‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 3)Chapitre 23 sur 51 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Cû Eaôairr.

Et quel était l'objet de ces rêveries, qui, hier, sur le Pont-Neuf, au milieu delà foule; aujourd'hui , près de Jeanne , dans son atelier; depuis près d'un mois enfin , au dire de la mère Cor-

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mier , préoccupaient si vivement maître Eustache Lesueur?

On s'en souvient, Louis xm, lorâ de sa première visite au couvent de la Visitation, avait alloué une forte somme d'argent à l'agrandissement et à l'embellissement de la chapelle de sainte Marie.

Les travaux terminés , la supérieure Angélique LhuiUier s'adressa à Simon Vouet , premier peintre du roi, pour le charger de l'exécution d'un tableau de la Vierge, destiné à parer son église : tableau fort important, car il devait occuper le cintre de la demirotonde de marbre, qui couronnait le sanctuaire, et recevait son jour du ciel.

Mais, malgré la nouvelle méthode expéditive adoptée par lui dans ses compositions , Vouet, accablé de travaux à Saint-Germain, à Fontainebleau , tenant école de son art , donnant de^ leçons de pastel à toute la cour , depuis que le roi en avait pris de lai, se vit forcé de se désigner un remplaçant parmi ses plus illustres élèves ,

au nombre desquels il comptait Mignard , Lebrun , Lesueur !

Mignard parcourait l'Italie ; Lebrun, de deux ans plus jeune que Lesueur , donnait de brillantes espérances, mais n'était pas en âge de les réaliser encore ; et ce dernier fut choisi , à la grande satisfaction de la dame Angélique Lhuillier, un peu sa parente.

Sur l'avis de Vouet, on se décida pour une Assomption, sujet que devait favoriser la masse de lumière tombant du haut de la voûte. Lesueur en ti^aça une esquisse : il la soumit à son maître, puis ensuite à la supérieure et ^lu grand conseil des dames de la Visitation. Tous en parurent ravis. D'avance on raffola dans le couvent du futur chef-d'œuvre ; et le nom du peintre fut répété avec éloge, de bouche en bouche, par les rehgieuses, et même par les pensionnaires , qui ne doutèrent plus de son talent lorsqu'elles apprirent qu'il était jeune et beau .

Voilà donc maître Lesueur introduit dans le saint asile !

Chaque jour il s'y rend vers midi , au moment oii toute la communauté est au réfectoire, et s'enferme dans la chapelle dont il peut sans sacrilège faire son atelier. Elle n'a pas reçu sa consécration nouvelle. Là, il dispose tout pour ses travaux, il prend ses dimensions, il étudie les effets de la perspective , et médite sur les difficultés de cet art qu'il doit porter si loin.

Alors son cœur ne bat encore que pour la gloire ; les idées inspiratrices ont seules le pouvoir de faire tour à tour rougir et pâlir son front ; ce qu'il ambitionne, c'est le talent, c'est le génie ; c'est cette faculté immense d'exprimer sa pensée, une, complète, par le trait et par la couleur, sans l'amoindrir, sans la changer; d'imprimer sur la toile cette image vivante qu'il a dans la tète, et qu'il y voit avec les yeux de son ame ; de la rendre palpable à la vue de tous , avec l'air qui l'environne , avec les reflets vaporeux et nuancés qui se jouent dans les plis de ses vètemens; avec sa chair animée, dans laquelle le sang circule; avec ce regard qui parle !

LA ROSACE. ISl

Pour arriver là^ n'en doutez pas, il donnera, il usera sa vie, s'il le faut. Et quel prix en espère-t-il? Un nom , un nom illustre , qu'il veut rendre viable pour des siècles ; un nom qu'on répétera dans les ateliers, dans les palais, et partout où le mot de peinture sera prononcé ; un nom qu'on ne pourrait omettre dans le dictionnaire des grands hommes , dans le catalogue des grands peintres, sans les laisser incomplets! Comme un jour, peut-être, dans un avenir éloigné , lorsqu'un riche ami des arts ouvrira aux curieux son vaste musée formé à prix d'or, une voix s'élèvera de la foule qui dira : — Tout est beau ; mais il y manque un Lesueur !

