‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 3)Chapitre 41 sur 51 · aS · texte numérisé non relu

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invita chacun , par l'organe de l'huissier, à reprendre ses jeux, et à remettre son masque. Luimême se rendit bientôt, toujours escorté du prévôt et des échevins , dans la chambre qui lui était préparée, pour s'y revêtir d'un déguisement; car il devait, ainsi que les plus hauts seigneurs de sa suite, jouer un rôle dans le ballet. Il se livrait autrefois d'habitude, et avec succès, a ce délassement, négligé par lui depuis peu d'années ; mais le désir de plaire agissait en ce moment sur lui comme sur les autres hommes , et le rival de Lesueur avait la vanité de ne pas vouloir compter uniquement sur sa puissance, et sur son titre de roi !

Le reste s'ensuivit selon l'usage. Le roi prêt, le grand rideau, fermant l'extrémité de la salle, se leva; et l'on vit une autre salle, machinée , décorée, illuminée , qui devint le théâtre, dont les gradins et le plain-pied se constituèrent aussitôt parterre, loges et galeries.

Au bruit des violons , le ballet commença ; ballet à peu près semblable à tous ceux de l'époque , éternelles allégories par sauts et par

bonds , dont il n'était pas toujours facile de bien saisir le sens ,

Cette fois , il s'agissait de la naissance du dauphin et de l'heureuse délivrance de la reine. Des groupes se présentaient d'abord, formant une entrécj ils priaient Dieu d'accorder au roi un héritier qui assurât le repos de la France , et ils dansaient.

Dieu semblait vouloir exaucer leurs prières : la grossesse de la reine avait été déclarée. Les acteurs d'un autre groupe, dans une seconde entrée , exprimaient toutes les phases de l'espoir et de la crainte, et ils dansaient.

La reine était en mal d'enfant -, le peuple entier partageait ses souffrances. C'étaient de nouvelles prières , mêlées de soupirs et de gémissemens, et ils dansaient encore.

Enfin, au bruit du canon et des cloches sonnantes, l'heureuse venue du dauphin est proclamée. Pour le coup, c'est danses sur danses! De toutes les parties du royaume, des députations de nobles et de villageois accourent, et déposent au pied du trône^ leurs

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hommages, entremêlés de pirouettes, de passes et de voltes !

Les costumes, les instrumens de musique de chaque province, avec leurs danses, anciennes ou nouvelles, graves ou légères, y sont représentés ; et vraiment, cette fois, ce fut un spectacle curieux et divertissant.

Le Poitou , avec ses musettes et ses gracieux menuets y à mesures ternaires, dont les figures se dessinent sur le parquet dans la forme d'un Z ; — la Guyenne , avec ses tambours de basque et ses pauannes , si nobles, qui se sentent encore du voisinage de l'Espagne , et dont les mouvemens imitent ceux du paon ; — l'Orléanais , avec ses flûtes et sa gaillarde y où le danseur et la danseuse semblent courir et voler en tournoyant ;^ — l'Auvergne, avec ses vielles et ses bourrées, lentes et lourdes ; — la Provence, avec ses timbales et ses rondes, vives et emportées; — puis la Champagne et la Bourgogne , au son des violes et des hautbois, sautant gravement la pagese et la carole; — puis encore la Picardie, sans autres instrumens que les mains et les

LE BALLET. ?,b'

piedS;, exécutant, à grand tapage , le branle des lavandières j où F on entend si bien le bruit redoublé des battoirs, et le branle des sabots ^ qui assourdit les spectateurs, et les enveloppe d'un nuage dépoussière, tout cela parut et vint successivement devant l'assemblée faire assaut de grâces et de gentillesses.

Les différentes provinces se réunirent ensuite, comme au milieu d'un vaste feu de joie.

Tandis que plusieurs masques exécutaient la danse des brandons, en usage autrefois le premier dimanche du carême, un branle général, le branle de la torche, formait autour d'eux un cercle rapide et enflammé. Les flambeaux, agités dans la main des danseurs , les milliers d'étincelles et de lueurs voltigeantes qui s'en échappaient, les masques grotesques, s'ébattant, emprisonnés dans le joyeux incendie, présentaient le tableau d'un enfer comique. Les spectateurs s'en divertissaient , les spectatrices s'en épouvantaient, par la crainte d'un incendie réel. Mais, pour les tirer de peine, après le feu , vint la fumée des torches étein-

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tes ; elle se répandit dans la salle du bas en haut^ et ce fat une toux universelle ;, des éternuemens, des Dieu vous bénisse! qui mirent en gaîté, et firent partir d'un bruyant éclat de rire Fassemb ée tout entière.

