ACTE IV, SCÈNE V. io
EUGÈNE
Qu'avez-vous, Henriette? je ne vous coiôprenàs' pas. Pourquoi ce trouble , ces pleurs ?
Croyez-^ous que Fannonce du danger dont je suis menacée ?..
EUGÈNE
U n'est rien, ce danger^ si je reste auprès de toi. . • repose-toi sur ton ami , ton amant. . . Henriette, toi que j'ai tant chérie et que j'aimerai toujours, de grâce, oublie un moment d'incertitude et de faiblesse. . . mes paroles, je les démens... mon injustice, je la déteste! Oui, cette épreuve sera la dernière.... mon coeur t'est revenu.. . il est à toi.. . entièrement à toi.. . . et je t'aime plus que je ne t'ai jamais aimée.
HENRIETTE
Vous m'avez tenu si souvent le même langage !
EUGÈNE
On ne venait pas alors se jeter entre nous d'une manière si cruelle l on ne faisait pas appel à ma délicatesse, à ma loyauté! Te menacer, toi! t'enlever, t'enlever dans mes bras !'. . • Mais ils ne savent donc pas que je suis un honnête homme, que je ne peux: pas, que je ne les laisserai pas faire, . . et quand je de-* vrais y périr ! . . .
HENRIETTE
Eugène ! . . . je crois bien vous connaître ! . . . Vous êtes bon , généreux. . . . vous vous dévouez à moi parce que je vais être persécutée. . . mais consultez
io6 UNE UAISON.
votre cœur. . \ voyons. . . delà franchise. . . Y trouvez^ vous autant d'amour que de pitié ?
EUGÈNE
Il y a dans une liaison gui se prolonge quelque chose d6 si profond... la nôtre est deventie une partie» in tîlbe de mon existence^ que je ne saurais plus vivre sans toi.' En prétendant rompre nos liens ^ on les a resserrés. . . on m'a appris tout ce qu'il y a de douloureux pour moi dans tes larmes ^ d'accablant dans ta colère^ d'humiliant dans ton mépris ! . . . Mon sort est décidé ! . . . je t'aime. . . je te veux. . . et qu'on y prenne garde! car on en fera tant, que s'il fallait m'ençhaîner à tout
jamais ^
HENRIETTE, Se levant.
Que dis-tu ?
ÇUGÈNE.
Je ne reculerais devant aucun obstacle. . . et ^uafnd tu le voudras. . .
HENRIETTE, à part.
Qu'allais-je faire, grand Dieu !. . . (iy^ittf.) Eugène,je ne puis te dire ce qui se passe en moi ! . . . cette preuve inattendue de ton amour me pénètre de reconnaissance, de remords peut-être! . . J'ai été violente. . . je t'ai offensé. . . j'ai formé des vœux contre toi ! . . . mais à mon tour aussi , c'est moi qui te demande pardon ! . . Oui, tu m'aimes toujours, car tu te venges, avec trop de générosité ! . . • Mais , dis-le moi. ... ne m'abuse pas^ ne t'abuse pas toi-même! • . . Revenir sur l'espoir^ sur la promesse que tu viens de me donner^