‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 2)Chapitre 50 sur 52 · III · texte numérisé non relu

III

Ctt 6astilk.

Huit grosses tours réunies par un nombre égal de massifs de pierre, solidement assises dans les profondeurs d'un large fossé , fortifiées d'une courtine flanquée de bastions, protégées par les yeux vigilans des sentinelles , et par la bouche menaçante des canons, telle était à l'extérieur la Bastille Saint-Antoine. Lugubre perspective , elle se dressait à l'extrémité de la ligne des boulevards comme un vieux sépulcre de famille au bout de la riante allée d'un parc.

C'est là , dans une chambre verrouillée et barrouillée, mais où pouvaient pénétrer dw moins l'air frais et quelques rayons de soleil , que depuis deux jours , étendu sur un lit de douleurs, logeait le comte de Marillac.

Les efforts qu'il a faits pour franchir les murs de l'enclos de Beaufroy, pour soulever, aidé de son page , la longue échelle, pour pénétrer enfin auprès de Louise, et la sauver en se dévouant lui-même, tant d'émotions qui l'ont torturé dans cette cruelle matinée, avaient irrité, envenimé sa blessure. Une fièvre ardente s'était déclarée; elle seule lui donnait encore des forces factices , mais en épuisant en lui les principes de la vie.

Les pensées qui l'agitaient n'étaient pas de nature à lui rendre le calme. Louise était coupable ; il n'en pouvait plus douter !

— Allons! se disait-il, je n'aurai accompli ma tâche qu'à moitié , en la dérobant au châtiment, mais non à la faute! Pauvre jeunefille! qu'il nous a fallu de persévérance à tous pour la

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perdre ! monsieur le Cardinal , et vous , Roi très-chrétien , nous répondrons pour elle tous trois là-haut , je l'espère ! . . . Mais qu'est-elle devenue ? . . . que deviendra-t-elle ?

Il demeurait absorbé dans ces réflexions désolantes, quand son page, qui l'avait suivi jusque sous les verroux de la Bastille , placé alors près de la fenêtre, examinant avec une curiosité d'enfant et les sentinelles en vedette le long des parapets , et plus loin les gens du peuple , libres et joyeux , qui descendaient le faubourg ou traversaient ie boulevard , poussa tout à coup un cri de surprise et de joie.

— Qu'est-ce? garçon, lui dit son maîtrej vienstu d'entendre sonner l'heure de ton déjeuner ?

— Monsieur le comte ! monsieur le comte ! — balbutia le page , en frappant dans ses mains, et tenant toujours ses regards fixés entre les barreaux de la croisée , — c'est elle ! . . . c'est bien elle ! . . . madame la comtesse ! . . . qui passe en ce moment devant le jardin des arquebusiers, et se dirige vers le château '

— Louise!... Mais tu t'abuses, mon enfant :

LV MASTIM.E. VlJ

pour ceux de ton âge , toutes les femmes se ressemblent.

— jNon, je la reconnais bien, ainsi que votre beau-frère, le comte de Maure, qui l'accompagne... Mais le voilà qui se sépare d'elle... Il lui fait signe, comme en lui disant : — Bon courage!.. . Elle avance toujours... Mais... je ne l'aperçois plus... Ce maudit bastion! il me la cache.

Et Monseigneur frappa du pied avec colère, et, le poing fermé , sembla menacer le bastion.

— Elle a voulu me voir , et ils l'ont permis ! s'écria Marillac.

Il crut sentir ses douleurs diminuer soudainement.

Alors la porte de la chambre s'ouvrit : Marillac lit un mouvement; mais ce n'était que le gouverneur de la Bastille, M. de Bezemeaux, assisté du chirurgien . Celui-ci leva l'appareil , examina, sonda de nouveau la blessure; puis son front se rembrunit: iljetu sur legouverneur

un coup d'œil significatif, et poursuivit silencieusement son office.

Au milieu des crises douloureuses du pansement, Marillac tenait toujours les yeux dirigés vers la porte ; puis il se retourna vers le page :

— Tu t'es trompé , garçon ; ce n'était pas elle!

Quand il eut achevé d'entourer l'épaule du prisonnier de ligatures et de bandages, le chirurgien adressa au blessé ces mots sacramentels et terribles :

— Je ne vois point encore un danger certain : cependant , si monsieur le comte le désire , on pourra faire appeler l'aumônier de la maison.

