‹ Une Macédoine 4 tom (volume 2)Chapitre 7 sur 10 · CHAPITRE V-ljIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE V-ljIX

. J^aSaucepiquar^. > \

Je n'avais pas de prétexte pour donner:

de l'argent au concierge : je ne voulaiSv pas avoir Tair der p^yer son sourire, ni des se|2!^ri,çe& qu'il ne m'avait pas encore: rendus. Je sentais cependant qu'un louis, ou deux lui feraient grand plaisir, et.

que Je me trouverais très -bien de. les avoir donnés. Je ne savais cpmment m'y prendi:e, lorsqu'une .petite fille de sept à huit ans, assez^mal bâtie, assez laide,, assez maussade, concilia me^ scrupules ^t ^ goût dominant du papa. Elle vint me regarder d'un air béte,.et elle me donna un coup de botussine sur les jambes. «Ob, l'aimable enfant^m'écriai- » je, qu'elle est espiègle! que cela an* énonce d'esprit! Monsieur, voilà une

1^4 tnrz MAGiBOlBZ.

» petite demoiselle qui vous fera hou* Dueur un jour. Permettez -moi de lui » offrir de <|uoi acheter une belle pou- » pée ». Oh, dès ce moment, il n'y eut plus de boTBies à la considération, aiu égards, aux soins, aux prévenances. « Où » sont- ils donc tous? Gomment^ ils ne » savent pas etiicoipe tju'il vient-d'arriver ntin bon monsieur q[ui s'écorche les » fesses, et qm donne des poup^ aux » petites fiU^s! Vadonc, Javbtte, va donc » cberohei* ta mère, la fille de basse-cour, » les jardiniers. Monsieur, un doigt de » vin vous ferait peut-être plaisir. —Oui, » monsieur, grand plëtisfr. — • Mtf is -côm- T» ment vous laissei^iiBtrl smis ce péris- » tyle? — Oh, je rie m'y trouve pas mal.

3» -^ Af ais le respect que j^ dois k mon-* 9 sieur.....;.... -^ J'ai plus besoin de res- » tautans que de respects. •*- Ah , j'en-

V tends. Si. j'osais offrir à monsieur..

n — Quoi? — Un bon morceau de pâté •À froid. — Osez/monsieur, osez. —Vous

irvE uAciiûoufm. i3S

»lske permettez donc de vous quitter un » moment? -r- Je vous en prie ».'

£t voilà la grosse concierge ^ que l'aspect d^un couple de louis a rendue légère, qui accourt, et £ût résonner le pavé sous ses jambes volumineuses. La voîià grondant, excitant sa fille de bassecour et autres, qui n'ayant rien reçu^ n Wt . pas de. motif de courir comme elle. £n un instant, je suis entouré, fit* tigué, excédé de complaisances, de po« litessés qui ne menaient à rien. «Le vin^ y> le pâté, leur criai-jet Me voilà, me voi* »là, dit le concierge, qui n'avait pas » voulo me servir sans avoir pris sa belle » perruque, celle qu'il mettait pour.çhan- » ter le dimanche au lutrin. —Comment, » monsieur La Roche, monsieur se rai> fraîchirait sous ce péristyle ! quelle » idée aurait-il de nous? Javotte, va me » chercher les clefs , que je couvre le » meilleur lit, le lit de madame la corn- ». tesse. — Un moment, madanuLa Ro«

ï36 uma MKciDomrt.

»<jie, madame la comtesse me suit — » Elle arrive, monsieur! — Avec cinq ou «six personnes. —Ah, que n'est -elle » arrivée hterl avec quel plaisir nos » paysans lui auraient planté des muis!

3» — * Elle a décidé que cette année le 9 premier mai serait le deux. — Gomme » c'est ingénieux! — Ainsi vous lui plan- » terez ce soir tout ce que vous voudrez; » pour moi, je ne planterai rien. Hé, » voyons donc ce vin, ce' pâté. -=-Mais, j> monsieur, j^ermettez qu'on vous mette » chez vous* —Je veux boire et manger 3» ici, à l'instant -*^ Allons, monsieur La 9 Roche, servez, servez donc. Moi, je

H'Vais loger monsieur. Ah! per^

9 mettez que je vous* .• que je vous

3» £atsse une question..;.......... Je vous de-^

9 mande pardon, monsieur, mais je vous » prie de me dire si vous êtes titré: — ^ » Hé, laissez-moi manger. — C'est qu'il 39 y a ici, comme dans toutes les grandes 3» maisoiA, une étiquette dont je ne peux-

» m'écarter. Monsieur est-il qualifié?— » Non. -r— Monsieur â sans = doute une » charge à la cour ? — Non. -r- Monsieur » est au service, peut-être?— iNôti, non.

