LA ROUTE
la loi un poignard, et qui, lorsqu'il avait frappé, l'applaudissaient encore de leurs mains sanglantes !
Le chevalier arriva enfin devant ce château, ancienne demeure seigneuriale des abbés de Saint-Denis. A l'extérieur, l'aspect en était sombre et sévère, et peu capable de rassurer quiconque s'y rendait ainsi par ordre, avec la conscience lourde.
Marillac mit pied à terre, et se tournant vers son page :
— Monseigneur j lui dit-il , tu vas m'atten-
dre ici une heure deux heures jusqu'au
soir, s'il le faut. La nuit s'approchant, comme il n'est pas juste que tu t'exposes par les chemins à la discrétion des filoux et des harpailleurs, tu rentreras bien vite à Paris.
— Sans vous? dit le jeune homme étonné.
— Sans moi , lui répondit son maître; et tu instruiras simplement mes amis du lieu où tu m'as laissé.
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Le pauvre enfant le regardait avec inquiétude et malaise.
— Un instant ! dit Marillac , revenant vers lui, après avoir fait un mouvement pour s'en éloigner. — Simon absence dure quelque temps^ je charge Montglat et le comte de Maure, mon beau-frère, de fournir à ta subsistance et à ton habillement. Si elle se prolonge... trop, tu iras de ma part trouver monseigneur Gaston d'Orléans : en récompense de mon dévouement à sa personne , je le prie d'avoir soin de toi. Je ne lui demande rien de plus^ et j'aime à penser qu'il ne me trouvera pas exigeant. Puisses-tu , à son service , mieux réussir que moi !
Deux grosses larmes roulaient dans les yeux du page.
— Allons, monseigneur, reprit Marillac plus gaîment, la tristesse porte malheur. Redresse-toi , et reprends ton enjouement et ta pétulance ordinaires. Vive Dieu! je veux te
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voir encore sourire avant que de nous quitter. Allons, je le veux !
L'enfant essaya de sourire , et dan« l'effort qu'il fit, les, deux grosses larmes, débordant des paupières, lui coulèrent le lorfg des joues.
— Tu n'es pas raisonnable, garçon; mais, mordieu ! j'oubliais l'essentiel et le plus pressé. Tu n'as pas déjeuné ^ et tu ne peux rester le sac vide en m'attendant. Va au prochain gîte. J'ai vu, en passant dans le bourg, une enseigne de la Truie qui file, assez bien enfumée. Entres-y hardiment, et fais-toi servir comme un brave voyageur qui mène deux chevaux à sa suite. Tiens, voici ma bourse pour payer l'écot, vraie bourse de page, où il reste à peine de quoi se divertir de la veille au lendemain. — Accepte donc! te dis-je. Si le cardinal se charge de mon logement, il lui faudra aussi prendre soin de ma nourriture !
Le jeune homme tendit la main machinalement; puis il suivit son maître des yeux, et juand il l'eut vu disparaître sous le large cintre
de la grande porte du château , il passa la bride de ses chevaux dans son bras , s'assit sur un arbre abattu qui se trouvait là , fondit en pleurs, et sanjfjlota long-temps.
r„\ SENTE\rE.
Ca ôfiitcncc.
L'intérieur du château de Ruel répondait j leu à la sombre apparence du dehors , que les clartés du matin n'avaient pas encore éclairé. Un parc immense, et récemment tracé dans le goût italien ; de beaux mouvemens de terrain, coupés par de longues allées serpentantes ; des statues , des fontaines , des bassins de marbre , d'oîi s'élançaient , dans la saison convenable , des jets d'eau qui rafraîchissaient l'air ; des grottes, des rochers, des cascades : tout de-