SCÈNE VII
Les mêmes, GRATTOIR.
GRATTOIR, deux lettres à la main.
Monsieur, c'est des lettres que mon épouse avait reçues pour vous.
ANTON Y
C/e3t bien!.. (En les prenant il fait signe au portier qu'il a eu tort d* les lui donner devant Augustine. Bas.) Maladroit!., devant elle!.. GRATTOIR, à demi-voix.
Ah! ma foi , je ne l'ai pas vue monter... j'avais- la tète daris le plomb.
AUGUSTINE
Hein! qu'est-ce que c'est?
GRATTOIR. '
Je demande à Monsieur s'il déjeunera ici... parce qu'alors j'irai chercher le déjeuner.
ANTONY, passant près d'Augustine.
Non, non, je vais sortir.
GRATTOIR, à part **,
Mam'zelle Rabatjoie !.. Ah ben! si Laide prenait ce ton-là au vis-à-vis de-moi!.. que salade, mon Dieu!., que salace!..
AUGUSTINE, le regardant sortir et passant à gauche, à part ***.
Hum! vieille cruche!.. (Haut.) Eh bien! vous ne lisez pas ces lettres?..
ANTONY, arrangeant les plis du mannequin.
Oh! je me doute à peu près... des gens qui vous offrent des sujets de tableaux.
AUGUSTINE
Ou des femmes qui vous donnent des rendez-vous... Voulezvous que je lise pour vous?..
ANTONY
L est inutile !.. (il décachette une lettre et lit. Augustine se penche sur
* Ant. Grat. Aug.
** Grat. Ant. Aug.
*** Aug. Ant.
16 UNI MAÎTRESSE bien agréable.
son épaule.) « Monsieur, permettez-moi do vous offrir un sujet de tableau historique, et qui, je crois, n'a jamais été traité... C'est Guillaume Tell visant la pomme sur la tète de son fils... » Ah! charmant!..
AUGUSTINE, riant.
Il Sort d'une boîte Ce monsieur-là!.. (Antony retourne à son mannequin.)
AUGUSTIN E, le suivant.
Et l'autre?
L'autre?..
ANTONY, passant à gauche.
AUGUSTINE, le suivant toujours .
11 y en a une autre.
ANTONY
Ah! oui... j'oubliais...
Mais, moi, je n'oublie pas.
ANTONY, ouvrant l'autre lettre.
« Mon cher peintre, je suis blonde, j'ai vingt ans, de beaux yeux bleus, les épaules magnifiques... une taille de nymphe... si tout cela pouvait vous convenir dans un modèle... » Mais certainement que cela me convient... Parbleu!., c'est justement ce que je cherchais pour finir mon grand tableau.
AUGUSTINE, fondant en larmes.
Gnin!.. gnin!.. gnin!..
ANTONY
Allons, bon!., qu'esf-ce qu'il y a encore?
AUGUSTINE, pleurant.
Vous allez prendre un modèle!., est-ce que je ne suis pas là?
(S'asseyaut sur le divan.) Gnin!.. gnin!.. ANTONY.
Ma chère amie, quoique tu sois très-gentille, je ne puis pas mettre la même personne dans toutes mes compositions... ça n'aurait pas le sens commun... d'ailleurs, cette fofs, c'est pour le torse que je veux faire poser.
AUGUSTINE
Pour le torse, n'avez-vous pas votre mannequin?
ANTONY
Te moques-tu de moi?., un mannequin, c'est pour les draperies, mais, à un artiste, il faut la nature, ma chère!..
AUGUSTINE, repleurant.
Et moi, je ne veux pas que vous fassiez poser la nature, je vous le défends.
ANTONY
Ah! c'est trop fort! je suis peintre ou je ne le suis pas... à un peintre, il faut des modèles, et j'en aurai!
* Ant. Aug.