‹ Une Macédoine 4 tomChapitre 11 sur 11 · II · texte numérisé non relu

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Ce diable de maître d'hôtel a &ît quelque quiproquo. Mes gendarmes insistent, et ce que j'ai de mieux à £aiire, c'est de les suivre, accompagné, selon l'usage, de toute la canaille.de Tendroit.

Monsieur le maire est un bon Champenois, dans toute l'étendue du mot, et une bête en place est toujours une béte redoutable. Il est temps que Sophie arrive et me reconnaisse, ou, selon les apparences, les choses vont mal tourner.

Ah, c'est la fille du maire qui lui sert de greffier ! Le procès-verbal sera bon à lire quand je serai sorti d*ici.

«D'où êtes -vous? — De Paris. ^ — * Votre nom? -^ De Fratiche ville. — » Vos qualités? — Je n'en ai pas. — ^»^V!otre état? — Je n'en ai pas. — Vos » papiers? — Je n'en ai pas.

i»,'j»-*r Que l'accusateur paraisses Oa Êiiij'eDtcQ'r le maître d'hôtel, a Connais- » sez-vous ce monsieur-là? — r Que trop,

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» parbleu. — Mais il ne vous connaît » pas. — Gh, il me connaîtra bientôt.

» — En attendant, je* vous envoie en «prison. — En prison, moi! — Tout » comme un autre.

» — Un moment, s'il vous plaît. En- » voyez à Moritmirel : je suis connu à » la poste ». Si j'avais retenu mon postillon un instant de plus, rien dé tout ceci n'arriverait. «Que j'envoie à Mont- » mirel! La gendarmerie. y va demain :

» elle vous y conduira, et là, vous vous » expliquerez à votre aise. En prison.

» — Mais, monsieur le maire — Pas

» de mais. ,— Si — Point de si. En

» prison, en prison ».

Parbleu , c'était bien la peine de m'é- .vader de celle de Pafris-, pour venir ici en poste • me faire remettre dans une autre, qui, sans doute, ne vaudra pas la première.

« Où diable me fourrez-vo*s là? — »0h, vous n'y serez que jusqu'à de-

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i> main , et une nuit est biçntôt passée tr.

Ils m'ont logé dans le bas d'un colombier, où je peux à peine «ae tenir debout, et les pigeons font un cai'îllon infernal sur ma tête/ La porte est solide, et ils ont tiré deux gros verroux

sur moi ! Le joli traitement qu ils me

font là! Deux bottes de paille, du pain et de l'eau. Le concierge ne me brusque pas; mais il a pris ses précautions :

pendant qu'il monte mon ménage, deux grands drôles sont en faction en dehors de la porte, armés chacun d'une fourche dont les dents sont d'une longueur! »

« Monsieur le concierge,^ je voudrais »un meilleur ordinaire que celui -là.

» — Combien voulez -vous dépenser?

> — Six* francs. — Toutes mes provi- » sions ne les valent pas. Doûnez-moi » vingt sous, et vous dînerez comme » un prince ».

Ce geftlier-là ne sait pas encore son métier. .

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^"^a foi, je suis encore mieux ici qu'au château d'Ermeuil au moment de mon arrivée : je vais dîner comme uïi prince , et je ne suis pas menacé de la sauce piquante.

ï)iabie, diable ! le temps s'écoule bien lentement. Il est inconcevable que Sophie ne soit pas arrivée, et il n'y a

qu'elle qui puisse me tirer d'ici

Peut-être est-elle au château, et dans les premiers momens d'embarras, ce maudit maître d'hôtel n'aura pas pensé à parler de moi.

Ah , voilà le geôlier, et son dîner dç prince. Une gamelle garnie de pommes de terre, et une bouteille de vin du crû. Quelle pénitence je vais faire là !

Il faut rire, ou se désoler. Ma foi, j'aime mieux rire. Du Reynel s'arracherait les cheveux. Oh, que n'est- il ici!

« Monsieur le concierge , allez au » château, et sachez si madame deFran- » cheville est arrivée ». Madame de Fran-

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cheTÎUe! Que ce nom résonne agr»^* blement à mon oreille ! Je vais devoit à cette femme céleste ma liberté d'abord, et les plus douces jouissances de l'amour. Que le bonheur me parai* tra précieux, acheté par cette courte épreuve !

Elle est un peu dure cependant. Hé, notre vie entière est^elle autre chose qu'une suite d*altematives de bien et de mal ! Qu'est-ce que le repos , sans le travail, et l'amour sans contrariétés?....

Ah, mon cœur n'en a pas besoin. Il sera toujours le même. Sophie y régnera toujours.

Elle n'est pas arrivée, dit le concierge ! Voilà qui devient inquiétant. Une roue brisée, la voiture verçée dans uti fossé, dans un précipice, des voleurs.... r Que sais-je? «Mon ami^mon cher ami, » retournez au château ; dites au maîr- » tre d'hôtel que madame devait être j^ici à-peu-près aussitôt que moi; qu'il

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•lui est arrivé quelque accident; que » je yeux, que je lui ordonne de mon-^ » ter à cheval^ que tous les domesti- » ques y montent ; qu'ils courent sur » la route de Paris , et qu'ils ne revien* » nent que lorsqu'ils pourront me don- » ner des nouvelles de leiu* maîtresse »w Le maraud me rit au nez. «jVeux, y> j'ordonne ! n'dirait-on pas qu'c'est vrai*y> ment l'seigneur du village qui parle »»

Jl ferme mon guichet, et me laisse en proie aux idées les plus affligeantes.

Dix heures sonnent à l'horloge de

l'église!. ;. Je ne m'occupe plus de

moi; je suis tout à Sophie. Mon imagination alarméi^ne me présente que de sinistres tableaux. Attente insoutenable, cruelle anxiété! Oh, si j'étais libre, je volerais au-devant d'elle, et > peut-être de la plus poignante des infortunes^.'..*..... Cette porte est de fer; il m'est impossible de l'ébranler.

Onze heures!...,...

a 5a UNE MACEDOINE. .^\^,

Minuit! Je ne me possède plus...i/..*

Il faut sortir ti'ici Et comment? Je

n*ai pas observé les lieux, je suis dans les ténèbres , et dépourvu de toute espèce de ferrement.

Je me roule sur cette paille Je

me relève je marche J'accuse les

hommes, les élëmens, la fortune; j'invoque Tamour et le retour de la lumière Une heure sonne!* Je me rejette

sur ce lit de douleurs, accablé, anéanti.

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