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LA LAMPE DU POETE

La lampe qui, la nuit, veille auprès du poète, Répand, de ses rayons les torrents à pleins bords; Elle éclaire le deuil, elle éclaire la fête, L'univers, rinfini, les vivans et les morts.

Sa lumière sans égale Fait reluire tour-à-tour L'asyle oii dort la cigale, L'aire où veille le vautour, Le cœur qui croit et qui prie, Le mât qui penche et qui crie.

Flèche d'amour, trait de fer, Brin vert tapi sous la neige, Potentats à haut cortège, Ange, démon, ciel, enfer.

La lampe qui, la nuit, veille auprès du poète. Est semblable aux rayons de la divinité, Qui mettaient au martyr la couronne à la tête. Aux temps qu'il combattait l'antique obscurité.

Alors , flamme voyageuse , Elle fuit nos yeux mortels Pour brûler l'huile pieuse Sur les célestes autels;

Franchissant toute étendue, Plus haut quune aigle éperdue, Plus haut qu'un astre sans feux.

Qu'un désir qui tout affronte.

Plus haut qu'un soupir ne monte Elle monte vers les cieux.

La lampe qui, la nuit, veille auprès du poète. Sait plong-er sans pâlir dans l'omhre de la mort. Rappeler du déclin un soleil à son faîte. Des gouffres de l'oubli ressusciter le sort.

Elle brille, les murailles Réunissent leurs tronçons; Elle brille, les batailles Recommencent leurs moissons.

Le pale océan des âges Brassé de nouveaux orages Fait flotter comme autrefois

Heur et malheur, haches, têtes, Gloire et fers, honte, conquêtes, Les couronnes et les lois.

La lampe qui, la nuit, veille auprès du poète, A la divine ardeur du tison dévorant Qui brûlait autrefois les lèvres du prophète, Quand sur Jérusalem il tonnait en pleurant.

Dans le futur sans rivage C'est l'éclair qui bat la nuit, C'est un soleil qui surnag-e Sur le cahos qui s'enfuit.

Elle éclate: un flot de sève Semble pleuvoir et soulève Les g-ermes de l'avenir.

Et l'avenir qui s'étale Semble un glorieux pétale Quand la nuit vient à finir.

La lampe qui la nuit veille auprès du poète, Emprunte à Jéhova ses trésors de clarté; Nid souffle ne l'éteint: ni siècle ni tempête; Elle a pour aliment toute l'éternité.

A ses flammes étincellent Passé, présent, avenir; Tout ce que nos cœurs recèlent Entre espoir et souvenir.

Le temps, la terre et l'espace, "t^ Ce qiii reste, ce qui passe,

L'existence, le néant.

Créateur et créature.

Tout scintille, et la nature Semble un vaste diamant.

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