‹ Une lyre a la mer. PoésiesChapitre 12 sur 42 · LA PRIERE DU SIECLE · texte numérisé non relu

LA PRIERE DU SIECLE

Seigneur, seul Tout -Puissant, toi donlla voix féconde Fit jaillir du néant l'existence du monde,

Ou Ou Ou Ou

de nombres sans fin peuplas l'immensité, déployas les cieux connue on déploie un voile, semas d'un regard le soleil et l'étoile, laisses à flots d'or ruisseler la clarté.

Toi qui sais confier la mer à son rivage. Qui fais germer la perle au sein du coquillage, Qui tances l'ouragan, qui presses le zéphir, Toi qui traces leur vol à tes foudres agiles. Toi qui fais marier en leurs couches d'argiles L'émeraude au rubis, ramélhiste au saphir,

Toi qui de diamans as pavé des abîmes, Qui des monis sur la nue entassant les fronts l)lancs, Dans le creuset géant de tes vouloirs sublimes , Dés le commencement, fondis l'or en leurs flancs,

Seigneur, toi qui répands d'innombrables largesses. Qui voiles ta splendeur des secrets du saint lieu. Qui dans un grain de blé fju's germer des richesses, Seigneur! seul Tout -Puissant! Eternel! ô mon Dieu! —

Voici, je mets en toi ma confiance entière. Car jamais jusqu'alors je n'élevai la voix; Jamais tu n'entendis l'accent de ma prière, Je t'invoque aujourd'hui pour la premiéi-e fois.

Ce n'est pas la tJ-randeur dont la soif me consume, Ce n'est point des honneurs le désir qui s'allume; Tout cercle de couronne a brûlé quelque front, Toute palme ombrag-ea la cabale ennemie, Tout orgueilleux blason s'est barré d'infamie. Tout hosanna de gloire a couvé quelque affront.

Ce n'est ni la beauté, ni l'amour qui me tente, Le regard d'un ami, le baiser d'une amante Ne sauraient eng-endrer nulle envie en mon sein; Laissons les blonds enfants courir dans la prairie,

Cueillir le papillon sur sa tige lleurie

Tout ce qui vient du cœur est misérable et vain.

Je ne veux pas non plus du savoir de la terre; L'homme va, tâtonnant de mystère en mystère, Comme un aveugle -né de coideurs en couleurs: Le savant qui partout a promené sa lampe. N'y voit pas même assez pour trouver une rampe Qui le mène ii la mort à travers quelques fleurs.

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Et ce n'esl pas non plus la vertu qui m'inspire; Tu sais, toi qui sais tout, que mon âme n'aspire A nul de ces trésors qu'on refuse aux méchants: La charité , la foi , l'espoir d'une autre vie . . . C'est sagesse du fou, du sage c'est folie, C'est le fantôme vain qu'on dresse dans les champs.

Mais si j'élève à toi ma prière de flamme,

Si mon front bat le sol, si ma lèvre est en feu.

Si mes bras sont tendus ce qu'ici je réclame

C'est de l'or ô mon Dieu ! —

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