LE RIRE DU DAMNE
'jEt moi, je viens aussi proclamer tes louanges; Aux chants adulateurs qu'entonnent tes saints anges
Je viens mêler mon chant, Je viens devant tes pieds étaler mon hommage.
Et vanter ton ouvrage Comme un nain vanterait le palais d'un géant.
Maître, où donc est la terre Ce glorieux mystère, Grain de sable béni Qu'autrefois pour ([u'il vive Tu jetas sur la rive Des mers de rinlini?
La voilà, la voilà, c'est celle Qui devait, pieuse étincelle.
Toujours brûler en ton honneur.
Qui devait, jeune et vierge encore.
Semant les vertus dés l'aurore.
Le soir moissonner le bonheur.
Quelle est belle en effet, et cpie ta loi fut sage. Lorsque, pour sa vertu redoutant mon hommage. Tu posas son talon sur mon (Vont écrasé!
Que prudente fut ta pensée.
Quand tu la donnas fiancée A ton Fils, pauvre eidant par son cœur abusé!
Ton Fils, qui par son amoureuse Comme un agneau muet au boucher fut vendu, Et qui pâle, troué comme une chair véreuse, Implora vainement ta merci généreuse,
A trois clous sur la croix pendu.
Ainsi qu'un laboureur dans la saison brûlante Arrose de ses champs les sillons entr'ouverts , Hâtant de la vertu la floraison trop lente. Tu versas de ton Fils le sang sur l'univers.
A ce rouge baptême où tout péché se lave, L'Eden est tout-à-coup ressuscité des morts. Le bonheur à la terre enchaîné comme esclave Suit l'iiomme à chaque pas et bénit ses efforts.
J'entends comme mi concert de chants et de prières. Je vois connue un berceau d'innocence et de paix. Le dôme des palais abrite les chaumières ,
La faiblesse est sans peur, le travail est sans faix, Toute main en blancheur est semblable à la neige, Tout lit est virginal ou sacré par Fautel, La mort ne traîne plus son lugubre cortège, La foi régne à genoux sur son trône immortel.
Si des Saints, des Élus, des Séraphins, des Anges Tu vois pleurer parfois les célestes phalanges Quand la terre à leurs yeux vient à se dessiner, S'ils doutent des vertus de la nature humaine. Si la croix de ton Fils leur paraît folle et vaine . . La distance est trompeuse, il faut leur pardonner.
Tout est bien, tout est beau, tout est saint sur la terre. L'ardente charité qui n'a rien plus à faire. Ainsi qu'une odahsque en pays bysantin. L'ardente charité, ta noble bien-aimée.
Le corps gras et repu, la main pleine et fermée; Dort sous la table du festin.
Mais le rire est amer et me brûle à la bouche, Mon sein gonflé de fiel pour une éternité Déborde, et, comme un fruit oublié sur la souche, Fait jaillir les trésors de sa maturité.
Dieu puissant! ton pouvoir s'est brisé sur la terre. Dieu saint! toute vertu doit chercher le mystère. Dieu fort! la chair le brave en ses égarements. Dieu juste' le méchant fait sa moisson hardie. Dieu des temps ! vois , d'un jour ton œuvre abâtardie , Dieu bon! tout ce qui vil ne vit que de tourments, Dieu de paix! partout bat l'orage, Dieu vivant! le monde est sans foi, Dieu jaloux! l'homme est Ion image.
Dieu du ciel! la terre est à moi.
Gloire à loi donc, ô bâtisseur de mondes! A l'œuvre du Damné ton œuvre fait affront. Gloire à toi donc, maître aux lèvres fécondes! L'enfer peut décerner sa couronne à ton front. «
C'est ainsi que Satan, gigantesque vipère Se dressant au dessus de l'éternel repaire Oii le morne cahos croupit silencieux, Jetait son rire immonde à la face des Cieux. Les Séraphins tremblans se voilaient de leurs ailes, Les Ang-és bégayaient de leurs lèvres fidèles Quelques mots inconnus que l'effroi suspendait, Le tonnerre indigné dans ses prisons grondait, L'Enfer battait ses gonds avec un bruit d'orages, Dieu . . . sourit, et, calmant l'univers effrayé. Fit lever l'avenir à l'horizon des âges . . . Et Satan ébloui retomba foudroyé.