molière acheté d'abord par H. Campenon à l'ancienne administration de la Bibliothèque royale, cédé ensuite par celui-ci a H. Lalande, et mis en vente quelques années pins tard par M. Cnaron marchand d'au-

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tograpbes. Réclamé par l'administra lion de la Bibliothèque royale qui affirmait ne pas l'avoir vendu, l'autographe a été (après un premier jugement qui déboulait cette administration de sa demande) , restitué en 1846 à la Bibliothèque, par suite d'un arrêt de la Cour royale qui déclarait :

1° Que ledit autographe ayant été mentionné par M. Tascherean, en 1825, comme appartenant a la Bibliothèque royale, il fallait considérer ce dernier fait comme constant ;

2* Que les ouvrages manuscrits, plans, autographes et autres objets appartenant a la Bibliothèque royale, sont inaliénables et impie* criplibles, etc.

On a tu pluB haut, a propos du manuscrit des poésies des troubadours que M. Valéry dit avoir rencontré au Vatican , tandis que ce manuscrit était a Paris, et l'on verra plus loin, a propos d'un autre sujet non moins important, qu'il ne faut adopter quelquefois qu'avec réserre et sous bénéfice d'inventaire, les assertions des bibliographes, lorsqu'ils affirment qu'un livre ne se trouve pas, ou qu'un manuscrit se trouve dans telle ou telle Bibliothèque.

Nous renvoyons an Moniteur du 26 juillet 1845, à la Lettre de M. Naudel à M. libri (p. 23-26) ainsi qu'aux nombreux ouvrages sortis de la Bibliothèque royale qu'on trouve dans le Commerce ou cbez des particuliers (t) avec cette estampille : Double vendu, les personnes qui s'imagineraient naïvement, que parce que le tribunal a déclaré que les ouvrages manuscrits, plans, autographes et autres objets appartenant â la Bibliothèque royale sont inaliénables, on n'a pas vendu , échangé, cédé, aliéné de ces objets eu grand nombre.

II est vrai que dans sa Lettre à Jhf, Libri (p. 26), M. Naudet re-

(i) Vtiycx, par exemple, le célèbre Lancelol du Lac, exemplaire de madame de Pompadour, qui porte le titre : double vendu, et que H. l'administrateur de la Bllillolbèque nationale, auquel H. P. Lacroix l'offrait en pur don, n'a paa pu faire rentrer à la Bibliothèque, Taule de savoir aquelle époque II avait été vendu; (P. Lacroix,, les Cent et une, i« série, a* livraison, p. OS et siiiv.) Voyez aussi le catalogue ai curieux de deux cent trois volumes provenant presque roua dei bibliothèques de France et d'Halle, adressés de Londres avec Us factures des libraires gui les lut M cédés, a H. le ministre de l'instruction publique, par 11. Libri. {Lettre a H. de Falloux, p. îgS a a3o.)

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poussant les assertion» positives de M. Feuillet de Conches sous-directeur an ministère des affaires étrangères, et de M. Fossé d'Àrcosse, ancien magistrat, conseiller honoraire à la cour des comptes, qui affirment que la bibliothèque avait vendu des autographes (ce dernier citait même quelques-unes des pièces qu'il avait achetées) ; — ii est vrai, dis-je, que M. Naudet déclarait hautement que « ces mes- « sieurs doivent savoir ce que n'ignorent pas des enfant,; — que le « bureau d'un conservateur n'a jamais pu devenir un comptoir de « marchand (1); — qu'on n'a jamais vendu aucune pièce, ou du moins ojju'ori n'a jamais pu en vendre légitimement de la main à la main, « dans un département de la Bibliothèque ; — qu'il y a des formes n établies pour les aliénations; mais par voie ^échanges, etc., etc. »

J'avoue que celle déclarai ioo si nette, si formelle, me frappa vivement, et que je la trouvai d'un grand poids. Ce fut afin do la contrôler (non que je doute, à Dieu ne plaise, de la véracité de l'honorable M. Naudet ; mais tout le monde peut commettre une erreur, et écrire une inexactitude), que je résolus de m 'adresser, pour obtenir à cet égard quelques renseignements, aux plus anciens employés de la Bibliothèque royale, à ceux qui, ayant devancé de trente ans M. Naudet dans cet établissement, doiveni en connaître à fond, beaucoup mieux à coup sûr que lui et moi, les vieux us et contâmes. Tous se souvinrent parfaitement de ces ventes et forent d'accord non seulement sur leur réalité, mais sur leur publicité.

