CHAPITRE IX
Irrésolutions f Combats y Faiblesse.
« Où est-il » ? est le premier mot qui frappa mon oreille. «Qui? La Roche»?
répondit la comtesse d'ErmeuiL « — Hé, )»non, mon amL — Baptiste, appelez y> La Roche. Il est bien extraordinaire » qu'il ne soit pas à la tête de ces bons * villageois. — Laissons La Roche, may> dame la comtesse , et occupons-nous » de ce malheureux, qui ne peut se » soutenir. — - Mais, ma ihère amie^Xs^ » Roche seul peut nous en donner des j» nouvelles. — Allons, Baptiste, cher- » chez donc La Roche, et ne perdez pas » un moment». Je m'empresse, je m'élance vers ma porte. Je ne trouve plus la clef, que, dans \é trouble inséparable d'nne retraite précipitée , j'ai jetée je ne sais où.
t^6 tjnn MàcÊDùinE,-
La Roche, sa femme et le docteur enrageaient de ne s*étre pas trouvés à Tarrivée de madame. La Roche était est , possession de lui présenter la main à sa descente de voiture, et le docteur lui adressait un assez plat eiDmpliment, qui lui valait un dîner pour le l^idemain. Us frappaient, ils criaient, ils appelaient. Baptiste, guidé par ces vodr ferations, monte, ouvre la porte, et recule à Taspect du docteur, qui Kii présente des yeux rouges comme des écrevisses et gros comme le poing. Il reste stupéfait, en voyant La Roche balafré dansj^us les sens, et sa chère épouse les mains ensanglantées.<Il se .remit un peu, lorsqu'il seT fut assuré que ces messieurs étaient sang armes, ..€t il tira bravement son couteau .de -v chasse, afin de pouvoir parler, et'cn- . tendre en toute sécurité.
Il apprit qu'un fou, un .forcené, ud diable avait causé tout ce désordre, et
TÎNÉ MAICÉDOIÎTE. l47
s'hélait erifùl' à la cavcoii siif les toits. IL était indubitable qu'il s'^âcft échappé <le-GharèTft<in, où il fallait se hSter de le reconduire, si pourtant on jiôaVait se saisit de lul^ ce qui paraissâïf ttès- ' difficile, âxr il frappait comme un SQuri, -et il était fort comme Sanison, quoiqù^il eût les cbeveux à la Titus.
Baptiste, qui ne comprend rien à ce galimatias, va rendre à sa maîtresse les contes qu'on lui^a faits. Oh le presse de qiiestions, auxquelles il lui est impossible de répondre. Sophie ef madaiïie d'Erihèuil, impatientes et impatientées, montent et furètent partout, chacune de leur côté. Fanchette cou- Tait en avant : une femme de chambre attentive vole pour épargner quelques
'pas à sa triai tresse; tel était le prétexte dti moment, que j'appréciais à sa juste
• valeur. Elle ouvrait toutes les chambres; elle allait, elle revenait, elle m'appelait. Je ne répondais point : je ne vou-
l48 inVE MiLGKDQUnK.
lais pas que Fanchette put m'adresser quatre mob. en particulier.
Madame La Hoche et ses deux che- ' ▼aliers auraient été désespérés de paraître dans Tétat où je les avais mis. Ils avaient pris un escalier dérobé, çt étaient descendus à la conciergerie. Madame La Roche lavait son s^ et ses vetemensensanglantés.Une terrine d'eau fraidie et Téponge de Técurie servaient alternativement aux deux blessés à caj* mer l'inflammation des parties malades.
Fanchette entre dans cette chambre, théâtre de mes brillans exploits. Les meubles sont renversés; le carreau est marqué de sang; la perruque des dimanches de La Roche est tombée dans la sauce piquante et a été foulée aux pieds; le fouireau du couteau de chasse de Baptiste s'est détaché au moment où il a tiré l'ange toujours vierge........ Faih
chette s'écrie qu'on m'a assassiné. 'Elle montre mpn s^o^, la gaine du couteau
Vtft MACEDOINK. l49
dont on s'est servi) la perruque d'un des assassins, que je lui ai arrachée en me défendant, et Taimable fiUe fend en larmes.'
