‹ Une Macédoine 4 tom (volume 3)Chapitre 1 sur 11 · Une Macédoine 4 tom · texte numérisé non relu

Une Macédoine 4 tom

dont la lumière dis^pe jusqu'au souvenir, le passé prenait une teinte sombre, le regp'et ^e faisait sentir. «Ah, » m'écr^i^je, tu ne Tas pas séduite, il » est vrai , mais tu l'as rendue indigne » des vœux d'un honnête homme ».

Je . réâoliis d'ëcbapper ai ces tristes pensées. Je m'habillai avec assez de peine, et jé voulus descendre dans le parc. Toutes les portes étaient fermées.

3g vi$> qu'elle' m'avait dit la vérité, et j 'éprouvai' quelque satisfaction a ne lui tréuwp d-à^tre' tort que son amour.

jetnarchais sfui* la pointe des pieds, comme «ti homme qui s'échappe furtivemenf Ci*àignais-je qu'on lût la vérité sur mcin visage ? Oh , pourquoi n'est- elle pas écrite là? que die feutfes

secfèl^^'iws^Tàietrf jamais comiriises !

♦Bè f)dr¥é en porte, <}e corridor en cbi^ridori f arrivai à là cûTsine. J'y trouvftL une petite- filte, éiiveloppéer dans saà'tablier, dormant auprès d^un reste

UffE MÂCiBOlBnE. 3

de &u., Je Voulais médager soii sommJElil; mais un- malh^r eux verrou cria malgré moi). et i^yeiUa la petite. -ce Que 3i^ Milites --vQt^ ici, moût ^nâint? — ^ J'aide »-à ïa;0uisioe, moh^ur. -^ Et vous lie »otïHiô êtes pas couchée? —- J'ai tra- «^ vaille jusqu'à minuit, et je vais me iKCCKoettre aji travail ». Il &ut donc que la. pauvre' petite sacrifie jusqu'à son repos pour obtenir le nécessaire, et j'ai da superflu, ifioi^ qui ne &is que des S€ittî$e&! Pauvre aussi, je travaillerais snbs. relâche, ^t je n'aurais pas le temps derm^oocgper de mion cœftir. Oh, je le sens, I2 pauvreté est bonne à quelque

cbose« Oui, mais l'indigence !

(S^tté demièt^ idée m'attendrit, et me. procura quelques distractions. Si Tégalité^ pensé -je, est. une chimère.

L'inégalité absolue est une monstruosité. Voyons s'il est possible de rapprocher un peu les distances, a Combien » gagnez- vous par jour, mon en£sint?

4 Vim MAGÉDOIBTB.

» — Dix SOUS et ma nourriture , mon* » sieur. — Que faites-vous dé ces" dix » sous -là? — Je lesi porte à nion pèrçî et » à ma mère. — Que fait votre père?'^^ » Il est journalier. -?- Et votre mère^? — »Elle soigne mes frères ^t ma petite^ » soeur. — Ah, elle, a encore des petits » en fan s. — Nous sommes cin^^ mon- » sieur, et je suis l'aînée. — j Vous êtes » cependant bien jeune. -^ J'ai quinze » ans, monsieur ». Et elle' se xengoivîgéait en pariant de ses quinze ans,' elle avait un air tellement satisfaite..-:... Je ne prévoyais point pourquoi une petite fille est si aise d'avoir quinze ans.!

«Pourquoi donc, mon enfant, vos » quinze ans vous font-ils tant de plài^ » sir? -^ Oh, monsi^ur^ c'est que..........

» c'est que — * Parlez, ma petite ».

Et je pris. sa main, qui n'était ni belle, ni bien propre; mais je voyais qu'elle avait besoin d'être encouragée. «Eh bien, » c'est que.*,.M.. t— C'est qu'on dit qu'à

» quinze ans on peut entrer en ménage.

» — Et vous avez . envie d'être mariée ?

» -— Oui ) -monsieiir, et mon amoureux j) aussi, -j-r- Ah> vous avefc im amoureux?

» -— Depuis deux ahs^ monsieur. — » Vous n'avez .pas perfhi de temps, ma » petite; -:^ Ma Jiière, dit fqu'il n'en £iut » pas perdre* — Ce • n'est pas dans ce » seos-là qu'elle le dit. — Croyez- vous » cela, monsieur? — Je vous en réponds.

