‹ Une maison de poupée: drame en trois actesChapitre 88 sur 99 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

NORA

Durant ces trois jours j*ai soutenu une lutte violente.

HELMER

Et tu t'es désespérée. Tu ne voyais pas d'autre issue que... Non, non, nous ne conserverons aucun souvenir de tous ces ennuis. Allons célébrer notre délivrance en répétant sans cesse : « C'est passé! c'est passé! » Mais écoute-moi, Nora, il semble que tu ne comprends pas. C'est passé I Allons, que signifie ce sérieux ? Oh ! ma pauvre petite Nora, j'y suiçî Tu ne peux .croire que je te pardonnes, mais crois-le, Nora, je te le jure, tout est pardonné. Je sais bien que tout ce que tu as fait tu Tas fait pour amour de moi.

NORA

C'est vrai.

HELMER

Tu m'as aimé comme une femme doit aimer son mari. Seulement tu te trompais dans l*emploi des moyens. Mais crois-tu que je t'aime moins parce que tu n'es pas capable de te guider toi-même. Non, non, repose-toi sur moi. Ni aide, ni direction ne te manqueront. Je ne serais pas homme si ton incapacité ne te rendait doublement séduisante à mes yeux. Oublie les paroles dures que je t'ai dites dans les premiers moments de terreur quand je croyais que tout allait crouler sur moi. Je t'ai pardonné, Nora. Je te jure que je t'ai pardonné.

NORA

Merci de ton pardon.

Elle sort par la porte de droite.

HELMER

Non, reste ici... (il la suit des yeux.) Pourquoi vas-tu dans l'alcove?

NORA, de sa chambre.

Pour enlever ce déguisement.

l50 UNE MAISON DE POUPÉE

HELMER, près de la porte qui est restée ouverte.

Bien^ repose-toi, tache de calmer ton esprit. Petit oiseau effarouché, repose en paix. J'ai des ailes assez larges pour t'abriter. (il mar:he sans s'éloigner de la porte.) Ohl quel foyer paisible et enchanteur que le notre, Noral Tu es ici en sûreté. Je te garderai comme si tu étais une colombe recueillie par moi, après que je l*ai tirée saine et sauve des serres du vautour. Je saurai calmer ^ton pauvre cœur palpitant. J'y réussirai peu à peu. Croismoi, Nora, demain tu verras tout avec d'autres yeux. Tout continuera comme auparavant. Je n*aurai pas besoin de te dire à tout instant que je t'ai pardonné, parce que toi-même tu le comprendras sans aucun doute. Gomment peux-tu croire, que je veuille te repousser, ni te faire aucun reproche ? Ah I tu ne sais pas ce que c'est qu'un vrai cœur d'homme ! Il est si doux, si agréable pour la conscience d*un homme de pardonner sincèrement du fond du cœur. Ce n'est pas seulement sa femme qu'il voit dans l'être pardonné, c'est aussi sa fille. Ainsi tu me paraîtras dans Tavenir, petit être effaré, sans boussole. Ne te préoccupe^de rien, Nora. Sois franche avec moi, pas davantage, et je serai à la fois ta volonté et ta conscience... Tu te tais... Tu ne t*es pas couchée... tu t'es rhabillée?

NORA, avec ces vêtements de la journée.

Oui, Torvald, je me suis rhabillée.

HELMER

A cette heure pourquoi ?

NORA

Je ne dormirai pas cette nuit.

Mais, ma chère Nora...

NORA, regardant sa montre.

Il n'est pas tard encore. Assieds-toi, Torvald, il faut que nous causions.

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