Je les entends ces sanglots, ils vont jusqu'à mon cœur, ils le froissent. Je tremble que Terreur de Fanchette se' propage et soit fatale à deux personnes à4a-fois. J'ouvre ma porte, à-peu- près comme Alexandre dénoua le nœud gordien. A coups redoublés du manche de litbn baiai je fais sauter le panneau d^ea-bas; je me traîne, je me présente; Sophie s^ précipite dans mes bras. A cet aspect, Fanchette s'évanouit. ^-:
ff Tous ceux qui s'intéressent à vdiis »me sont chérs, me dit madame de «Mirville. Cette fille a le cœur excelj» lent in Elle mé quitte, elle soulève la
tété dfe celle elle lui fait respirer des
sels, elle la rappelle à la vie. 3e voi& ses yeux se fouvrir, ses regards errer autour d'elle, me chercher, et le sou*
l5o TJNE MACÉDOlNll. *
rire reparaître sur ses lèvres quand elle ma retrouvé.
Oh, qu'il est doux d'être aimé ainsi!...
Me yoilà immobile, muet, entré. deux:
femmes avec quelle vivacité j'eusse
exprimé ma reconnaissance à Fanchette, si elle eût pu se contenter d'un sentiment si. frpid ! mais pourquoi tous ces ménagemens pour Fanchettel Est- elle f lus sensible que madame de Mir ville?
Madame de Mirville est plus calme, pîirce qu'elli} jouit de la plénitude dit bonheur auquel elle aspire; tnaislelle -'^ 3Î^é^^}\2Lnt qu'il est possible d'aiiner. Cependant Fanchette, qui souffre, qui S9uffre par.moi, n*a-t-elle pas dréil.à des consolations? Je lui en dois;, je ne peux me le dissimuler, et je suis pierdû »
si je lui parle Non, je ne lui {)arlerai
pas, et qu'jaurai-je à me reprocher? ai-je cherché à lui inspirer de l'amourP^stiisrje coupable de sa faiblesse?..... Sophie, toujours Sophie] je siûs-, je veux v^tre
. tJNï: MACÉDOINE. l5«
tcmt à elle insensé ! sais-tu bieu
jnéme ce que tu veux!
La Roche, sa femme et le docteur parurent enfin. Ici on commença à s'expliquer, à s'entendre, et ce qui seml>lait, un instant avant, pouvoir fournir xm nouvel article à l'auteur des Causes célèbres, ne fut plus qu'tm incident comique poiu* Taudijfeoire, fâcheux pour le médecin et La Rox:he, et assez désagréable poin* moi.
Ces demi pauvres diables s'atten- •daient à inspirer au moins de la pitié, als furent tancés poiu* jxi'avx)ir logé dans les combles. Us objectèrent en vain que tout autre eût pu se méprendre comme eux à ma culotte de peau, à ma veste de nankin, et que mes réponses évasives aux questions de madame La Roche ne prévenaient pas en ma faveur.
Leurs procédés furent blâmés avec ai-* greur. Seul je soutins qù'Us n'avaient pas tert;^u'ij faut bien juger un ici*»
l5a UlTE MACEDOINK.
connu d'après son extérieur, et que tel cependant qui est couvert d'argent ou d'or pourrait bien n'être pas déplacé dans les combles.
Je fus conduit à un appartement complet. Là, passé, par M. Baptiste, dans du linge blanc et dans une beUe robe de chambre, qui probablement avait appartenu au général d'Ermeuil, placé, un peu de côté, sur des- coussins d'édredon , je reçus la visite , les compli«mens de condoléance, et les traits plaisans de nos compagnons de voyage; du Reynel ne me fit qu'une question :
« Ce mal-là ôte-t-il l'appétit? — Je crois » au contraire qu'il en donne. — Vous » entendez, madame la comtesse. — • Et >) je comprends , mon cher du Reynel.
