‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 2)Chapitre 29 sur 52 · LA GALERIE D'APOLLON · texte numérisé non relu

LA GALERIE D'APOLLON

de lui rendre ses bonnes grâces, qu'elle n'avait jamais cessé de mériter.

Ses pleurs , sa naïve et franche justification , appuyés encore de la lettre de mademoiselle de la Fayette, eurent un plein succès auprès d'Anne d'Autriche, qui dès-lors lui promit amitié et protection en retour de son dévouement; car la comtesse, pour se racheter d'un tort qu'elle n'avait pas eu, s'engageait à prendre les couleurs de la reine, à passer secrètement dans son camp. Il y eut traité d'alliance: il y fut stipulé que madame de Marillac , désormais libre d'accueillir les hommages du roi, userait de son influence sur lui pour seconder les efforts de la cabale anti-cardinaliste , à la tète de laquelle se trouvaient Anne d'Autriche et Gaston d'Orléans.

C'est ainsi que Louise , sur qui l'amour avait repris son empire, et que les idées ambitieuses avaient abandonnée cependant, poussée par les excitations de mademoiselle de ia Fayette , exaltée par ses conseils , séduite par l'espoir de reconquérir l'estime de sa souveraine , fut

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jetée dans cette région orageuse des intrigues de cour , et. pour son malheur, eut enfin une idée politique en tête !

Ravie, enchantée de ce nouvel auxiliaire qui lui arrive , l'épouse de Louis xiii veut surle-champ accorder à l'honneur de madame de Marillac la réparation qu'elle lui doit. Elle a projeté pour ce jour-là, accompagnée des dames de sa suite et de son choix , une promenade en forêt, vers le château de la Muette. La comtesse est conviée , et un bon accueil , fait publiquement , effacera les fâcheuses impressions causées par la scène du baiser, à Nanterre.

Dans le vaste salon d'Apollon , on vit bientôt rassemblé un groupe de femmes élégantes et belles, qui s'augmenta successivement d'autres femmes non moins remarquables par leur parure et leur beauté; car l'huissier annonça tour à tour mademoiselle d'Escars , mademoiselle de Guise , madame de Guéménée , mesdames de Rohan . etc Elles venaient là au rendez- vous que leur avait assigné la reine.

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pour régler le départ. Et quand toutes furent arrivées, heureux ceux qui purent jouir du tableau qu'offrait cet ensemble de beaux visages, de riches toilettes , au milieu de cette salle entourée d'un double rang de légères colonnades, rehaussées d'or , décorées de peintures vives et gracieuses, que semblait animer un gai soleil de printemps.

Aussi , quoique aucun homme n'eût été invité,*il ne manquait pas là de spectateurs, et de curieux.

La colonnade supérieure qui régnait autour du salon, servait de passage et de communication entre les différentes parties du château ; et les uns, sous le prétexte du service , allaient et venaient , mais lentement , tout à l'aise ; les autres , qui d'abord n'avaient songé qu'à traverser la galerie, surpris et charmés à la vue du rassemblement, s'arrêtaient volontiers en route, et, masqués par un pilastre, contemplaient avec plaisir cette ravissante réunion.

Parmi ces dernier.*^ se trouvaient Marillac et Lesueur.

Après leur entretien de table, pour sortir du diâteau , le comte a guidé son compagnon à travers les longs couloirs et les portes de dégagement , dont l'une s'ouvrait sur la haute galerie de la salle d'Apollon. Arrivé là, ce qui frappa d'abord les regards de l'artiste , ce furent les tableaux, les cartouches, les médaillons placés dans les entre-colonnemens. Mais au bruit qui se fît entendre audessous, il abaissa les yeux, et le spectacle dont il fut témoin lui sembla tout aussi curieux à examiner que les peintures.

Ces jeunes femmes , couvertes d'étoffes brillantes , brodées de soie , rayées d'argent, laminées d'or, lui apparaissent au milieu de leur luxe et de leur éclat. Les bonnes senteurs qui s'exhalent de leurs chevelures et de leurs vêtemens s'élèvent jusqu'à lui , et le disposent aux plus douces émotions. Quelques-unes, habillées avec une excessive recherche, ont emprunté leurs costumes à des temps ou à des pays éloignés; quelques autres, non moins remar- ( juables par leur singularité , s'apprétant à monter à cheval, portent, sous une jupe écourtée.

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des bas-de-chausses de velours , et même des haut-de-chausses complets , à la manière des hommes ; et les bizarreries de leur mise , tous ces colifichets , en vogue seulement à la cour , et que l'artiste connaît à peine , attirent et captivent quelque temps son attention.

