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Une Macédoine 4 tom

J'ÉTAIS à peine éveillé, que les idées de la veille se reproduisirent avec violence.

Le sommeil réparateur ne m'avait redonné des forces, que pour me rendre plus sensible aux indignités dont on accablait Sophie. Cependant l'être le plus exaspéré jouit, au moment du réveil, d'une sorte de liberté d'esprit qui lui permet, jusqu'à un certain point, de raisonner sa position et ses démarches.

Je pensai, je réfléchis. Je m'avouai à moi-même cme ce qu'on appelle le point iiu I

a UNE MAClÊDOIirB:

d'honneur n'est qu'une misérable chimère; que la gloire d'un duelliste ressemble à ces météores qui éblouissent un moment, mais qui renversent l'ordre, et que la raison range au nombre des fléaux. Je sentais que le^noy^n le pl«s «ûr d'achever de perdre une femme dans l'opinion des htlniiêtes gens, est de se battre pour elle: la plus estimable est vraiment celle dont on parle le moins.

Si je succombe, d'ailleurs, j'ajoute aux peines d'une femme que j'adore, et dont je suis si tendrement aimé. La mort de mon adversaire ne lui rendra pas le repos. Dans l'un ou l'autre cas, au contraire, la malignité la poursuivra avec plus d'acharnement que jamais.

Cependant, pai^donrirer à ceux qui attaquent Sophie dans sa réputatioti, et qui m'ont séparé d'elle, est un éïfoi^t de prudence qui me .paraît impossible.

Laisser le calomniateur impuni, c'est avoir l'air 'd^! le craindre, c'festlui assurer

Oll£ HAG£DOJI!C£. 3

uu double triomphe. Un galant homme n'a que la ressource du combat singulier pour châtier un polisson qui a un rang dans le monde^et qui n'a pas violé les lois écrites.

Le sort en est jeté. Je m'abandonne k l'ascendant irrésistible de deux sensations qui m'occupent exclusivement, qui se lient, se confondent, la vengeance et l'amour. Je me vois sur le pré; je fonds sur mon adversaire, je le perce de part ep part, et je souris du rire

affreux de la haine De la haine

Hé, qu'a-t-elle de condamnable, lorsqu'elle est si cruellement provoquée?

C'est trop long-temps discuter ; je cédé à la soif de punir.

« Georges, faites -moi donner à yk dîner »,

Il prévoit tout, ce bon Georges : je suis servi à la minute. Je dine, moii Jeaft- Jacques puv.ert à côté de moi. Je tiens le volunïi^ où se trouve l'apologie et

4 rîTE MACÉDOINE.

Texamen raisonné du duel. Julie ne veut pas que Saint-Preux se batte, voilà tout.

Elle croit raisonner, lorsqu'elle n'est que sensible. Ses argumens les plus spécieux ne sortent point de sa tête; ils partent du fond d'un coeur alarmé. Elle ■écrit ce que me dirait Sophie, si elle soupçonnait mon dessein. Sophie ferait son devoir ; je ferai le mien.

3e veux prendre une épée, et le grand costume oblige à en porter une. « Geor- » ges, donnez -moi un habit brodé^ » un chapeau à plumet; n'importe les- » quels ».

3 e vais sortir, courir dans vingt hôtels, et je me conduirai selon les circonstances.

a Mon carrosse., Chez la baronne

» de Quincy ». C'est là que se rassemblent de vieilles coquettes, qui se* con- 'isolçnt du malheur de ne plus plaire en dénigrant la jeunesse, et en jugeant TinnoceiîCe d*après elles.

Le cercle est nombreux. On se lève, on me salue en souriant On se replace, on me regarde, on se parle à Toreille.

Il est clSir que je suis l'objet de l'attention générale Trouverai-je ici ce que

je cherchv? v

Les hommes aussi se permettent de chuchoter! Je me sens rouge de colère.

Je les fixe les uns après les autres, de manière à leur fiaire baisser les yeux.