La Bibliothèque, en effet, ne s'administrait pas alors comme aujourd'hui. Tout se faisait un peu irrégulièrement peut-être, mais paternellement. Les conservateurs y agissaient en bons pères de famille, au mieux des intérêts de l'établissement, se souciant fort peu des règles de la comptabilité, et si sûrs de leur conscience, que, comme après tout il fallait cependant que la dépense de la Bibliothèque passât sous les yeux de la Cour des comptes, ils allaient, quand ils avaient dépassé tel

(ij A la paye 23 du même écrit, M. Naudet dit aussi : > Il est de toute noto-

• rlélé que l'administrai! un de la iliblioiuèque, et a plus forte raison un cou-

• servateur en particulier, ne peut pas vendre une portion quelconque des col-

• actions acquises au service public. ■

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ou tel crédit, quand il y avait erreur, inexactitude en an point, jusqu'à simuler de fausses dépenses, jusqu'à faire figurer dans leurs comptes des factures fictives. Je tiens le fait d'un ancien collègue de H. Fossé d' A r cosse, qui a eu quelquefois de ces pièces entre les mains. Aujourd'hui cela serait considéré comme très grave ; mais a cette époque on n'y attachait pas une grande importance ; cela paraissait tout simple, tant on était persuadé, et avec raison, que si la bonhomie régnait dans cette manière d'agir, il en était de même de la probité.

• Après ce notable commentaire qui m'est échappé d'un flux de caquet, je m'en retourne, • coiume dit Montaigne.

Parmi les employés qui devaient, selon moi, être parfaitement au courant de ce qui avait lieu jadis à la Bibliothèque, il faut mettre au premier rang M. Ouchesne aîné, conservateur du cabinet des estampes, dont le nom a été cité publiquement en témoignage par M, Feuillet de Couches (Lettre de M. Libri à Al. de Falloux, p. 259-261), à propos de la vente de pièces autographes niée par M. Naudet. M. Ouchesne n'est pas seulement l'homme qui connaît le mieux l'histoire de la gravure, le savant laborieux et modeste qui a mis en ordre et classé la plus immense collection d'estampes de l'Europe ; c'est encore un homme droit, véridique et parfaitement désintéressé dans la question. Je résolus de faire appel à ses souvenirs. Je lui demande pardon de le mettre ainsi en scène sans avoir obtenu son assentiment ; mais j'ai pris en sortant de chez lui bonne note de ses paroles, et je suis certain de les citer ici d'nne manière à peu près intégrale. Or, voici ce que je tiens de sa propre bouche :

« Tont ce qn'a dit M. Fossé d'Arcosse, dans sa lettre réimprimée n par M. Libri (lettre à M. de Falloux, p. 261-262 ), sur la vente « des autographes effectuée à la Bibliothèque royale, est parfaitement

■ exact. Seulement les demi -kilogrammes ne se vendaient pas 3 fr., « ni même 2 fr. 20 (p. 263) ; mais M. Dacier en céda à 38 sols,

■ 2 francs, 62 sols, etc. Gela dépendait entièrement de lui et de son i humeur. M. Dacier ne tenait d'autre compte du produit de ces • ventes qu'une note sur un cahier de papier quia disparu à sa mort.

■ A mes instances pour qu'il eût une comptabilité moins personnelle « et plus régulière, M. Dacier répondait en souriant, comme un

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« bonhomme qu'il était : «Bah ! laissez donc! quand j'étais al'Acadé-

■ mie, chez le secrétaire perpétuel d'alors, tous les ans, au premier « janvier, le roi envoyait la bourse des jetons, pour l'année à venir.

■ C'était un vieil usage. Chaque jour d'académie, le secrétaire allait

■ aux séances, avec 20 à 25 jetons qu'il distribuait auz membres « présents. A la fin de l'année je ramassais, moi, tous ceux qni res-

■ taient, et je les emportais. C'était mon bénéfice particulier. » Telles étaient les moeurs de nos pères. Que les nôtres vaillent beaucoup mieux, je le veux bien, pour nous faire plaisir; mais de ce que les premières n'existent plus, ce n'est pas nue raison de croire et de soutenir qu'elles n'ont jamais été pratiquées.

