‹ Une Macédoine 4 tom (volume 3)Chapitre 2 sur 11 · II · texte numérisé non relu

II

^G UISR MACKDOINE.

divinité qui vivifiait cette cabane, qui y apportait le bonheur, fat l'affaire <Vune seconde. Elle m'avait relevé, j'étais dan»

3es bras, je la pressais sur mon cœur, avant qu elle et moi ayons pu réfléchir à ce que nous faisions^ a Cher ami, chère 3> Sophie, nous écriàmes*nous à la fois!

)» — Vous m'avez devinée? — Tachard » m'a tout dit. — - Le notaire m'a aussi «parlé de vous. Ah, je vous aimerais » davantage, s'il était possible d'aimer » plus. — Chère Sophie ! — Cher ami » !

Servent était là. Il nous regardait, comme Tachard m'avait regardé , lorsque je m'étais élancé par-dessus sa porte coupée. Il n'était plus amoureux, le bon Servent, et transports d'^amour n'étaient pour lui qu'extravagances* Ses quatre enfans nous entouraient, ne compre^ naient rien à ce qui se passait, et se dépêchaient de croquer quelques dragées que Sophie leur avait donx^ées en entrant

Jie yis sur la figure de Servent qu'il tie savait rien encore. Il ne prenait d'au* tre part à ce qui se passait, que cell« de la puriosité et de l'étonnement. Un mot le mettait en scène, et pouvait le £iire extravaguer comme nous. Je dif- £^ai de le dire. Je pris la main de So* phie et je l'engageai à sortir avec moL . <c Nous marions Claire, chère Sophie. ?>-^ Dieu en soit, loué, cher ami. — p Nous la rendons riche pour une fille ^ de son état — Que de bénédictions 9 nous allons recevoir!— Mais l'enthou- » siasme du moment ne nous égare-tril i>pcûnt? Sommes -nous justes envers »4:out le monde? — Je ne vous entends » pas. -- Il y a dans cette cabane uu ;i père, une mère , quatre enfans. — J'y » suis, j'y suis. Que la fièvre entre là,

» — qu elle frappe le père ou la mère.

» — la misère s'y fixe, — s'attache à ces x>*malheureux, «^ les ronge insensible*

» ment. Sophie? — Mon ami? — - Glau*e

a8 UKE MACÉDOmE.

» a assez de la maison et du jardin. — » Gela peut être; mais j'ai donné le pré* » — Il faut changer quelque chose à »vos dispositions. — Oh, non, mon » ami. J'ai eu tant de plaisir à donner ce »^pré! — Assurez-en du moins la jouis- » sance au père et à la mère. — Claire » alors n'est plus aux yeux de Tachard » im excellent parti. C'est un grand pé- » ché que l'orgueil; mais j'ai celui d^u* » milier un peu cet homme, qui a dé- » daigné les pauvres Servent. * — Et pour » le plaisir de commettre ce gros vilain «péché'-là, vous les exposez à mourir » de faim. — Vous me faites trembler, » mon ami. — Donnez -leur donc la » jouissance du pré. — Oh, non, non, » tout pour Claire. Mais cherchons quel- » que moyen. — Chère amie, je n'en » vois point. — Ah, m'y voilà. — Qu'est- » ce? — Mautort a une filature de co-

» ton — Excellent, tidmiràbleî — Il

«iaut qu'il ptenne les quatre enfans. —

»San$ doute. — Je lui écriraL — Au- » jourd'hui. — Tout de suite. — Mais le » père et la mère? — Ceci est plus dif- » ficile à arranger. — Mon ami , m'y » voilà encore. — Voyons. — Vous faites » bâtir à la Chaussée d'An tin, — Eh » bien? — Il vous faudra un portier. — » Ma chère amie , je ne peux pas faire » un suisse de Servent — Pourquoi non?

» Le juge Dandin en a bien fait un de V Petit-Jean. Vous n'aurez pas de loca- »taires de %p: mois; Servent aura le » temps de se décrasser, et aura la sa- » tisfaction de voir ses énfans et de » les surveiller. Je vous demande votre » porte, monsieur. — Je vous la donne, fi madame.

» A propos^ chère Sophie, avez- vous » de l'argent? — Non, et vous? — J'al- » lais vous en demander. — Ah, mon «Dieu, commeat paierai- je mon pré?

» — Et moi ma maison et mon jardin?

p «-- Ypiljupii est embarrassant — » Nous

3o UNE MACJÉDOINE.

» parlerons à madame crErmeuil , à Sou'- » langes i à du Rejnel. — Y pensez- » vous, mon ami? Nous sommes partis » dé Paris comme des fous, avec ce que » nous avions dans la poche. — Il serait » bien dur cependant &étfe obligés^'de » demander du temps. — Ce sera la pu- » nition de ce péché d'orgueil auquel » je tiens tant. — D'ailleurs on sait bien » qu'on ne porte pas sur soi de quoi » payçr une maison et des terres, aux-^ » quelles on ne 'pensait pa6. — Et puis » il ne faut que deux jours pour qu'un » courrier aille à Paris et en revienne.

» — Nous y enverrons Baptiste. — Bap-jîtiste, le premier qui se trouvera. — • » Baptiste, ma chère amie, Baptiste. C'^st » jLin garçon intelligent. — Baptiste soit, » mon ami. Rentrons chez Servent ».

J'avais une envie de porter la parole, mais une envie! Il est si bon d'acquérir des cœurs, mais si naturel de vouloir jouir du bienfait!...*. Jfe craiii|{|tKîaucoup

UNE ItfACEDOINl?^ 3^

que cette jouissance soit encore fille de

l'orgueil Mais je crois aussi qu'on

peut être assez honnête homme, et com-' mettre, par-ci, par-là, un des sept pé-^ ehés capitaux.

le lisais dans les yeux de ma Sophie le désir bien exprimé d'annoncer les heureuses nouvelles. Dévote pleine de bouté, pécheresse charmante! Elle n>e ferait aimer Orosmane et Arimane. Qui de nous sera le plus endurci? Laissons-la^se damner, puisqu'elle le veut, et damiions-nous avec elle, en mettant encore de l'orgueil àcéder à lafaiblessel..à la faiblesse! C'est à l'amour que je me rends. C'est lui qui lùe souffle bien bas : Tu ne fais rien pour elle , qui n'ajoute ai tes droits sur son cœur.

rXE XACEI>C*l3rE.

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