9 >»— Monsieur est au moins^ attaché à » quelque cour souveraine?-^Non, non, 3» lAi, de par tous les diables, non. — » N'importe^ monsieur a les itianière3 » d'un prince^ et il sera bien couché ».

J'étpft toujours sur mon lit de san-»

gle. J'avais sôus.le nezma bouteille et mohf pâté, que je travaillais sans relâche ": dé tous les cuisiniers, le meilleur est un bon appétit. Mais comme il y a' un tenne au plaisir comme à la peine ,' je m^rrétai, >et je permis à monsieur La Roche de më faire porter chez moL On. m'isnlèVe de nouveau; on monte, on montCj.je crus' qu'on ne cesserait pas de monter. On m'installe enfin sous lesxomMes, dans une petite chambre, assez mesquinement meublée, mais'dont le lit pai^aisèâit arrangé par iâ<bû)pveil*

i38 UNE MAt^ÉDOIlTE.

lance lûéme. Monsieur La Roche, en dépit de ma q^Ué de toturi^ ne dé*daigna pa« de me servir de valet de chambre. Il fbUut bien le laisser fiàdre, quoiqu'il uien finit pas , puisque je ne pouvais m'aider moinxiéme. Je me trou* vai enfin dans Un Ut excellent, et je {Miai qu'on me laissât digérer en paix.

Digérer en paixl Hé, ne £siut~il pas que je sois alternativement toonnenté de toutes les manières? A peine inon-^ sieur et madame liS Roche venaient de sortir, qu'ils rentrèrent avec xfxi homme d'assez piètre uivù^, qar, dans lés inter'^ valles de cinq à six révérences, débuta par ip'apprendre qu'il était le médecin , le chirurgien et l'apothicaire duKeu.

«t. Je vous en &is mon coitipliAiëntVmoù-»

» sieur, mais je n'ai besoin: de personne^ » — Pardonnez^moi, monsieur,, çt il est » de mon devoir de vous rendre . dc$ » soins. — îe n'en veux pas*— D'après » les ^aseignemeqs que j'ai recuieiltis^

» VOUS êtes atteint d'une attaque de pa* 9 ralysie, à moins cependant que ce ne »soit d'une sciatique. — Ni l'une, ni , » l'autre^ monsieur. Je suis atteint de 1» deux écorchures au derrière, grandes » chacune comme la forme de yotre cha- » peau. — Par conséquent, douleur dans » tous les membres. — • Oui, monsieur.

» — Insi^pportable dans la clavicule. — j»£t même dans les épaules, -r II doit » en résulter wr mouvement fébrile. — D Non, monsieur. — ^Vous vous trompez, smcmsieur. Vous .ayezJa fièvre. — Je

» vous dis, ventrebleu...... •^.. — Per-

« mettez que je vous tâte le pouls. -^ Hé,

9 aUez vous Êiire..^. — - Oh, oh, la

j» fièvre doit être violente; ii y a déjà 3» transport au cerveau. Monsieur La » Roche, il serait prudent de prendre » des précautions. — Oh, les malheureux » vont me lier, -r- Oui, monsieur, pour » votre plus grand bien, -r- Il faut en V finii:; prenez mon pouls, prenez, mon,.,.

l4o UfTE TSJLCiT>Omt.

» prenez tout ce que vous voudrez. — » Le pouls n*indique rien d'alarmant — » Je vous le disais bien. — Mais les bles- » sures sont considérables, et il y a in- » flammation. Monsieur a les fesses rou- » ges, comme les joues de madame La » Roche. Il y aura accès de fièvre cette » nuit. — Héf^ien, je boirai de l'eati. — » Des crudités ! Non , monsieur. Vous » boirez une infusion de chiendent et de » bourttiGhe. Ce remède a la double verso tu de rafraîchir et de pousser à la peaa » — Avez-vous fini? — -. Je li'ai pas com- » méncé.— Ah, mon Dieu! — Raison- » nons maintenant sur la manière de » traiter vos blessure^ J*ai deuit moyens » clU'atifs. Le premier est p.ar le cérat.