Que quelques femmelettes fassent ou disent des sottises , peu m'importe , après tout Mais des hommes! j'ai l'épée au côté. •

On annonce mesdames d'Allival et de Valport. Elles passent près de moi; je ne daigne pas les apercevoir. Elles vont s'asseoir près de la baronne. Elles lui parlent bas. Elles éclatent de rire en me regardant Les misérables!

Deux. hommes s'approchent d'elles.

,fe ne le» connais pas; mais je vois clairement (Jue ce sont les amans d'aujour-

6 TTNE MACÉDOINE.

d'hui. Ils paieront cher ce triste et court honneur, si j'apprends qifils aient parlé de Sophie! Le cercle se resserre autour de la baronne. Le rire se communique de proche en proche. Je ne me possède plus. Je vais faire un éclat, tf sera terrible.

Mais à qui me prendrai-je? que dirai-je, puisqu'on ne m'adresse rien qui m'autorise à foire une scène? Sais -je d'ailleurs si ces deux hommes sont coupables? Justifierai -je des bruits injurieux, en me déda?rant, sans 1% moindre à -propos, le défenseur d'une femme éont on ne parle pas, assez haut du moifi^ pour que je puisse l'entendre?

Oh-, si un. mot, un seul mot arrivait jusqu'à moi !

S'il vient, ce mot, je me tairai. Mais je tâcherai de comiaître les auteurs de 1» calomnie; je leur chercherai ime querella étrangère à tout ceci, une querelle aans fondement. Je passerai pour un

UNE HACKDOINC^ 7

brutal : mais je n'aurai pas con^pronf is Sophie, et je Taurai vengée.

La baronne se lève. EUe vient à moi j elle me conduit dans un coin du salon.

« Qu'ayez»-vous? vous paraissez inquic;^, » agité. -9<;Je vqus avoue, madame^ q^e » je trouve assez çxtraprdiiiqîr^ quç tou); » le mon<Je rie ici, excepté moi. Cette »« conduite ne s'accorde poipt avec. les » usages admis entre gens biex^ nés. — »

» Conyenea^ de bien^ des petites choses » dont nous parlo)is^ là-bas, ^t ce rire qui » vous o£^se n'aura rien que de flatteur » pour youSf Être bien, au mieux avec » une dçs pJLos jolies feiijfnjes, de Paris; » l'entencke dire, à To^ejALe (jiaas les ççi^r » cle^ les phjis brillans; fii^er Tçiiivie d'un » SQxe et ^ j/alou^ie (}e l'autre, cejstb^au, » ^esrbeau. J'avQpç qii'op^^'ég^ un peu if ^^r le ççpiptç de l%jf)Us,fen5im^. ^15 »que yQfiSf impof^g? a,Af§c upç. figure » ççmme la yot^'e, on se dçift k}^ sppiété; »on ne prend d'am9.ur quQ.ce qu'il en

8 UNE MACEDOINK.

» faut pour s'amuser quelques momens , » et on ne s'intéresse pas bien vivement » au sort à venir de l'objet du jour. — » Je vous proteste <jue je n'entends rien »-à tout ce que vous me dites. — Par- » donnez-moi, et je suis très-sùre que » ceux qui ont fait courir cette histoire » ont servi votre amour-propre, et que » vous leur en savez très-bon gré. — Je » voudrais les connaître |)our les désa- » buser. — Les désarbuser ! cela n'est pas » possible, et je ne crois pas que ce soit » réellement votre intention. Un homme » à bonnes fortunes être modeste ! — • » Je ne suis pas un homme à bonnes » fortunes, madame. Ce rôle-là ne s'ac- » corde point avec ma façon dé penser.

» — De la discrétion! fi, quel ridicule!

» heureusement pour nos plaisirs, mes- » sieurs de Solignac et de Vercelles nous » ont mises slu courant. Us sont vrai- » ment vos aimis, ils ont publié partout » votre triomphe î>.