— Je comprends , dit Marillac , après l'avoir fixement regardé. — Béni soit Dieu ! mieux vaut le prêtre sans le bourreau , que tous deux ensemble, quoique le résultat soit le même. — Puis, il reprit d'une voix ferme : — Je suis chrétien et soldat , un prêtre ne saurait m'épouvanter; car s'il annonce la mort, il apporte

aussi le pardon ; et j'en ai grand besoin j «ju'ii vienne.

Après quelques insignifiantes paroles pour le tranquilliser, le gouverneur et le chirurgien s'éloignèrent.

Un quart-d'heure ne s'était pas écoulé , qu'à travers la porte qui s'entr'ouvrait encore, des cris étouffés arrivèrent jusqu'à l'oreille du prisonnier. La comtesse parut à l'entrée et y resta, s'appuyant contre le mur, n'osant lever les yeux ni faire un pas vers cet homme dont elle avait causé la perte, qui avait pu se montrer généreux envers elle, lorsqu'il y allait de leur honneur à tous deux, mais qui ne lui devait plus aujourd'hui ni merci ni pitié. Telle était sa pensée, et elle croyait déjà sur son front lire le mépris et la colère , entendre s'échapper de sa bouche des paroles haineuses et des reproches amers, quand ces mots , prononcés d'une voix émue et attendrie , frappèrent ses oreilles :

— Venez à moi , madame , car je ne puis

aller à vous!

Alors , Louise s'avance ; mais à peine au milieu de la chambre , elle se sent défaillir, et elle serait tombée , si le page ne l'avait soutenue entre ses bras. Abaissant toujours son regard devant Marillac, et courbant la tête :

— Monsieur le comte , dit-elle enfin , entremêlant ses paroles de soupirs et de larmes , — vous m'avez sauvé la vie et plus encore ! Dieu me garde de croire que c'est à l'épouse coupable que vous songiez alors ! Vous avez voulu garantir votre nom de la honte ; il le sera , monsieur , je le jure ! vos nobles efforts n'auront pas été vains , et un jour peut - être je pourrai me faire comprendre de vous.

— Pour retarder ainsi notre explication, dit Marillac , avec un douloureux sourire, — ignorez-vous donc, madame, que la mort n'est pas loin de moi ?

— Oh ! s'écria la jeune comtesse, en joignant les mains , et sortant de cet état d'abattement et de stupeur. — Non, je n'aurai pas votre mort à me reprocher! non, vous ne mourrez pas ! vous avez des amis puissans qui prendront

en main votre cause ! Je les ai vus , ils ont paru touchés de mon désespoir , et ils vous aiment ! . . .

— Louise ! . . . interrompit le comte , avec un transport de joie. — Vous les avez suppliés pour moi ? vous ! ali ! c'est bien ! c'est bien ! répétat-il , car vous vous êtes du moins montrée devant eux la comtesse de Marillac !

— Le roi ne sera pas insensible , poursuivit la jeune femme; le cardinal non plus ! Ce matin même , je me suis jetée aux pieds de la duchesse d'Aiguillon , madame de Combalet , sa nièce chérie ; elle aussi a pris en pitié ma douleur, et m'a promis sa puissante assistance.

— Le roi ! le cardinal ! murmura sourdement Marillac : que peuvent-ils ? Des prières à eux ! et pour moi!... c'est au ciel qu'il les faut adresser maintenant ! car c'est là-haut surtout que mon arrêt est écrit !

Louise n'avait entendu qu'à moitié ces funestes paroles : cependant elle en crut deviner le sens, en voyant la terne pâleur qui couvrait le visage du comte.

ViS ONE DISGHACE

— Oh ! dit-elle , ne pourrai-je donc point tenter même de me justifier ?

— Une justification ! de vous ? dit Marillac. Par ma mère ! nous ne changerons pas ainsi de rôle ! Seul j'en ai besoin , Louise ; votre faute est mon ouvrage ! A moi le remords , à moi le châtiment ! Mais il faut que vous sachiez ce que j'ai souffert. . . Asseyez-vous , madame , là;, près de mon chevet. Je ne veux point mourir sans avoir aussi tenté de me justifier j et, je le sens, le temps presse.

Dans ce moment, un vieillard, au front chauve, à la démarche grave, vêtu d'une soutanelle noire, et portant dévotieusement sous les plis de son léger manteau un vase d'argent, soigneusement recouvert, arriva, car il avait été appelé. C'était l'aumônier-confesseur. Sa présence suffit pour révéler tout-àfait à la comtesse la triste vérité. Les puissances de la terre qu'elle avait implorées ne pouvaient plus rien en faveur du prisonnier. Poussant un gémissement, elle tomba sur un siège, près du

lit, et se couvrit le visage de ses deux mains. A l'entrée du prêtre, le page avait disparu.