C'est ainsi qu'il se représentait la gloire , la gloire son idole ! Toute autre passion lui restait inconnue, même l'amour. La féconde richesse de son imagination le protégeait contre les surprises des sens. A lui, jeune homme rêveur , aimant la solitude, où il sentait grandir son génie ; à lui, vivant de sa vie d'artiste, par quel moyen les femmes qu'il ren-

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contrait eussent-elles inspiré la tendresse? Il en était de belles , sans doute ; mais n'étaient-elles pas plus belles encore celles qu'il avait créées dans sa pensée! Plusieurs, expertes en semblable matière, ne s'y trompèrent point, et devinèrent , quand il arrêtait sur elles ses regards , que le bel adolescent les étudiait plus qu'il ne les contemplait ; car il cherchait le beau dans la nature au profit de l'art seulement.

Oui, l'art représentait tout à ses yeux : c'était là le monde qu'il peuplait de ses souvenirs d'enfant et de jeune homme, où il cherchait ses plaisirs, ses affections, et rattachait ses espérances d'avenir. Aussi, avec quel transport il se livra à ce nouveau travail , le plus important qu'il eût encore entrepris !

Il passait dans la chapelle du couvent la plus grande partie de ses instans, sans distraction aucune, sinon celle que venait lui donner de temps à autre sa parente, la supérieure, femme indulgente et bonne, d'un esprit facile et bienveillant. Elle avait à cœur de lui faire les honneurs de chez elle, l'encourageait par

LA ROSACE. 18;i

«es éloges , s'émerveillait en le voyant travailler, s'inquiétait de ses sentimens et de sa conduite dans le monde, souriait d'aise en lui trouvant un cœur pur et candide, et avait fini par prendre l'intérêt le plus vif au jeune artiste , dont la gloire devait rejaillir également sur sa famille et sur sa communauté.

Un jour, Lesueur était seul, monté sur son échafeudage de peintre. Il ^ntend des cris et des rires au-dessous de lui; et, à travers une des rosaces coloriées qui décorent les ogives de la chapelle , il aperçoit dans une des cours du couvent de jeunes pensionnaires profitant gaîment de l'heure consacrée au repos et à la récréation .

Le spectacle lui en paraît d'abord plus singulier qu'attrayant. Grâce aux vitraux de couleurs et de nuances différentes, les jeunes filles passent sous ses yeux en se teignant à^» divers reflets du verre. Il y en avait qui de roses devenaient bleues, et les bleues devenaient jaunes, et les jaunes devenaient rouges ; et plus

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elles s'agitaient, et plus cette bigarrure se compliquait , comme si elles eussent semblé s'ébattre dans une mozaïque de lumières ou dans les vapeurs d'un arc-en-ciel.

Après avoir pris un plaisir d'enfant à les contempler ainsi , il se sentit désireux de les voir plus franchement et sous leur véritable aspect.

Un x;arreau plombé était pratiqué sous l'une des arêtes de la rosace. Il l'ouvre avec précaution, dans la crainte d'éveiller l'attention , et d'être blâmé de sa curiosité. Il regarde, et la scène alors change à ses yeux . Ce ne sont plus ces figures vagues et ces femmes caméléons , reflétant au hasard tous les accidens du prisme, c'est un essaim déjeunes filles , éclairées par un léger rayon de soleil , et jouant au grand air, le teint animé et joyeux.

Parmi elles, il en est de jolies; d'autres, moins favorisées de la nature, possèdent cependant cette fraîcheur de la jeunesse et cet air d'alacrité qui, durant quelques années, tiennent lieu d'attraits.