U2fE MACfOOINE. 9

Jamais homme ne fut plus profondément blessé; jamais il n'en coûta autant à personne pour se contenir. La jtage était dans mon cœur, et un sourire forcé sur mes lèvres. Je regrettais de n'être pas né dans cette classç où la colore s'exprime avec les poings. J'aurais écrasé la baronne, Solignac et Vercelles, -Quels sont-ils? sans doute les amans nouveaux des d'Allival et des Valport Peut-être les Êiveurs de ces créatures ont-elles été le prix de la diffamation de Tinnocence. On les nom*> mefà dans la soirée, ces êtres aussi vils que leurs maîtresses : écoutons.

La baronne ne me quitte pas. Elle m'entraîne au milieu du cercle de corruption. Je ne sais si ma physionomie en impose, ou si elle peint quelque chose de ce qui se passe dans mon inr térieur; mais le rire s'éteint à mon approche ; l'embarras perce. . Peut - çtré éprouve-t-on dçs.xenïprçls....v.. tes re-

mords sofit un reste de vertu : il n'y en a point ici.

On emploie le moyen ordinaire ponr se dispenser d*avoîr une idée, et surtout une idée honnête : on fait irénir des cartes*

J'en suis bien aise. J'aurai une contenance • quelconque : je serai plus diffi* çile à pénétrer. ■

On arrange une bouillotte. On m'invite à faire un boston avec la Val port, Vercelles et Solignac : on me les a nomtnés; je les connais. ^p.

Mè faire jouer avec de pareils individus! est-ce une nouvelle perfidie?

Veut- on m'exposer au trait malin, à ces mots équivoques ique saisit toujours celui qui est intéressé à bien entendre?

Ne seot-on pas que c'est rtne tragédie qu'en prépare?.......*. Oh, elle sera sanglante.

La partie commencé. Je me possède; je montre un sang -froid dont je ne

tiSË MAC£D012(C. ,h

me eroyais ps^s susceptible. Je parais être à mon jeu.

Je JQPe toift 4e traders; je perds les plus t|çau^ coups. J'attends , pour rompra toute mesure^ un léger reproche de mes partenaires. Ils paient et $e taisent Je les ferai parler.

Je tififîs eu ÇQËMV ay^c Qiadâipe de Valport. Je lui fais man^uei; toutes les levées, et je Uli di§ qu'on ne prend pas les cartes, quai^d on joue ^vec aussi peu d'intelligence qu'elljç. Vercelles me réppnd ayec aigreur que ce top eiit déplacé à l'égard d'une J^^mme, et que i^adame de Valport jouç • mieux que moi. Je lui réplique très-haut qu'il en

,a menti.

Solign9^c me i^pt l^ fnain sur la bou"cbe • je m'écrie q^'pn ne toMc)tie pas un l^Qipjpgie içouipoLe i^qi au visage, et je lui jette les cartes à la tête.

lifi murmure d'improbation s'élève de toutes parts. Menâmes d'Al^ival et

12 CXE JfAC^DOI^F.

de Yalpoit s'écrient qii*il est a&eux de

se porter à de pareils excès Elles ea

ont bien d'autres à se reprocher ! Solignac et Yercelles me lancent des re^ gards foudrojans. Us sont braves; tant

'mieux.

La baronne se met entre nous. Elle se plaint sans ménatgement. Elle ne conçoit pas que j*aie pu manquer aux égards dus à sa maison , à sa présence. « J*a- T>voue, madame, que je suis le plus w mauvais joueur de l'Europe. Je ne j> suis pas maître de moi quandje perds, wj'ai insulté ces messieurs d'une ma- » nière qui* éloigne toute espèce d'ac- » commodément, je le sais; mais on sait » aussi, entre hommes, comment doit se

"» terminer une pareille af&ire ». Je pris mon chapeau; je sortis brusquemefit.

