‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 3)Chapitre 46 sur 51 · RUEL · texte numérisé non relu

RUEL

vait concourir en été à faire de la demeure du ministre une habitation merveilleuse, bien au-dessus des résidences royales de ce temps. Le soleil pâle de janvier suffisait même alors pour égayer ce séjour.

A cette vue , Marillac se sentit comme rassuré ; et le cardinal ne paraissant pas disposé à le recevoir sur-le-champ, il put, à travers la fenêtre de la chambre où il se tenait , en jouir à son aise.

Une chose aida encore à le remettre et à lui donner bon espoir. Cinq individus, en habit de ville , entrèrent dans la même chambre , et s'y arrêtèrent pour causer. A leur conversation, il comprit qu'ils venaient de quitter le ministre, et cependant leurs propos ne roulaient que sur la poésie, le théâtre, les acteurs ; sur des rôles à distribuer, et des divertissemens à imaginer. Le cardinal s'était montré d'une humeur charmante avec eux ce matin; ils avaient même osé soutenir une discussion vive et animée contre lui : ce qu'il avait supporté avec une grande bonté d'ame.

Marillac recueillait attentivement ces paroles, d'un heureux présage pour lui, et se disait que peut-être il s'était alarmé trop vite.

Ces cinq personnages étaient Desmarest de Saint-Sorlin , le sieur de l'Estoile , Colletet , l'abbé de Bois-Kobert, bouffon de Son Éminence, et Pierre Corneille, déjà auteur du Cid! tous les cinq chargés de mettre en vers les plans dramatiques du cardinal, qui voulait régner à l'Académie comme à la cour, sur les arts comme sur la France , et se persuadait que le temps seul lui manquait pour être le premier poète de son époque!

Lorsqu'ils se Turent éloignés , Marillac conclut de leur présence à Ruel , ce même jour et dans cette même matinée, qu'il ne devait point être question pour lui d'une sentence bien redoutable, Richelieu ne pouvant régler en même temps ses plans de comédie et ses arrêts de mort.

Mais tandis qu'il se raisonnait ainsi , un nuage épais voila le soleil et obscurcit le parc,

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