Des premières , deux surtout lui parais-

sent dignes de se disputer ce prix de beauté qu'il s'apprête à décerner à l'insu de la triomphatrice. Toutes deux sont du même âge, toutes deux blondes, blanches, charmantes !

Il les compare entre elles avec son coup d'œil d'artiste, sans plus songer à la crainte d'être réprimandé de son audace ; il prend goût à l'examen , et le prolonge à plaisir. Mais bientôt une seule a fixé toute son attention et l'autre a disparu, lui enlevant ainsi son moyen de comparaison , sans qu'il ait daigné s'en apercevoir. Une seule le retient encore immobile devant le petit carreau de la rosace , et il ne pense même plus à décerner cette palme secrète, balancée entre elle et sa compagne. Il la regarde , parce qu'il se sent heureux de la regarder. Ce qui le charme en elle, ce n'est plus l'élégance des formes et la régularité des traits . L'autre était aussi belle ; mais la beauté de celle-ci tient à son ame empreinte sur sa figure !

Pourquoi les hommes sont-ils si rarement unanimes sur la préférence accordée par eux à

une femme à l'exclusion des autres ? Pourquoi ce don de la beauté est-il parfois dénié à celle qui semble en être le plus correctement en possession ? C'est que, sans nous en rendre compte à nous-mêmes, dans les plis de cette bouche si fraîche, dans les contractions de ce front si pur, dans l'expression de ces yeux si brillans, nous cherchons autre chose qu'un agréable spectacle à la vue. Quoi? Des qualités, des penchans, des passions répondant aux nôtres , ou du moins servant d'excitation à nos désirs ou à nos passions contraires. Aussi, toujours d'accord sur ce qui constitue la beauté physique , quand nous voulons l'analyser , nous confondons avec elle le type moral qui la pare ou Fenlaidit. Nous croyons étudier une figure, et c'est sur le caractère que porte notre sentence.

De là , les contestations et la diversité des jugemens. On a pu imposer au goût les règles de l'art pour définir des formes , mais non à l'ame pour sentir et s'éprendre. L'instinct seul y peut, et chacun le sien !

Eh bien! c'est ce type moral, qui , aux yeux

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de Lesueur, prêtait à la jeune pensionnaire un charme surnaturel qu'un autre lui eût refusé peut-être. Oui , ce charme , il l'eût signalé , il l'eût adoré même dans une femme non pourvue d'autres attraits , dans une femme laide au jugement du vulgaire, enfin. Il le retrouvait non-seulement dans la sincérité de sa physionomie, mais encore dans l'arc gracieux de ses épaules , dans la courbure de sa taille , dans les mouvemens de ses bras, et il se disait que c'était là le triomphe du grand peintre d'imiter, d'atteindre cette nature d'élite ; de donner une pensée, un sentiment unique, expressif, harmonieux, au pied, à la main, à toutes les parties d'un même corps. Il eût alors juré que, sans voir la figure de la jeune fille, il aurait pu dire le caractère de sa beauté et l'état même de son ame, tant chez elle tout était complet, pur, honnête, candide ! - — Et cependant, pensait-il, un jour elle aimera , elle aimera avec violence ; cela est sûr !

Et pensant ainsi, il porta la main à son front, et se mit à réfléchir.

— Oh î sentira-t-ii son bonheur celui qu'elle aimera ! . . . On ne la destine point au cloître sans doute ! . . . Qu'une union vertueuse doit être douce avec une pareille compagne!... Comme son mari sera fier d'elle! heureux surtout!... Comme il poursuivra la gloire avec force et constance pour la rendre fîère aussi ! Et quand il aura bien travaillé, qu'il se sentira joyeux, pour la rejoindre, de laisser là ses pinceaux et son atelier

Ce mot le réveilla. Sans y songer , il se faisait jouer à lui-même le rôle du mari.