J'attendis sous le vestibule Solignac et Vercelles : ils ne tardèrent pas à pa-

'raître. •

• Yercelles m'adressa quelques mots

UKE MàCEDOlNE. l3

sur des procédés auxquels , disait*il , il n'était pas fait. Je lui coupai la pïurole. "* « Point d^explications, monsieur; je ne »les aime pas. — Hé bien, monsieur, » demain, à six heures du matin, au bois » de Vincennes. — J'y serai. Quelles » sont vos armes? — L'épée. — Soit ».

Je rentrai chez moi, enchanté de la tournure que prenaient les choses. J'allais venger madame de Mirville, sans que son nom ait été prononcé; je trouve

une lettre c'est la première qu'elle

m'écrit. Quel charme, quelle délicatesse, quçl abandon ! elle entre dans des détails affligeans, et le sentiment perce à chaque ligne; il la soutient, il la console. Sa mère est totalement désabusée ; mais le monde est fortement prévenu.

Elle se repose sur madame d'Ermeuil du soin de détruire les plus fâcheuses impressions. Elle n\ de force, de courage, de volonté que pour aimer. Elle a prouvé à sa mère sa tendresse et sa

l4 i^HE MACEOOUrE.

soumisiSion : le reste lui est indifférent Elle ^eut me voir, quoi qu'on en doive

dire; elle m'attend demain à midi.

k midi ! Çt à six heures du matin p^it-

étre Ah 9 Dieu, mon Dieu, Taurais*

je vue ppur 1^ dernière fois 1

J^ m'efforce d'éloigner cette idée; elle se repiFodiiitsans c^se. Elle me suit dans toutes Içs pièces de mon appartement, où je cherche à lui échapper; elle me torture, elle me désespère.

Que je lui écrive. Qu'il lui reste au moins quelque chose de moi- Je me

mets à mon secrétaire que voisrje!

mon portrait, peint p^r Augustin. Je l'avais oublié depuis longrtemps. Il ne doit pa/& me ressembler aujourd'hui :

j'étais tranquille, heureux quand on l'a fait. N'importe, il resseniblera poiur Sophie : elle, m'a toujours vu ce que je suis sur rivoire. Je mettrai ma lettre dans la boîte. Je la lui enverrai par Georges. Oh, combien ce portrait

tnrs MAci^ooitrE. i5

peat lui être précieux demain ! demain ,

peut-être, il s'ef&cera sous les larmes

les miennes soAt prêtes à couler. Je me sens faiblir. Revenons à nous; soyons homme : il £aiut vaincre pour Sophie et pour moi.

J'écris. Mon cœu^^st un volcan; la lave roule sur le péf/fr. J'ai flit beaucoup , et il me semble avoir tout à dire encore. Une feuille succède à l'autre; je ne peux m'arrêter.... Hé, mais.... n'ai-je pas un moyen de plus pour satis&ire k mon inépuisable tendresse? Je n'ai qu un parent, qu'un cousin éloigné, que

je n'ai jamais vu lïon, je ne serai pas

injuste à son égard, en me montrant généreux envers Sophie. Je lui donne le tiers de mon bien : le reste à celle pour qui sera mon dernier soupir.

N'est -il pas quelqu'un encore,

que je ne verrai plus, mais que je ne dois pas oublier en exprimant mes dernières volontés? Je n'ai pu faire son

l6 USE MâCEDOISZ.

bonheor : qo^aa moÎDS je lui £isse quelque bien. Mille écus de rente à Fanchette.

Je roule mon papier. Je le passe dans l'anneau d'un des tiroirs de mon secrér taire : c'est le premier meuble qu'on ouvrira 9 si je suŒombe si je succombe !4Finir à ^^eur de mon âge ! au moment où l'amour me comble de ses dons les plu3 précieux! ne jamais ^revoir Sophie! Oh, mon Dieu, mon

Dieu!

Un mot à Soulanges. «Je me bats •D demaia avec messieurs de Solignac » et deVercelles. Ce sont des infâmes, » que j'ai lieu cependant de croire gens 3» de cœur. Mais comme je ne les con- Duais absolument pas, soyez chez. moi » à cinq heures du matin. L'arme con- » vetiue est l'épée.