» Et quel âge à votre amoureux? *»- Dix- » sept ans, monsieur. --^ Vous aime-t-il » bien? — Autant que je l'aime. — Et » VOUS' l-aimez beaucoup? — De toutes » mes fpix^es. -t-- Quand vqus dite»»yous »que vous vous- aimez? — Tous les » soirSy'<i|uand je travaille chez ma mère.

» — Tous lés soirs! —i Et 'le dimanche » toute la journée.. — ? Et' quand vous » vous êtes répété cela? 'w- Il mecueille « un barbeau, <un coquelicot: -^ Après?

» — ^folui en cueille un autre. — Après?

» -r- Je lui donne une tape sur l'épaule.

6 UNE MACiDOIHF.

» -—Pourquoi cela?*?^ Pour quil coure » après moi. fr- Et quand il vous a at- » trapée? — Il m'emboasse. — Et vous » êtes bien aise? — r Oh, oui, monsieur.

j) — Et après? —- Nous recommençons.

» — Et après ? — Nous recommençons p encore. — Mais , monsieur , vous me » parlez comme monsieur le curé quand » il me confesse, rr-- Et je finirai comme 9 lui, ma petite; je vous donnerai une j) pénitence. — Oh, monsieur n'est pas » prêtre. — Qu'importe, si la pénitence y> vous plaît 9 ?

Elle est sage encore, mais elle pourrait bien ne pas l'être long-temps, avec ses coquelicots, ses tapes sur l'épaule et ses embrassades. L'ai](iour rassemble à une traînée de poudre à canon. Si le feu prend au premier grain, il se communique avec rapidité, il brûle, il consume tout, >^ de ce météore brillant, il ne reste iqu'une noire et désagréable fumée. Que de filles -perdues

'UNE MACÉDOINF. 7

poiir s'être laissé baiser le boiit dû petit ,4oigt! Poursuivons.

tf Dites-'inoi , .petite, pourquoi :ne vou^ » marie-t-on pas ? —- C'esit que le père » d*Eustacbe est riche. — Ah , ah ! et » qu'a-t-il donc? — Deux bons arpens de » terre, {Aantés en bons pommiers. — «Diable, c'est une fortune. — fiébs!

» oui, monsieur)/. Et des larmes mouil-' lèrent les joues de la pauvre enfaot

«Comment vous nomme-t-on, ma » petite? — Claire, monsieur. — Claire?

» Claire qui ? — Claire Servent , mon-^ » sieur. — Et le père d'Eustache? — » Tachard, monsieur. — En voilà assez y » Claire. Reprenez votre travail. — Ah ^ » monsieur, j'ai tout le jour pour tra- » vailler^ et je n'avais que ce moment » pour parler d'EustacKe. — Je vous ai » donc fait plaisir ? -*- Oh , beaucoup , » monsieur. — • C'est le commencement » de la pénitence que je vo«s ferai » faire ». • :

s TTNE MACÉDOINE.

Cette petite fille, pensé -je, en n?ie jetant dans le parc, - travaille jour ef nuit, et trouve encore le temps d'aimer ! N'envions plus sa pauvreté , restons ce que nous sommes, et tâchons d'adoucir son sort. Marier une fille n'est pas réparer le tort qu'on a*fait à une autre. Je ne crois pas même qu'il y ait compensation. N'importe, faisons un peu de bien. Ce souvenir-là*, plus tard, en compensera d'autres.

Je vis une vingtaine de paysans qui travaillaient à planter des mais. On en plante partout, dans le château, dans le parc, dans ces chaumières.... Et la petite Claire aussi, qui voudrait... Il faut que cela soit bien naturel. Ce qui est dans

la nature est-il un mal?... Oui, oui,

quand les circoftstances le rendent tel, et c'est ce qui m'arrive à moi.

Mais comment se fait-il que la belle , la vertueuse, la tant aimante Sophie soit toujours oubliée, quand cette pe-

tîï^te MAGBOOIlfE. ^

tite Fanchette paraît? Ah, c'est que l'une ne donne que des espérances, et l'autre du plaisir. Mais le plaisir n'use* t-il pas l'amour plus vite que l'espérance? Ah, si le mlten pouvait être usé!