Il reporta ses yeux dans la petite cour, mais il n'y vit plus personne. La cloche avait rappelé les pensionnaires dans leurs salles de travail et d'études, et il ne l'avait point entendue.

Remis de son émotion, il reprit son ouvrage. Il l'avança peu ce jour-là.

Le lendemain, et pendant toute une semaine, Lesueur fut plus attentif à la cloche qui annonçait l'heure de la récréation pour les pension-

naires . Et le soir venu , rentré chez lui , quand il partageait le souper de sa mère-nourrice , la veuve Cormier , il la désolait par son air distrait et soucieux j et quand les voisines , dont quelques-unes ne laissaient pas que d'être assez piquantes , accouraient à la nuit tombée pour deviser sur les malheurs du temps , et sur les ridicules du prochain, elles étaient frappées de la sauvagerie plus qu'accoutumée du jeune homme.

C'est qu'il n'a plus qu'une pensée au cœur , qu'une image dans la tête! Autrefois, son œil indifférent s'abaissait à peine sur des femmes auxquelles il préférait les créations pures et chastes enfantées par son imagination ; aujourd'hui, ces idéalités ont fait place à un être plus réel. Toutes les femmes se sont résumées pour lui en une seule , qui participe à la fois des deux natures j en la voyant il l'admira , mais il l'adore sans la connaître; il a pu la mesurer des yeux; les sons même de la voix de cet objet aimé sont parvenus à son oreille , mais jamais le regard de la jeune fille n'a répondu au sien ;

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jamais aucune de ses paroles jetées en l'air , ne lui fut adressée : elle ignore qu'il existe peutêtre , et lui il n'existe plus que pour elle !

Ces nymphes , ces vierges qui naguère peuplaient sa solitude et s'asseyaient à ses côtés , invisibles pour tout autre, ont maintenant revêtu la même forme, et, dans ses rêves, se présentent sous le même aspect. Vainement il s'efforce de reproduire dans son cerveau des Pallas , des Judith , des Ménades ou des Gorgones , c'est toujours avec une peau blanche et fine, un front de seize aiis, des yeux bleus , des cheveux blonds, souriantes et naïves, qu'elles se montrent à lui!

l'inspectiox. 191

C3nspfftion.

Cependant au milieu de ces puissantes et continuelles distractions, son ouvrage avançait. Les voussures et les médaillons formant l'entourage du tableau principal étaient terminés : dans le tableau lui-même , la face et les mains de la Vierge restaient seules inachevées.

Vouet vint le voir, et en fut enchanté. Il applaudit à la distribution de l'air et de la lumière, et surtout à la montée du principal personnage.

Après lui, ce fut le tour de la bonne supérieure de venir s'extasier et louanger l'artiste à cœur-joie. Lesueur alors lui fit part de la nécessité où il se trouvait, pour mettre fin à son œuvre, d'appeler à son aide une femme, un modèle , qui lui prêtât sa figure et ses mains à copier, à imiter,

— Une fois la palette de carnation préparée, lui dit-il, il nous faut travailler face à face avec la nature.

Il désirait s'entendre avec sa parente sur les ' moyens à employer pour introduire dans le couvent cette vierge de passage.

Mais Angélique Lhuillier voulut savoir quelle sorte de femme pouvait se mettre ainsi à la disposition de messieurs les peintres ; et tandis que son jeune ami le lui expliquait en termes aussi clairs qu'il lui était possible de le faire , elle reculait stupéfaite, se couvrait le visage de ses deux mains , fermait les yeux, comme si elle craignait de la voir déjà devant elle. Enfin la Mère termina cette dévote pantomime en s'écriant :

l'inspection. lya

— Jamais une pareille créature ne Irancbira la porte de la Visitation , ni le seuil de son église ! Miséricorde ! nous nous prosternerions devant la figure de cette éhontée !