» L'affaire est de nature à ne pouvoir » être arrangée. Ainsi, il est inutile d'en y> parler à qui que ce soit ».

UNK MACEDOINE. I7

Il est minuit : nos amis doivent être rentrés. « Georges, vous trouverez pro- » bablement encore M. de Soulanges » chez la comtesse d'Ermeuil. Portez- » lui cette lettre. Remettez -la eu main » propre.

» Passez ensuite rue Cérutti , n® 1 5 , » chez la mère de madame de Mirville.

» Vous demanderez à parler à la jeune » dame. Vous lui donnerez cette boite.

» — Monsieur ne se couche pas? — Je » n'ai besoin de personne. Dites en sor- » tant à mon cocher que je monte en p voiture à cinq heures du matin ».

Georges est parti. Je sens la nécessité de prendre quelque repos. Je me jette sur mon. lit, à moitié déshabillé.

Mon sang est en fermentation; le sommeil fuit, et si mes yeux se ferment un moment, je ne suis pas moins agité.

A chaque fois que je m'|veille , j'invoque le retour de la lumière. Je me lève avec le soleil , la tête pesante , les mem^- *

l8 VVE MJLCEDOIlfC.

bres brisés. Qu'est-ce donc que je vais Êûre? une action juste ou louable m'a-

t«-eUe jamais tourmenté?. il n'es^plus

temps de rien, exam 'mer.

Soulanges parait; Préval le suit : ils ont leurs épées. ^ Il n'existe pas un » doute, me dit Soulanges, sur la va- » leur de Solignac et de Vercelles. Mais 3» ih affichent publiquement le mépris » des mœurs , et de la dépravation au y> crime, il n'y a souvent qu'un pas. J'ai » pensé que peut-être ils ne seront pas D seuls, et j'ai prié monsieur de m'ac- » ceni})aguer ».

Préval, que je connais très -superficiellement , m'assure de son dévouement. Je crois moins à l'intérêt que je lui inspire, qu'au désir d'humilier madame de Yalport^ en la disant connaître à son amant. Quel qi^ sgit son motif, j'accepte ses i^vices.

Cinq heures sonnent Chaque coi^ « de marteau me frappe au cœun Je rou-

it

triTE KACEDOmiS. TQ

Tre mon secrétaire; je reprends la lettre de Sophie; je la relis; je la porte sur ce cœur navré; je la resserrç avec respect; je donne la clef de mon secrétaire à

Soulanges je prends mon épée.

« Monsieur, monsieur, me dit Georges » hors de lui , il se passe quelque chose » d'extraordinaire. Jamais vous ne sor- » tez si matin. — Silence , Georges ». Le bon homme tombe à mes pieds, il embrasse mes genoux : « Dites-moi , s'é- » cria- 1- il en sanglotant, ce que vous

» vojulez faire de cette épée ces mes-

» sieurs ont la leur , et vous êtes tous

» trois en fracs Vous ne répondez

»pas! ayez quelques égards pour mes » longs services; ayez pitié de mes che- » veiMt blancs ». Ce n'est pas assez d'être bourrelé d'amour, il faut encore souf-

jfrir par l'amitié oui, l'amitié. Au

moment où peut-être je vais perdre la vie, les distances disparaissent devant moi Georges est mon ami; il me le

lO UWE MACÉDOINE.

prouve depuis que j'existe. Je le relève,

je le presse dans mes bras je suis

obligé d'employer ' toutes mes forces pour me dégager des siens. Je sors, je fuis.

l'entends Georges qui m'appelle à haute voix, qui ordonne à mon suisse de refermer la porte cochère, qui défend à mon cocher de marcher. Ces bonnes gens voient nos épées. Incertains, irrésolus, ils se parlent, ils se consultent; c'est à Georges qu'ils obéissent. Je ne suis plus maître chez moi.

