UN ACCÈS DE KIÉMIE. 2'JI
— Ne me suis-je pas en tout et pour tout uiis à votre dévotion? n'ai -je pas assez satisfait à vos désirs, à vos caprices? Est-ce l'effet de la vanité , tout cela ? JNon, c'est l'effet de l'amour, du sot amour qui me tient pour vous, et doni je suis honteux !
— Mon doux Jésus ! s'écria la brabançonne , se relevant à moitié, et regardant fixement la Clienaye : — Voilà enfin une bonne parole ! la honte vous en prend donc maintenant? Dieu soit loué ! mieux vaut tard que jamais. Vous vous repentez, n'est-ce pas, d'avoir abusément contraint la volonté d'une pauvre fille qui avait feim , mais qui ne vous aimait pas , qui ne pouvait pas vous aimer ; de l'avoir quasi forcée de se donner à vous , à vous qui pourriez être son père ! C'est cela , sans doute , qui vous fait rougir de votre amour ! A la bonne heure !
— Vous ne m'aimiez pas ! dit la Chenaye , vivement blessé du dernier reproche touchant son âge, et imprimant à son fauteuil un autre mouvement j qui le mit face à face avec Jeanne. — Non, vous ne m'aimiez pas, vous ne m'ai-
niez pas encore! La preuve , c'est que vous me trompez ;, que vous projetez de me quitter, j'en suis sûr. — Et s'animant de plus en plus, s'ëchauffant à ses propres paroles , se croisant les bras, du ton d'un amoureux jaloux et d'un bienfaiteur outragé , il reprit : — C'est là, sans doute, ce qui vous a tenue dehors cette nuit ! malgré vos beaux semblans , vous avez voulu essayer du changement , pour consulter votre convenance avant de me donner mon compte. Mais vous n'aurez pas cette satisfaction, mon honnête fille ; vous êtes encore à moi , vous êtes chez moi , et je vous chasse !
Sautant aussitôt légèrement à bas du canapé, et sans qu'aucune altération se pût remarquer dans sa voix :
— Si vous me chassez. . . je m'en vais ; dit la Brabançonne.
Elle se tint droite quelque temps devant la Chenaye, se rajustant, défripant sa collerette et ses manches, secouant sa robe pour lui faire perdre ses faux plis; puis, après