— Calmez-vous, ma fille, dit Taumônier, en tournant les yeux vers Louise : nous ne venons pas toujours précédés d'un mauvais présage. En allégeant la conscience du poids qui l'oppresse, parfois on soulage le corps avec l'ame, car le remords est une souffrance aussi.

Il s'apprêtait à donner quelques consolations au blessé , quand celui-ci l'interrompant :

— Soyez le bien-venu, mon Père ; mais les momens sont précieux, car j'en ai long à vous dire.

Louise fit un mouvement pour s'éloigner; le comte étendit le bras vers elle.

— Restez, madame la comtesse. — Mon Père, ce n'est pas à vous seulement que je dois ma confession; permettez qu'elle l'entende aussi. Tous les deux vous saurez les secrets de ma vie. Puisse l'un me pardonner, et l'autre «l'absoudre !

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Le prêtre parut d'abord étonné de cette singulière proposition; mais dans son indulgence il voulut bien la regarder comme une preuve d'humilité chrétienne; et pour toute réponse il s'assit auprès de son pénitent , après avoir déposé sur un meuble le vase d'argent renfermant le Saint-Viatique, devant lequel il s'inclina trois fois.

Marillac commença .

Il passa rapidement sur les premières erreurs de sa jeunesse , trop nombreuses, disait-il, pour qu'il lui ait été possible d'en tenir un compte exact; il raconta les circonstances fatales qui l'avaient jeté sous la dépendance de Richelieu ; puis, n'ayant plus rien à ménager, il dit la part que le cardinal avait eue dans son mariage.

Un geste de Louise trahit l'attention qu'elle prêtait déjà à ce récit.

— J'arrive au jour où s'ouvrit pour moi une existence nouvelle , continua-t-il , en se retournant vers la comtesse. — Je vous épousai.

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Louise, vous connaissant à peine; je vous arrachai à une passion vraie, qui eût pu suffire à votre bonheur. (]elui auquel je vous ravis ainsi était mon ami ; mais je croyais h. des consolations faciles pour lui comme pour vous ; car je n'avais point aimé encore ! Vous le savez maintenant, madame, la main de fer du Cardinal pesait sur ma tête ! — Pensez-vous , mon Père, que cela suffise à mon excuse devant Dieu?

— La position était périlleuse, dit le conlésseur : chacun ne sort pas triomphant de la lutte.

— Mais je n'ai pas même lutté ! s'écria le comte j c'est par un lâche calcul d'intérêt que j'ai brisé le cœur de mon ami !

Alors il raconta les détails de son mariage , les conditions secrètes imposées par le Roi, et acceptées par lui.

L'aumônier se signa à cette révélation sur les tendresses du pieux monarque. Les mains

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de Louise ne suffisaient plus pour cacher la rougeur qui s'étendait sur tout son visage.

— Eh bien ! dit Marillac , pourrez-vous m'absoudre, mon Père? — Pourrez-vous me pardonner, Louise?

— Oui, mon fils, répondit le prêtre, si la voix du repentir s'est fait entendre dans votre cœur.

— La voix qui se fit entendre , répéta Marillac , en s'adressant de nouveau à la comtesse,— cène fut point d'abord celle du repentir, Louise; ce fut celle de l'amour! de l'amour que je ressentais pour vous, madame!... Vous ouvrez les yeux à ce mot ; la surprise vous en prend comme par un coup inattendu. Vous ne le saviez donc pas?... Par les astres! vous n'avez donc pas de vanité de femme dans l'ame! Oui, j'en jure par Dieu qui m'entend, et devant qui je vais bientôt paraître , jamais passion ne fut plus forte et mieux sentie que celle-là dont mon cœur était plein. Je m'étais joué de l'amour ; c'était à force d'anaour que je

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devais expier mon crime ! Quand votre mépris me repoussait, quand votre haine m'ordonnait de vous fuir, moi amant, moi mari, perdu dans la foule qui vous entourait , et pouvait vous approcher familièrement, je me tenais à distance , épiant un de vos regards , et je me croyais heureux lorsque les sons détournés de votre voix arrivaient jusqu'à mon oreille. Ne vous rappelez - vous donc pas les soins dont je vous entourai dans la cabane du bûcheron , durant cette chasse? notre rencontre dans la forêt , que j'avais eu tant de peine à faire naître? Car pour arrêter mes yeux sur les vôtres, pour effleurer votre main de la mienne, il fallait me cacher, oui... me cacher comme un

coupable comme un homme sans foi qui

cherche à reprendre ce qui n'est plus à lui ! le droit que je tenais de Dieu , je l'avais vendu !