» Descendez à l'office, et faites les dis- » positions du dîner ».
Il trouvait des jambes, quand il s'agissait de cuisine : il partit comme un trait. Madame d'Ermeuil proposa à mou
tJITE MAGEOoilTE. J 55
amie 4'^ci* prendre Tair dans le parc.
Sophie répondit qu'elle avait besoin de .
repos. Soùlanges offrit son bras, cela était tout simple; il fut accepté, ce qui était tout simple encore.
• Mè Voilà seul avec la plus aimante, la plus aimée des femmes. Elle tire un Êiuteuil près de Tottomane sur laquelle je repose. Elle s'assied ; elle, me regarde d'un air si touchant, si doux, si expressif! C'est l'innocence qui caresse la
rose, et qui ne soupçonne pas l'épine.
La rose ! La comparaison n'annonce- ^elle pas de la fatuité?..... Hé, la robe de chambre du général ne me va pas mal;, un peu de hâle a corrigé ce que le teint a d'efféminé; ma position n'est pas sans gr&ce, et une glace qui est là, vis-à-vis de moi , me dit que je suis fort bien.
Nous ne nous verrons plus qu'en public, avait dit madame de Mirville, lorsqu'on nous tira tous deux de notre calèche briséct Mais alors j'étais encore
î5A "VtTE MACiÉDOIîrB.
agile, agissant. Je tie peux maintenant remuer aucun de mes membres, ce qui est très-malheureux pour moi, et trèsrassurant pour elle. Pleine de confiance, elle me fait lire dans son cœur, et je lui
ouvre le mien quelque petite chose
exceptée. Cette petite chose-là, je l'oublie auprès d'elle. Tout eiitier au plaisir de la regarder, de Teiitendre, de lui répondre, je lui parle de cette langue douce , ' naïve , brûlante , qu'on n'apprend pas, que l'amour inspire, et qui a tant de puissance sur celle qui nous aime. Penchée sur moi, rouge de tendresse et de pudeur, elle approche sa bouche de la mienne; elle semble craindre de perdre un mot. Une inflexion.
Oh, combien elle est belle, séduisante, voluptueuse même ! Combien ses caresses innocentes ajoutent à mon délire, à mon ivresse ! avec quel feu je peins ce que je sens si bien! Faudra-t-il toujours se borner à peindre !
ïe comptais au moins être heureux à la manière de madame de Mirville; pendant quelques heures encore. Mais rien ipa-t-il jamais au gré de mes désirs? La porte s*ouvre; elle se lève préiCipitamment, court à la cheminée cher^^ .cher....*.... ce qu'elle sait bien n'y avoir pas mis. Elle ou^^e une croisée; elle chante d'une voix tremblotante, elle joue avec 6es cheveux d'une main mal
assurée. Elle ne sait ou elle en est
ni moi non4>lus. Qui croyez -vous qui
vienne d'entrer? Hé, parbfeu, c'est
mademoiselle Fanchette.
Avant de sortir , madame la com- '.tesse lui a indiqué une armoire de ,garde-robe. Fanchette ^'entend à arranger une robe, à-pe«-près comme moi.
N'importe, elle a pris dans cette arjnoire ce qui lui est tombé sous la main. Elle vient demander des. conseils k madame de Mirville ; elle s'assied , /Sans qu'on le lui permette;''eUe s'assied
l56 VKE MACiDOINE*
près de la femme charmante, plus près encore de l'ottomane. Quelle est donc cette fureur de m'obséder ainsi!...... Je
la battrais , si je suivais mon premier
mouvement Tu la battrais, ingrat!
elle t'aime aussi cette Fanchette. et
elle est si jolie !
Me voilà embarrassé, muet pour la
seconde fois. Parler amour à Sophie,
c'est affliger Fanchette, et que pensera
Sophie, si le silence succède à ces épan-
chemens si vi&, si variés, si entrai-
nans? elle pensera...... elle pensera que
je sacrifie aux convenances, et elle m'en estimera davantage.
