ACTE PR«MieR
NORA
Je vais te dire ; c*est papa qui nous l'a donnée.
MADAME LINDE
Ah t bon ! si je ne me trompe, ce fut précisément alors que mourut ton père.
NORA
Ouï, Cbristise, ittstement alors et, penses, je ne pus aller le soigner. J'attendais d'un jour à l'autre la naissance d'Ivar. Le pauvre Torvald était moribond et avait besoin de mes soins. Mon bon cher père... Je ne l'ai pas revu. Oh ! c'est la peine la plus cruelle que j'ai eu à souffrir depuis mon mariage.
MADAME LINDE
Je le sais, tu l'aimais beaucoup... De sorte que vous êtes allés en Italie.
NORA
Oui; nous avions l'argent, et les médecins étaient pressants. Nous sommes partis un mois après.
MADAME LINDE
Et ton mari en est revenu entièrement guéri ?
Il se portait comme un charme.
MADAME LINDE
Et... ce médecin.
NORA
Que veux-tu dire ?
MADAME LINDE
Je me souviens que la femme de chambre a salué du nom de docteur un monsieur qu'elle a fait entrer en même temps que moi.
NORA
Oui, le docteur Rank... Ce n'est pas comme médecin
byGoogk
qu'il vient ici. C'est notre meilleur ami. Il nous visite au moins une fois par jour. Non, Torvald n'a pas eu depuis lors la plus légère indisposition ; les enfants aussi sont sains et frais et moi de même. (Elle se lève d'un bond et tape des mains.) Mon Dieu! Christine, quel délice, de vivre et d'être contents!... Ah! mais c'est honteux!... Je ne parle que de moi. (Elle s'assied sur un tabouret à côté de Christine et s'appuie sur les genopx de son amie.) Tu ne m'en voudras pas ? Dis-moi, c'est bien vrai que tu n'aimais pas ton mari ? Alors pourquoi l'as-tu épousé ?
Ma mère vivait encore. Elle était infirme et sans nul soutien. Puis j'avais à ma charge mes deux petits frères. Je ne me suis pas cru le droit de repousser sa demande.
NORA
Non, non, tu as eu raison sûrement... Alors il était riche?
MADAME LINDE
Je crois qu'il était très à son aise, mais c'était une fortune peu solide et, à sa mort, tout croula sans qu'il en soit rien resté.
NORA
Et alors ?
MADAME LINDE
Il me fallut me tirer d'affaire à l'aide d'un petit commerce... J'ai été directrice d'une école, que sais-je? Les trois dernières années n'ont été pour moi qu'une longue journée de travail sans repos. Maintenant tout est fini, Nora. Ma pauvre mère n'a plus besoin de moi : je l'ai perdue ; les garçons non plus : ils peuvent à présent' subvenir à leurs besoins.
NORA
Quel soulagement ce doit être pour toi !