Le comte suspendit un mstant son récit : sa respiration devenait brusque et heurtée; la sueur lui coulait du front. Louise sentait s'im-

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primer dans son anie une profonde émotion de pitié , qui se mêlait à la reconnaissance qu'elle devait déjà à cei homme tant méconnu par elle.

De son côté , l'aumônier ne laissait pas que de trouver bizarres les formes de cette confession, et, alarmé de toutes ces paroles passionnées, il essaya de remettre à un autre moment la suite de l'entretien. Mais comme il se levait :

— Non, restez, mon Père, lui dit le comte; il faut que j'achève tandis que la fièvre me tient encore , et donne à mon sang la chaleur qu'il n'aurait pas sans elle. Si l'expression trop vive de mon amour blesse la chasteté de votre esprit, songez qu'elle est ma fenmie. Dieu , sans doute, aura des trésors d'indulgence pour moi à cause de ce même amour; car c'est par lui que je vaux quelque chose.

Le confesseur reprit sa place d'un air de condescendance , et dit :

— Achevez , mon fils .

Marillac passa bientôt à cette phase de sa vie où le remords s'était éveillé dans son cœur, en voyant la honte , méritée par lui seul , rejaillir sur la comtesse , et menacer de la couvrir aux yeux du monde d'un injuste mépris.

— Alors, poursuivit-il, s'éleva en moi un sentiment semblable à la vertu, peut-être ! Il épura mon amour sans l'affaiblir. Réparer mes torts, protéger votre honneur , Louise , vous sauver des pièges dont vous viviez environnée, et que moi-même j'avais creusés devant vous , tel fut désormais mon but. Et mes efforts n'ont pas toujours été vains. Il vous souvient de ce château des nobles Montmorency, de ce palais d'Ecouen, où le roi de France vous avait marqué un asile ?

A ce souvenir, la comtesse tressaillit :

— Quoi! dit-elle, dans cette nuit horrible ?...

— J'étais là, madame, entre le roi et son complice ! J'avais pénétré leurs 'desseins , et , sentinelle active, je veillais sur votre demeure

comme une mère sur le berceau de son enfant. Roulé dans mon manteau^ étendu au pied d'un arbre, malgré les heures de la nuit qui passaient, je défendais à mes yeux de se fermer. Deux cavaliers arrivèrent, je les reconnus, et tandis qu'ils s'introduisaient par l'entrée secrète, moi j'escaladais la muraille, résolu de briser les portes s'il le fallait pour vous arracher des bras du Roi !

L'aumônier se signa de nouveau .

— Mais l'huis du couloir, resté entr'ouvert, tandis que l'infâme La Chenaye rôdait autour du château, m'eut bientôt mis sur la piste de son maître. Une cloison seulement me séparait de vous, Louise. Oh! quel ne fut pas mon supplice en entendant vos prières méprisées! Dans des transports de rage, de délire, j'allai jusqu'à porter la main sur la garde de mon épée!

— Quoi! s'écria le prêtre épouvanté, étaitce donc pour en frapper le Roi ! vous ! un gentilhomme !

— Je r eusse liait peut-être, Louise, répondit Maiiliac, en s'adressant à la comtesse: oui, je l'eusse osé! avais-je donc ma raison, alors? Convulsif , haletant , un cri furieux s'échappa de ma poitrine. A ce cri, la Chenaye accourut, et , dans l'obscurité , ce fut sur lui que se déchargea ma colère ! — Mon Père , n'ai-je pas assez souffert dans ce moment pour expier bien des erreurs? — Louise, croyez-vous que je vous aimais?

La comtesse était tombée à genoux devant le prisonnier; elle avait saisi la main qu'il lui tendait, et la baignait de ses larmes.

La voix de Marillac s'affaiblissait; un frisson glacial courait sur ses membres. Cette fois, ce fut au prêtre qu'il s'adressa.