Marillac, pour se distraire , pour s'occupei' , peut-être pour faire briller son savoir sur une si grave matière, lui dérouie com plaisamment la nomenclature de toutes ces élégantes frivolités : les vasquines, qui cerclent et bombent la taille^ les brassards à chevrons^ qui rehaussent les manches ; et l'affiquet de perles ou de diamans, coquettement placé sur le sein gauche , et que l'on nomme Xassassin.YSdi\\% les circonstances ordinaires, une mouche en tient lieu. Puis parmi les nœuds de rubans , le galant, posé sur le haut de la tête ; le mignon, sur le cœur; \e favori, au-dessus et près de V assassin ; et le badin, qui pend à l'éventail. Il lui détaille aussi les différentes désignations de la coiffure des dames : les cheveux frisés sur les tempes , ce sont les cavaliers ; tombant et ba-

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volant le long du visage , ce sont les garçons ; et cent autres mots, en usage alors dans le langage des ruelles et dans le livre des modes .

Bientôt tous deux gardèrent le silence.

En inspectant ces grandes dames si attrayantes, les comparant à ces filles gracieuses qu'il avait vues sous l'allée des tilleuls de la Visitation, Lesueur pensait à Louise, et à l'avenir de bonheur qui semblait lui sourire 5 Marillac songeait à sa femme, la supposant toujours au couvent; et tous deux se disaient en eux-mêmes que si Louise se montrait là y au milieu de cette réunion de figures séduisantes , elle serait encore la plus jolie !

La Reine venait d'arriver. Tous les groupes féminins, se repliant sur deux lignes parallèles, pour ouvrir, avec force révérences, un passage à Sa Majesté , offraient un tableau charmant.

Les yeux fixés sur Anne d'Autriche, belle et imposante, l'artiste poursuivait encore ses vains projets si près de leur fin. — A défaut de bonne volonté delà part du comte, pensait-

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il, oh! combien la haute protection d'une telle ixîmme, qu'on dit n'avoir pas toujours été insensible aux atteintes de l'amour, me serait un sûr moyen d'arriver à mon but , si je pouvais un jour obtenir sa faveur!

Cependant, après cette station dans la galerie , il va s'éloigner sur les pas de son noble guide, quand un bruit se fait entendre en dehors , résonne sous les vestibules , conune le présage d'une dernière et brillante entrée.

En effet, la grande porte s'ouvrant de nouveau, l'huissier s'avance, et à haute voix annonce :

— Madame la comtesse de Ma^^llac.

A ce nom , un long murmure de surprise éclate dans la salle, et tous les yeux, par un mouvement rapide et simultané, se tournent du même côté.

Lesueur s'arrête.

— Partons ! s'écrie le comte, irappé de stupeur.

Mais le jeune homme le retenant vivement :

— C'est votre femme, lui-dit-il ; n'avez-vous pas entendu? Elle est donc de retour? Je veux la voir!

Et , poussé d'un ardent désir de juger enfin de cette beauté dont les séductions ont pu soumettre au joug du mariage l'indisciplinable chevalier , et raviver par l'amour le sang apauvri du monarque, il s'élance vers la balustrade, retenant toujours par le bras celui que , dans le fond de son cœur, il nomme encore son ami.

Marillac résiste, puis il cède. — Tôt ou tard le secret doit se découvrir. Aurait-il jamais le courage d'écraser de sang-froid sous cette confidence l'homme qu'il a trompé , trahi dans ses plus chères affections ? Eh bien ! que tout se révèle à lui d'un seul coup , et sans qu'un mot soit prononcé !

De son côté , Lesueur aussi a donné cours à ses rapides pensées. — Il va donc la voir cette femme qui , après avoir jeté un voile de veuvage sur la couche royale , ose venir braver sa souveraine dans son propre palais ! Cette femme,

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forcée de lutter sans cesse contre un mépris mérité ! cuirassée d'orgueil et d'audace, sans doute il va la voir, haute et fière, cherchant à dominer l'assemblée par un regard insolent. Mais lui , il veut sous son masque séduisant , découvrir le type flétri de son ame vénale !

Elle entre enfin cette comtesse de Marillac ! elle entre , belle, brillante, éclatante de parure, et portant sur sa physionomie cette expression de candeur qui n'appartient qu'à elle.

Lesueur regarde — Il se trouble , et sa main serre avec plus de force le bras de son compagnon. Un nuage passe sur ses yeux. . . Il regarde encore ! — Louise !... murmura- 1- il ; et, les traits décomposés, le front empreint déjà d'une horrible pâleur, se retournant vers Marillac^ et la lui désignant du doigt :

— Mais... c'est elle!... lui dit -il, la voix brisée par une émotion déchirante. — C'est Louise !

— Oui... Louise de la Porte... ma femme; répond Marillac , déchargé enfin du poids de sa

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terrible réticence. Et navré de pitié , de honte, de remords , il essaie de soutenir le malheureux que la vie semble vouloir abandonner.

Lesueiir le repousse , mais sans violence et presque sans indignation , car les forces de son corps et de son ame viennent de se détendre, de se rompre à ce choc inattendu. Chancelant, saisi de vertiges , vieilli de vingt années en une minute , il s'éloigne , sans foi désormais dans l'amour et dans l'amitié , dépouillé d'avenir , d'espérances, d'illusions !

Ce moment était celui du triomphe pour Louise. La Reine lui fit un accueil capable de la réhabihter complètement aux yeux de toute la cour.

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