Fripon, tu capitules sans cesse avec ta conscience, avec ton cœur! Mais dites-moi donc, monsieur le rigoriste*, ce que je dois £siire, ce que vous feriez à ma place.
Mais, ne pfsut-on parler . qu'amour daos ce monde? La petite fille qui redoute l'œil vigilant de sa mère; la jeune
ums MAcéooiinB. iSy
femiue, qui soupçonne qu'il peut exister quelque chose de mieux qu'un vieux mari qui l'obsède, et qui épie jusqu'à la pensée, n'ont -elles pas l'esprit du moment? n'apprennent-elles pas à parler avec £sicilité et même avec grâce 4^ choses tout-à-fait indifférentes? Seras«tu moins rusé, et moins adroit qu'elles?
N'y art-il pas des spectacles à Paris et des présentations à la tour, des char rades dans les journaux, une mode nouvelle, et puis la pluie, et puis le beau temps...^..' Dissimuler! Oh, que
c'est vilain ! Mais peut-on toujours
dire tout ce qu'on pense, avouer tout ce qu'on £sdt? Que celuL-là me jette la première pierre qui n'a jamais menti aux autres ni à lui-même.
. S'autoriser de l'exemple d'autrui !
Quel aveuglement, ou quelle immoralité ! C'est pourtant ainsi qu^on devient faible, vicieux ensuite, criminel peutêtre...... Âh, mon Dieu, mon Dieu!
158 'DUS MACEDOfirC.
Ma foi, pui^(]d'îi faut dissimuler un .manient, je venx qu^au moins ma dissimur lation soit utile. : je vais faire un discours sur nos devoirs publics et privés.
rll;nie servira à moi •et aux autres. Je n'ai jamais improvisé : qu'importe? Sophie etl'anchette me trouveront plus élor quent que Bourdaloue. La première se
^croira au .sermon^ où elle dort comme
^tsOkt d'autres; là ^condl^r^aisira le$ ap^ plications que je ne manquerai pas de
. lui adresser. Je commence.
Je commençai en ef£(|, et je disais
.âe très-bonnes cho$0iyidans un style assez décousu, lors^pie la cloche de l'église réveilla ma beUe amie, qui. avait commencé par admiçer, et qui s'étati; assoupie par la force d^ l'habitude.:
Elle étendit les brias, se frotta les yeux:.
S'approcha de mon oreille et me dit .:
4c Je vais demander pardon à Dieu des »^lîes (j[ue nous avons dites et faites.
» — Quoi, enveloppée <lans les drapj
TTITE lIAGioOTirE. 15^
^ de Taubergé de Chamtiliy? -^ Je vais^ » prendre une robe de madame d'Er- » meuil. — Elle vous ira comme un sac, » — Parcfennez^moi, monsieur, reprend ^Tanchette, qui n'a pas perdu un mot, » je crois que celle^fci conviendra. — » Fanchette , passez avec moi dand ce ^ ^cabinet ». •
Au moins, eiles s'en vont toutes les
^eux; je po& respircp^un moment
oui, un momenty vous verrez que Fanchette reviendra. si elle revient, je
me fâche sérieusement
Hé bien, la voilà qui rentre! Ah,
Sophie est avec elle. « Fanchette , de- / 9 mandez à La Roche une Journée du » Chrétien et un carreau. — J'y cours, » madame. -^ JMa bonne amie ? -^ Mon » ange? — Fanchette vous suivra avec » le livre et le coussin. — Ce n'est pas
» Tiisage, mon ami. Baptiste — Non,
» Fanchette. J'ai besoin de repos, et je «reposerai pendant que vous appelle-
l6o VNK MÀCil^OîVB*
n rez sur nous les bénédictions cétéstès* » — Fanchette, soit
». Partons 9 ma petite, le second coup » çst sonné. — Madame veux que je » raccompagne ! hé , qui aura soin de j> monsieur? --^ Mon ami, elle a rai- » son. — Mademoiselle , je n'ai besoin »de rien. — Et cette robe, que ma- )^ dame a eu la bonté de bâtir, qui la » finira? — Monsami, eiftr a raison.