» Mafis les corps graisseux cavent quel- » quefois,et'agissent toujours lentement » — Passons au second. — C'est tout sim* y> plement la sauce piquante , qui demain » vos aura -remis sur- vos pieds. Vous » voyez, monsieiur, oomme j'exerce moi>

VKE MAGlÊBOIirE. l4l

j> ministère en homme désintéressé* -^ » Appliquez donc votre $auce piquante.

» Aie, aïe! Je ji'y tiens pas.

» C'est un supplice épouvantable

DQuel remède infernal m'avez-* vous » mis là? — C'est un remède de bonne » femme, un remède tout- à-fait inno- - ' 9 cent, du vinaigre, du sel et du poivi^.

» — Que le diable te confonde , empi- » rique effronté ! — Comment, des in-

» jures! Comment, vous arrachez

» les compresses l Madame La Roche , » prêtez -nous vos jarretières. Allons, » ferme, monsieur La Roche, saisissons » chacun une main, passons le nœud

» coulant Ah, ah, ah, j'en ai vu

n bien d'autres , et je vous guérirai mal- » gré vous ».

. La crainfe d'une seconde application du remède de bonne femme rend quelque souplesse à mes ftiembre^ engourdis. Je dégage mes maip$, je me lève, je saute sur le balai de madame La

i4^ ^^^ MAGlÊDOIltE.

Rodie, je tombe sur le concierge et sur te docteur. Le docteur tprobe, le nez devant, dans la sauce piquante, et «ent <aux yeux la douleur qu'il m'a &it éprouver plus bas; le concî«^ tombe sur la croisée, sa tête passe à travers '* un carreau, il se taillade la figure; le sfbg^ Taveugle, il n'y voit pas. plus que te docteur. Tous deux, courant, trépignant par la chambre, se rencontrent, se heurtent estomac contre estomac, et tombent sur le derrière , à quatre pas l'un de l'autre. Madame La Roche s'iem* presse de relever son mari , et moi de sortir de cette chambre maudite. Ma culotte sous un bras , les draps de mon lit sous Fautre, et mon baliai à la main, je traverse le champ de bataille, je sors, je ferme la porte à double toiw ; je laisse nies champions s'arranger ccHiame ils le voudront, j'entre dans une autre chambre , j^ m'y enferme ,, je fois le lit tantl)ien que mal, je me mets dedans^

'VJXIL UkCÉDOUTB. l43

«t je Terme les yeux en. attendant le; tommeU.

le squtais son baume biealaisailt coukvdaofiinoii corps hriséy lorsque deux, dis, TÛQgt, trente coups de ftisil me rapr pèlièreKil à moi-rméœe el à mes souf-r ^ncea. J'imaginai qu'on m'avait dé* peliit aux paj^sans comme ua enragé dont il fallaît absokunent se rendre maître , et qu'on cherchait à m'effrayer en déployant un appareil militaire/Déjà je croyais entendre un ou deux charpentiers / protégés par l'infanterie villageoise, mettre la hache dans ma porte.

îe me voyais lié, garotté, sans défense.

Je sentais par anticipation l'effet de la sauce diabolique. Le docteur, sourd à mes cris, insensible à ma douleur, riait d'un rire méchant, comme satan quand il a le bonheur de damner une ame.

Ces idées me montèrent la tête de nouveau, et, appuyé sur mon balai, je fus ouvrir ma croisée , et voir si je ne

i44 u^K VACÉooiirx.

pourrais pas battre en retraite à Ta ma* nière des chats. On ne pensait pas plus à moi qu'au Grand-Mogol. Je ws dans la cour les voitures de nos datnes^ les petites filles qui leur présentaient des bouquets , et les jeunes gens qui brûlaient leur poudre piour leur £siire honneur, a Ah, dis-je, avec un soupir d'allégement, me voilà sauvé ».

.fi-

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