HYMNE DE RESIGNATION
J'avais rêvé le bonheur sur la terre.
Et les chagrins ont obscurci mes jours; J'ai jusqu'à toi fait monter ma prière, Et ma prière est encor sans secours;
Seig-neiir, mon Dieu! ma tristesse est profonde, Mais contre toi sam*ais-je murmurer?
N'est-ce pas toi qui gouvernes le monde? N'est-ce pas toi qui nous dis d'espérer?
Quand, accablé de honte et de misère, J'irais priant pour un morceau de pain; Quand j'envîrais l'oiseau qui, sur la terre Pour ses petits trouve au moins quelque grain; Seigneur, mon Dieu! tout courbé sous ma peine. Je ne saurais contre toi murmurer; N'est-ce pas toi qui fécondes la plaine? N'est-ce pas toi qui nous dis d'espérer?
Quand les puissans, comme un vase d'argile Me briseraient sous l'eflbrt de leurs nmins; Quand le menteur, à la langue fertile.
Me jetterait en risée aux humains;
Seigneur, mon Dieu! je baisserais la tête, Et contre toi ne saurais murnnirer; N'est-ce pas toi qui tances la tempête? N'est-ce pas toi qui nous dis d'espérer?
Quand, loin des champs où jouait mon enfance, Je frapperais au seuil de l'étranger; Quand, exilé du lieu de ma naissance, Je n'aurais pas de paille où me coucher; Seigneur, mon Dieu! je souffrirais sans doute, Mais contre toi ne saurais murmurer; N'est-ce pas toi qui nous suis dans la route? N'est-ce pas toi qui nous dis d'espérer?
Quand mes amis se couchant sous la terre. Je n'aurais plus un cœur qui me comprît; Quand ici -bas demeuré solitaire Je verserais les larmes du proscrit;
Seigneur, mon Dieu! je verserais mes larmes, Mais contre toi ne saurais murmurer; N'est-ce pas toi qui comptes les alarmes? N'est-ce pas toi qui nous dis d'espérer.
Quand, étendu sur un lit d'agonie, Battu de fièvre et lassé de souffrir.
Je sentirais m'échapper cette vie Où l'on ne vient que pour aller mourir; Seigneur, mon Dieu! toujours en confiance, Je ne saurais contre toi murmurer; N'est-ce pas toi qui promets ta présence A qui s'en va sans cesser d'espérer?
A W. C. de R.