» — Oh, qu'importe à notre comtesse » que votre robe soit prête un peu plus » tôt, ou un peu plus tard? — Mon ami, » la comtesse est très -vive ; elle veut » être servie à la minute, et Fanchette )» a besoin de se mettre bien dans son «esprit. Ma petite, appelez Baptiste.
» — Au moins, mademoiselle Fanchette » ira finir ailleurs la robe qu'elle a com-
» mencée, et ». Fanchette est déjà
bien loia, et ne m'a peut-être pas entendu.
Sophie est sortie, elle a tiré ma porte
UNE MMïiDOINt. l6l
après elle ; me voilà seul , absolument seul Oh, oui, Fanchette m'a entendu, puisqu'elle ne revient pas. Elle
est piquée, sans doute Tarit mieux,
j'en suis bien aise. Pourquoi m'aime-
t-elle sans mon aveu, malgré moi?.
Hé suis-je maître de la regarder sans
émotion, sans un frémissement.
Et puis est-ce un si grand malheur d'être aimé d'une jolie fille ?.....•>. Elle ne vient pasl elle est pourtant la i^iputresse de .^^ rentrer : son ouvrage, qui reste là, est
un motif. Âh, Fanchette pense
çomn\e moi. Elle combat une inclination qui ne peut lui causer que des chagrins. Elle fait bien, Fanchette. Elle devient raisonnable, et je lui en sais trèsbon gré.
Je crois que je tei:minai cette espèce de monologue avec le ton du dépit. Certain mouvement d'impatience
Quelle injustice! En vouloir à quelqu'un qui fait ce que nous désirons! ce qu'au
«6!1 'UNE MACÊDOINI^-
moins nous paraissonsdéairerl oh, mon pauvre cœmr, mon pauvre cœur ! Je me tournai du côté de la cloison, et je cherchai à m'endorrair; Dormir! le moment était bien €!hfoisi. . ^
J'entends marcher derrière moi, bien lentement, bien doucement, on touche
à peine le parquet.^ ,,... Mais on n'a
pas ouvert ma porte. Paçioù est-elle entrée? Il y a saifi» doute'lfcn escalier qui redonne dan% le cabinet ou elle a habillé
'madame de Mirville.....,o.,. De quoi
mk)ccupé-^ là? je conserverai ma position; j'aurai Pîriréereposërfëlte cràin-" dra de me réveiller, et quand on ne se voit pas, qu'on ne se parle pas, il me semble qu'il n'y a aucun danger.
Oh, oui, c'est elle! J'ai surpris un , deux soupirs qu'elle voulait arrêter. Pauvre
petite! Ah, mon Dieu, l'exclama-
rtion m'est échappée; je l'ai prononcée à haute voix; elle }';a entendue, apprêtxiée. Elle croit proJbailement qii'uu
tJNE MACEDOII»rE. lG5
^onge m'occupe d'elle. Elle a saisi ma main; elle l'a couverte, de baisers j N'importe, je suis immobile, je fiais toujours semblant de dormir. Oh, que cela est beau !
Je portais au doigt un simple anneau.
¥ Si je l'avais, disait-elle à demi-vpix, je » le garderais toute ma vie ». Elle caressait l'anneau;. elle le baisait, ejile le baisait encore. Je retirai ma main de façon à;le laisser dans la tienne. Je ne saurais me reprocher cela* Qu'est-ce. qu'un anneau? Il n!a de valeur que par le prix
x{u'ou y attache. Mpi., je n'y en mettais aucun.
«Oh! comme il mé. va, disait-elle! Mais »je ne peux le garder. S'il me l'avait » offert , il serait pour moi d'un prix )^ine3timable. Mais le dérober pendant » son sommeil! Non, non, cela ne se fait » pas. Quittons-le, et qu'à son réveil il » ne soupçonne pas qu'il a brillé un mo* » nxent au doigt de Fancheitte ».
l64 VUfE MACEDOINE.
