SCÈNE IL
CORB1LLON, GRATTOIR.
CORBÎLLONj l'air sombre, entrant vivement par le fond.
M. Antony, s'il vous plaît?
GRATTOIR
C'est ici... c'est son dom cile... vous êtes même dans son atelier.
CORBILLON, s'arrètant devant le mannequin.
Une femme! quelle est cette femme?
GRATTOIR
Ça!., ce n'est pas. une femme... c'est un mannequin.,, ça sert pour poser.
CORBILLON
Vous êtes sûr que ce n'est qu'un mannequin?., (n va pour le
tâter.)
GRATTOIR, l'arrêtant.
Ne touchez donc pas. Monsieur... on ne touche pas à ces choses-là... c'est défendu; vous pouvez défaire la pose ou un pli auquel M. Antony tient beaucoup.
CORBILLON, à part.
Je ne vois pas Edelmone... (Haut.) Et où est-il, votre M. Antony?..
r GRATTOIR.
Monsieur, il n'y est pas dans le moment z'actuel.
CORBILLON
Ah!., il n'y est pas!., (a part.) Si je pouvais faire jaser cet homme. (Haut.) Vous êtes son laquais?
GRATTOIR
Son laquais! par exemple !.. je suis sa femme de ménage, Monsieur, et de plus, son concierge !..
Ah! vous êtes le portier de la maison... alors, vous voyez tout ce qui entre et qui sort ?..
GRATTOIR
C'est dans mes attributions.
CORBILLON
Portier, voulez-vous gagner vingt sous?
GRATTOIR
J'en aimerais mieux quarante!
CORBILLON
Mes moyens me permettent d'aller jusque-là. Tenez, prenez!
(il lui donne une pièce de quarante sous.)
GRATTOIR, allant prendre une chaise à gauche*.
Ah ! Monsieur... donnez-vous donc la peine de vous asseoir..;
CORBILLON, refusant.
Merci.
GRATTOIR
Alors... (il s'assied.)
CORBILLON
Comment vous appelez-vous?
GRATTOIR
attoir... avec deux t. ■— Et vous?
* Grat. Corb.
scbne h. ;>
Corbillon... avec deux /. — Eh bien, vieux Grattoir, vous ♦oyez un homme bouleversé parla passion. En un mot je suis marié, et je suis jaloux!
GRATTOIR
Tiens! je suis marié, aussi, moi! mais je ne suis pas du tout jaloux d'Adélaïde.
CORBILLON
Ma femme est beaucoup plus jeune que moi; (die est jolie... elle est coquette... elle aime les artistes...
GRATTOIR, se levant.
Daine! quand ils ont du talent!
CORBILLON
J'ai aussi une nièce qui n'a que quelques années de moins que ma femme... qui est jolie, étourdie... et que je veux marier avec un tanneur de mes amis...
GRATTOIR
C'est un joli établissement pour une jeunesse!...
CORBILLON
Et cependant, ma nièce refuse mon tanneur... elle a une amourette entête... je la briserai... ma femme protège sa nièce, elle a une autre volonté... je la briserai aussi.
GRATTOIR, à part.
C'est un brise-tout que cet homme-là.
CORBILLON
Mais le plus atroce... c'est que ma femme a une intrigue, et que c'est ici... dans cette maison, chez votre peintre, qu'on lui donne des rendez-vous.
GRATTOIR
Ah! bah!... vous croyez...
CORBILLON
J'en suis sûr! j'ai surpris une lettre adressée à Edelmone. (il
tire une lettre de sa poche.)
GRATTOIR
Qu'est-ce que c'est que ça Edelmone?
CORBILLON, froissant la lettre. met?
Ma femme. Et dans cette lettre, savez-vous ce qu- L y
GRATTOIR
Non, monsieur Corbillon. - Q^y r»o* au?
CORBILLON, lui donnant la letire.
Lisez.
GRATTOIR, lisant.
(( Chère et tendre amie... »
CORBILLON
Insolent!
GRATTOIR
« Je t'adore, comme à Fordinaire, pour deux... »
CORBILLON
Polisson!
GRATTOIR
a Confie-toi à ma flamme. C'est chez mon ami, Antony, le- « peintre, que je connais, que je te conduirai. . »
CORBILLON
Donc, c'est ici !
GRATTOIR
« Tâche de venir nie rejoindre passage Verdeau... où j'en « prendrai un sucré, en l'attendant. — Je ner signe pas pour « que tu saches bien que c'est moi qui t'écris, i
CORBILLON, reprenant la lettre et la froissant avec rage.
Ah! le gredin !... quel dommage qu'il n'ait pas signé!... et sur l'adresse: «à madame, madame Corbillon, rue Papillon. » C'est bien ma femme!
GRATTOIR, riant et lui tapant sur le veutre.
Ah ! ah! mon petit père, je crois que vous en pincez!
CORBILLON
Portier... répondez maintenant... avez-vous vu venir ici une femme jeune... taille élancée... formes arrondies... de grands yeux bleus, tirant sur le vert... une démarche d'andalouse.
GRATTOIR
Dame, Monsieur, vous concevez,., chez un peintre, il vient tant de monde...
CORBILLON
Et ce M. Antony, ce peintre... est-il joli garçon?
GRATTOIR
Pas mal! il a été vacciné...
CORBILLON, à part.
Si c'était lui. (Haut.) Ah! Grattoir ! Grattoir ! je suis bien malheureux ! (il le presse dans ses bras en pleurant.)
GRATTOIR, pendant que Corbillon l'embrasse, à part.
En voilà un rasoir! quel gêneur!
CORBILLON
Tu es heureux, toi, portier... ta femme ne t'a jamais trompé?
GRATTOIR, ren t \ m°n ^eU * Morisieiir> J'#* découvert que Si... (avec indifférence.) u^s || y avait si longtemps!...
Porf'pr " » CORBILLON, remontant.
' J0 u'en vais... mais je reviendrai plus tard ! Monsieur est libre !.. CRATT0IR <1
CORBILLON
JNe dites pas que je suis venu !.. gardez le secret... je compte sur vous ! vous êtes à moi.
Q . t> GRATTOIR, à part.
a il croit que j'y serai longtemps pour quarante sous...
« CORBILLON
surveillez les femmes qui viennent ici... et faites leur photographie. *
* Gorb. Grat.