‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 2)Chapitre 51 sur 52 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Quatre ans après , toute la population parisienne affluait vers le village de Saint-Denis, dont les rues étaient tendues de draps noirs, sur lesquels ressortait seulement, de distance en dis-

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tance, une torche de cire blanche. L'église, en deuil aussi, et décorée de sombres écussons, s'élevait comme un immense catafalque couvrant un autre catafalque. Et au milieu des rumeurs de la multitude , des dernières vibrations de l'orgue , des prières des assistans , on entendit du fond du sanctuaire s'élever la voix d'un héraut d'armes qui criait : — Monsieur le grand chambellan, apportez la bannière de France ! — Monsieur le duc de Luynes , apportez la main de justice ! — Monsieur le duc de Ventadour, apportez le sceptre royal! — Monsieur le duc d'Uzez , apportez la couronne royale !

Et lorsqu'ils les eurent apportés , on les descendit, à l'exception de la bannière, dans le caveau funèbre, et les seize maîtres- d'hôtel du roi y jetèrent leurs bâtons, couverts de crêpes ; et le duc de la Trémouille y mit l'extrémité du sien , courba la tète , et murmura à voix basse ces paroles :

— Le Roi est mort !

COAiCLLSIOX. /iCo

Alors le chef des hérauts d'armes , se tournant vers le peuple, répéta trois fois : — Le Roi est mort ! le Roi est mort ! le Roi est mort ! Puis la bannière de France, restée inclinée, tout à coup se releva flottante, et la Trémouille , la tête haute , dit :

— Vive le Roi Louis xiv , Roi de France et de Navarre!

Et le cri de : Vive le roi ! poussé par les grarids et par le peuple , par la foule qui encombrait les rues et les chemins, fit retentir les voûtes de l'église, descendit jusque sous le caveau funèbre, en remonta, rejeté par l'écho, et se prolongeant sur la route, comme une traînée de poudre, éclata dans les carrefours de la grande ville, où il devint pour les Parisiens un nouveau signal de fêtes et de plaisirs.

Le Cardinal avait précédé son maître au tombeau .

Dans la foule qui demeurait là , attentive et curieuse, à Saint-Denis, pour voir défiler les

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troupes et le haut clergé , tout brillant d'écarlate et d'or , et le parlement , avec ses fourrures , et les capucins , avec leur lourde croix de bois , couronnée d'épines ; et les cinq cents pauvres, tous vêtus de noir, portant un cierge, et précédés de leur bailli , se trouvait un bel adolescent, sergent aux gardes, à l'élégante prestance, à la figure douce et enjouée.

Une main dans l'ouverture de son justaucorps galonné, de l'auti^e épointant sa naissante moustache blonde, il promenait ses yeux sur la double ligne du peuple , pour y découvrir des visages de jolies filles , lorsque sa vue s'arrêta avec intérêt sur une femme, jeune encore, mais dont les traits souffrans et abattus décelaient la présence de longs chagrins , autant que celle de la maladie.

L'homme sur le bras duquel elle s'appuyait péniblement paraissait comme elle dévoré d'ennuis secrets , et le débraillé de son costume , ses cheveux en désordre , l'ensemble négligé de sa personne, forcèrent le sergent aux gardes à l'examiner à plusieurs fois, avant

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de reconnaître en lui ce jeune peintre qu'il avait vu naguère paré de tous les dons de nature, le front radieux, les yeux brillans, et si soigneux dans ses vêtemens simples et de bon goût.

Sa présence réveilla dans l'ame du jeune soldat des souvenirs pénibles , mais non sans douceur. Il traversa la foule, rejoignit l'artiste, et lui frappant familièrement sur l'épaule :

— Maître Lesueur ne reconnaît-il pas un ancien serviteur du comte deMarillac? lui dit-il.

A ce dernier nom prononcé, Lesueur manifesta une violente émotion; sa figure s'empourpra. La malade, toujours appuyée sur son bras, mais alors placée sur un plan en arrière de lui , releva vivement la tête, porta un doigt à sa bouche, et le sergent aux gardes comprit aussitôt le signe qu'elle lui adressait.

— Oui , j'ai gardé mémoire de vous , répondit Lesueur ; on vous appelait Monseigneur : je ne vous ai connu que sous ce nom.

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— Antoine de Pesraes, dit le jeune homme; de présent, sergent aux gardes!

Et levant la main vers son chapeau, il se l'enfonça sur la tête avec un air de fierté. Mais la supplication muette qu'on lui avait faite de ne plus prononcer le nom deMarillac le laissait tout en désarroi; car il ne s'était rapproché de Lesueur que pour goiîter le plaisir de parler encore de son ancien maître.

Après quelques propos sans suite , ne sachant plus comment alimenter l'entretien , et par manière de lieu commun :

— Etes-vous marié ? demanda-t-il à Lesueur.

— Non ! répondit l'artiste, avec une sorte d'aigreur , — comme si cette question lui eût paru offensante; puis, jetant un coup d'ceil sur sa compagne qui se tenait le front baissé, dans un redoublement de souffrance, peut-être : — Pas encore, ajouta-t-il.

Et ce mot ranima la malade.

Bientôt, Antoine de Pesmes, le sergeni aux

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gardes, serra la main du peintre, et s'éloigna. Lesueur, soutenant toujours sa compagne, regagna sa nouvelle demeure , située tout auprès de Saint-Denis. "^

Qui était cette femme, dont la destinée semblait désormais fixée à la sienne? C'était celle-là quiavaittout quitté pour venir lui prodiguer ses soins et ses secours dans ses afflictions de l'ame et du corps; celle-là, qui l'avait d'abord aimé par reconnaissance ; qui , durant son voyage dans le Dauphiné, avait racheté ses tableaux , surveillé son atelier , entretenu le poli de ses armures , pour lui réserver la surprise du retour! Et elle avait gardé le silence! . . . Bien plus, modèle d'un dévouement presque au-dessus de l'humanité , elle était devenue sa confidente , et l'avait servi dans ses amours , lorsqu'elle-mème nourrissait pour lui une passion incurab-'^, ! Et, après son dernier désastre, elle éta i revenue à lui pour le soigner, pour le plaindre, pour le consoler. Pendant quatre ans elle avait été sa servante, sa sœur, son

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amie! Aujourd'hui, Jeanne osait aspirer a un titre plus haut 5 mais Jeanne était mourante d'un mai héréditaire de poitrine, dont sa mère était morte jeune aussi. Il n'y avait dans son désir que l'ambition d'une épitaphe avec ces mots : — Epouse d'Eustache Lesueur.

L'artiste résistait encore ; mais le temps pressait.

Ainsi que pour Marillac , le mariage ne devait être pour Lesueur qu'une affaire de forme : mais l'un n'y avait cherché qu'un levier, afin de s'élever à la fortune et aux honneurs ; l'autre n'y voyait qu'un moyen de s'acquitter et de payer un si long dévouement.

Celui qui avait été aimé de la noble comtesse, de la brillante favorite d'un Roi , donna son nom à la pauvre courtisane. Ce nom , Jeanne le reçut à son lit de mort, et ne le porta qu'un jour.

Durant ces quatre années , le sou Miir de Louise n'était pas sorti un instant de l'c.me de l'artiste; mais alors Louise était déjà religieuse

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