Serait •> il v?ai que donner du plaisir est Un moyen certain de l'emporter sur sa rivale? Beaucoup de femmes se servent de ce moyen -là. S'en trouventelles bien? j'en doute. Celle qu'il faut aimer par-dessuis tout est celle qui se rend constamment respectable. Mais cela est -il ainsi?

Comment se fait -^ il encore qu'on puisse aimer deux femmes à -la -fois?

c'est ce que je n'ai vu dans aucun roman, et c'est ce qui est dans mon cœur. Pauvre cœur! comme il se consume ! qu'en restera-t-il dans dix ans?

un glaçon.

Mais aussi dans dix ans, s'il est in-* capable d'aimer, je ne serai plus exposé à ces combats qui inquiètent, qui affli*

'lO BITS MAC£BOiJ!r£.

gent Famoiir. Ici, par exemple, je trouve une véritable compensation.

En suivant le fil de Qies pensées , j'arrivai auprès des planteurs de mais.

Un jeune garçoa de bonne n[iine me salua d'un air ouvert. Je désirai que ce fut Ëustache» En effet.,, c'était lui.

Je lui demandai où était son père.

Il me montra sa cbaumière du doigt.

• Je marchai de ce côté^je sortis du parc, et plus j'approchais de la chaumière, plus je m'étonnais qu'on pût s'enor* gueillir d'une semblable propriété. Ah, tout est relatif; Celui qui n'a qu'une chaumière est riche, en comparaison de celui qili n'a rien..

Je passai devant TégUse, et je m'amusai à lire quelques affiches. Si la porjte eut été ouverte , j'aïu^ais été lire des épitaphes. J'aime beaucoup les épitaphes, surtout quand j'en trouve une fastueuse à côté d'une autre très-simple. Cela force à penser. Ces écussons,

0irE UACÉDOm. Il

ces grands mots ne couvrent que de la poussière, comme l'humble pierre, surmontée d'une petite croix. Cette conformité n'échappe point à l'homme obscur.

£lie le dédommage, elle le consoie. Elle afflige celui qui l'éblouit, qui le dédaigne, et ici encore il y a compensation.

Parmi ces affiches, j'en remarquai une qui annonçait la mise en vente d'une maison et d'un jardin situés dans le vUlage même. Parbleu^ me dis-je, voilà qui pourrait arranger ma petite Claire.

Voyons le notaire du lieu, et si cela n'est pas trop cher...

Voilà fiC le notaire sut sa porte, en veste , en sabots , le bonnet de co4:oii sur i'oreille, fumant sa pipe avec la gravit:^ d'un sultan. Point d'odalisques pour la< soutenir, pour chasser les mouches^ pour lui chatouiller la plante des pkds.

Un gros chien, couché près de lui, lui lèche la main , en--v^lant sur sa per^ ^onne, et cet ami-' là Vaut toutes les cxtis-

ik FKE MÀGlÊDOINfe.

lisques du monde : il ne séduit, il ne trompe, il ne manque jamais.

J'afipris que la maison à Rendre était toute neuve, que le jardin était en plein rappok't, et chaque fois que le notaire vantait une cloison, un grenier, je tremblais que le prix fût au-dessus de mes moyens. Après un long et pompeux détail des lieux, je sus qu'on voulait du tout quinze cents francs. La chute n'était pas alarmante; mais je n'avais que la moitié de la somme, et j'éprouvais de la répugnance à emprunter au château. Cependant je pouvais rendre Glaire si heureuse! et puis ces coquelicots, ces tapes siit' l'épaule, ces embrassades me. revenaient toujours à l'es- , prit. Les dimanches sont bien longs, un tàux. pas est bientôt fait, et si après

£ustache allait chianger encore une

fillç perdue. Voilà qui est fort bien. Mais je ne puis marier toutes les filles qui s'exposent à se perdre, et ce que je

UNE MAC^DOINB. l3

viens de dépenser pour Fanchette...,...- Je serais gêné pendant plusieurs mois.

Pauvre petite Claire! allons^ allons,

je me gênerai, et Claire sera%iariée.

Le notaire et son chien m'accompa^ gnèrent à cette maison, qu'il était naturel que je visse. Elle était neUve à la vérité , mais*tei petite , si frêlement bâtie! £t que faut-il, après tout, à un couple qui s'aime? un lit, une table et deux chaises. Il restera plus de place qu'il ne faut pour la barcelonnette.