Enfin, Paris eut son tour, avec sa bigarrure de costumes. Le Roi, pour faire honneur à sa bonne ville, y avait pris un rôle, et s'y montra masqué, sous les vètemens d'un francbourgeois. Mais nul n'ignorait que ce fut lui. Et en voyant ce puissant monarque, que Richelieu avait fait si grand aux yeux de ses contemporains , prendre part , comme autrefois, aux divertissemens de ses sujets, et y concourir de sa personne, tout le monde tressaillait d'aise dans la salle. Lesueur lui-même en oublia un instant sa Louise. Qu'il était loin de se douter de ce qui se passait en ce moment dans l'ame du fils de Henri IV !

lue. franc-bourgeois exécutait alors une courante à six, en compagnie des ducs de Longue ville et d'Elbeuf , et de trois dames de la

ville, désignées d'avance. Dans cette danse , toute de pantomime ;, et qui semble faite pour exprimer les combats de l'amour, les danseuses évitent d'abord l'approche de leurs galans , qui les poursuivent, les arrêtent, les rassurent, parviennent enfin à triompher de leurs craintes et de leur modestie, et tous ensemble forment un seul groupe, célébrant sa joie et son bonheur par des évolutions amoureuses et légères.

Après avoir essayé d'une passe assez gracieuse, dont il ne s'était point mal tiré, le roi, désirant de connaître l'effet qu'en avait pu ressentir Louise, tourna les yeux de son côté, et il la vit, le front baissé, rêveuse, et ne paraissant même pas s'occuper du ballet. Le vif déplaisir qu'il en ressentit lui ôta d'emblée sa belle humeur, et paralysa tout à coup cet accès de juvénilité qui fortuitement l'avait saisi ce jour-là.

Quoi ! pour plaire à une jeune fille obscure, hii, le roi de France, il impose silence à ses

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douleurs physiques , il renonce à sa gravité habituelle, il se fait jeune, dispos, danseur! afin d'atténuer à ses yeux la disproportion de leurs âges , de leurs goûts, de leur rang ! et eu retour de ses efforts, il n'a pu même obtenir d'elle un regard !

Honteux de sa faiblesse, honteux de son amour , et revenu à son caractère de timidité , il se reprocha de s'être ainsi offert en spectacle devant son peuple , surtout devant la reine, si rarement témoin de ses joies ; de s'être abandonné à des jeux, bons tout au plus quand l'âge les excusait , avant l'exil de sa mère et la mort de Montmorency ! Ces idées le glacèrent, et c'est avec une telle préoccupation qu'il acheva la danse.

Aussi, la courante terminée , lorsqu'il ôta son masque à la vue de tous, au lieu de cette expression de bonheur qu'on s'attendait à retrouver en lui, on aperçut une figure rembrunie, maladive, qu'un instant de plaisir avait plutôt flétrie que ranimée.

Il n'était pas le seul que de tristes pensées avaient tourmenté.

Tandis que Lesueur regardait le roi , et que le roi regardait Louise, Louise regardait Lesueur , placé devant elle au côté opposé de la salle. Il y eut alors comme un triangle de regards jeté entre nos trois personnages, pour les rattacher l'un à l'autre.

Louise, non plus que le roi, n'était bercée d'idées riantes. On venait de dégrader Lesueur du rang qu'il occupait dans son ameî

Elle l'avait long-temps observé , quand , debout, près de l'estrade des musiciens, il causait avec la Polonaise. Puis, cette femme, elle l'avait revue à son bras , et il semblait lui répéter ces paroles brûlantes dont auparavant il l'enivrait elle-même; et cette femme, c'était une courtisane , frauduleusement introduite dans la réunion ! En pouvait-elle douter? Tout le monde le disait, et la baronne de Saint- Cernin le lui avait affirmé , non sans largement broder l'histoire à sa guise.

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Le ballet avait duré trois heures.

On devait, pour la clôture, voir s'ébattre, dans une dernière danse , à figure découverte , le roi avec madame la première présidente , la reine avec le prévôt des marchands, et ainsi de suite , les sieurs échevins avec comtesses et duchesses , et comtes et ducs avec les femmes ou filles des sieurs échevins. Mais le roi voulut en être dispensé, alléguant sa fatigue.

Sur-le-champ, au signal donné, on passa dans une autre salle, située du côté de l'église St-Jean , et où le buffet d'argent de la Yille se trouvait somptueusement étalé, la collation servie en belle vaisselle de fine faïence, destinée à être brisée après, par les convives , selon Fus âge .

Sans s'asseoir, Louis xiii touche à peine h quelques bouëttes de confitures , porte une hrinde ' a toute la ville, et quitte la table, ois les dames lui succèdent aussitôt, poussées par

• Un toast.

la faim à ne plus guère songer aux rangs et à l'étiquette. Il était quatre heures du matin.