Elle s'inclUie pour reprendre cette main, que j'ai poi'téè contre la cloison :
l'anneau est donné, je ne veux pas le reprendre. Elle le pose en soupirant près de cette main que je m'obstine à tenir fermée. Elle se relève, et ses lèvres effleurent mon front; Je m'opiniâtre à vouloir dormir. Elle me croit enseveli dans un profond sommeil. Sa bouche, errante, vagabonde, se fixe sur la mienne.
« Jamais, dit-elle, il ne recevra de baisers » donnés avec autant d'amôur ». , • Elle s'enhardissait, les baisers se succédaient avec rapiditéi Les vives émotions que je venais d'éprouver auprès de Sophie, se reproduisaient- avec une force inexprimable. Des caresses de feu ajoutaient sans relâche au trouble, au délire que déjà il n^était plus en mon pouvoir de maîtriser. Le moyen de feindre plus long- temps de dormir! un ange l'eût e&sayé, peut-être : il nç me restait pas même la volonté de combattre. Je me
UKE MACÉDOIICE. l65
tourne vers elle ; j^enlace son corps de mes bras;! je l'attire sur mon cœur, je l'y presse, je l'y fixe.....^.....- J'allais..*......,
Je le voulais Ma diable de che*-
mise se détache, s'arrache, vous savez d'où. Une douleur aiguë rae rend à moimême , et fait fiûr la volupté. Voyez pour- ^ tant à quoi tient notre vertu!
Fànchette, interdite, se relève* Elle est debout, à côté de moi. Ses yeux se fixent sur les miens : timides, incertains, ils cherchent à lire ce qui se passe dans mon ame. Que pouvais-je lui dire?
N'avais-je point partagé ses transports ?
Je tenais encore sa main; j'y passai l'anneau qu'elle avait tant désiré. «Qu'il » soit le gage de ma sincère amitié. — • ..» Ah, monsieur, ce n'est point l'amitié - D qui le reçoit. — Tout autre sentiment ».nous est interdit — Il fiaiut donc être s> une grande dame pour oser avoir un » cœur ? — î II faut au moins en régler > les mouvemçns. — ? Êtes ^ vous tou-
t%6 • uirc MAcÉJDOiilrËr
' ^ jours maître du v^tre ? — Je fais toàC
■ » potir cela». — ^ Mai^ je ne vis que pour
. ». aimer. ---. Fanchetté^ ces conversa-
»•. tiens - là sont bien . dangereuses. —
» Que craignez-vous, rmbnsieiir?* J'aurai
'» toujours la' force de vous 'ramener
* aux convenances , ^v Tous* • pouviez les
» oublier; je le jure par cet afineau,
j> par mon amour. •— Hé, n'as- tu pas
» assez de ta jeunesse, de ta figure?
» As*tu besoin d'y joindre le charme
» de la délicatesse ? Ai-je à redotiter
» près de toi tous les genres de séduc-
» tion ? -^ Je n'en connais aucun. —
» Tu sais plaire, cruelle- — Ah , mon-
» sieur, qu'avez -vous dit?...... Se peut-
. » il »? Elle veut que je répète, et elle
m'ôteide nouveau la liberté dé? lui parler. Elle excite , elle rallume un feu dévorant »Je brûle, }e me consume; ma tête se perd pour la centième fois.
Cependant • je fais un dernier effort.
Je cherche à reproduire cette douleur
ÛWE MAGEBOmii. 167
Statutaire qui ramène la raison. Je m'agite en tous les sens, je la provoque en vain : je ne trouve que Fanchette et l'amour.
C'en était fait, »i des éclats I^yruyans ne nous eussent rendus à nous-mêmes.
Fandiette couf ut à son ouvrage ^ rouge comme le désir, belle comme la volupté.
i68 uns MAciDonnE.