La construction est légère; mais la maison durera autant qu'eux, et, ma foi , les enfans la rebâtiront.

Le jardin est assez grand , bien planté, bien tenu. Eustache recueillera des légimies et des fruits, qu'il ira vendre à Beau vais. Claire filera, et ils vivront.

3 'offris cinquante louis du premier mot.

Le notaire et mon vendeur se regardèrent. C'était peut-être plus que la chose valait Bah! cent francs ne

r4 TJUfE MACÉDOIITF.

sont rien pour mol c'est beaucoup

pouF cet horame.

On demanda quatorze cents francs, selon TtSage , puis treize cents francs. Enfin on mef lappa dans la main à douze, et bon gré, mal gré, il fallut boire le vin du marché.

Me voilà au cabaret à pissent ! qu'estce donc que cette vie, où on ne fait jamais ce qu'on veut, où on n'est jamais ce qu'on devrait être.

VKB HACÉDOINE. l5

-CHAPITRE ri.

Le vilain Péché d^orgueiL

« MowsHEïrB' fe notaire^ vous dresserez » le contrat de ventie et- un contrat de j»' mariage. La future apporte en dot » cette maison et ce jardin. Le futur » n'apporte rien. Vous laisserez les noms » en blanc. Allez , et que tout cela soit ï> prêt dans deux heures ».

Ah, M. Tacbard , vous-étes fier, parce

que vou£ avez deux arpens de terre !.

nous sommes plus fiers que tous en-

N core :: nous voulons Éaire la. fortune de

votre fils.

Qu'est-ce donc que je vois là-bas, tout au haut du village? oh.! comme cela

ressemble à Fanchette! Ah, mon

Dieu, mon Dieu^ c'est elle ! je ne la vois jamais sans effroL et sans plaisir.

Mais je suis fort ici, au milieu ^'une

l6 UNE MAGÉOOINK.

rue 9 des habitans, qui vont et viennent Je vais l'aborder bravement.

Elle m'avait vu, elle m^attendait, le sourire sur les lèvres, la satisfaction dans les yeux. Je ne savais que lui dire, car je ne voulais point parler amour, et il est des femmes à qui on ne peut par- .1er que cela, parce que c'est toujours cela qu'elles inspirent.

Voyons, que lui dirai-je? « D'où

» venez- vous donc, Fanchette? — Ma- » dame m'a ordonné hier de lui trouver » une femme qui sache faire les froma- » gcs à la crème. — Et avez-vous trouvé «cette femme? — J'en ai arrêté une » qui n'y entend rien. — Plaisantez- » vous ? — Je me suis adressée à la «petite qui est à la. cuisine. Elle m'a » parlé d'une mère et de cinq enfans , » de pain noir et de lentilles, et c'est «cette 'mère que j'ai prise. — Et qui » fera Jes fromages? -— Je la guiderai , p je tes ferai pour elle, s'il le faiit. —

mfE MACEDOINE. f]

» Ah , Fanchette , Fanchette ! ne rien » avoir et donner son temps et sa peine !

» — C'est ne rien donner, quand on ne » mflltique de rien. — Mie généreuse , » excell^ite fille, comment ne pas t'ai- »mer »! Et à propos de fromages, je recommençai à extravaguer. Je n'étais plivs dans la rue, je ne voyais plus les habitaiis. J'avais pris la main de Fan-^ chette, je l'avais passée à mon bras, je

l'entraînais je ne sais où. Je n'avais

pas de projets , mais je l'entraînais.

« Prenez garde, monsieur, on nous rei) marque; nous pouvons être vus de » quelqu'un du cbâteau ». Ces derniers mots me firent frissonner. Je crus être en présence de Sophie. Une sueur froide coula de tous mes membres.

Je serai donc toujours entre ces deux amours^làl Ils feront donc toujours le tourment et le charme de . ma vie !

Quelle est donc cette Fanchette que je vèui^ ftiir, que je trouve satis cesse siu^

l8 X^WE MACiDOrTTE.

mes pas, et en qui je découvre des qualités nouvelles ? Est-ce un ange , qui s'est chargé du soin de mon bonheur?

Est-ce un malin génie ^ qui me poursuit, qui m'obsède?