L'autographe de Molière ne fut réclamé par l'administration de la Bibliothèque nationale qu'à l'aide d'une indication qui se trouvait dans on ouvrage deM.Taschereau; car cet autographe n'ayant jamais été ni estampillé, ni catalogué, rien n'aurait prouvé, sans la mention de l'éditeur de Molière, qu'il eût jamais appartenu à la Bibliothèque du roi. Or, admirez la certitude des jugements humains. Il y a dans Vlsûgraphîe le fac-iimile d'un autographe de Raphaël avec une note portant que cet autographe se trouve à la Bibliothèque royale, ou, par parenthèse, il est parfaitement inconnu, car il n'y est jamais entré. En attendant qu'a l'aide de cette note M. l'administrateur de la Bibliothèque nationale se fasse restituer cet autographe, je vais donner l'historique de cette pièce, qne je savais avoir disparu du dépôt qui la contenait, mais que j'étais loin de supposer avoir éprouvé des aventures aussi nombreuses que celles delà fiancée du roi de Garbe.

Ayant vu cet autographe mentionné dans ['Isographie comme ap partenant à la Bibliothèque royale, et l'ayant demandé vainement au département des manuscrits, je m'adressai a M. Dochesne, qui avait été un des éditeurs de V Isographie, pour obtenir le fin mot de cette affaire. M. Ducbesne m'en raconta le fond et le tréfond avec beaucoup d'obligeance, et il m'apprit que malgré l'assertion de son livre, la précieuse page que je recherchais n'avait jamais appartenu a la Bibliothèque royale.

Arrivée a Paris, à la suite de nos guerres, avec les objets d'art pris a l'Italie, celte pièce inappréciable devait entrer naturellement au Lou-

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vre. Eile n'y fut point déposée, ou du moins n'y fil qu'une apparition, et passa dans la Bibliothèque d'un des conservateurs de ce palais. A sa mort on la trouva parmi ses autographes, et on allait la mettre en vente avec lesdils autographes, lorsque M. Dubois, depuis directeur du Musée égyptien, qui remplissait a cette venu les fonctions d'expert, et qui est mort il y a quelques années, fit observer au fila du défunt que, bien évidemment, cet autographe n'appartenait pas à son père, mais a l'État, a la nation, au musée du Louvre, et qu'il était de son devoir de le rendre. Celui-ci hésita, répondit qu'il verrait, et retira la pièce de la vente. Sur ces entrefaites, M. Duchesne, qui éditait alors Y Isographie, eut connaissance de ce débat et de l'existence de la pièce; il alla trouver le détenteur de cette dernière, se la fit prêter et la fit lilhographier pour son livre. Quand il vint la remettre à la personne qui la lui avait communiquée, celle-ci le pria, pour éviter tout désagrément, de ne pas dire de qui il la tenait, ni a quel établissement elle avait pu appartenir. Ce fnt alors que les éditeurs de VI sographie mirent au bas de leur fac-similé que l'original se trouvait a la Bibliothèque du roi.

Depuis, il parait que la personne qui détenait cette pièce, pressée par M. Dubois, consentit a la lui remettre pour qu'il la restituât au Louvre, ce qui fut exécuté.

Ici recommence pour cet autographe l'histoire des trente-cinq feuillets du manuscrit grec n° 107, rendus par lord Harley.

Le Louvre, prévenu par une première et longue éclipse de son Raphaël (le seul autographe de ce grand homme que l'on connaisse a Paris), aurait dû veiller avec un soin filial pour en empêcher une seconde. Mais point : bit repetila placent, et un matin le bruit se répandit que la fameuse page publiée par M. Duchesne avait de nouveau disparu.

Ce bruit dura quinze ans. — J'en étais, comme tout le monde, à me demander ce qu'il y avait de vrai ou de faux dans cette rumeur, lorsque la révolution de Février arriva. Je négligeai on peu c;tle affaire; mais il y a quelque temps (depuis les circonstances qni ont donné lien au présent travail) je résoins de savoir a quoi m'en tenir, et je m'adressai directement au nouvel administrateur du musée

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du Louvre, M. Jeanron. J'appris de lui, a nia grande satisfaction que l'autographe de Raphaël avait reparu depuis peu. Pour les détails, il me renvoyait a M. fioloff, directeur de la calcographie, qui m'a communiqué avec beaucoup d'obligeance, non seulement la pièce, mais encore le dossier original qui l'accompagne.

Voici an sujet de tons les deux quelques détails assez curieux.

1" Sur la chemise qui renferme l'autographe et qui est du temps de la première République, on lit : • Pièce originale du marché que « Raphaël avait fait pour le tableau de.... à ... (1) qui était entre u les mains de l'abesse du couvent, n

2° Dans l'intérieur de la chemise, on trouve d'abord la lettre que voici (ce qui suit est imprimée jusqu'au mot Paris inclusivement) :

• A VcniM, le premier jour complémentaire de II République Française.

« COMMISSION « des Sciences et des Arts

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