— Mais, madame, — lui ditLesueur, tout déconcerté de cet obstacle auquel il, n'avait point songé, — les grands maîtres n'en usèrent jamais autrement . Les Sara et les Marie, de Paul Véronèse et de Rapliaël , le peintre des vierges , ont été inspirées par la Fornarina et la Bianca , non-seulement leurs modèles, mais de plus leurs maîtresses.

— C'est un double scandale ! reprit la supérieure , en se couvrant de nouveau la figure ; cela ferait renoncer au culte des images, si 1 Eglise n'avait tant anathématisé les iconoclastes ! Quoi ! les portraits de pareilles femmes prennent possession de nos autels, et nous leur adressons nos liommages !

Elle ne put s'empêcber de sourire, cependant, à l'idée de toutes ces Madeleines sans repen tance, décorant les églises, et voyant limier

l'encens devant elles !

— Parmi les peintres, reprit Lesueur, le Florentin Filippo-Lippi a seul joui de l'avantage d'avoir pour modèle une religieuse.

— Une religieuse ! une lille consacrée à Dieu ! mais c'est un scandale non moins grand !

Après être restée quelque temps recueillie, son front reprit sa sérénité habituelle j son caractère de bienveillance et de bonhomie lui revint j regardant Lesueur d'un air entendu et en hochant la tête , elle ajouta : — Au surplus, mon neveu (c'est le nom qu'elle aimait à lui donner, quoique leur parenté ne fût pas aussi proche), nous aviserons demain au moyen de toutconciher.

Le soir même il y eut grand conseil au couvent.

Le lendemain, quand le jeune artiste se présenta, il trouva, pour le recevoir à la porte, la sœur tourière, selon la règle; puis la supérieure , accompagnée de deux sœurs surveillantes.

Les ayant profondément saluées, et répé-

l'ixspectio^. J9i

tant le signe de la croix, par lequel elles venaient de lui répondre , il se dirigeait vers son but accoutumé, la chapelle.

— Non point par-là, pour le moment, — lui dit la supérieure, d'un ton moitié familier, moitié mystérieux j et, lui désignant l'entrée de la seconde cour : — Suivez-nous , mon neveu !

Le cœur lui bat tout d'abord, sans qu'il cherche même à s'expliquer le motif de cette infraction aux habitudes claustrales3 il lui bat bien plus vivement encore lorsque, pénétrant dans cette cour sur les pas de sa conductrice , il se trouve au milieu d'une vingtaine de jeunes filles, toutes belles, toutes jolies, toutes coiffées de cheveux, vêtues de blanc, en costume simple, mais élégant, et qui n'a rien de monastique , et ne se distinguant entre elles que par la couleur rose, bleue ou Isabelle de leurs ceintures ou de leurs écharpes.

Les unes isolées, les autres en groupes et les bras enlacés, se promènent sous un double rang de tilleuls, qui partagent la cour et pro-

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jettent sur elles des reflets tremblans d'ombre et de lumière, en donnant à ce tableau une nouvelle animation, un nouveau charme !

La présence de l'étranger n'a point paru les surprendre. A peine si quelques fronts se sont détournés pour l'entrevoir j et on les croirait ignorantes encore de sa venue parmi elles, sans le profond silence qui vient de succéder tout à coup à leur babil habituel , à leurs vives causeries de tout à l'heure.

Bientôt, à la dérobée, les jeunes filles ont jeté sur lui leurs regards curieux et interrogateurs , et il n'a pu s'assurer cependant si Elle était du nombre j car, par un mouvement de pudeur et de convenance , lui-même a presque aussitôt baissé les yeux : tant le lieu et la circonstance agissent puissamment sur une ame honnête !

— Maintenant expliquons-nous, — reprend à demi-voix la bonne supérieure, en se rapprochant de lui. — Mais vous pouvez lever la tête, mon neveu; vous n'êtes ici que pour voir.

Lesueur croyait rêver, et ne savait quel sens

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