UNE VISITE AU COUVENT
mots d'un ton à redoubler les angoisses de la jeune fille.
De plus, accoutumé qu'il était à plier sous une volonté plus forte que la sienne, il trouvait un plaisir secret, une volupté singulière, dans l'effroi qu'il inspirait à des êtres plus faibles que lui. C'était une revanche, un dédommagement qui flattait sa vanité. Ainsi, après avoir voulu feindre d'abord de prendre un ton de sévérité avec Louise , pour s'amuser de son embarras, il y arrivait naturellement, saisissant pour cela la première occasion qui s'offrait , donnant à sa voix et à ses yeux une expression plus dure encore que celle de sa pensée, et il jouissait en lui-même, à la vue de ce joli visage attéré de crainte, et de ces paupières transparentes qui se gonflaient de larmes.
Mais mademoiselle de la Fayette avait été long-temps à même d'étudier les secrets mobiles de son caractère. Elle fut loin de se laisser rebuter par cette bourrasque imprévue, à qui il ne fallait que donner une diversion pour
LA PENSIOIVIVAIRE. 25
la maîtriser; et, sans s'émouvoir plus, et d'un ton toujours calme , elle essaya, autant que faire se pouvait, la justification de Guillaume de la Porte, le huguenot, rappelant les services rendus par lui à la monarchie héréditaire , et taisant ses succès comme réformateur.
— N'est-il pas mort? demanda brusquement le Roi.
— Mort ! lui et mes quatre frères ! — le même jour, répondit Louise; et ses larmes débordèrent cette fois et coulèrent le long de ses joues.
Le cruel interrogateur jeta sur elle, à la dérobée, un regard rapide, et se sentit honteux d'avoir froissé avec tant de rudesse cette ame si craintive.
— Oui, mort! et dans des circonstances horribles ! — répéta mademoiselle de la Fayette , outrée de sa dureté, et résolue de l'en faire repentir.— Sa fille, que vous voyez-là, tout émue, comme si Votre Majesté n'avait pas bien mérité son renom de justice , m'a dit les malheurs de son enfance ; et moi je n'ai eu que des pleurs à leur donner ; car ils doivent être un sujet du-
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rable de regrets, pour elle, et pour vous, Sire!
— Pour moi ! dit le roi étonné.
— Guillaume de la Porte, malheureusement trop fidèle à ses fausses croyances, entraîné par messieurs de Rohan , se mêla, il y a une douzaine d'années, aux religionnaires du Languedoc. Il se trouvait faire partie, lui et ses fils, de la garnison du château de Bonnac, qui, tout entière, fut lâchement condamnée à la corde, par, votre maréchal de Thémines. Un seul de ces malheureux, le plus obscur sans doute, eut sa grâce ; mais à la condition impie, épouvantable, de se faire le bourreau des autres j et, pour
sauver sa vie, il pendit son propre père!
Oui, Sire, son propre père! et ce ne sera pas sur lui que ce crhne retombera !
— J'ai entendu parler de cela , dit le Roi .
— Mais vous n'aviez point ordonné ces meurtres!—répliqua la religieuse, dont les traits ranimés avaient secoué leur langueur et leur abattement, et qui, debout, et les mains appuyées sur la tète de Louise, comme pour lui donner