Bientôt un bruit effrayant se fait entendre. Je tourne la, tête... Georges, en descendant précipitamment, est tombé; il a roulé les degrés, sa figure est ensanglantée. Je cours à lui, je l'enlève, je le porte chez mon suisse. « Qu'on lui » prodigue les secours, et qu'on aille à » riij^tant appeler mon chirurgien ». La porte s'entr'ouvre , je m'échappe , je cours à pied, Soulanges et Préval sont

derrière moi; ils m'appellent; je m'arrête; je tire ma montrei.... cinq heures et un quart ! «Il est impossible, avec » une voiture de louage, d'être à- six » heures à Vincennes. Je suis un homme «déshonoré».

Soulanges retourne à mon hôtel. Le suisse lave la plaie de Georges; mon cocher est allé chercher le chirurgien; mes domestiques sont dispersés dans la rue, sans doute pour observer la route que nous allons tenir. Soulanges ouvre la porte; il saute sur lé siège; il sort , ventre à terre. Le cochei* avait ouvert la portière pour me recevoir; il n'a pas eu le temps de la refermer; nous nous ^lançons Préval et moi; Soulanges hache mes chevaux à coups de fouet.

Bientôt nous sentons la caisse tiraillée par derrière. Je regarde Trois de

mes domestiques sont montés. Ce sont des jeunes gens ' qui n'ont pas eu le

^«J UNE MAGEDOIKE.

temps encore de s'attacher à moi; H sera facile de les contenir.

Au détour du boulevard, nous sentons une nouvelle secousse. Je sors la tête ; un de mes gens est descendu. Un autre descend à la place de la Bastille; le troisième quitte la voiture au haut du faubourg Saint- Antoine. Que veulent-ils fstire ? Que m'importe. Je suis dé&it de tout surveillant importun.

Nous sommes au-delà de la barrière du Trône; j'ai encore un quart d'heure à moi. J'arriverai Étrange empressement ! *

Nous arrêtons devant l'auberge qui est à l'entrée du bois. Une voiture arp!we au grand trot Solign^j, VercelleSy deuxrurconnus en descendent et viennent à nous. Je marche en avant; je n'enfonce tlans le jeune taillis, à droite; •je m'arrête dans une clarière. Je regarde autour de moi... « Soyez tranquille, me ^ dit Soulanges; tout se ^passera dans

)»Ie^ règles». Je jette mon £pac, et je me mets en ^arde.

Solignac est celui que j*ai le plus grièvement insulté ; il se présente le premter. Nos fers se croisent; je J'attaque; il pare; il tire; je riposte...... Je le rois

chanceler Il tombe.

De ma vie je ne sentirai une angoisse «embtoble à cellequej'éprouvaien voyant un ho^m^e immolé, immolé par mèl^ lin préjugé barbare. L'amoar^ k vengeance, le feux' honn^eur, toutes les illu- ^otis qui nous abusent, disparurent en un instant. Je laissai aller ma tête sur ma poitrine; je m'appuyai sur le pommeau de mon épée sanglante; je tombai dans un profond accablement.

tf Monsieur, me dit Vercelles, ce n'est 3> point de la sensibilité qu'il faut appor- » ter ici. Voyons si vous serez aussi heu- »reux avec moi que vous venez de » l'être avec le pauvre Solignac. Ma foi, » lui répond Préval, vous êtes bien .bon

24 iJNE MACÉDOINE.

» de VOUS déclarer le chevalier de ma- » dame de Valport. Si vous connaissiez

» comme moi cette là , vous ne

» vous battriez que pour n'avoir rien 3» de com9iun avec elle. Je serai à vous , » répliqua Vercelles, quand j'aurai fini 5> avec monsieur ».

Il m'attaque vivement. 3 e ne pense plus à vaincre; je ne sais pas même si je tiens encore à la vie; je me défends

machinalement Une fraîcheur au

mamelon droit me fait juger que je suià frappé. Mes yeux se voilent; mes idées s'éteignent; mes genoux faiblissent; tout disparait devant moi.

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