ACTE DEUXIÈME lOQ
Vous lui dites tout ?
KROGSTAD.
Avec les plus grandes atténuations possibles.
NORA9 d'une voix haletante.
Il ne faut pas qu'il voie cette lettre. Déchirez-la, je trouverai de l'argent.
KROGSTAD.
Pardon, madame ; mais je crois vous avoir dit, il y a un moment...
NORA
Ohl je ne parle pas de l'argent que je vous dois. Dites-moi la somme que vous demandez à mon mari et je vous la donnerai.
KROGSTAD.
Je ne demande pas d'argent à votre mari.
NORA
Alors, que voulez- vous?
KROGSTAD.
Je vais vous dire : Je veux réussir, madame, je veux faire fortune et votre mari doit m'y aider. Depuis un an et demi, je n'ai commis aucun acte indélicat. Pendant tout ce temps j'ai lutté avec les plus dures difficultés. J'étais satisfait de recommencer à gravir les échelons un à un. Maintenant on me congédie. Il ne me suffit pas qu'on me réintègre par suite d'une faveur. Je veux entrer à la banque dansdes conditions meilleures qu'avant... Il faut que votre mari crée une place pour moi...
Cela, il ne le fera jamais.
KROGSTAD.
Il le fera. Je le connais. Il n'osera pas sourciller, et une fois cela obtenu, vous verrez. Avant un an, je serai
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no UNE MAISON DE POUPÉE '
le bras droit du directeur. Ce sera Nils Krogstad et non Torvald Helmer qui dirigera la banque.
NORA
Jamais!
KROGSTAD..
Voudriez-vous plutôt ?...
NÛRA. î
Maintenant j'ai du courage.
KROGSTAD.
Oh I oh ! Vous ne m'effrayez pas. Une dame distinguée, délicate comme vous...
NORA
Vous verrez,., vous verrez...
Sous la glace peut-être? Dans l'abîme humide, froid et sombre? Et au printemps on revient à la surface défigurée, méconnaissable, sans un cheveu.
NORA
Vous ne me faites pas peur.
KROGSTAD.
Et vous non plus. On ne fait pas ces choses-là, madame, à quoi bon d'ailleurs ? De toutes façons, le papier est là, dans mon portefeuille.
NORA
Quand je n'existerai plus.
KROGSTAD.
Oubliez-vous qu'alors votre mémoire sers^ dans mes
mains?
Nora perplexe le regarde.
KROGSTAD.
Vous voilà avertie I Pas de bêtises! Quand Helmer recevra ma lettre, j'attends sa réponse, et souvenez-vous
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ACTB DEUXIÈME 1 1 I
bien que c^est votre mari qui m*oblige à cette démarche. Voilà ce que je ne lui pardonnerai jamais... Adieu, madame.
Il sort.