Dames de robe et dames d'épée , bourgeoises et marquises , sans plians cette fois , font un pêle-mêle, prenant au hasard la place qui se présente , et accoudant ainsi , sans façon, la Noblesse et la Finance, la Magistrature et le Négoce. Dans cette grande excitation cependant, elles n'oublient point leurs cavaliers, debout derrière leurs sièges , et non moins affamés qu'elles . Les pièces de volaille et de gibier , les poissons et le rôti , sont dépecés , déchirés, distribués en un clin d'œil ; les oranges et les craquelins , les crèmes , les conserves, les merveilles frites, jusqu'aux dragées dorées, tout disparaît comme par magie. Ovi se les passe, on se les prend , on se les jette à la tête; c'est un tumulte de rires et d'éclats de voix à ne plus s'entendre ; c'est un pillage à ne s'y pas reconnaître.

Mettant à profit la confusion de l'assemblée, Lesueur avait tenté de se rappirocher de Louise, sans but, sans réflexion, rien que pour la mieux

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voir, et il y était parvenu. Mais une fois là, pressé, cerné par les convives placés derrière lui, il pense que sa démarche est imprudente, trop hardie , et peut le compromettre auprès de la tante. Dans sa hâte, étroitement entouré comme il l'est , prévoyant autant d'obstacles pour abandonner sa position qu'il en a surmonté pour la conquérir, il reste ainsi perplexe et ahuri , comme un renard pris au piège. Mais le masque de mademoiselle de la Porte, légèrement attaché au dossier de sa chaise, frappe les regards de l'artiste. Une idée le saisit! idée de bonheur et de volupté !.. il dénoue ce masque bienheureux, il le prend , il le vole ! le cache sous son pourpoint , fend la presse , traverse 1 apidement toutes les salles , dont on renouvelait les flambeaux qui, jusqu'au jour, devaient éclairer de nouveaux plaisirs. Que lui importe? il lîe demande plus rien à la fête !

Il sort, il fianchit la Grève, les quais, les ponts , tout borvdés de falots et de lanternes de papier, allumés par les soins des quarteniers de la ville. Sans sa\T>ir quel chemin il a suivi , il

rentre chez lui et s'y enferme , seul avec son trésor ! Il le tient, il le contemple, il l'interroge; car la figure de Louise s'est imprimée dans ce masque, il a été échauffé de son haleine; il semble en conserver la suave odeur ! En songeant à leur tendresse mutuelle, si un soupir s'est échappé de sa poitrine, il l'a reçu; si, au bal, tandis qu'elle se courbait palpitante sous sa parole de flamme , une larme d'amour est tombée de sa paupière , elle y est! Il en suit la trace, il la trouve; la voilà! Ah! n'est-ce point , pour un amant qui a la poésie au cœur, la conquête la plus désirable! Un masque! son front s'y est appuyé ; il y a laissé sa douce empreinte ! Sa bouche était emprisonnée là , et ses lèvres ont mille fois baisé cette étoffe

soyeuse

Et Lesueur, de ses deux mains tremblantes, tient ce masque précieux, et premièrement, il en baise les bords , mêlant encore du respect à l'élan de ses transports fougueux ; puis enfin ,comme succombant sous un désir effréné, qui triomphe de la chasteté de son ame, il y plonge

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sa figure, et ses lèvres brûlantes vont se coller avec délices sur la place où celles de Louise ont posé , et ses larmes passionnées marquent une trace récente près de celle qu'y a laissée la jeune fille, et il s'y enivre d'amour et d'espérance !

Non ! il ne doute plus de l'avenir maintenant ! Il aime , il est aimé , et son amour est trop fort pour ne pas défier sûrement toutes les puissances malfaisantes de la terre. Louise, orpheline , ne dépend-elle pas avant tout de Dieu et d'elle - même ? ne peut - elle , ainsi que son père , braver de vaines distinctions de naissance, et jusqu'aux lois qui les protègent ? S'il faut un éclat pour forcer la volonté de sa famille , et pour qu'elle lui appartienne , eh bien ! à l'exemple de tant d'autres , il y procédera par le rapt , si le rapt est nécessaire ! dût-il faire légitimer ensuite son union à la chapelle de Sainte-Marine, où se vont conclure tous les mariages par réparation. Marillac le secondera, sans hésiter. N'est-il pas brave et porté de nature aux entreprises aventureuses ? Qui donc alors pourrait mettre obstacle à son

bonheur ? Louise sera sa femme ! Il le jure par elle!

C'est dans ces pensées si douces qu'il s'endormit comme le matin allait venir.

Hélas ! quinze jours après , Lesueur, désespéré, s'éloignait de Paris ^ et Marillac ne songeait guère plus à le servir dans ses amours !

Pour obéir aux clauses et teneur de son engagement secret, le chevalier, le lendemain même du jour où son ami avait reçu ses con-

iidences, s'était présenté devant le roi et lecar-

famille j et ^ bien ! à l'exemple ac .

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faire légitimer ensuite son union de Sainte-Marine, où se vont conclure tou. mariages par réparation. Marillac le secondera, sans hésiter. N'est-il pas brave et porté de nature aux entreprises aventureuses ? Qui donc alors pourrait mettre obstacle à son

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