— Il me reste maintenant, mon Père, à m'accuser du meurtre qui m'a conduit ici. J'ai tué un homme, mais d'après la loi sacrée de ITionneur; et cet homme est mort vengé, car le vainqueur n'aura pas tardé à suivre le vaincu. Je l'ai tué parce qu'il avait calomnié celle que

Dieu lui-même m'a chargé de protéger ! Je l'a i tué , pour que pas une femme n'eût le droit de détourner dédaigneusement la tête en passant auprès de la comtesse de Marillac ! pour que pas un homme n'eût le droit de sourire avec ironie en la regardant ! car elle est digne de l'estime de tous, mon Père ! Yoas direz, après moi , que son époux mourant Ta déclaré... Pensez- vous que Dieu me fasse grâce? — Louise, vous m'avez pardonné, n'est-ce pas?

— Vos fautes sont grandes , mon fils ; mais la miséricorde divine est plus grande encore , dit l'aumônier.

Marillac, avec effort, souleva Louise toujours à genoux ; puis il l'attira vers lui, comme s'il avait un dernier secret à lui confier.

La jeune femme , se soutenant à peine , affaiblie , désolée , se pencha sur le lit de douleurs.

— Écoutez-moi bien , Louise de la Porte , lui dit-il à voix basse. — Mes torts ont été

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graves envers lui. De ce coté, j'ai à réparer aussi 1 Pour assurer votre bonheur à tous deux, je ne puis plus. . . . que mourir ! vous serez libres bientôt... et...

Mais Louise ne le laissa pas achever.

— Je le jure par le Sauveur 1 s'écria-t-elle avec véhémence , en étendant sa main vers le Saint- Viatique : — la comtesse de Marillac respectera et gardera le nom que vous lui avez donné !

— Allons! dit Marillac, le bonheur pour moi ne sera pas de longue durée ; mais il est venu du moins ! — Et un sourire de joie contracta ses lèvres pâles, et brilla un instant dans ses yeux presque éteints, car la fièvre l'abandonnait. — Bénissez-moi, mon Père, ajoutat-il, et vienne la mort sans trop tarder, car je regretterais la vie !.. .

Le prêtre étendait ses mains sur la tète du blessé, et prononçait les paroles de l'absolution. Louise, courbée sous cette main qui bénissait, semblait vouloir participer au par-

don qui allait descendre du ciel, quand le gouverneur entra de nouveau dans la chambre, suivi d'un homme de haute stature , cuirassé , botté, éperonné. C'était la Houdinière, le capitaine de la garde du Cardinal. Le jeune page les accompagnait.

A la vue de l'aumônier remplissant ses saintes fonctions , le page , le capitaine et le gouverneur se mirent à genoux, déposant devant eux sur le carreau, l'un sa toque, l'autre son casque, le dernier son feutre à plumes. Tous trois alors croisèrent les mains et se tinrent recueillis.

Quand les dernières paroles du prêtre furent prononcées, la Houdinière se relevant, alla droit à Marillac , et d'une contenance un peu embarrassée, il lui remit une dépêche de la part du Cardinal-duc.

Richelieu faisait au comte grâce de la peine de mort, par lui encourue d'après l'édit contre les duels , et le condamnait seulement à quelquelques années d'emprisonnement.

A l'audition de ce message , Marillac se re-

dresse à moitié, et apostrophant la Houdinière d'une voix défaillante , mais où perçait encore un ton de sarcasme et de fjaîté :

— Capitaine, lui dit-il, présentez mes complimens à Son Eminence; mais, vive Dieu! il faut avouer que je joue de malheur, lorsqu'il s'agit d'oLéir aux volontés du cardinal î II veut

que je reste à la Bastille, et j'en vais sortir

bientôt ! . . . il m'avait ordonné de mourir devant Corbie; le satisfaire m'a été impossible ; aujourd'hui, il m'ordonne de vivre... et... je meurs ! . . .

Marillac était retombé sur son lit. Ses regards se tournèrent alternativement vers Monseigneur et vers Louise ; il articula encore quelques paroles, en tenant sa main appuyée sur la tête du page qui fondait en larmes; il le recommanda aux bons soins de sa femme et du comte de Maure; puis ses yeux se fermèrent. Une heure après , son cœur avait cessé de battre.

Le lendemain , Louis XIII et Richelieu partirent pour rejoindre la Meilleraie sous les murs d'HesdIn. Cinq-Mars était du voyage. De cette campagne , glorieuse dans ses résultats , la Meilleraie revint maréchal de France ; Cinq- Mars, favori du roij Richelieu plus puissant que jamais !

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