‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 3)Chapitre 1 sur 51 · Une maitresse de Louis XIII · texte numérisé non relu

Une maitresse de Louis XIII

Il y avait grand bruit et grande rumeur tout au long du faubourg Saint-Antoine, à Paris , vers le commencement de décembre de l'année 1657. Malgré la pluie qui tombait par

UNE VISITE AV COLVE.XT.

torrens , les marchands , les ouvriers , abrités par leurs auvens, et par les étages supérieurs, qui alors surplombaient les rez-de-chaussées et les entresols, causaient vivement porte à porte, ou d'une fenêtre à l'autre.

Le grand événement de la journée était le passage du roi qui, deux heures auparavant, non plus le nez sous le manteau, ou en litière fermée, mais dans une belle voiture, bien escortée de mousquetaires et de laquais , avait traversé le faubourg pour se rendre au couvent de Sainte - Marie de la Visitation, où vivait cloîtrée, depuis quelques mois, sa dernière favorite, la douce et bonne la Fayette.

En effet , il y avait dans cette visite de Louis XIII, de quoi mettre en mouvement, non seulement toutes les langues mobiles d'un faubourg , naturellement disposées à entrer en branle sur le plus léger motif, mais encore on pouvait parier, sans grand risque de perte, que les langues non moins actives de la ville, et, avant tout, les langues dorées de mes-

LE FAVDOiRG SAINT-AiVTOINE.

seigneurs du Louvre, prendraient part à cette sonnerie générale, qui devait avoir du retentissement dans toutes les provinces de France.

Car il était au su de chacun — que mademoiselle de la Fayette était devenue l'ennemie du cardinal de Richelieu , pour n'avoir point voulu se plier à sa volonté et servir ses projets — que ce n'était qu'après avoir tenté d'affranchir le roi d'une haute et pesante tutelle que les idées de religion lui étaient venues, et qu'elle avait songé à chercher dans le cloître un abri contre les séductions du monde — que le roi n'avait consenti à cette séparation que pressé , torturé , terrassé par la volonté de fer de son ministre, et qu'on avait trouvé la trace de ses larmes sur l'acte d'autorisation signé par lui à cet effet. — Donc , mademoiselle de la Fayette conservait encore son empire sur le maître et peut-être enfin, du fond de son couvent , la béguine allait-elle renverser le prince de l'église !

Lorsqu'on apprit dans Paris la nouvelle visite du roi à Sainte-Marie (c'était la quatrième

Page 1