‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 2)Chapitre 31 sur 52 · UN ACCÈS DE FIÈVRE · texte numérisé non relu

UN ACCÈS DE FIÈVRE

fait pour vous , lorsque, abattue par la feini , vous veniez tendre la main à ma porte?

— C'était du pain que je vous demandais , rien de plus j le reste je ne m'en souciais guère, monsieur, dit Jeanne , toujours avec sa voix lente et mignarde. — Vous m'avez voulu voir de beaux ajustemens; j'en ai porté pour vous complaire, parce que je vous devais gratitude et obéissance comme à mon soutien. Mais , de vrai, ils me gênaient d'abord ; j'en avais si peu l'usage. Oh ! qu'alors je i'egrettais bien ma robe à capette ! A présent , je ne dis pas ; j'aime les atours , et je mettrais volontiers des plumes sur mes coiffes de nuit pour dormir plus jolie.

— Eh bien ! vos atours , vos joyaux, qui vous les a donnés ? A qui devez- vous de porter de la soie et du velours , ingrate ?

— Je dois tout cela au plaisir que vous ressentez à me voir belle et brave ; à la satisfaction qui vous en revient quand , le soir, au Cours-la-Reine , vous pouvez dire à vos amis : — Cette fille avenante, que vous trouvez à votre goût , c'est ma princesse ! — Aussi , monsieur,

je prie Dieu chaque matin de vous conserver la santé et la vanité.

— La vanité î dit la Chenaye , en faisant faire à son fauteuil un demi-tour vers le canapé de Jeanne, et en lançant sur elle des regards courroucés. — Est-ce par vanité que je vous ai fait meubler, arranger cette maison oii personne ne vient?

— Excepté vous. Si vous m'aviez mise sur un perchoir, il vous aurait fallu venir percher auprès de moi.

— Est-ce par vanité , que dernièrement je vous ai fait don de trois cents écus bien comptés, bien marqués ; car, certes, ils n'avaient jamais passé par la main des juifs. Qu'en avez -vous fait? Sur ce sujet, vous vous êtes encore obstinée à vous taire ! Par prières et par douces plaintes , je n'en ai jamais pu connaître l'emploi. Me voudriez - vous faire croire que vous en avez gratifié votre père ?

— Sainte Vierge ! dit Jeanne ; trois cents écus à mon père ! Le vin n'est pas en si grande cherté que j'en agisse si libéralement avec lui .

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