J'avais laissé sa main. J'étais debout, appuyé contre un tilleul, cherchant à classer mes idées, à lire dans pion cœur : je n'y trouvais que le chaos.

«Éloignez-vous, éloignez- vous », lui criai-j£ d'une voix forte, et elle s'éloigna sans me répondre un mot. «Oh, » reviens, reviens, lui difr-je d'une voix » suppliante. Je suis un baAare : par- » donne-moi». Elle revient et me regarde d'un air si doux! L'offense n'a pu pénétrer jusqu'à sojn cœur : il n'y a de place que pour l'anaour.

« Fanchette, «oyons raisonnables. — » Ordonnez, monsieur. — Il faut nou^ » séparer. — Pour toujours! —Au moins » pour quelques heures» — Adieu, mon- » sieur.— Adieu, Fanchette... Fanchette?

VTSTE HÊLkCÉDOlVt. IQ

:» — Monsieur »? Que vais -je lui dire encore? Je ne sais; mais je cède an besoin de lui parier, a A la ' suite de M cette nuit si cruelle et si douce, où » vous étes-vous retirée? -*— Dans le jar- •» diii , monsieiir. — Comment , voUs » vous êtes laissée glisser le long -des «espaliers, au risque de vous tuer. — » Je serais morte au sein du plaisir. Il j»me semblait vous tenir encore dans jimes bras, respirer votre haleine en-

» flammée.. Que faites-vous, monr

josieiu*, vous m'eÉfrayez, vous oublier

jûiX)ù vous êtes? »,

Et c'est elle qui maintenant est obligée de veiller sur moi! Non, il ne faut ni la voir^ ni lui parler, puisqu'un fromage, un espalier, une mouche, un brin d'herbe, tout ramène des transports que je ne saurs^is maîtriser..

Elle me quitte! Elle a raison, elle a pitié de moi. Moi^ avoir besoin de la pitié de Fanchettel

ao USE MAciooiifis.*

Une rue se présenta, et je la suivis; elle donnait sur les champs, et je fus m'y cacher aux autres et à moi-même.

Je m^assis; je me couchai sous un arbre, et je m'efforçai d'oublier Fanchette et moi : je ne pouvais oublier ni l'un ni l'autre.

Mais la solitude, la fraîcheur de l'ombrage, un paysage varié me calmèrent insensiblement. Je me levai ; j'entrai chez le père Tachard , assez tranquille pcTur suivre mon affaire, et trop heureux 4^en avoir une qui pût éloigner pendant quelques heures des idées !

«Bon jour,' père Tachard. — Ah, » monsieur sait mon nom ! — Cela n'est » pas étonnant; un propriétaire comme

» vous., — Oui, parbleu, je le suis.

J9 J'ai, de plus,, une bonne femme

» — Et un fils joli garçon, dont vous, » ne parlez pas. -^ Joli • garçon , j'en » conviens, mais, cela ne signifie pas » grand'chose. — Allons , allons , père

nvE KAd^DOilrE. - ai

» Tachard , vous a^ez été -fort bieo , et »vous n'en étiez pas fôché. -^ A Ja B^hnine heure,- monsieur; mais Tessen- » tiel est d'être probe ^ laborieux, éco- ».nome, et notre Eustache est tout cela.

.»*-*-. Il a touées les qualités requises » pour £adre, comme vous, un bon marL » — Oh, monteur, ne parlons^ pas de V cela. -^ Pourquoi? ne seriez-pvous pas » bien -aise de vous voir renaître daqs » un petit-'fik, de le Êdre sauter sur vos 9 genoux, de lui apprendre à articuler p le premier mot, de recueillir son pre- 9 mier sourire , de sourire vous-même » à ses petits contes, à ses espiègleries?

» — J'en serais enchanté , monsieur , » mais cela ne se peut pas. «r- Et la rai- » son, père Tachard? — ^ Eustache s'est.

» amouraché d'une petite fille du village » qui ne lui convient pas. — * Qui ne lui 9 convient pas ! Âb , elle n'est pas sage.

» — Oh, à cet égard-là, je n'ai rien à » lui reprocher. — Ses parens manquent

2^ TJITE MACEDOINE.

>j de probité? ;--r Hé, noni, c'e$t pauvre, >i;jDQais honnête. — r C'est donc leur pau- » vreté qui vous arrête? — r Hé, CFoy«è- >xvous que ce ne soit rien, monsieur?

