IV
Cf ôouiUarîr.
Le cerf relance apprêtait de l'ouvrage aux chasseurs. C'était; ainsi que l'avait prévu le roi, un de ces vieux routiers de la forêt , auxquels, à défaut de force et d'audace , la ruse et l'agilité ne manquent pas. Satisfait d'avoir mis les chiens les plus acharnés à sa poursuite, dans l'impossibilité de lui nuire pendant quelque temps, il s'est retiré dans une de ses enceintes , où ses biches sont aussitôt venues à sa rencontre, accompagnées de leurs jeunes
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faons ^ dont les bois commencent à se former.
Là, au milieu de sa famille inquiète, alarmée, il se reposa. D'autres cerfs, frais et dispos, accoururent, comme pour s'enquérir des suites probables d'une chasse qui les tenait tous en alerte, ou pour lui signaler les manœuvres de l'ennemi ; et quand les aboiemens des chiena eurent dispersé la troupe , par cet admirable instinct qui dirige cette race fuyante, par cette sublime et merveilleuse intelligence qui lui apprend à s'entr'aider, le gibier avait médité son plan de défense , aussi bien que les cliasseurs leur nouveau plan d'attaque.
Précédés de leurs meutes recouplées, guidés par l'empreinte récente des pieds irréguliers de l'animal, les piqueurs arrivent et foulent l'enceinte , où toute trace a disparu sur le sol que l'automne a couvert d'un lit épais de feuilles mortes. Le cerf, immobile, attentif, couché sous des buissons de houx, prolonge autant qu'il le peut son délassement ; puis découvert enfin, il part, il détale.
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Suivi de Marillac et des autres , le Roi , l'air plus animé , plus joyeux qu'à aucun autre instant de la journée , réchauffé d'une nouvelle ardeur qui ne lui vient point seulement de son goût pour la chasse , a rejoint la bande des piqueurs. Il fait observer derechef les traces de la bête. Ce sont les mêmes ; c'est bien le cerf de meute qui , fatigué par deux heures de fuite , ne peut tarder à être forcé. Déjà sa course paraît moins rapide, et ses bonds moins impétueux. Les chiens , d'abord décontenancés au souvenir de leur affront à la ravine, les mouvemens un peu enraidis par la fange séchée qui leur recouvre les jarrets , reprennent courage, et s'élancent avec une impétuosité croissante ; ils traversent à sa suite les routes , les sentiers, les clairières de la forêt, se rapprochent de plus en plus de leur proie , et le pas pesant et régulier des chevaux résonne derrière eux.
Le cerf, après avoir tracé un long circuit , semble revenir à cette enceinte d'où on l'a dernièrement débusqué, comme s'il voulait mourir
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à l'endroit où il a goûté son dernier instant de plaisir, son dernier repos.
Tout à coup, au détour d'un taillis, les chiens s'arrêtent indécis. Le fouet des piqueurs, leurs cris, leurs boupe ! houpe! leurs velci levari , les remettent sur la trace.
Cependant le roi de la meute , le souillard, magnifique chien de Barbarie, à la robe blanche et soyeuse , au museau tacheté de feu , beau chasseur , requérant , de haut nez et de grand cœur, s'obstine à ne plus guider ses compagnons dans cette voie. Ne pouvant le forcer de suivre, et le croyant épuisé, ou en folie, on le laisse aboyant aux buissons , en attendant qu'il rejoigne. Puis les cors résonnent de plus belle. Le cerf vient d'enfiler une large allée qui divise le taillis. Là , c'est plaisir que de le relancer; car en le serrant de près , on le va contraindre à déboucher ouvertement dans une petite plaine, couverte seulement de bruyères , et oii il sera facile à la troupe tout entière de se développer, de l'atteindre , de le cerner et de l'a-
battre enfin à la vue de tous , au milieu des joyeuses fanfares.
En effet , à peine s'il paraît devoir courir dix minutes encore, tant il fuit avec mollesse ! mais les chiens le poursuivent de même, tournant sans cesse la tête en arrière. Ils semblent attendre, pour vaincre, le retour de leur souillard, dont les aboiemens isoles se font ouïr au loin, et vont en se perdant.
Enfin, ranimés par les cris et le forhuage des piqueurs, les meutes reprennent franchement route, tandis qu'ayant atteint la petite plaine, les chasseurs essaient de la prolonger des deux bords pour dépasser le fuyard et le cerner j mais celui-ci, après avoir quelque temps excité la poursuite, se redresse, secoue soudain sa faiblesse d'emprunt et son épuisement simulé , et de trois bonds traversant le champ de bruyères, sautant par-dessus les haies et les barrières d'un enclos qui termine la plaine, il s'enfonce dans le bois avec