». Vit-on d'amoiu* en ménage? D'ailleurs, » irai -je, nioL, propriéiaire, donn^^ à 9 mon fils un . journalier pour beau- » père ? -^ Vous avez ras^^n, père Ta- Dchard : la dtstinction' des: rangs n^est »: point une chimère. Mais à propos de »:mii]rî&ge, que dites^vous de là maison » du père f irmin? — Elle est, ma fof, »-jolÎ!e. *- Et son «jardin? ^-^ Oh, cela, » c'est du? bon bien , et c'est à vendre n^ depuis trois jours. -— C'est vendu, » père Tachard. — Et à qui donc? -^ A D^ une jolie fille, très-disposée à épouser v^Eûstaohev et qui ne vôus^ demandera urriehi ^ '

» -*^ Diable ! Toilà nne excellente af- » faire. Mais prenez^ g^rde^ monsieur.

ixUne jeune fille, qui achète une mai- »son et un jardin, doit quelquefois s«s

UirB MACfiBOIlfE. 2$

» ressources à des moyens.^... •— Voiis ]0 êtes TiQ brave homme, père Tachard, » et cette fierté-là vaut mieux que celle D.qu^inspiré la distinctioa des rangs. * » Mais je vous réponds que la jeune fille

»que je vous propose — Hé, qui

»me répondra de -vous? -^ Madame »la comtesse d'ErmeuîL — C'est fort » bien. Mais Eustacha est si entêté de » sa petite Claire...... — Eustache épou-

» sera la fille, la- maison et le jardin , je » vous le certifie. — Mais encore, moa- » sieur, fiiudrait-il me nommer la fu- » tare. — Trouvei-vous à midi chez le • notaire du village avec votre femme » et votre fife : vous Vy verrez. — Après 9'tout, je ne m'engage en rien,- et si la » fille ne me convient pas.^...*— Il n'y vaura rien de £aiit, père Tachard«

9 — Je n'ai plus qu'une objection à » vous £aiire. — Et laquelle? — Tout le v monde ici a la manie de marier £us«^' »tBche,w0t il ne peut épouser qu'unie'

^4 UNE MXCÉDOÏJX'E.

» femme à la fois. — Que voulez -vous » dire?— Une jeune dame sort de chez D nous, et propose aussi une fille sage, «douce, qui aime beaucoup Eustache, » et qui est propriétaire de deux arpens » de pré qui ont été mis en vente avec » la itiaison et le jardin. Elle a , comme «vous, un style entortillé, où je ne » comprends rien, et au moment de ji choisir entre deux bt'us, je n'en con- » nais pas ime. — Dites-moi, dites-moi » donc, quel âge a la jeûne dame? r— »JVIais dix-huit à vingt ans. — Petite?— »'Mais si bien faite! — Jolie? — Comme » un ange. — Le pied mignon? — Mais » je crois qu'oui. — La jambe moulée?

»— " Oh, je n'y ai pas regardé. — Ni » moi non* plus. Mais dans la foret de » Chantilly,, une peur, un buisson, une

» jarretière ».

Oh, c'est elle, c'est elle! Comme son cœur est d'accord avec le mien ! Quel mouvemçnt sympathique nous a entraînés

UNE MACÉDOINK. 2 5

traînés tous les trois ! Elle et moi donnons un peu d'argent, et Fanchette, qui n'en a pas, fêta les fromages à la crênje!

Chère Faiichette ! chère Sophie ! quelle jôuràéetqué d'heureux à la fois! Claire, Êustache, lés Tachard, les Servent et nous trois ! Et en me parlant ainsi , } avais sauté la porte coupée du père tachard, qui me suivait des yeux,* la bouche ouverte, les bras pendans, et qui , sans doute , me pfenait pour un fou. Je courais par le village ; je demandais la n^aison de Claire, et je courais de plus belle. Je me jetai enfin dans sa triste bicoque, qu'un coup-d'œil transforma en uri temple, oui eh un temple magnifique. Sophie, assise sur une escabelle, avait tout changé autour d'elle.

Sa figure céleste rayonnait d'une joie douce, de cette joie pure qui embellirait la laideur, et qui ajoute à la beauté un charme irrésistible.

La voir, tomber à ses pieds, adorer la

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